I. - ASTIGMATISME RÉGULIER
L'inégalité de réfraction des divers méridiens de l'œil atteint d'astigmatisme régulier est occasionnée soit par une asymétrie de courbure de la cornée {astigmatisme cornéen), soit par une asymétrie de courbure du cristallin ou encore par une légère inclinaison de l'axe de cette lentille sur l'axe du système dioptrique oculaire {astigmatisme crislallinieri). Enfin ces diverses causes peuvent agir simultanément, ajoutant leurs effets ou les corrigeant plus ou moins.
1° Astigmatisme cornéen. — Des défauts de régularité dans la courbure de la cornée constituent les causes les plus habituelles de l'astigmatisme régulier.
Envisagée en tant que surface réfringente, la cornée possède une re'fraction plus forte dans ses zones périphériques qu'au niveau de son centre (cette différence de réfraction entre la partie centrale et la partie périphérique de la membrane mesure son aberration de sphéricité). C'est là une condition fâcheuse pour la formation de bonnes images, car elle met obstacle à ce que les rayons émanés d'un point se réunissent aussi en un point. Pour en diminuer les inconvénients, la présence du diaphragme irien est insuffisante, en raison des dimensions relativement considérables de l'orifice dont il est percé. Plus favorable se présente l'aplatissement normal de ,1a cornée à sa périphérie ; si même cet aplatissement pouvait atteindre un certain degré, la correction serait complète ; malheureusement, de règle, l'aberration de sphéricité de la cornée ne se trouve pas corrigée, au moins pour les rayons incidents parallèles. 11 est toutefois probable que l'aberration de sphéricité du cristallin étant non seulement corrigée, mais même surcorrigée, peut corriger ou surcorriger l'aberration cornéenne (Tscherning). Les couches superficielles de la lentille ont en effet un indice plus faible que son noyau; et les surfaces, au moins l'antérieure, sont aplaties vers la périphérie d'une manière beaucoup plus considérable que celle de la cornée.
L'inégalité de courbure des divers méridiens de la cornée joue un rôle bien plus important dans la production de l'astigmatisme. D'après Reuss, •dans les douze premiers mois de la vie, la cornée ne change pas de ■courbure, puis vers le treizième l'allongement de son rayon de courbure commence à se prononcer, fait qui n'a pas été retrouvé par d'autre s observateurs. En particulier Nordenson n'a pas constaté, chez les enfants et les adultes de sept à vingt ans, de diminution progressive de la courbure de la cornée avec l'âge, et naturellement il n'a pas non plus relevé de diminution régulière de la force réfringente de la cornée. La question toutefois ne saurait être considérée comme jugée, si Ton s'en rapporte à quelques observations de Javal et Bull, dans lesquelles l'astigmatisme d'un œil non employé a augmenté sans aucune affection appréciable de la membrane.
En outre de l'âge, peut-être aussi du sexe, il y aurait encore à tenir compte d'autres facteurs, qui doivenlinfluer sur le degré de courbure de la cornée. MM. Bourgeois et Tscherning dans leurs recherches ont trouvé que l'influence de la taille du sujet est peu prononcée; d'une manière générale, chez les hommes les plus grands et surtout chez ceux qui ont la tête forte les rayons de la cornée sont plus grands. Enfin, pour ces auteurs, les grandes variations du rayon de courbure de la cornée contrastent d'une manière singulière avec le peu de variation de la réfraction de l'œil dans le milieu (soldats) où ils observaient. Par suite, ils concluent qu'il doit se trouver dans l'œil d'autres facteurs, dont les variations suivent très exactement celles de la cornée et pour eux il
ASTIGMATISME 679
doit exister une proportion à peu près constante entre le rayon de la cornée et Taxe de l'œil.
Schiôtz de son côté attire l'attention sur les différences observées dans la longueur du rayon de courbure de la cornée dans des yeux possédant un même état de la réfraction. Chez les emmétropes ce rayon peut osciller de 8,675 millimètres à 7,243, ce qui correspond à une réfraction cornéenne de 38,8 et de 45,3 dioptries, soit une différence de 6,5 dioptries. Chez les myopes la moyenne est plus faible, les mesures oscillent entre 8,50 et 7,18 millimètres; tandis que chez les hypermétropes elle serait plus élevée, les rayons de courbure extrêmes trouvés mesurent 9,26 et 7,40 millimètres. Ces divers chiffres viennent bien à l'appui de l'existence de proportions à peu près constantes entre le rayon de courbure de la cornée et l'axe antéro-postérieur de l'œil ; lorsque le premier se raccourcit, l'autre s'allonge, et les amétropies résultent précisément d'un défaut de concordance dans leurs variations réciproques.
