II. - ASTIGMATISME IRRÉGULIER CRISTALLINIEN
Pas plus que la surface cornéenne, les surfaces cristalliniennes ne sont parfaitement établies, et si les contractions astigmatiquesdu muscle ciliaire peuvent causer un astigmatisme régulier, rien ne prouve qu'elles n'aient, dans certains cas, une influence encore plus fâcheuse. De plus,
m APPAREIL OPTIQUE DE L'ŒIL
les désordres de voisinage, que provoquent les iritîs sur la cristalloïde antérieure, altèrent irrégulièrement la transparence, voire même la surface de la lentille. Mais c'est surtout dans des défauts de la structure du cristallin que Ton trouve des causes d'astigmatisme irrégulier. Pour peu que les différents secteurs élémentaires de la lentille cristallinienne ne soient pas accolés de façon à constituer une surface bien régulière, pour peu qu'ils n'aient pas tous le même indice de réfraction, chacun réfractera la lumière différemment, d'où des images multiples. Tantôt ces images se fusionnent incomplètement sur la rétine et la vision n'est pas nette, tantôt elles s'y peignent assez distinctement pour causer des perceptions distinctes, d'où la polyopie monoculaire.
Objectivement, l'astigmatisme irrégulier cristallinien peut être diagnostiqué après constatation de l'intégrité de la cornée par les procédés, dont il a été précédemment question ; en particulier, l'éclairage oblique révélera les troubles de transparence de la lentille, l'étude de l'image rétinienne et des ombres kératoscopiques décèlera les irrégularités de la réfraction.
Au point de vue clinique, l'astigmatisme irrégulier se traduit par une diminution de l'acuité visuelle que relève parfois le trou sténopéique, mais que les verres sphériques ou cylindriques n'arrivent pas à corriger complètement. Le trou sténopéique agit efficacement lorsque l'axe visuel passe par une zone relativement régulière, cela parce qu'il supprime tous les rayons irrégulièrement réfractés par la périphérie de l'appareil dioptrique oculaire. Les verres sphériques, laissant passer ces derniers, modifient d'une même quantité la réfraction des différents points de l'appareil dioptrique et par là même ne peuvent en faire disparaître l'irrégularité. Quant aux verres cylindriques, l'inégalité de leur action sur les divers méridiens de l'œil ne correspond pas à l'inégalité de leur réfraction et par suite ils ne sauraient la corriger.
C'est à l'astigmatisme irrégulier de l'œil qu'il faut attribuer la forme étoilée attribuée généralement aux étoiles qui sont cependant des corps arrondis, et les rayons que l'on perçoit autour d'un point lumineux très éloigné. Il est de plus à remarquer que le même individu ne voit pas toujours sous la même forme une même étoile, et la variété des images accusées par différentes personnes, qui regardent le même astre, prouve combien est variable l'astigmatisme irrégulier.
Un autre exemple de cette polyopie réside dans la multiplicité des croissants de la lune regardée avec un seul œil. Enfin on peut encore, si l'on interpose en avant d'une lumière deux doigts rapprochés l'un de l'autre, sans qu'ils soient en contact, percevoir entre eux comme une couche ombrée qu'un examen attentif permet de décomposer en une série de lignes, qui ne sont autres que des images multiples du bord de chacun des doigts.