‹ Traité élémentaire d'ophtalmologieChapitre 208 sur 443 · SENSIBILITÉ LUMINEUSE. — SENSIBILITÉ CHROMATIQUE FACULTÉ ISOLATRICE · texte numérisé non relu

SENSIBILITÉ LUMINEUSE. — SENSIBILITÉ CHROMATIQUE FACULTÉ ISOLATRICE

Les impressions physiologiques, que la rétine subit et qu'elle transmet au centre opto-psychique, sont ou des impressions de lumière, ou des impressions de couleur.

L'impression de lumière éveille, suivant qu'elle est causée par une source lumineuse unique, ou par une série de points lumineux, une sensation simple ou composée. Dans le premier cas, l'impression est perçue, pourvu qu'elle ne soit ni trop, ni trop peu intense ; dans le second, pour qu'il y ait perception nette, il faut, de plus, que les impressions multiples reçues par la membrane portent sur des éléments nerveux bien distincts. Dans le premier cas encore, la sensibilité rétinienne à la lumière est seule mise en jeu; dans le second intervient la puissance isolatrice de la membrane nerveuse.

Par sensibilité lumineuse, il faut entendre la puissance que possède la rétine de réagir lorsque des rayons lumineux actionnent ses éléments sensibles. On peut la mettre en parallèle avec la sensibilité de la peau,

dont les éléments nerveux réagissent au contact des corps extérieurs. En outre, de même que la sensation cutanée varie suivant la nature du contact (résistance, chaleur), de même la perception à point de départ rétinien est différente suivant que l'impression est causée par la lumière blanche ou une lumière colorée; de là donc, une différence entre la sensibilité rétinienne à la lumière (sensibilité lumineuse) et la sensibilité rétinienne aux couleurs (sensibilité chromatique).

Sans forcer outre mesure les analogies, on peut encore opposer le tact et le toucher à la sensibilité lumineuse et à la faculté isolatrice de la rétine. Le tact permet de percevoir la résistance et la température des corps ; le toucher pousse plus loin l'analyse et donne la notion de nombre, de forme. De même, grâce à la sensibilité lumineuse et chromatique de la rétine, on perçoit la lumière et les couleurs, et grâce à sa faculté d'isoler les formes lumineuses simples séparées par un certain intervalle, on perçoit nettement des images complexes (notion de nombre, de forme).

La rétine possède donc trois fonctions principales en rapport avec les impressions lumineuses blanches ou colorées et les impressions lumineuses simples ou complexes. C'est tout particulièrement au niveau du pôle postérieur de l'œil, là où vient se peindre l'image de l'objet fixé par le regard, que la membrane est le mieux adaptée à ces diverses fonctions. Toutefois, il paraît bien établi que la sensibilité lumineuse est à peu près égale dans les différentes parties de la rétine, dont la zone la plus périphérique serait seule bien moins impressionnable. De plus, les parties les plus voisines de la fosse centrale, c'est-à-dire la région maculaire, est plus sensible que la fovea centralis elle-même. Enfin, sur la papille du nerf optique, l'absence d'éléments rétiniens sensibles se traduit naturellement par une insensibilité complète de la membrane à ce niveau.

La sensibilité aux couleurs diminue rapidement du centre vers la périphérie de la rétine; elle diminuerait même plus rapidement sur la moitié externe de la membrane que sur sa moitié interne. En outre, l'impression colorée, que l'on promène de la périphérie vers la macula, est d'abord perçue comme impression lumineuse simple avant de l'être comme impression chromatique, et encore la perception de la couleur réelle est-elle précédée d'une phase de perceptions chromatiques transitoires. C'est ainsi que le bleu apparaît d'abord gris, puis gris blanchâtre, puis bleuâtre, enfin bleu; — le jaune : gris clair, gris jaunâtre, jaune; — le rouge : gris, gris jaunâtre ou orangé, brunâtre, rouge... Enfin, la zone rétinienne impressionnable varie d'étendue suivant les couleurs, ainsi que le montre le schéma plus loin donné du champ visuel.

Plus rapide encore est la décroissance de la faculté isolatrice de la rétine, quand on l'examine du centre vers la périphérie de la membrane.

Volkmann a reconnu que des fils d'araignée, tendus parallèlement, cessaient d'être distincts lorsque leurs intervalles correspondaient à un écartement, dont l'image sur la rétine mesurait :

Dans la région maculaire 2 à 3 millièmes de millimètre. A 10° en dehors du point de

fixation 14. — —

A 20° en dehors du point de

fixation 33 — —

A 30° en dehors du point de

fixation 117 — —

A 40° en dehors du point de

fixation 193 — —

A 50° en dehors du point de

fixation 301 — —

A 60° en dehors du point de

fixation 442 — —

Comparant entre eux les degrés de développement de cette faculté isolatrice, suivant les régions de la rétine, et les rapportant à ce qu'elle est au niveau de la région maculaire, Snellen a trouvé que l'acuité de cette fonction, Vacuité visuelle, étant au centre de 1, était en moyenne, pour une partie, située :

A 5° du centre de 1/4

A 10° — Vio

Page 1