DES CHANGEMENTS QUI SURVIENNENT AVEC L'AGE DANS LA RÉFRACTION OCULAIRE
Sous l'influence des progrès de l'âge on observe dans la réfraction oculaire les modifications suivantes : Exagération de la réfraction statique, — Diminution de la réfraction statique et de la réfraction dynamique, — Presbyopie ou presbytie.
1° Exagération de la réfraction statique. — De nombreuses statistiques établissent que l'état normal le plus fréquent de l'œil humain, pendant les vingt premières années de l'existence , est l'hypermétropie.
Ces mêmes relevés démontrent, en outre, que de l'enfance à la jeunesse, le nombre des hypermétropes diminue progressivement, et qu'en même temps le nombre des myopes suit une marche ascendante, rapide et assez régulière.
L'œil hypermétrope peut, en général, être considéré comme un œil imparfaitement développé, et, à ce point de vue, il mérite d'être rapproché des yeux des animaux, qui presque tous sont hypermétropes. Du reste, l'hypermétropie habituelle des yeux mal conformés vient encore à l'appui de cette hypothèse. Ce ne serait guère que passé huit ans que l'enfant devient emmétrope.
Quant à Y œil myope, il traduirait un effort fait par la nature pour adapter cet organe à la vision des objets rapprochés, vision rapprochée, que rendent nécessaire les exigences de ce que l'on est convenu d'appeler la civilisation.
C'est ainsi que des travaux minutieux à courte distance, et plus tard la lecture et récriture, sollicitèrent l'adaptation de l'œil pour un remotum moins éloigné que l'infini. De là, l'apparition des premiers myopes, et finalement une disposition à la myopie qui favorise actuellement l'action des mêmes causes déterminantes (Landolt). Il est vrai que contre
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cette théorie, qui tend à faire de la myopie un apanage de la race humaine ou même des peuples civilisés, plusieurs objections sérieuses ont été posées. En particulier, l'œil myope n'est pas plus parfait, comme appareil optique, que l'œil emmétrope ; ses surfaces réfringentes ne sont ni plus régulières, ni mieux centrées; sa rétine n'est pas plus sensible, son appareil moteur plus délicat. De plus, si le développement de la myopie, sous les influences déjà indiquées, est indéniable, il est à noter que de nombreux myopes sont, dès l'enfance, atteints d'une myopie parfois excessive, qui semble stationnaire, et qui, tout aussi bien que l'hypermétropie, parait devoir être attribuée à un vice congénital de la formation de l'œil.
2° Diminution de la réfraction statique. — Indépendamment des variations précédentes, qui ramènent à l'emmétropie certains yeux hypermétropes, ou qui aboutissent chez d'autres à la myopie, il y a lieu d'étudier l'influence de l'âge avancé sur la réfraction et l'accommodation.
D'une façon générale, la réfraction statique de l'œil, ou, si l'on veut, la position de son remotum, ne se modifie pas jusque vers l'âge de cinquante à cinquante-cinq ans. Alors, la puissance réfringente de l'organe diminue; entre soixante- cinq et soixante-dix ans, la diminution atteint 1 dioptrie; elle arrive à 2 entre soixante -quinze et quatrevingts. Il en résulte que l'emmétrope devient hypermétrope, que l'hypermétrope voit grandir son amélropie, tandis qu'elle diminue chez le myope (Donders). Cette modification résulte des changements survenus dans les couches superficielles du cristallin. Normalement, le pouvoir réfringent de la substance cristallinienne augmente de l'écorce vers le noyau, et de cette disposition résulte, pour la lentille, un pouvoir réfringent plus considérable que si elle était absolument homogène. Or, avec l'âge, la densité des couches périphériques augmente, l'homogénéité du cristallin s'accentue, et, par suite, sa puissance de réfraction diminue.
3° Diminution de la réfraction dynamique. — La réfraction dynamique de l'œil est bien plus touchée que la réfraction statique par suite des progrès de l'âge. Le pouvoir accommodateur diminue avec les années; le proximum s'éloigne graduellement. Tandis que le déplacement du remotum commence vers cinquante & cinquante cinq ans, dès l'âge de dix ans le proximum s'éloigne, ou plus exactement, c'est à partir de cet âge que ce fait a été constaté d'une façon précise.
D'après Donders, un enfant de dix ans peut, en accommodant au maximum, augmenter de 14 dioptries la puissance de réfraction sla-
tique de son œil, mais cette puissance d'accommodation décroît rapidement :
à 10 ans, elle est de 14 dioptries.
S'il s'agit d'un emmétrope, comme entre cinquante et cinquante-cinq ans il commence à devenir hypermétrope, il devra, dès cet âge, faire appel à son accommodatiou pour voir au loin. Mais son hypermétropie va en augmentant, tandis que son pouvoir accommodeur diminue, aussi vers soixante-cinq ans, la correction de son amétropie n'a plus lieu, ce qui implique pour lui la nécessité des verres convexes pour la vision à dislance. D'après Giraud-Teulon, en France tout au moins, le port des verres convexes pour la vision au loin n'est pas en général aussi prématuré.
La diminution de la réfraction dynamique de l'œil tient tout d'abord à mgmentation de densité du cristallin, ce qui, d'une part, en affaiblit la réfringence, et, de l'autre, en diminue l'élasticité. De plus, avec l'âge aussi, mais bien après le début de la sclérose cristallinienne, le muscle ciliaire à son tour s'affaiblit progressivement, et par suite l'effort accommodateur se réduit de plus en plus.