Si l'on ne connaît pas encore toutes les conditions normales qui modifient la courbure de la cornée, l'on sait que cette courbure n'est pas parfaitement régulière, que généralement le rayon de courbure du méridien vertical est plus court que celui du méridien horizontal.
Les mensurations de Leroy lui ont fait admettre que la forme type de la cornée normale est celle d'une sphère élastique qui aurait été aplatie à l'équateur, très peu du côté temporal, deux fois plus verticalement en haut et en bas, et quatre fois plus du côté nasal. La cornée normale n'est donc ni une sphère, ni un ellipsoïde de révolution, ni un ellipsoïde à trois axes. De ces trois surfaces celle dont elle s'écarte le moins est l'ellipsoïde à trois axes, à condition de supposer que celui-ci a été aplati du côté nasal. Cette déformation de la cornée résulterait des variations d'épaisseur et de résistance de la coque sclérale et surtout des pressions exercées par les sangles que forment les muscles moteurs. Souvent l'asymétrie de la surface cornéenne en son centre échappe à nos moyens actuels d'investigation, parce qu'elle est très peu prononcée, et, lorsqu'elle devient appréciable, l'on dit qu'il y a astigmatisme. Alors il y a exagération de l'aplatissement équatorial vertical habituel ou encore l'exagération porte sur l'aplatissement équatorial transversal.
Noyés accepte aussi une déformation de la cornée sous l'action des muscles de l'œil et de plus il attribue à la pression des paupières sur le globe une exagération passagère de la courbure du méridien vertical de la cornée. De même, d'après Javal, la position du méridien de courbure minima coïncide parfois dans les cas d'astigmatisme fort avec celle de la fente palpébrale; elle se relève du côté externe dans les yeux c à la chinoise », elle s'abaisse au contraire dans le cas où le grand angle des paupières est plus bas que la caroncule. Enfin les
recherches de Nordenson, confirmant une donnée généralement admise, ont établi que le méridien de courbure minimum est horizontal dans 77,2 p. 100 des cas, qu'il est oblique dans 12,1 p. 100 et vertical seulement dans 1,3 p. 100. Cet auteur relate que sur 6 yeux, dont le méridien vertical offrait la courbure minima, 5 étaient myopes et que la direction oblique des méridiens principaux de la cornée se trouvait relativement plus souvent chez les hypermétropes manifestes. De son côté Javal a remarqué que chez les Juifs l'astigmatisme total affecte souvent une position inverse de celle habituellement constatée en Europe.
Ëtant donné la position habituelle des deux principaux méridiens de courbure maximum et minimum, on est convenu de considérer comme atteint $ astigmatisme conforme à la règle l'œil qui présente dans son méridien vertical la courbure la plus prononcée et par suite la réfraction la plus puissante et dans son méridien horizontal la courbure la moins accentuée et par suite la réfraction la plus faible. L'astigmatisme est dit contraire à la règle, quand la réfraction et la courbure du méridien horizontal l'emportent sur celles du méridien vertical.
2° Astigmatisme cristallinien. — Le cristallin concourt à produire l'astigmatisme de l'appareil dioptrique oculaire et par sa position dans Vœil, et par Y irrégularité de courbure de ses surfaces.
Son rôle, toutefois, est bien moindre que celui de la cornée. En effet, « le même degré de déformation qui, siégeant sur la cornée, produirait plus de 4 dioptries d'astigmatisme, n'en produira pas une entière, si son action porte sur le cristallin » (Javal). Ce fait s'explique, parce que la différence de densité entre la lentille cristallinienne et les milieux qui l'entourent, étant beaucoup moindre que la différence entre la cornée et l'air, la réfraction produite par le cristallin est environ quatre fois moindre que celle produite par la cornée.
Helmhollz a reconnu que l'œil humain n'était pas exactement centre', c'est-à-dire que les trois centres de courbure de la cornée et des deux surfaces du cristallin ne se trouvent pas sur une même ligne droite. Le plus souvent, selon Tscherning, les trois centres sont situés dans un même plan vertical, le centre de la cornée étant placé au-dessous de Taxe du cristallin, l'écart pouvant atteindre 2° à 3° ou 0mm,25 à O^^O. Dans d'autres yeux, le centre de la cornée occupe le même plan horizontal que l'axe du cristallin, avec un écart externe ou interne très faible.
