CHAPITRE LXXV ANATOMIE
L'appareil nerveux optique se compose de deux moitiés symétriquesanastomosées entre elles, et dans chacune Ton trouve : 1° une membrane sensible, la rétine, destinée à recevoir l'impression lumineuse; 2° un cordon de fibres nerveuses, désigné successivement sous les noms de nerf optique, bandelette optique et faisceaux radiculaires, lequel cordon est chargé de transmettre l'impression; 3° enfin le centre cortical psycho-optique, où l'incitation nerveuse provoque la perception lumineuse. En résumé, deux postes reliés par un conducteur constituent chacune des moitiés de l'appareil nerveux optique. Sur le parcours de chacun des conducteurs, en plus de leur fusion au niveau du chiasma intercalé entre les deux nerfs et les deux bandelettes optiques, s'échelonnent certains organes nerveux importants : les coips genouillés externe et interne, les tubercules quadrijumeaux postérieur et antérieur v la couche optique, c'est-à-dire une série de noyaux de substance grise appartenant au mésocéphale, groupés en un cordon appréciable à l'œil nu entre l'œil et les centres. Plus loin, le système conducteur se résout en faisceaux de fibres qui ne constituent plus d'unités macroscopiques, mais peuvent être suivis au microscope ou être mis en évidence par les expérimentations physiologiques ou l'observation clinique; ces faisceaux aboutissent l'un au centre opto-psychique de l'écorce du lobe occipital, l'autre devra être suivi vers les noyaux oculo-moteurs du plancher du quatrième ventricule. II existe donc une déviation de l'appareil principal optique {rétine, conducteurs, centre psycho-optique), qui unit les centres ganglionnaires optiques (corps genouillés, tubercules quadrijumeaux, couche optique) aux centres nerveux bulbaires. Cette disposi-
tion permettra d'expliquer, dans les deux yeux, la synergie fonctionnelle de l'appareil sensible et de l'appareil moteur, et aussi de rendre compte de l'influence motrice que possèdent les impressions lumineuses perçues ou non.
• Expansion périphérique de l'appareil nerveux optique, la rétine est une membrane incluse entre l'hyaloïde du corps vitré et la choroïde. Comme cette dernière, elle présente à étudier deux parties : l'une, la plus étendue, forme une cupule qui double la choroïde proprement dite, tandis que l'autre, sorte d'anneau, tapisse la zone ciliaire choroïdienne. L'amincissement brusque de la zone ciliaire de la rétine donne à la ligne de séparation des deux parties l'aspect d'un bord finement dentelé ; c'est i'ora serrata qui correspond également à la limite des deux portions de la choroïde.
Fig. 157.
Fond d'œil normal.
Macula; — papille optique; — arlère et veine centrales.
La cupule rétinienne ou la rétine physiologique ', se présente détachée de l'œil comme une membrane ténue, translucide, légèrement opalescente; mais cet aspect cadavérique n'en donne pas une idée vraie. Il résulte d'une part, de ce que la couche externe, véritable épithélium pigmenté de la rétine, est restée adhérente à la choroïde et d'autre part, de lajdisparition du pourpi*e rétinien. Cette substance donne à la rétine une 'coloration rouge pourpre, sauf au niveau de la fovea centralis et
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près de Fora serrata. Gomme ce pourpre se décompose sous l'influence de la lumière pour se reproduire dans l'obscurité pendant la vie, son absence, après la mort, se traduit par la décoloration de la rétine.
La rétine physiologique peut être considérée p comme perforée un peu au-dessus et en dedans du pôle postérieur de l'œil, de façon à se laisser pénétrer par les éléments du nerf optique; de là, en ce point, un aspect particulier (papille
Fig. 158.
Coupe de la rétine.
1 , limitante interne ; — 2, fibres du nerf optique ; — 3, couche des cellules nerveuses;. — 4, couche granuleuse interne ; — 5, couche nucléaire interne ; — 6, couche granuleuse externe ; — 7, couche nucléaire externe; — 8, limitante externe ; — 9, couche des cônes et des bâtonnets (membrane de Jacob); — 10, pigment choroïdien.
