MESURE DE LA MYOPIE
Un observateur emmétrope en présence d'un œil myope ne perçoit pas l'image du fond d'oeil (fig. 288), les rayons convergents, qui en émanent,
Fig. 288.
venant se croiser en avant de sa rétine. Il lui faut les rendre parallèles à l'axe pour ramener leur foyer au point voulu, et il y arrive en faisant passer devant son œil les lentille^ concaves de son ophtalmoscope, qui
Fig. 289.
peu à peu relèvent les rayon lumineux jusqu'à ce que l'une d'elles leur donne la direction parallèle. Celle-là, la première, la plus faible qui fournit à l'observateur une image nette, mesure la myopie du sujet (fig. 289).
L'observateur est hypermétrope ; trois cas peuvent se présenter.
1° L'hypermétropie de V observateur est moins prononcée que la myopie du sujet (fig. 290). Pour que les rayons émanés de l'œil myope et dirigés vers le remotum Km de cet œil aboutissent sur la rétine de l'observateur, ils doivent par l'interposition d'un verre concave être rendus
Fig. 290.
plus divergents, afin de prendre avant leur entrée dans Pœil la direction du remotum de l'observateur (Rh). En somme, avant de devenir parallèles, ces rayons ont subi l'action de deux lentilles concaves indiquées sur la figure 290 savoir : Tune dont la valeur est fournie par l'ophtalmoscope, l'autre que l'observateur doit connaître, puisqu'elle traduit son propre déficit de réfraction. La mesure cherchée est donc la somme de ces deux lentilles M = L -h H.
Fig. 291.
2° V hypermétropie de V observateur égale la myopie de V observé (fig. 291). Les rayons émanés de l'œil myope se dirigent précisément sur le remotum de l'œil de l'observateur placé tout contre lui. Les deux remotum Km et Rh sont fusionnés. L'interposition d'un verre concave permet encore une vision nette parce que l'observateur l'annihile grâce à son accommodation, mais l'interposition d'un verre convexe faible diminue la netteté de l'image en rendant les rayons qui arrivent dans l'œil, trop convergents. Le déficit de réfraction de l'observateur compense exactement et par suite mesure l'excès de réfraction de l'observé M = H.
3° L'hypermétropie de Fobsei*vateur est plus prononcée que la myopie de l'observé. — Les rayons, qui sortent de l'œil myope, ont besoin d'être rendus plus convergents pour prendre la direction du remotum de l'observateur : à cet effet l'accommodation entre enjeu et l'hypermé-
trope voit nettement le fond de l'œil qu'il regarde (fig. 292). S'il mesure son accommodation, en lui substituant, comme il a été dit, la lentille appropriée de son ophtalmoscope, il constate que la lentille (fig. 293) ainsi trouvée est inférieure à celle qui mesure son hypermétropie. Ce
Ac n
Fig. 292.
fait est rationnel puisque l'œil myope observé lui a fourni le complément de réfraction. Au total les rayons sortis parallèles de la lentille emmétrope E de l'œil myope, qui viennent finalement former leur foyer à la rétine de l'observateur, ont subi deux actions convergentes :
Fig. 293.
1° celle imprimée par la lentille myope de l'observé (lentille dont on cherche à déterminer la valeur); 2° celle imprimée par la lentille (L) de l'ophtalmoscope et 3° une action divergente compensatrice des deux précédentes, celle de la lentille (H) hypermétrope de l'observateur. La puissance de cette dernière, qui est connue, égale la somme des deux autres, dont une est connue (celle de l'ophtalmoscope), la troisième, la lentille M égale donc la lentille H moins la lentille L. M = H — L.
L'observateur est myope et regarde un œil myope (fig. 294).
Pour concentrer sur sa rétine les rayons qui sortent en convergence de l'œil examiné, l'observateur doit leur imprimer la direction divergente qu'ils auraient s'ils émanaient de son propre remotum(R'). A cet effet, il les relève progressivement par l'interposition successive des verres concaves de son ophtalmoscope. L'un d'eux (/) les rend parallèles à l'axe, ce verre annihile donc l'excès de réfraction de l'œil observé (M), puis les verres suivants rendent ces rayons divergents, l'un d'eux (l -+- V ou L) leur procure la divergence voulue, il corrige donc l'excès de réfraction de l'observé et de l'observateur, qui, grâce à lui, perçoit
nettement l'image rétinienne jusqu'alors floue. Donc, le verre L observé est égal à M -h M' ; pour en déduire M, c'est-à-dire l'excès de réfraction du myope observé, il suffit de retrancher M' de L = L. M — M'.
Fig. 294.
Erreur de la mesure due à la position de la lentille correctrice. — Pour corriger exactement l'excès ou le déficit de réfraction que présente l'œil amétrope, il faudrait introduire dans F œil même la lentille correctrice. La figure 295 démontre en effet que le verre concave (L), qui, placé en avant de l'œil myope, a fourni à l'observateur une image rétinienne
Fig. 295.
nette, n'a pas la même longueur focale que la lentille M qui traduit l'excès de réfraction de cet œil. Le foyer F de M est en R, par définition du remotum. Le foyer F' de L est également placé en R, puisque le rayon M L, qui, prolongé, aboutit à R, sort de L parallèle à l'axe ; or un simple coup d'œil montre que la distance O'R est plus courte que la distance OR, par suite le verre L, trouvé comme mesure de la myopie, est trop fort.
Fig. 296.
L'inverse est vrai pour la mesure de l'hypermétropie ; le verre trouvé est trop faible. Soit, L la lentille trouvée par l'observateur (fig. 296) correctrice de l'hypermétropie. Son foyer est F puisque le rayon FL
sort de la lentille parallèle ; mais le foyer de H, c'est-à-dire de la lentille, qui traduit le déficit de réfraction de l'œil observé, se trouve également en F, à son remotum R. Or, entre les lentilles H et L existe l'écart nécessaire pour l'examen, écart qui n'est pas constant, mais qui augmente d'autant la longueur focale de L. Cette dernière, par suite, est plus faible que le déficit de réfraction qu'elle corrige.
L'importance de Terreur précédente varie considérablement, d'abord suivant les observateurs et plus encore suivant les observés. Qu'un observateur emmétrope se tienne à 2 centimètres d'un œil myope de 2 dioptries par exemple, il trouvera comme lentille correctrice une lentille ayant son foyer à 50 centimètres en avant de l'œil, au foyer de la lentille M de 2 dioptries. Mais comme cette lentille concave est distante de l'œil de 2 centimètres, sa longueur focale est de 50 — 2 ou 48 centimètres. Or les lentilles de 50 et de 48 centimètres de longueur focale ont pratiquement même valeur réfringente. Mais que l'on change les chiffres précédents — soit un myope de 10 dioptries, la lentille correctrice trouvée aura 10 — 2 ou 8 centimètres de longueur focale et par suite sa force réfringente sera de 12,50 dioptries, c'est-à-dire bien supérieure à la myopie de l'observé. Que l'observateur au lieu de se tenir à 2 centimètres de l'œil, en soit distant de 3 centimètres, la lentille trouvée aura alors 10 — 3 ou 7 centimètres de longueur focale, c'est-à-dire •ce sera une lentille de 14,25 dioptries.
Donc plus l'amétropie est forte, plus Terreur est considérable ; plus l'intervalle des deux yeux augmente, plus grandit aussi Terreur.