De plus, Tscherning a constaté que l'axe du cristallin ne coïncide jamais avec la ligne visuelle; la déviation principale semble résulter d'une rotation du cristallin autour de son axe vertical, sa moitié externe étant refoulée en arrière d'un arc qui peut atteindre 7°. En outre, souvent aussi, l'axe du cristallin ne se trouve pas non plus dans le même plan horizontal que la ligne visuelle, comme si la lentille avait subi une
ASTIGMATISME 681
rotation autour d'un axe horizontal et transversal. Le plus souvent, c'est la partie supérieure qui est penchée en avant; d'ordinaire, cette déviation est plus faible que le refoulement latéral. Comme conséquence importante de ces vices de position du cristallin, il résulte que son action sur les rayons lumineux devient comparable à celle de deux lentilles combinées, l'une cylindrique et la seconde sphérique, placées perpendiculairement à l'axe du pinceau lumineux, c La première des déviations du cristallin a pour effet de donner à l'œil un faible degré d'astigmatisme contre la règle, le méridien le plus réfringent étant horizontal. Mais d'autre part, l'astigmatisme de la cornéç étant, comme règle, de nature contraire, ces deux astigmatismes se compensent en partie. Ces observations expliquent un fait remarqué souvent par M. Javal, à savoir que l'astigmatisme total est plus petit que celui de la cornée, lorsque celui-ci est selon la règle, le méridien vertical étant le plus courbé, tandis que le contraire a lieu si l'astigmatisme cornéen va dans le sens contraire.
t Lorsque la deuxième déviation du cristallin est plus prononcée, elle a pour effet de changer la position du méridien le plus réfringent, qui devient oblique » (Tscherning).
L'étude des courbures des deux surfaces du cristallin, l'ophtalmométrie de la lentille, n'a pas encore donné de résultats définitifs. L'attention a été surtout attirée sur les modifications de courbure provoquées par ce que l'on est convenu d'appeler les contractions astigmatiques du muscle ciliaire. A côté de Y astigmatisme cristallinien statique, c'est-àdire l'astigmatisme provoqué par un vice de courbure des surfaces de la lentille au repos, il y a lieu d'étudier Yastigmatisme dynamique causé par la déformation lenticulaire due à des contractions partielles du muscle ciliaire. c Habituellement, les procès ciliaires agissent tous de la même quantité sur la zonule et produisent une accommodation sphérique. Ils peuvent agir de quantités différentes, de manière à produire une accommodation astigmatique ; mais il existe une association entre leur action, tout comme il existe entre les doigts d'une même main une certaine synergie, qui rend impossible de fléchir un doigt avec force sans fléchir plus ou moins tous les autres. L'accommodation astigmatique serait donc toujours accompagnée d'un certain degré d'accommodation sphérique... L'accommodation astigmatique, nulle en l'absence de l'accommodation sphérique, ne pourrait pas se manifester non plus lors d'un grand effort d'accommodation sphérique : l'astigmatisme ne se retrouverait donc totalement manifeste qu'au remotum et au proximum de l'accommodation > (Javal).
La possibilité de contractions partielles du muscle accommodateur a été expérimentalement démontrée (Hensen et Valkers), et au point de vue clinique, G. Martin les a distinguées en : 1° contractions correctrices
d'une asymétrie statique de la cornée ou du cristallin, et 2° contractions astigmogènes, c'est-à-dire productrices d'une asymétrie cristallinienne fâcheuse.
8° Astigmatisme subjectif. — De ce fait que la cornée et le cristallin concourent l'un et l'autre à la production de l'astigmatisme oculaire, il n'en résulte pas que Vastigmatisme apprécié par le sujet (astigmatisme subjectif) soit toujours égal à la somme des astigmatismes cornéen et cristallinien (astigmatisme total). Il a été établi, en effet, que par sa position, comme aussi par ses vices de courbures, le cristallin joue parfois un rôle correcteur par rapport à l'astigmatisme cornéen. Dans ce cas, au lieu de s'ajouter, les deux défauts se contrebalancent; mais, tantôt l'astigmatisme cornéen l'emporte, tantôt, au contraire, il y a surcorrection par le cristallin et son astigmatisme seul reste appréciable. Or, le sujet astigmate a précisément conscience de la somme ou de la différence de ces astigmatismes cornéen et cristallinien ; c'est là Vastigmatisme subjectif ou astigmatisme manifeste.