4° Presbyopie ou presbytie. — D'après son étymologie, le mot prèsbyopie signifie vision des vieillards ; mais, dans la pratique il sert à désigner la diminution de la réfraction dynamique survenue par le fait de l'âge. A vrai dire, cette diminution débute dès l'âge de dix ans, mais on dit presbytie seulement lorsqu'elle se traduit par une gêne de la vision de près. On est presbyte dès qu'on ne peut plus lire à la distance ordinaire les caractères d'imprimerie usuels et voir aisément et nettement au objet délicat tenu dans la main.
D'après Donders, lorsque le proximum reste distant de l'œil de 20 à 25 centimètres, c'est-à-dire lorsque le sujet emmétrope n'a plus que 4,5 dioptries environ d'accommodation, il est tangent à la presbytie.
< Un homme a constamment joui d'une excellente vue à dislance;
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sous ce rapport, ses facultés n'ont encore que peu souffert. Mais il touche à quarante ou quarante-cinq ans, et commence à éprouver une certaine difficulté à lire de petits caractères, à voir les détails d'une gravure, le soir particulièrement. Ouvrant un livre imprimé un peu finr un premier mouvement instinctif le porte à le rapprocher de ses yeux ; mais ce mouvement est immédiatement suivi du mouvement contraire ; il rejette la tète en arrière, éloigne le livre, puis le porte avec empressement à la fenêtre ou près de la lampe, cherchant instinctivement une lumière plus vive» (Giraud-Teulon). L'effet demandé est obtenu; la vive lumière a déterminé la contraction pupillaire, et par là même une diminution des cercles de diffusion sur l'image rétinienne des caractères que l'accommodation ne met plus au point. Bientôt aussi de luimême le sujet, instruit par l'exemple des personnes âgées qu'il connaît, prendra des verres convexes.
Pour savoir quels verres correcteurs conviennent aux presbytes, Donders suppose que le minimum de réfraction dynamique nécessaire pour la vision habituelle de près est de 4,5 dioptries, et sur cette base on peut établir la table suivante :
Réfraction
Réfraction
Age. disponible.
nécessaire. Déficit à corriger.
40 ans + 4,5 dioptries
$4-4,5 0 dioptrie.
On voit que nulle, à l'âge de quarante ans, la presbytie augmente régulièrement d'une dioptrie tous les cinq ans, et que, dès quarantecinq ans, elle nécessite le port d'une lentille convexe de 1 dioptrie. Pour Giraud-Teulon, la majorité des personnes se passent encore de lunettes à quarante-cinq ans et à cinquante ans on n'a généralement pas besoin d'un verre de + 2 dioptries.
Il va sans dire que l'état antérieur de la réfraction entre en ligne de compte pour le choix des verres. L'hypermétrope de 4 dioptries par exemple devient presbyte passé vingt-cinq ans, car à cet âge il possède 8,5 dioptries d'accommodation, et une fois son déficit de réfraction corrigé, il ne lui reste plus que les 4,5 dioptries exigées par le proximum de 22 centimètres.
Arrivé à quarante ans, au lieu d'avoir, comme l'emmétrope, 4,5 dioptries disponibles, il n'en aura plus qu'une demie, et, par suite, tandis que
l'emmétrope se passe de verre pour la lecture, lui en a besoin pour voir en deçà de 2 mètres.
Dans le tableau précédent, le verre correcteur de la presbytie de l'hypermétrope sera indiqué par le verre nécessaire à l'emmétrope d'un même âge augmenté du verre correcteur de l'emmétropie du sujet.
Chez le myope, par contre, l'influence néfaste de l'âge sur l'accommodation ne devient pas manifeste ou elle se traduit tardivement, souvent même elle procure l'illusion d'une diminution de l'amétropie. Le myope, dont le remotum se trouve placé à 20 ou 25 centimètres de l'œil, voit, sans mettre en jeu son accommodation, les objets situés à la distance ordinaire de la vision rapprochée. Dans la pratique, peu lui importe que son pouvoir accommodateur disparaisse. Le myope, dont le remotum mesure 33 centimètres, n'a besoin que de 1 dioptrie pour avoir son proximum placé à 25 centimètres en avant de son œil, c'està-dire que jusqu'à cinquante ans environ , son accommodation sera suffisante. Passé cet âge, à soixante-cinq ans par exemple, tandis que l'emmétrope doit prendre des verres de 4,5 dioptries, lui choisira ceux de 0,50 dioptrie, puisqu'à cet âge il possède encore 0,50 dioptrie d'accommodation.
Enfin, la presbytie procure parfois au myope l'illusion d'une diminution de son amétropie. Le myope juge ert effet de sa myopie parce que, sans verres correcteurs, il lit de très près, autrement dire le vulgaire mesure la myopie d'après la position du proximum et non du remotum. Par suite, il va de soi que l'accommodation du myope diminuant avec l'âge, son proximum s'éloigne, et s'il a pris des verres pour la vision de près, il est amené à diminuer leur puissance ou même à s'en passer. Il est donc pour lui logique de croire que 'la myopie diminue. En réalité, il n'en est rien, et ainsi qu'on l'a vu précédemment, la très faible diminution habituelle de la myopie tient aux changements survenus dans la densité des couches périphériques du cristallin.