Fig. 159.
Les éléments nerveux de la rétine débarrassés de la gangue de Mûller.
2, fibres de nerf optique; — 3, cellules ganglionnaires ; — 4, couche intermédiaire ou granuleuse interne; — 5, cellules de la couche nucléaire interne ; — 6, couche intermédiaire ou granuleuse externe ; — 7, cellules de la couche nucléaire externe ; — 9, couche des cônes et des bâtonnets.
du nerf optique). De plus, il existe à hauteur du pôle postérieur un au Ire point qui tranche sur le reste de la membrane, c'est la macula.
La papille du nerf optique ne mérite pas son nom puisque, au lieu de taire saillie à la surface de la membrane, elle se présente comme une tache blanchâtre, mesurant lram,5 de diamètre, légèrement excavée en son centre (excavation physiologique) d'où émergent les vaisseaux centraux.
Vexcavation centrale vue à l'ophtalmoscope réfléchit fortement la lumière comme un miroir concave, de là sa teinte blanche brillante, qui tranche sur la coloration rosée de la zone voisine. Les vaisseaux centraux tantôt paraissent plonger brusquement dans son intérieur, tantôt ils s'incurvent légèrement et y descendent en pente douce. Autour d'elle, l'épanouissement des fibres nerveuses du nerf optique constitue une zone annulaire rosée, plus blanche cependant dans sa moitié nasale, par suite d'une inégale répartition des fibres nerveuses et des vaisseaux sanguins. Enfin, la périphérie de la papille est occupée par un anneau blanchâtre, étroit et plus ou moins complet, Vanneau sclérotical. En réalité, l'aspect ophtalmoscopique de la papille est très variable; d'une part, il existe de grandes différences individuelles, et de l'autre, l'état de l'appareil réfringent placé en avant d'elle (système dioptrique de l'œil et lentilles employées par l'observateur), en modifie la forme et les dimensions.
La macula, ou mieux la région maculaire, a la forme d'un ovale dont le grand axe horizontal mesure environ 2 millimètres. Située au pôle postérieur de l'œil, elle se trouve à 4 millimètres en dehors et audessous du centre de la papille. Sur le cadavre, elle se reconnaît à sa coloration jaunâtre, mais pendant la vie, à l'ophtalmoscope, souvent elle ne se distingue en rien du reste de la rétine, sauf à son centre où, par suite de l'extrême minceur de la membrane (fovea centralis), la teinte de la choroïde est si peu modifiée qu'on y note souvent une tache rougeâtre. Chez certains sujets encore, la macula paraît entourée d'un anneau blanchâtre [spectre ou fantôme de la macula), ovale, à grand axe horizontal qui n'est autre chose qu'un reflet lumineux dû au léger relief des bords de la région.
Au point de vue de sa structure, la rétine se décompose en dix couches qui sont en allant de l'hyaloïde vers la choroïde :
I 'J La limitante interne ;
2* La couche des fibres du nerf optique ;
3' La couche ganglionnaire (cellules multipolaires) ;
4° La couche moléculaire (plexus cérébral) ;
S0 La couche granuleuse interne (cellules bi et unipolaires) ;
6° La couche intermédiaire (plexus basai) ;
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7° La couche granuleuse externe (cellules visuelles) ; 8° La couche limitante externe ; 9° La couche des cônes et des bâtonnets ; 40° La couche pigmentaire.
Deux de ces couches (les limitantes interne et externe) sont formées par des éléments de soutien et sont reliées Tune à l'autre par de& fibrilles qui servent de support aux éléments des couches intermédiaires. Quant à la couche pigmentaire, elle a été à tort pendant longtemps considérée comme faisant partie de la choroïde avec laquelle elle a été décrite. Enfin les sept autres couches rétiniennes sont nerveuses.
