CHAPITRE GX OPHTALMIE SYMPATHIQUE
On range sous le nom à' ophtalmie sympathique divers troubles fonctionnels et diverses altérations qui surviennent dans un œil (œil sympathisé) dont le congénère est atteint de certaines lésions traumatiques ou spontanées (œil sympathisant).
Au point de vue clinique les affections sympathiques présentent des aspects très variés. On observe de simples troubles fonctionnels qui, groupés différemment suivant les cas, n'offrent par eux-mêmes rien de caractéristique. Le malade accuse du larmoiement, du blépharospasme, des désordres de l'accommodation : parésie ou spasme ou asthénopie; des désordres de la sensibilité rétinienne : diminution de l'acuité visuelle, rétrécissement du champ visuel, dyschromatopsie, photopsie, photophobie; enfin des sensations douloureuses dans l'œil lui-même ou sur le trajet des branches de la cinquième paire. Ces troubles fonctionnels parfois persistent sans modifications notables autres que des alternatives d'exacerbation et de calme complet, ou bien ils ne sont que le prélude plus ou moins prolongé de désordres anatomiques dans l'œil sympathisé.
Les lésions sympathiques résultent d'ordinaire d'une irido-choroïdite ; comme formes rares d'ophtalmie sympathique on cite (Galezowski) la conjonctivite, la kératite, la rétinite et la névro-rétinite, le décollement de la rétine, le glaucome.
V irido-choroïdite sympathique présente deux variétés; elle est séreuse et relativement bénigne, ou plastique et grave, la première variété n'étant souvent que la première phase d'évolution de la seconde.
Séreuse, l'irido-choroïdite se traduit par de la photophobie, du larmoiement, de la diminution de l'acuité visuelle, du rétrécissement du champ visuel, des phosphènes, de la parésie de l'accommodation. Une pression même légère sur la région ciliaire réveille de la douleur qui parfois se produit spontanément. Le cercle périkératique est légèrement injecté; à la lampe et à l'éclairage latéral on distingue un fin pointillé sur la membrane de Descemet, l'iris est décoloré et la pupille est paresseuse. A l'examen au miroir on constate un trouble plus ou moins prononcé du vitré.
Plastique, qu'elle survienne d'emblée ou consécutivement à la forme
précédente, l'irido-ehoroïdite provoque une réaction plus vive que caractérisent les troubles fonctionnels précédents, une injection périkératique marquée, un iris rougeâtre et vascularisé, une pupille oblitérée par des exsudats, une chambre antérieure moins profonde par suite de la projection en avant de l'iris. Dans le cas où le fond de l'œil peut être éclairé, le corps vitré paraît nuageux et parfois Ton relate un certain degré de névrite optique ou de névro-rétinite. Enfin, tôt ou tard, des désordres anatomiques de la région ciliaire et de l'iris résulte une altération grave de la nutrition de l'œil, laquelle se traduit par l'opacificalion du cristallin, la diminution de tension et la phtisie du globe.
Gomme symptômes précurseurs de celte terminaison d'autant plus redoutable que la vision est plus altérée dans l'œil sympathisant, il est à tenir compte surtout des symptômes fonctionnels qu'accuse le malade, mais, de plus, il convient d'explorer fréquemment la région ciliaire et d'y rechercher par de légères pressions avec un stylet mousse le point douloureux qui, signalé par de Graefe, coïnciderait avec un point symétrique dans l'œil sympathisant.
A côté de l'irido-choroïdite sympathique doivent trouver place d'autres formes rares de réaction sympathique d'un œil malade sur son congénère : le professeur Verneuil a vu l'ectropion d'un œil s'accompagner de conjonctivite de l'autre œil, et la conjonctivite disparaître après la suture des paupières malades. Le port d'un œil artificiel a été souvent incriminé de la venue du côté opposé d'une conjonctivite angulaire avec larmoiement et photophobie, tous accidents qui cessent après la suppression de l'épine irritante. Une kératite tantôt ulcéreuse, tantôt interstitielle, souvent accompagnée d'iritis, s'observe parfois dans les conditions qui, plus loin étudiées, caractérisent la venue des accidents oculaires dits sympathiques. Il en est de même de certaines hémorrhagies rétiniennes par thrombose vasculaire, de certains exsudais qui intéressent la rétine et la choroïde. On a signalé encore la rétinite séreuse avec infiltration péripapillaire, ou la névrite optique avec les mêmes signes ophtalmoscopiques et fonctionnels qu'elle présente lorsqu'elle est causée par une méningite ou une tumeur cérébrale. Outre l'atrophie papillaire consécutive à cette névrite sympathique, Galezowski admet une atrophie papillaire de même nature caractérisée par son début brusque, sa marche plus rapide et saccadée. Gomme conséquence de la choroïdite sympathique, plutôt que comme accident sympathique primitif, on relate le décollement de la rétine. Enfin, si dans quelques cas seulement on a observé des accidents glaucomateux de nature sympathique, il est indiqué d'en rapprocher les exemples d'attaque glaucomateuse provoquée dans un œil par i'iridectomie pratiquée sur le congénère atteint lui-même de glaucome.
Une particularité commune aux divers complexus cliniques précé-