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OPHTALMIE SYMPATHIQUE

l'absence chez l'homme d'infection du sac lympathique intracrànien par le passage des microbes au niveau du chiasma, accident que signale Deutschmann dans ses expériences sur le lapin. A ces expériences, du reste, on a avec raison objecté que, si chez le lapin l'introduction de matières infectieuses dans un œil suffit pour sympathiser son congénère, jamais chez l'homme les suppurations intraoculaires n'ont amené pareil résultat, on remarque même que les plaies de l'œil suivies d'une abondante suppuration ne prédisposent pas à l'ophtalmie sympathique. Les nerfs ciliaires sont alors détruits, disent les partisans de la théorie ciliaire et par suite l'acte réflexe devient impossible. De son côté la théorie de l'ophtalmie migratrice avance que l'inflammation a été trop violente, qu'elle a oblitéré les gaines et fermé le passage aux microbes.

Le diagnostic de l'ophtalmie sympathique, facile quand existent ses deux éléments caractéristiques : traumatisme de la région ciliaire d'un œil et irido-choroïdite de l'autre, devient particulièrement difficile quand l'œil sympathisant présente une vieille irido-choroïdite diathésique et que la même influence générale peut être invoquée, tout aussi bien que la sympathie, comme cause des accidents du second œil. Bien plus encore, dit Galezowski, les deux yeux étant atteints d'altérations purement diathésiques, il peut se faire que l'un d'eux joue par rapport à l'autre un rôle sympathisant et l'empêche de guérir. Si l'œil supposé sympathisant a perdu toute vision, la difficulté diagnostique importe peu, car le sacrifice de l'organe inutile et peut-être malfaisant est tout à fait légitime.

Par contre, on comprendra quelles hésitations sont permises, quand l'œil dit sympathisant conserve encore une certaine acuité visuelle. Il faut alors tenir compte des allures anormales de l'affection, des oscillations qu'elle présente dans l'œil le moins compromis et qui paraissent être sous l'influence des oscillations analogues subies dans l'autre œil; enfin le peu de succès d'un traitement d'ordinaire efficace mérite encore d'attirer l'attention sur la possibilité d'un état sympathique.

Lorsqu'il s'agit de simples troubles fonctionnels, il y a lieu d'examiner les conditions multiples qui peuvent provoquer le larmoiement, la photophobie, l'asthénopie et, en particulier, on examinera l'état de la réfraction oculaire, de l'appareil lacrymal, voire aussi de la muqueuse nasale, des dents.... La persistance, l'intensité, la résistance aux agents théra-s peutiques autorisent ce diagnostic de désordres fonctionnels sympathiques, que devra corroborer l'examen de l'œil soupçonné sympathisant.

Le traitement de l'ophtalmie sympathique s'adresse surtout à l'œil sympathisant. A titre de traitement préventif, l'énucléation est légitime (Warlomont) : 1° quand un œil vient à être détruit par une cause

traumatique et que tout espoir d'y voir subsister ou revenir un degré de vision utile est perdu, surtout s'il existe des raisons de croire que le globe blessé recèle quelque corps étranger ; 2° quand un œil perdu par une cause locale, traumatique ou autre, ou quand le moignon, qui en reste, présente une sensibilité continue ou intermittente, un état inflammatoire aigu ou chronique, s'il est le siège d'un corps étranger ou d'un cristallin crétacé en faisant office.

Lorsque, à la suite d'une blessure, l'œil atteint conserve encore un certain degré de vision, toujours en prévision d'accidents sympathiques, il convient d'apporter un soin particulier à la désinfection de la plaie, à la réduction ou à l'excision des enclavements iriens, à l'extraction du cristallin luxé.

Lorsque l'affection a éclaté, l'énucléation de l'œil sympathisant s'impose si cet œil est aveugle, inutile ou malade. Mais quand il conserve un certain degré de vision, alors la conduite à tenir est délicate; il faut mettre en balance l'acuité visuelle de l'œil sympathisant et les désordres de l'œil sympathisé. Une diminution relativement peu considérable de la vision du premier et des troubles fonctionnels peu graves de son congénère contrindiquent toute opération. Autrement, si la vision de l'œil sympathisant est meilleure que celle de l'œil sympathisé, il convient encore d'agir, d'enlever le premier, pourvu toutefois que dans le second il n'existe pas une irido-choroïdite plastique ; alors en effet, l'énucléation offre trop peu de chances d'enrayer la maladie pour que Ton diminue encore le peu de vision qui reste au malade. En pareil cas, et môme comme complément de l'énucléation, en cas d'irido-choroïdite séreuse, on attaque l'inflammation oculaire par les injections sousconjonctivales de sublimé, par les frictions générales mercurielles, les applications chaudes prolongées sur l'œil sympathisé et les instillations répétées de duboisine ou d'atropine. Enfin le sulfate de quinine sera utile pour combattre les douleurs, s'il en existe.

A l'énucléation on a voulu substituer, aussi bien dans le traitement curatif que préventif, diverses opérations, par exemple l'exentération dans le but de laisser au malade un moignon plus favorable pour le port d'un œil artificiel. Cette opération, comme la névrotomie opto-ciliaire et la résection du nerf optique, n'offre pas l'efficacité de l'énucléation qui, il faut bien le reconnaître, ne prévient et n'arrête pas toujours les accidents sympathiques.

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