Elles peuvent se répartir en quatre couches fibrillaires (2, 4, 6, 9) et trois cellulaires (3, 5, 7). Chaque cellule nerveuse présente des prolongements du cylindro-axe qui se réunissent aux fibrilles des deux couches fibrillaires entre lesquelle elle ,% leuparUcîe Mlerne dl990Cl6 m ûlsqui
est placée. Ainsi les Cellules de la vemux; - 4, bfttonnetsdecabiaij-S^ônesde r grenouille; — t>, do lézard.
couche ganglionnaire sont réunies
aux fibrilles du nerf optique et à celles de la couche moléculaire;
les cellules de la couche granuleuse interne se continuent avec les
fibrilles des couches moléculaire et intermédiaire; enfin les cellules
de la couche granuleuse externe relient les fibrilles de la couche
intermédiaire aux segments profonds ou internes des cônes et des
bâtonnets.
Les cellules delà couche ganglionnaire sont multipolaires; elles envoient un prolongement aux fibres du nerf optique, les autres aux fibres de la couche moléculaire. Les cellules de la couche granuleuse intome se divisent en deux groupes; les unes bipolaires, vont de la couche moléculaire à la couche intermédiaire; les autres, unipolaires, ne sont en rapport qu'avec les fibres de la couche moléculaire. La couche moléculaire forme un plexus fibrillaire (plexus cérébral) tout comme la couche intermédiaire (plexus basai) ; dans la première se trouve une substance de nature myélinique et dans la seconde on voit des cellules étoilées.
Au niveau de la macula, la rétine très amincie ne renferme plus comme couches nerveuses que celle des cônes et la granuleuse externe. Les couches intermédiaire, granuleuse interne, moléculaire, ganglion-
Fig. 160.
Bâtonnets et cônes.
i, bâtonnets du poulet; — 2, de grenouille; — leur article externe dissocié en disques trans-
naire et celle des fibres du nerf optique se fondent en une masse granuleuse commune.
Il existe en plus du réseau vasculaire choroïdien chargé d'assurer la nutrition des couches externes de la membrane un système vasculaire propre à la rétine. Fourni par Y artère et la veine centrale qui émergent de la papille optique, il est constitué schématiquement par deux branches artérielles et veineuses, Tune ascendante et l'autre descendante. Ces branches se bifurquent, puis se ramifient fournissant des rameaux internes qui rayonnent vers la périphérie et des rameaux supérieurs et inférieurs qui s'incurvent autour de la macula comme centre. Les branches des artères rétiniennes ne communiquent entre elles que par des capillaires» ce sont donc des artères terminales. Relativement à leur position dans l'épaisseur de la membrane, il esta remarquer que les troncs vasculaires se trouvent dans la couche des fibres nerveuses au-dessous de la limitante interne; les capillaires, par contre, constituent deux réseaux; l'un dans la couche des fibres nerveuses, l'autre dans la couche granuleuse interne.
Comme les vaisseaux du cerveau, toutes les divisions vasculaires de la rétine sont munies d'une gaine qui limite un espace lymphatique périvasculaire.
Au point de vue physiologique la rétine possède un second système vasculaire, qui lui fournit plus spécialement les matériaux nutritifs destinés aux processus fonctionnels spécifiques, c'est le réseau choroïdien chargé de subvenir aux besoins des éléments nobles dans les couches externes. Les vaisseaux rétiniens assurent la nutrition plus générale de la membrane surtout dans ses couches internes.
La portion ciliaire de la rétine située en avant de l'ora serrata tapisse la zone ciliaire choroïdienne. Beaucoup plus mince que la cupule rétinienne, elle se compose seulement de deux couches, la membrane limitante interne et la couche pigmentaire. Son étude sera faite à propos de l'accommodation.
Etendu du chiasma au globe oculaire, le nerf optique parcourt un trajet d'environ 5 centimètres de longueur, dont 1 dans le crâne, 1 dans le canal optique et 3 dans la cavité orbitaire. Ici il est légèrement incurvé en forme d'S et de plus tordu sur lui-même autour de son axje longitudinal, qui se dirige d'arrière en avant et de dedans en dehors. Aplati de haut en bas dans son trajet intra-crânien, il devient ensuite cylindrique ; son diamètre mesure alors 3 millimètres environ. Enfin, au moment de pénétrer dans le globe de l'œil, le cordon nerveux