‹ Traité élémentaire d'ophtalmologieChapitre 379 sur 443 · CHAPITRE CXXXIX TUMEURS DES VOIES LACRYMALES · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXXXIX TUMEURS DES VOIES LACRYMALES

On a décrit (Desmarres, E. Paul) des polypes des conduits lacrymaux, que certains auteurs considèrent comme de simples bourgeons charnus faisant hernie à travers les points lacrymaux. Développés aux dépens de la muqueuse du canalicule à la suite de conjonctivites purulentes ou granuleuses, ces petits polypes sont lobules, de couleur rougeàtre et de la grosseur d'un grain de millet ou de chènevis. Un coup de ciseaux suffît pour les enlever ou parfois il est utile d'inciser le canal lacrymal pour mettre à nu leur point d'implantation et le toucher avec le crayon de nitrate d'argent ou le galvano-cautère.

Gomme autre tumeur des canalicules lacrymaux, l'on pourrait citer les granulations, qui, dans certains cas de conjonctivite granuleuse, en envahissent la muqueuse et lui font subir les transformations habituelles, fongueuse puis fibreuse, d'où le rétrécissement et même l'oblitération du canal. Il importe dans ces cas d'inciser de bonne heure le canalicule dans toute sa longueur, afin de permettre aux agents médicamenteux employés contre la conjonctivite générale d'agir sur cette localisation particulière de l'affection.

Dans le sac lacrymal on observe parfois aussi des petites tumeurs pédiculées, véritables polypes. Ici encore il ne s'agit que de bourgeons charnus, lorsque la lésion survient, comme cela se voyait autrefois après le port prolongé de la canule de Dupuytren. Lorsque la tumeur s'est développée spontanément elle présente une grande analogie avec les polypes des fosses nasales. D'apparence verruqueuse, parfois nettement pédiculée, la tumeur remplit le sac lacrymal et provoque les signes du catarrhe du sac, puis, lorsqu'elle l'a distendu, ceux de la tumeur lacrymale. Le diagnostic différentiel est souvent difficile, car le doigt peut éprouver par la pression sur la paroi antérieure du sac lacrymal une sensation de mollesse et d'empâtement élastique ou de résistance véritable ; d'autre part, il ne chasse rien par les points lacrymaux ou fait seulement refluer une faible quantité de muco-pus. L'incision de la paroi extérieure fixera le diagnostic et permettra d'en cureter le con-

tenu, puis, si on le juge à propos, de toucher avec le galvano-cautère les points malades de la muqueuse.

A côté de ces tumeurs développées dans le sac lui-même doivent trouver place celles qui, par propagation des régions voisines, intéressent cette cavité et le canal nasal. Il s'agit alors d'exostoses des os de la face qui compriment ou obstruent les voies lacrymales, de polypes fibreux des fosses nasales qui envahissent l'orbite en détruisant sa paroi interne. Les tumeurs malignes parties de la pituitaire, les sarcomes, poussent des prolongements par le canal nasal jusque dans le sac où elles en imposent pour un polype ou une tumeur lacrymale, erreur de diagnostic dont on se mettra à l'abri par l'examen de la fosse nasale. Enfin répithélioma des paupières, en rongeant leur angle interne, gagne le sac lacrymal.

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