IV. - PLAIES ET BRULURES
Les plaies des diverses membranes de l'œil ont été étudiées dans les chapitres destinés à chacune d'elles, il en a été de même des brûlures. Il ne saurait donc être question ici que des désordres qui compromettent gravement l'ensemble des parties constitutives du globe oculaire ; ce sont alors des plaies pénétrantes. Parmi celles-ci les plaies par projectiles offrent une gravité particulière, qu'elles résultent du choc direct de l'agent traumatique lui-même, ou qu'elles soient la conséquence de l'atteinte de l'œil par une esquille osseuse déplacée par lui ; enfin le projectile agit parfois encore indirectement en mobilisant un corps étranger quelconque qui vient frapper l'œil (ricochets).
Le segment antérieur de l'œil est exposé aux atteintes immédiates des armes blanches, des balles, des éclats d'obus, des projectiles de ricochet. Le segment postérieur, eu plus, subit les atteintes des esquilles déplacées.
La perforation des membranes d'enveloppe ou le broiement de l'organe en causent la destruction immédiate; dans d'autres cas, la destruction de la cornée et de la sclérotique entraîne l'issue de l'humeur aqueuse, de l'iris, du cristallin, du vitré et de la rétine, un épanchement de sang dans la cavité oculaire et une panophlalmite, qui évolue sans douleur grâce à l'absence d'étranglement. Finalement le bulbe se ratatine et laisse un moignon plus ou moins difforme.
Lorsque d'emblée l'œil a été broyé et enlevé par le projectile, on voit derrière les paupières, plus ou moins déchirées et tuméfiées, une masse sanguinolente noirâtre, à bords déchiquetés, où l'on ne reconnaît ni la forme ni la structure de l'œil ; plus tard des granulations parfois fongueuses remplissent l'orbite.
Inutile enfin d'insister sur les conséquences graves immédiates (phlegmon de l'orbite) ou secondaires (accidents sympathiques) auxquelles expose le séjour des corps étrangers dans de pareilles blessures. Elles démontrent la nécessité d'une désinfection rigoureuse de l'orbite et
souvent d'une régularisation des parties, c'est-à-dire l'énucléation du globe mutilé.
Les bi*ûlures, qui le plus souvent n'intéressent que les membranes de protection (paupières et conjonctive) de l'œil et la cornée, provoquent parfois la destruction plus ou moins complète du globe. Rarement on a vu un fragment de fer incandescent pénétrer dans l'œil d'un forgeron (Delens) ; plus fréquentes, par contre, sont les brûlures produites dans un but de vengeance par la projection d'un acide et spécialement de l'acide sulfurique. Alors, l'altération du segment antérieur de l'œil peut être telle que la sclérotique est atteinte en même temps que la conjonctive, que la cornée elle aussi est transformée en une eschare grisâtre ou jaunâtre d'aspect ridé. Sa chute est suivie de l'évacuation du contenu de l'œil et de panophtalmite. En pareil cas, le chirurgien doit avoir souci de prévenir la réaction inflammatoire et de diriger la cicatrisation des parties de façon à prévenir l'établissement d'adhérences anormales, qui gêneraient la prothèse.