L'astigmatisme subjectif dépend de ce que Javal appelle le réglage astigmatique de l'œil, réglage qui se décompose en un réglage intermittent et un réglage permanent. Le premier résulte de l'accommodation astigmatique du cristallin ; quant à l'autre, il s'établit lentement par l'effet même de l'emploi de l'œil, c 11 est probable que l'œil normal de l'enfant est constitué avec un astigmatisme cornéen direct plus ou moins considérable, qui diminue par l'effet de l'emploi de l'œil, et cela d'année en année, pour s'arrêter aux environs de 0° zb 0,8. Dans les yeux, où ce réglage ne se fait pas, il reste un astigmatisme cornéen direct, plus ou moins important, qui se retrouve généralement dans les yeux exclus de la vision, par cause de strabisme, par exemple, ou d'occlusion prolongée. > Ce réglage dépasse parfois le but d'une petite quantité, et cela d'autant plus souvent qu'on examine des sujets plus âgés.
Bull a remarqué que dans les cas d'astigmatisme cornéen selon la règle, l'examen subjectif décelait en général un astigmatisme inférieur à ce que donne sa mesure objective, la différence en moins atteignant en moyenne un peu plus d'une demi-dioptrie. Au contraire, dans les cas d'astigmatisme cornéen contraire à la règle, il existe un astigmatisme subjectif d'ordinaire supérieur.
Somme toute, l'oeil astigmate au point de vue subjectif peut être considéré comme un appareil nerveux optique placé en arrière d'un appareil dioptrique, représenté par une lentille dont la réfraction, différente dans les divers méridiens, augmente ou diminue progressivement d'un méridien principal à l'autre (méridiens distants de 90°) et reste sensiblement-constante dans l'étendue de chaque méridien.
En résumé, il y a lieu de considérer : 1° Vastigmatisme total composé
ASTIGMATISME
de Y astigmatisme cornêen et de Y astigmatisme cristallinien envisagés isolément; 2° Y astigmatisme latent, fraction neutralisée de l'astigmatisme total, dont les deux composantes cornéenne et cristallinienne (astigmatisme cristallinien statique et dynamique) sont de sens inverses ; 3° Yastigmatisme subjectif ou manifeste, différence entre l'astigmatisme total et l'astigmatisme latent.
Marche des rayons lumineux dans Vœil astigmate. — Si Ton veut se rendre compte de la marche des rayons lumineux qui ont traversé une lentille astigmate, il est utile de construire un petit appareil très simple1 qui en donne la représentation dans l'espace. La figure plane, imprimée dans tous les traités d'ophtalmologie est incompréhensible pour quiconque (et c'est la règle pour les médecins) n'a pas une grande habitude des figures de géomélrie.
Fig. 328.
Que l'on prenne une planchette de 70 centimètres sur 23 centimètres environ, et à chacune de ses extrémités que l'on fixe à angle droit une petite planchette carrée de 25 centimètres de fcôté (fig. 328). Sur l'une de celles-ci, l'on dessine à l'encre une ellipse, qui simule le pourtour d'une lentille astigmate ; le petit diamètre de 1 ellipse sera vertical, le grand, par suite, horizontal. Du centre de celte lentille, on mène un fil métallique horizontal antéro-postérieur, destiné à représenter son axe optique; comme tous les fils de l'appareil, il va se fixer sur la seconde planchette verticale. A chacune des extrémités du méridien vertical de la lentille, ■est ensuite attaché un fil, et tous deux croisent l'axe du système en un point, foyer principal du méridien vertical, puis se prolongent jusqu'au plan postérieur. Tout le plan lumineux vertical, qui traverse la lentille suivant son méridien vertical, se fusionne au même foyer principal, puis diverge au delà; en arrière de la lentille, il se présente donc comme deux triangles, dont les bases s'appuient sur chacune des planchettes extrêmes de l'appareil et dont les sommets sont contigus au foyer prin-
1 Un modèle de ce genre a été récemment fait par M. Poullain-Giroux, constructeur.
cipal. La même construction permet de déterminer la marche des rayons lumineux, qui traversent le méridien horizontal de la lentille et le foyer principal de celui-ci, deuxième foyer principal de la lentille astigmate, foyer situé en arrière du premier, puisque le méridien horizontal est moins réfringent que le vertical.
