V. — RADIATIONS OPTIQUES
Toutes les fibres, dont il vient d'être question, ne servent pas à la transmission des impressions lumineuses.
Il en est qui, selon toute probabilité, relient directement l'appareil nerveux récepteur de la périphérie à l'appareil nerveux enregistreur du cerveau, tandis que d'autres vont de l'œil aux cellules ganglionnaires du corps genouillé externe, du tubercule quadrijumeau antérieur et de la couche optique. De ces cellules émanent d'autres fibres qui aboutissent, les unes {radiations optiques) à l'écorce occipitale, les autres, au moins certaines (racine superficielle, intermédiaire, 2e, 3e et 4e racines profondes), aux noyaux moteurs qui actionnent la musculature de l'œil.
L'expérimentation a démontré que seuls, les deux corps genouillé» externes, la partie postérieure des deux couches optiques (pulvinar) et les deux tubercules quadrijumeaux antérieurs recevaient des fibres optiques. De plus, de ces régions émanent des fibres qui, sous le nom de radiations optiques, forment la presque totalité d'un gros faisceau de substance blanche situé assez superficiellement dans chaque lobe occipital. Ce faisceau à direction antéro-postérieure passe en dehors de la corne postérieure du ventricule et, sous le nom de faisceau médullaire sagittal, gagne l'écorce cérébrale. (Voir le paragraphe suivant.)
Ces radiations optiques ne sont pas formées de faisceaux distincts de fibres destinées à trois centres visuels distincts : centre visuel général, centre de la perception des formes, centre chromatique, mais bien d'un mélange intime de ces trois ordres de fibres qui toutes se rendent préalablement au centre de la perception lumineuse.
Prenant les fibres à leur terminaison dans l'écorce cérébrale (voir plus loin), Vialet indique que les fibres émanées du cunéus suivent deux voies différentes. Celles qui proviennent de la partie supérieure de ce dernier passent au-dessus du forceps major en contournant la paroi supérieure de la corne occipitale. Celles qui proviennent de la paroi inférieure se joignent au contraire aux fibres émanées de la scissure calcarine etdu lobe lingual. Elles se portent obliquement de haut en bas et d'arrière en avant, contournant dans un trajet spiroïdela paroi inférieure de la corne occipitale
Fig. 164.
Appareil nerveux visuel (Vialet).
La figure 164 présente, résumées sous uue forme schématique, les différentes particularités de l'appareil nerveux visuel et ses connexions inlra-cérébrales.
Tout l'appareil nerveux visuel dépendant de l'hémisphère gauche, de l'écorre à la rétine, ainsi que la portion correspondante du champ visuel sont marqués par une teinte plus foncée.
On voit comment les conducteurs \isuel* arrivés au chiasma se dédoublent pour innerver la moitié temporale de la rétine de l'œil gauche et la moitié nasale de la rétine de l'œil droit. La lésion de ces conducteurs au-dessus du chiasma produit V hèmianopsie homonyme et se traduit pur l'abolition de la vision dans la moitié droite des deux champs visuels.
Les portions de lecorce marquées par une teinte plus foncée représentent les centres corticaux. A la partie postérieure de l'hémisphère se trouve le centre cortical de la vision représenté par le cunéus ;C) le lobe lingual (LL) et le pôle occipital (PO). (Le lobe fusiforme n'est pas compris dans la coupe à cette hauteur.)
Le centré des images visuelles des mots est situé dans le pli courbe (PC) (centre de Kussmaul).
Le centre des images auditives des mots est situé dans les première et deuxième temporales (LT) centre de Wernicke).
Le centre du langage articulé est situé dans la troisième frontale (LF) (centre de Broca).
Les différents faisceaux du segment antérieur de l'appareil nerveux visuel sont marqués par les signes conventionnels suivants^:
l'H Faisceau direct . = Faisceau croisé Faisceau maculairc croisé —.—. — . Faisceau macu-
Iaire direct.
Les figures 1, 2, 3, 4, 5 représentent la situation respective de ces faisceaux dans le nerf optique, le chiasma, la bandelette.
