II. - INNERVATION DE L'APPAREIL MOTEUR OCULAIRE
A propos de l'innervation de l'appareil moteur oculaire, il convient de signaler d'abord l'existence de régions oculo-motrices dans l'écorce cérébrale et dans le mésocéphale, puis de décrire les divers troncs nerveux qui vont se distribuer aux muscles précédemment étudiés.
Région oculo-motrice cérébrale. — A la base de la première frontale et s'étendant en partie sur la seconde chez le singe (ce qui chez l'homme correspond à une zone disposée de haut en bas en avant de la circonvo-
lution frontale ascendante et arrivant jusqu'au voisinage de la scissure de Sylvius), se trouve une région dont l'irritation provoque : V élévation des paupières, la dilatation des pupilles et la déviation conjuguée des yeux avec rotation de la tête du côté opposé. Une faible excitation ne provoque que Télé vation des paupières et, à mesure qu'elle s'accentue, les autres mouvements se produisent dans' Tordre indiqué. D'après quelques observations cliniques, certains auteurs admettent que ce centre oculo-moteur se subdivise en trois centres secondaires : l'inférieur aflecté aux mouvements associés d'élévation des globes oculaires, le supérieur aux mouvements d'abaissement, le moyen aux mouvements de latéralité Quelques physiologistes avec Landouzy sont encore portés à admettre que le centre de l'élévation de la paupière supérieure occupe le pli courbe; mais, comme la blépharoptose n'accompagne pas fatalement les lésions de ce pli, la relation de cause à effet entre ces deux phénomènes et la localisation présumée de ce centre moteur ne sauraient être encore acceptées.
D'après Sauvineau, étant donné que les mouvements de l'œil sont d'ordre essentiellement réflexe, la nécessité d'un centre cortical n'est pas absolue, du moins d'un centre propre à chacun des muscles.
Récemment Knies a admis qu'il existait pour le mouvement des yeux dans leur rapport avec les excitations soit visuelles, soit toutes autres, trois arcs réflexes. Le premier arc réflexe comprend les noyaux musculaires (dont il sera ultérieurement question) et lestroîs ganglions optiques primitifs (tubercule quadrijumeau antérieur, pulvinar et corps genouillé externe). Il préside aux mouvements conjugués involontaires, vu l'endroit approximatif d'où provient l'irrilation, sans que cette irritalion sensorielle ait nécessairement besoin d'être perçue. Le second arc réflexe va des trois ganglions optiques au centre visuel (écorce occipitale). Il sert pour les mouvements oculaires conjugués conscients et volontaires. Or, le centre visuel est, par des fibres d'association, en rapport avec les autres parties des couches corticales, et par là, les impressions visuelles peuvent provoquer des mouvements volontaires de tous les autres muscles, de même que les impressions des autres sens peuvent provoquer les mouvements associés des muscles oculaires. Tous ces mouvements oculaires, provoqués dans ce troisième arc réflexe par des impressions de tous les autres sens, sont des mouvements raisonnes.
Voici comment s'accomplirait alors l'acte physiologique : une irritation lumineuse affecte un point de la rétine et est transmise par le nerf optique aux cellules des ganglions optiques primitifs, puis de là au centre visuel cortical (côté opposé), dans lequel elle se distribue (si l'irritation est suffisamment forte à tout ce centre visuel). De ce point cortical, l'excitation est réfléchie sur les noyaux musculaires, et les mouvements des muscles des yeux se produisent. Tous les mouvements oculaires, dont
l'innervation provient du centre visuel au delà des noyaux musculaires,
sont conjugués et binoculaires. Les troubles produits par des affections centrales doivent donc être aussi binoculaires et conjugués.
En résumé, le centre optique de Técorce du cerveau, la zone visuelle de Técorce occipitale est non seulement le centre sensoriel pour les impressions lumineuses, mais encore le centre moteur cortical
Fig. 377.
Origines et rapports des noyaux des nerfs bulbaires (face postérieure du bulbe et de la protubérance).
a, rênes de la glande pinéale; — 6, glande pinéale; — c, commissure postérieure; — F, flèche passée dans l'aqueduc de S) Ivius; — V, xahule de Vieussens; — Q, tubercules qiiadrijumcaut ; — P, pédoncules cérébelleux supérieurs;
— P* pédoncules cérébelleux moyens; — R, pédoncules cérébelleux inférieurs (corps restîformes); — Pi, pyramides postérieures; — W, verrou ; — 1,1, valvule de Vieussens et valvule de Tarin déchirées; — 3, noyau de l'oculo-moleur commun ; — 4, noyau du pathétique; — 5, noyau du trijumeau; — 6, noyau commun à l'oculomoteur externe et au facial (eminentia teres);
— 7, noyau propre au facial; — 8, nerf facial;
— 9, racine postérieure de l'acoustique; — 10, sa racine antérieure; — 11, noyau de l'hypoglosse; — 12, noyau des nerfs mixtes, glossopharyngien. pneumogastrique el spinal; — 13, nerf acoustique; — Ï4, baguette harmonique de Bergman n.
Fig. 378.
Origines et rapports des noyaux des nerfs bulbaires (coupe sagittale idéale du bulbe et du pont de Varole).
Bu, bulbe ; — Po, protubérance annulaire ; — M, moelle épinière; — P, pyramides antérieures; — 0, olive supérieure; — C. C, cervelet; — a, a, toit du quatrième ventricule (voiles médullaires antérieur et postérieur); — 6, plancher du quatrième ventricule; — 3, noyau de roculo-moteur commun (origine réelle); — 5, noyau moteur du trijumeau et 5\ noyau sensitif du même nerf; — 6, noyau commun moteur à l'oculo-moteur externe et an facial ; — 7, noyau du facial ; — 8, noyau de l'acoustique ; — 9, noyau moteur du glosso-pharyngien et 9', noyau sensitif du même nerf; — 10, noyau moteur du pneumogastrique, et 10', noyau sensitif du même nerf: — 11, noyau moteur du spinal, et 11*, noyau sensitif du même nerf; — VI, nerf moteur oculaire externe; — VU, nerf facial.
pour les mouvements oculaires conscients, volontaires, provoqués pat des impressions visuelles.
Région oculo-motrice dumèsocéphale. — La région oculo-motrice du mésocéphale comporte les noyaux d'origine des nerfs moteur oculaire commun (IIIe paire), pathétique (IVe) et moteur oculaire externe (VIe). Le centre d'origine du moteur oculaire commun (IIIe paire) est représenté par une colonne de cellules nerveuses allongées sous le plancher de l'aqueduc de Sylvius, dont elle est séparée par une légère couche de substance grise. Cette colonne comprend un nombre de centres secondaires égal à celui des branches du nerf moteur oculaire commun qui se rendent à la musculature extérieure de l'œil. Leur ensemble constitue le noyau principal de la troisième paire (voir fîg. 393). En avant de lui, se trouve, au-dessous du plancher du troisième ventricule, un second groupe cellulaire qui préside à l'innervation des filets de la musculature intérieure de l'œil. L'ordre dans lequel s'échelonnent ces différents centres est encore discuté, et schématiquement on peut les grouper ainsi d'après Kohler et Pick, qui ont modifié un peu le schéma donné par Henscn et Wœikers.