Si, maintenant, Ton examine la marche d'un rayon, qui traverse l'un des autres méridiens, par exemple un rayon mené à l'extrémité supérieure d'un méridien incliné à 45° sur la verticale, on voit que le fil, qui le représente, croise, mais à distance, Taxe antéro-postérieur, et cela entre les deux foyers principaux; de plus, ce rayon offre cette particularité d'être tangent à deux droites qui, fixées perpendiculairement â Taxe antéro-postérieur, sont Tune horizontale, située au foyer du méridien vertical, et Vautre verticale au foyer du méridien horizontal. Pour simuler ces lignes focales, il suffit de fixer à chacun des foyers, par leur milieu, deux petites tiges métalliques, dont les extrémités sont soutenues précisément par les rayons émanés du méridien horizontal pour la tige horizontale qui se trouve au foyer du méridien vertical, et réciproquement par les rayons verticaux pour la tige verticale fixée au foyer du méridien horizontal. Or, tous les rayons, quels qu'ils soient, après avoir traversé les méridiens intermédiaires aux deux principaux (vertical et horizontal), sont astreints à ces deux conditions : 1° croiser la direction de Taxe optique de la lentille entre les deux foyers principaux; 2° être tangents à deux lignes, Tune horizontale, située au foyer du méridien vertical, l'autre verticale, située au foyer du méridien horizontal.
Si l'on envisage le volume lumineux (sa surface limite est dite surface de Sturm), que forment derrière la lentille astigmate les rayons qui l'ont traversée, l'on constate : 1° d'abord un volume conoïde dont la base est représentée par l'ellipse du pourtour de la lentille, dont le sommet est la ligne horizontale sise au foyer du méridien vertical, et entre ces deux points, une coupe verticale s'y présente comme une ellipse à grand dia mètre horizontal; 2° entre les deux lignes focales, le faisceau lumineux, réduit à l'état de ligne lumineuse à ses extrémités, présente un peu en avant de son milieu une coupe verticale circulaire, et en deçà, comme au delà de cette dernière, une coupe elliptique dont le grand axe prend la direction de la ligne focale correspondante; 3° au delà de la ligne focale postérieure (verticale dans le cas présent, celle du méridien horizontal), le volume lumineux est encore conoïde, mais cette fois, les coupes encore elliptiques ont leur grand diamètre vertical.
Variétés d'astigmatisme régulier. — Derrière la lentille astigmate, l'on peut placer le plan, qui représente la rétine, en divers points : 1° il se trouve d'abord en avant des deux foyers principaux et par suite l'on est
ASTIGMATISME 685
en droit de dire que les deux méridiens principaux et naturellement leurs intermédiaires sont hypermétropes; le vertical ayant le déficit de réfraction le plus faible, et l'horizontal le plus fort. L'astigmatisme est alors dit composé hypermétropique.
2° Le plan rétinien coupe l'axe anléro-postérieur précisément au niveau du foyer principal du méridien vertical ; celui-ci est donc emmétrope, mais le foyer du méridien horizontal est en arrière de lui. Ce méridien et les autres, à l'exception du vertical, sont' donc hypermétropes. L'astigmatisme est dit simple hypermétropique.
3° La rétine est placée entre les deux foyers principaux, le méridien vertical est donc myope; l'horizontal, par contre, reste encore hypermétrope, c'est Yastigmatisme mixte.
4° La rétine coupe l'axe optique du système au foyer principal postérieur, le méridien vertical est toujours myope, les autres également, à l'exception de l'horizontal qui a son foyer sur la rétine et par suite est emmétrope, l'astigmatisme est simple myopique.
8° Enfin, les deux foyers principaux sont en avant de la rétine. Tous les méridiens de la lentille sont myopes. L'astigmatisme est dit composé myopique.
Images peintes sur la rétine d'un œil astigmate. — Dans le petit appareil, dont la construction a été précédemment indiquée, l'on peut admettre que les divers rayons sortis de la lentille astigmate émanent d'un point lumineux, d'abord situé à l'infini ; puis, en supposant placée en avant du système une lentille sphérique convexe pour traduire l'effort d'accommodation, les mêmes fils indiquent encore la marche des rayons lumineux émanés d'une source placée à une distance finie en avant de l'œil.