Fig. 1. Nerf optique gauche à sa sortie du globe oculaire. — Fig. 2. Nerf optique gauche dans sa
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et se rassemblent sur la paroi externe de cette dernière. Les fibres émanées du lobe fusiforme se divisent en deux portions : les unes — c'est la minorité — nées de la moitié interne de cette circonvolution, se réunissent aux fibres précédentes pour suivre ultérieurement le même trajet; les autres, provenant de sa moitié externe, se portent, soit à la partie inférieure, soit à la partie externe du ventricule. Enfin, les fibres de projection, venues de la pointe occipitale, se rendent pour la plupart directement sur la paroi externe de la corne occipitale, en affectant un trajet plus direct.
Toutes ces fibres, confondues sous l'écorce avec les autres fibres d'association, s'en dégagent au voisinage de la substance blanche sagittale, traversent les faisceaux plus compacts et plus épais de la couche sagittale externe, et se réunissent sous le tapetum, qui les sépare de la cavité ventriculaire et de la substance grise sous-épendymaire, en une zone distincte caractérisée par la finesse de ses éléments constituants.
Après avoir traversé les lobes pariétal et temporal, elles aboutissent à la partie inférieure du corps genouillé externe et du pulvinar, ainsi qu'à la face externe de ce dernier, en remontant jusqu'au tiers moyen de la couche optique. Un faisceau moins important se met en relation avec le tubercule quadrijumeau antérieur (fig. 164).
Brissaud a adressé au travail de Vialet quelques critiques dont il résulte que les radiations optiques aboutissent à tout l'étage inférieur du lobe lingual, depuis l'extrémité postérieure de cette circonvolution jusqu'à Yuncus de Vhippocampe en arrière du noyau amygdalien. Un certain nombre se jettent aussi dans le lobule fusiforme et peut-être même dans la troisième circonvolution occipito- temporale. Il n'y a
portion intra- orbi taire. — Fur. 3. Nerf optique danslecaual optique. — Fig. 4. Chiasma. — Fig. 5. Bandelette optique gauche. — FD faisceau direct; FC faisceau croisé; FM faisceau maculai re.
Les fibres d'association réunissant le centre visuel cortical de l'hémisphère gauche à celui de l'hémisphère droit cheminent dans le corps calleux (bourrelet).
Les Gbres d'association intra-hémisphériques sont représentés par :
FOFr. Faisceau occipito -frontal faisant communiquer le centre visuel avec celui
du langage articulé.
— FOT. Faisceau occipito- temporal faisant communiquer le centre visuel avec le
centre de la mémoire auditive des mots. L'interruption de cette voie d'association donne lieu à la cécité verbale pure (Dejérine et Vialet).
- - - - - Fibres d'association entre le cçntre visuel de. perception situé à la face interne du
lobe occipital et le centre des souvenirs visuels placé à la face externe de ce dernier. Ces fibres sont représentées par plusieurs faisceaux dont les mieux différenciés sont le faisceau transverse du cuneus (Sachs) et le faisceau transverse du lobe lingual (Vialet).
•+- -f- -+- -t- -+- Fibres d'association entre le centre visuel de perception et le centre visuel des
mots, c'est-à-dire entre la face interne du lobe occipital et le pli courbe, oonoooooo Fibres d'association entre le centre des souvenirs visuels et le centre des images visuelles des mots, c'est-à-dire entre la face externe du lobe occipital et le pli courbe.
kqS. Aqueduc de Sylvius; B0. Bandelette optique; C. Cuneus; CC. Corps calleux; — CO. Corne occipitale; Cge. Corps 'genouillé externe; CH. Chiasma; FOF, Faisceau occipito-fronlal ; FOT. Faisceau occipito-temporal ; FC. Faisceau croisé; FO. Faisceau direct; FM. Faisceau maculaire; — I. Insula; LF. Lobe frontal; LL. Lobe lingual; L. L. Lobe limbique; L0. Lobe occipital; NO. Nerf optique; NR. Noyau rouge; NC Noyau caudé; OD. (EU droit; OG. Œil gauche; Had. opt. Radiations optiques; RN. Portion nasale de la rétine; RT. Portion temporale de la rétine; PU. Pulvinar; P. Pédoncule; TQa. Tubercule quadrijumeau antérieur.
pas de fibres de projection du cuneus proprement dit sur les noyaux visuels; ou, s'il en existe, elles sont en si petit nombre que leur destruction ne peut, à elles seules, produire l'hémiopie.
Certains faits cliniques, il est vrai, ne trouvent pas leur explication <lans ces données anatomiques et pour en rendre compte Charcot, Grasset <ït Lannegrace ont proposé des hypothèses, dont il sera question plus loin à propos de Tamblyopie croisée.