OPHTALMIE SYMPATHIQUE
demment étudiés c'est l'existence d'une lésion dans l'œil, qui n'est pas le siège des désordres fonctionnels ou anatomigues observés. Cette lésion de l'œil sympathisant résulte le plus souvent d'un traumatisme, quelquefois d'une maladie oculaire. Parmi les blessures celles de la région ciliaire sont de beaucoup les plus aptes à provoquer les, accidents sympathiques; les plaies de la cornée ne paraissent dangereuses que si elles sont irrégulières et accompagnées d'enclavement de l'iris et de luxation du cristallin. De plus la présence de corps étrangers dans le globe oculaire, au voisinage surtout du cercle ciliaire, constitue une menace qui persiste même après des années (30 et 40) de calme complet. Du reste, pas n'est besoin que le traumatisme soit accidentel, les plaies chirurgicales, qui intéressent la région ciliaire directement ou par suite d'enclavement irien, de déplacement du cristallin, peuvent être le point de départ d'une ophtalmie sympathique. Enfin cette dernière résulte parfois du port d'un œil artificiel, qui repose sur un moignon douloureux ou dans une cavité orbitaire un peu irritable.
C'est encore la région ciliaire qui est de règle intéressée dans les maladies' oculaires susceptibles de retentir sur l'œil resté sain; il s'agit alors de staphylomes opaques de la cornée et de l'iris, de vieilles iridochoroïdites. Ailleurs la cause du mal réside dans un moignon atrophié, enflammé ou atteint d'ossification de la choroïde.
Avant de rechercher par quel mécanisme l'œil sympathisant influence son congénère, quelques données étiologiques méritent encore d'être mentionnées. Rare chez l'enfant, l'ophtalmie sympathique chez l'adulte et le vieillard ne constitue pas un accident qui entraîne fréquemment des conséquences graves, du moins dans Ja clientèle civile. Galezowski lui attribue dans sa pratique quarante-sept énucléations sur un total de trois mille blessés. Par contre, à juger par les statistiques des guerres, il en serait autrement; la statistique américaine signale 254 cas de destruction de l'œil dont 41 avec rétrécissement sympathique, et la statistique allemande pour la guerre de 1870-71 rapporte 97 faits du même genre qui fournissent une proportion de 56,5 d'atteintes sympathiques pour 100 blessures de l'œil. Il est vrai que cette même statistique fait ressortir la bénignité relative du pronostic puisque dans 51 p. 100 des cas, tout se borne à des troubles fonctionnels et dans 17,9 p. 100 seulement il survient des accidents inflammatoires. Une dernière notion utile à connaître c'est la date habituelle du début des accidents sympathiques : pour les faits de la guerre de 1870 le plus grand nombre apparurent dans la seconde moitié de Tannée qui suivit la blessure, mais il n'y a là rien de fixe; si Ton peut craindre les accidents sympathiques dans les cinq ou six semaines qui suivent la blessure de l'œil, dix, vingt, trente et même quarante ans après un traumatisme oculaire l'œil sain peut encore être sympathisé,.
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On discute encore la pathogénie de l'affection, c'est-à-dire le mécanisme du retentissement sur l'œil sain des désordres que présente son congénère. Deux théories sont en présence : la théorie ciliaire et la théorie de V ophtalmie migratrice. Les partisans de l'a théorie ciliaire attribuent aux nerfs ciliaires le rôle de voies de transmission soit d'une simple action réflexe, soit d'une névrite véritable. L'irritation porte sur les nerfs ciliaires, gagne le ganglion ophtalmique, s'en échappe par les racines sympathique et sensitive. Pour Reclus l'irritation est ensuite transmise au bulbe surtout par la racine sensitive, c'est-à-dire par le trijumeau, puis de là elle se réfléchit sur les nerfs vaso-moteurs de l'œil opposé dont elle trouble la circulation et la nutrition. Rien d'étonnant par suite à ce que le point d'arrivée, comme le point de départ de l'acte réflexe, se trouve de règle dans la région ciliaire. Cet acte nerveux, d'essence inconnue, que l'on qualifie de réflexe, satisfait l'esprit comme explication des simples désordres fonctionnels; mais, lorsque surviennent dans l'œil sympathisé des désordres anatomiques, il parait à certains insuffisant pour causer leur venue. Il y aurait alors transmission de l'inflammation des troncs nerveux ciliaires : la névrite d'abord ascendante remonte jusqu'au bulbe par la voie du trijumeau, puis grâce aux fibres commissurales des noyaux bulbaires elle devient descendante sur le trijumeau et les ciliaires du côté sympathisé.
A côté de cette théorie de la névrite propagée d'une région ciliaire à l'autre, mérite de trouver place l'opinion de Meyer qui, admettant dans l'œil sympathisé la présence de germes inoffensifs jusque-là grâce à l'intégrité des tissus, invoque comme cause de leur nocivité accidentelle le désordre réflexe de l'innervation. L'irritation réflexe jouerait ici un rôle analogue à celui que possède, par exemple lors de l'éclosion d'une pneumonie, le trouble de l'innervation dû au refroidissement. Reste, il est vrai, à démontrer celte nouvelle hypothèse, la préexistence des microbes dans l'œil sympathisé.
Les partisans de la théorie dite de Y ophtalmie migratrice pensent que les nerfs optiques ou plus exactement leurs gaines lympathiques avec leur anastomose au chiasma permettent aux microbes de passer de l'œil sympathisant dans l'œil sympathisé. Ils ont modifié l'idée ancienne de la transmission du mal par l'intermédiaire même des nerfs optiques, la transmission par névrite optique, opinion qui a dû être abandonnée en raison de la rareté des désordres constatés au niveau de la papille de l'œil sympathisé et aussi par suite de cette considération que le nerf optique de l'œil sympathisant est généralement atrophié, parfois depuis longtemps, lorsque apparaissent les accidents sympathiques; on l'a même trouvé rompu. Ces mêmes remarques mériteraient d'être signalées comme objections à la perméabilité des gaines lympathiques. En outre cette théorie de l'ophtalmie migratrice rend difficilement compte de