Or, quelle que soit la position occupée par la rétine en arrière de la lentille astigmate, nulle part elle ne pi%ésentera un point comme image du point lumineux. Ce sera d'abord une ellipse à grand axe horizontal (dans le cas examiné qui est conforme à la règle) dont les dimensions iront se réduisant jusqu'à ce que, au foyer du méridien vertical, l'image se trouve être sur la rétine une ligne horizontale ; puis, entre les deux foyers, la coupe du faisceau lumineux présente encore sur la membrane, une véritable tache lumineuse elliptique ou arrondie, redevient une ligne verticale au foyer du méridien horizontal et au delà reprend la forme d'une ellipse à grand diamètre vertical.
Comme la construction de la marche des rayons, par rapport aux axes secondaires de la lentille, devrait être exécutée, ainsi qu'il l'a été dit lorsqu'il s'est agi de Taxe principal, il en résulte que si l'on suppose en avant de la lentille astigmate une ligne, nulle part elle ne fournira, comme image de la série des points lumineux qui la constituent, une
série de points. Ce sera, ou bien une série de taches lumineuses, ou bien une série de petites lignes lumineuses. Soit, par exemple, une ligne verticale (fig. 329), l'œil astigmate cherche à s'accommoder pour la distance à laquelle celle-ci se trouve. Mais, 1° il existe de l'astigmatisme composé hypermé tropique ; sur la rétine se peint une série verticale de petites ellipses superposées en partie, représentant chacun des points de la ligne. Pareille image sera perçue floue par l'appareil nerveux de cet œil astigmate.
Fig. 329.
2° 11 s'agit d'un astigmatisme simple hypermétropique, la rétine se trouve au foyer principal antérieur. Chaque point de la ligne se peint comme une petite ligne horizontale, celles-ci se juxtaposent donc en série verticale simulant, si l'on veut, une règle striée et non une ligne. L'image vue est donc floue.
3° L'astigmatisme est mixte, la rétine siège entre les deux foyers principaux. Sur elle se voient alors une série de taches lumineuses superposées partiellement suivant une direction verticale. La perception est encore floue.
4° La rétine est placée au foyer principal postérieur, c'est-à-dire au foyer du méridien horizontal, là chacun des points de la ligne verticale se peint comme une petite ligne verticale, mais alors toutes ces petites lignes se superposent en se prolongeant , si bien que, finalement, elles fournissent sur la rétine une image linéaire nette. Ainsi l'œil percevra nettement la ligne perpendiculaire au méridien emmétrope, ou encore la ligne parallèle au méridien astigmate. En réalité la ligne est nette dans ses bords latéraux mais est trouble à ses deux extrémités.
5° Enfin, au delà, la rétine daûs l'œil atteint d'astigmatisme composé
ASTIGMATISME
myopique ne reçoit plus encore que des taches lumineuses comme images des points de la ligne; l'image est redevenue floue.
Si, au lieu d'envisager la ligne verticale, Ton étudiait les images fournies par une ligne horizontale (fig. 330) il serait aisé de voir que, dans le cas pris comme exemple, cette ligne horizontale formerait une image nette sur la rétine, seulement quand celle-ci se trouverait au foyer du méridien vertical.
Fig. 330.
Il est de plus à remarquer que, en vue de réduire au minimum le manque de netteté des images rétiniennes, l'accommodation tend à ramener à l'emmétropie l'un des méridiens principaux dans les cas d'astigmatisme composé hypermétropique et d'astigmatisme mixte. Grâce à cet effort correcteur, l'astigmatisme composé hypermétropique devient un astigmatisme simple hypermétropique, la réfraction des deux méridiens a été augmentée d'une quantité précisément égale à ce qui manquait au méridien le moins hypermétrope (au plus réfringent) pour devenir emmétrope. Grâce aussi au même effort, l'astigmatisme mixte devient un astigmatisme simple myopique, le méridien resté astigmate devenant plus myope d'un nombre de dioptries égal à celui de l'hypermétropie corrigée dans l'autre méridien.
En plus de ces changements favorables il en est d'autres plus fâcheux; ainsi, tel individu atteint d'astigmatisme simple myopique corrige à faux son amétropie et la transforme en astigmatisme composé, tel astigmate hypermétrope se surcorrige et devient myope.
Diagnostic et mesure de V astigmatisme régulier. — Pour diagnostiquer l'existence et mesurer l'astigmatisme, l'on a recours à des procédés objectifs et à des procédés subjectifs.