‹ Traité élémentaire d'ophtalmologieChapitre 228 sur 443 · II. — PLAIES ET CORPS ÉTRANGERS DE LA RÉTINE · texte numérisé non relu

II. — PLAIES ET CORPS ÉTRANGERS DE LA RÉTINE

Les plaies de la rétine, relativement rares, se présentent d'ordinaire comme une lésion accessoire dans un traumatisme oculaire; en effet, avant d'arriver à la rétine, l'instrument vulnérant a lésé soit l'appareil irido-cristallinien, soit la sclérotique et la choroïde. On a vu cependant des corps piquants pénétrer par la partie antérieure du globe de l'œil sans toucher le cristallin et blesser en un point la rétine, ou encore ce sont de petits projectiles qui, par la même voie, vont se loger dans la membrane.

Lorsque la transparence des milieux oculaires n'a pas été altérée, on peut apercevoir une légère traînée blanchâtre, un peu de sang dans le corps vitré et la lésion rétinienne. À son niveau les fibres nerveuses déchirées s'œdématient, deviennent variqueuses; le tissu- conjonctif rétinien prolifère ; et, après un trouble laiteux, puis une plaque exsudative irrégulière (en flammèches), l'examen ophtalmoscopique laisse voir finalement une cicatrice pigmentée, rétractée et adhérente à la choroïde.

Si un corps étranger s'est arrêté dans la rétine et y est toléré, il s'enkyste dans un exsudât, qui, à la lumière ophtalmoscopique, brille comme une gouttelette d'argent fraîchement fondu.

Une destruction circonscrite des éléments sensibles de la rétine, surtout au voisinage du pôle postérieur de l'œil, s'accuse pour le blessé par un scotome. Mais, en plus de la destruction des éléments sensibles, il y a au niveau de la plaie rétinienne solution de continuité d'un certain nombre de fibres; aussi, au scotome correspondant à la plaie devrait s'en joindre un second en forme de secteur triangulaire à base tournée vers la périphérie du champ visuel. Cette particularité, parfois observée, fait souvent défaut, soit que les fibres nerveuses aient été déplacées et non rompues, ou bien que déchirées elles se soient cicatrisées.

Aussitôt après l'accident, il est indiqué de pratiquer la désinfection de la plaie superficielle, afin de prévenir le développement d'une panophtalmite, complication presque fatale, quand le trajet profond a été infecté

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par l'agent du traumatisme. En prévision de cette infection on serait tenté d'extraire les corps étrangers arrêtés dans la rétine, mais, outre la difficulté d'y parvenir sans augmenter encore les désordres, leur extraction n'étant pas une garantie de désinfection complète, on ne saurait condamner formellement la simple expectation.

in. — HÉMORRAGIES TRAUMATIQUES ET RUPTURES DE LA RETINE

De même que les autres lésions traumatiques de la rétine, les hémorragies s'observent rarement dans cette membrane à la suite de chocs directs ou indirects portés sur l'œil par des corps contondants peu volumineux et animés d'une vitesse modérée. Gomme elles ne se différencient pas au point de vue symptomatique des hémorragies rétiniennes spontanées, il ne sera question ici que des traces pigmentaires laissées par elles sur la rétine, et, par suite, des scotomes et même des troubles visuels, sérieux en raison de leur siège, qu'elles peuvent provoquer. Leur évolution n'est guère modifiée par le traitement. On prescrira cependant des instillations d'atropine, des révulsifs cutanés et intestinaux, voire même de faibles doses d'iodure de potassium.

Les violences extérieures produisent parfois des ruptures de la rétine. Alors, la solution de continuité d'une ou plusieurs branches des vaisseaux centraux et l'infiltration sanguine permettent tout d'abord de poser le diagnostic, qui ultérieurement sera basé sur la constatation de traînées cicatricielles proéminentes, transverses ou obliques, d'aspect crayeux et bordées de pigment. À leur niveau, les vaisseaux rétiniens disparaissent brusquement pour reparaître au delà sous forme de simples filaments. Parfois les cicatrices masquent les branches vasculaires, et ces ruptures se traduisent par une notable diminution de la vision et l'existence de scotomes fixes, plus ou moins étendus. Les désordres anatomiques et fonctionnels sont tout particulièrement considérables, quand, à la suite du passage d'une balle à travers l'orbite ou le squelette de la face, la commotion de la membrane a été assez prononcée pour provoquer des déchirures étendues et multiples de la membrane. Après résorption du sang épanché dans la rétine, on constate alors dans la région maculaire des cordons cicatriciels, interposés entre des plaques irrégulières et nacrées, au niveau desquelles la choroïde comme la rétine ont disparu, laissant à nu la sclérotique avec son reflet bleuâtre et brillant.

On observe aussi des ruptures de la rétine à la suite des décollements de cette membrane, la rétine se déchirant sous le poids du liquide épanché.

Le traitement de pareils désordres est à peu près nul : on se bornera à combattre les accidents inflammatoires, s'il en survenait.

La rétine se détache de la choroïde, quand à la suite d'un traumatisme il se produit soit un épanchement sanguin pur,soitunépanchementsérosanguin entre les deux membranes. Le décollement pourrait même survenir tardivement du fait d'un exsudât inflammatoire, fourni par une lésion choroïdienne. Plus fréquemment peut-être, le décollement traumatique de la rétine résulte de la sortie brusque d'une notable quantité d'humeur vitrée, ainsi que le fait est possible soit dans un traumatisme, soit pendant une intervention chirurgicale. On a même prétendu que dans l'opération de la cataracte chez les vieillards, dont la sclérotique est particulièrement rigide, la simple sortie du cristallin était suivie d'une projection en avant de tout le vitré, susceptible de produire le décollement de la rétine. Du sérum ou du sang, fourni par les vaisseaux choroïdiens, s'accumule entre les membranes et donne à la lésion son aspect particulier, qui sera étudié à propos du décollement spontané de la membrane.

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