III. — RETINITE LEUCEMIQUE
La rareté même de la leucémie rend d'autant mieux compte de la rareté de la rétinite, dite leucémique, que cette manifestation oculaire de la maladie s'observe une fois seulement sur trois ou quatre malades.
Anatomiquement l'affection est caractérisée par de l'œdème de la papille et de la rétine, et par des hémorragies. Ces apoplexies siègent
soit autour du disque optique, soit vers l'équateur du globe. Elles sont constituées surtout par des amas de leucocytes, qui se font de préférence dans la membrane limitante interne, entre les fibres du nerf optique, dans les gaines vasculaires, ou enfin entre la rétine et la choroïde. Leur volume est parfois suffisant pour faire saillie dans le corps vitré ou pour décoller la rétine. L'émigration leucocytique doit se faire par diapédèse et non à la suite d'une rupture vasculaire, ainsi qu'en témoigne l'intégrité des éléments rétiniens, qui sont simplement déplacés. Quelquefois cependant on a signalé la sclérose des fibres nerveuses, des plaques graisseuses dans la rétine. Enfin la choroïde, pas plus que la rétine, ne renferme de tissu lymphoïde, mais ses vaisseaux gorgés de corpuscules blancs présentent par place des infarctus.
À l'ophtalmoscope l'attention est d'abord attirée par la teinte jaune orangé, que provoque rénorme quantité de globules blancs accumulés dans les vaisseaux choroïdiens et rétiniens, teinte surtout appréciable à un éclairage peu intense. En plus, la papille est pâle, à contours flous, entourée d'une zone trouble et striée, qui masque en partie les vaisseaux centraux peu colorés. Les artères sont ténues, les veines dilatées et flexueuses ; souvent ces vaisseaux présentent un liséré blanchâtre dû à l'extravasation des leucocytes. Dans la région de la macula et autour du disque optique, peut-être plus phéripériques que dans la rétinite albuminurique, se voient de petites taches hémorragiques arrondies, jaunâtres, devenant plus tard blanches et brillantes.
- Le diagnostic repose sur l'aspect particulier du fond de l'œil, et surtout encore sur l'examen du sang; souvent même on sera obligé d'aller rechercher la manifestation rétinienne sans que les malades attirent sur elles l'attention. En effet, les troubles visuels, presque nuls quand les lésions occupent la zone équatoriale, ne présentent rien de caractéristique. Suivant les cas il existe de l'amblyopie, un sco tome central, de la métamorphopsie, exceptionnellement la cécité.
Inutile d'insister sur la thérapeutique de cette affection.