CHAPITRE GXLV TUMEURS DE L'ORBITE
Les tumeurs de F orbite, d'après Berlin, compteraient pour près de moitié (41 p. 100), dans les affections de celte cavité. Non seulement elles prennent naissance dans les parois orbitaires, mais encore elles peuvent n'être qu'une expansion de tumeurs implantées dans les cavités voisines. Leur évolution, quelle que soit leur nature, offrant certains caractères communs, il est favorable pour l'étude, d'y reconnaître trois périodes :
1° Pendant la première, le produit morbide est peu volumineux, il n'y a pas de déplacement du globe oculaire;
2° Bientôt la place manque, la tumeur tend à expulser les organes logés dans l'orbite;
3° Enfin, après avoir chassé tout le contenu de l'orbite, la tumeur fait saillie à l'extérieur.
Au point de vue des symptômes qu'elle provoque, la tumeur orbitaire au début, se révèle uniquement par des troubles fonctionnels intéressant plus particulièrement, suivant son siège initial, l'appareil moteur ou sensoriel de l'œil, les nerfs ou les vaisseaux de l'orbite. Plus tard, la présence de la tumeur est manifeste ; l'œil est dévié dans une direction opposée au point d'implantation du néoplasme, les mouvements oculaires sont plus gênés, il y a du ptosis ou de l'ectropion de la paupière inférieure ; des troubles variés accusent la compression du globe oculaire (amblyopie, photophobie, hypermétropie ou myopie...) ou du nerf optique (congestion péripapillaire, névrite). Enfin, la tumeur faisant saillie à l'extérieur, on en apprécie mieux que précédemment la forme, la consistance, la surface, la mobilité. Dans certains cas encore, l'examen direct des cavités voisines (fosse nasale, fosse canine, fosse temporale), l'étude des symptômes que provoque leur envahissement, ne doivent pas être négligés par le clinicien.
Si, comme division anatomique, on peut suivant leur siège classer les tumeurs de l'orbite en tumeurs du sommet, de la partie moyenne et de la base de la cavité orbitaire, classification intéressante au point de
vue symptomatique, cependant, les phénomènes qu'elles provoquent constituent un ensemble qui doit être étudié en bloc.
On note la gêne des mouvements de Fœil, due à la compression des filets nerveux ou des muscles, voire àleur destruction, ou encore causée par le déplacement du globe et la distension mécanique de son appareil moteur. De là un strabisme irrégulier.
La déviation de Vœil le plus souvent avec exorbitisme. L'exophtalmie est directe, parfois poussée au point que le globe s'échappe au delà de l'ouverture palpébrale ; ou bien l'exorbitisme est oblique, l'œil étant déplacé du côté opposé au point d'implantation de la tumeur.
Au bout d'un temps variable surviennent des troubles nutritifs de la cornée que ne protègent plus les paupières, d'où son ulcération, sa nécrose, sa perforation et la fonte purulente de l'œil.
La vascularisation des paupières se modifie, on y voit des veines dilatées ; parfois on y constate la présence d'artères, plus souvent de l'œdème cutané et sous-conjonctival.
Les douleurs tout d'abord s'annoncent comme une sensation de gêne, de pesanteur, de plénitude de l'orbite, puis tantôt elles acquièrent une intensité excessive en raison de la compression ou, mieux encore, de l'envahissement des troncs sensitifs par les productions malignes.
Les troubles visuels, indépendamment deceux qu'entraînent les désordres cornéens déjà signalés, sont multiples. De la diplopie résulte du déplacement de l'œil et de la gène de ses mouvements ; de l'hypermétropie ou de la myopie résulte de l'aplatissement ou de l'allongement du globe comprimé. La gêne circulatoire intra-oculaire, l'élongation du nerf optique que provoque la propulsion de l'œil, déterminent de l'amblyopie ou de l'amaurose.
Enfin, tôt ou tard, mais non fatalement, la tumeur orbi taire devient perceptible avec ses caractères physiques spéciaux.
Le diagnostic doit : 1° établir l'existence de la tumeur orbitaire et la différencier des affections avec lesquelles elle pourrait être confondue ; 2° déterminer Ja nature de la tumeur, son siège, son origine, ses rapports.
Tardivement, la tumeur sera perceptible à l'exploration directe; mais tout d'abord,; c'est la déviation de l'œil et l'exophtalmie, qui feront soupçonner son existence. Pas n'est besoin ici de discuter une erreur possible dans le cas d'exophtalmie par hématome ou emphysème, voire même dans le cas de maladie de Basedow. L'exophtalmie atonique, affection exceptionnelle, que les auteurs du Compendium attribuent à la paralysie plus ou moins complète des muscles de l'œil, se reconnaîtra à la facilité delà remise en place du globe oculaire.
La tumeur existe. Elle est inflammatoire, c'est un phlegmon, une ténonite, une périostite. Elle ne s'accompagne pas de phénomènes inflam-
matoires, alors elle est pulsatile ou non, c'est-à-dire c'est une tumeur vasculaire ou non. À noter ici la possibilité d'une erreur de diagnostic dans certains cas de cancers très vasculaires. Ni inflammatoire, ni vasculaire, le néoplasme est solide ou liquide, constatation parfois délicate, que confirme la ponction exploratrice. D'après Duplay, les tumeurs solides peuvent être dures, demi-dures ou molles; dures, il s'agit de tumeurs osseuses; demi-dures, elles feront penser au sarcome; molles, aux kystes dermoïdes* Elles sont réductibles ou non. La réductibilité caractérise l'angiome et les tumeurs variqueuses; la non-réductibilité, les kystes et les abcès.
Enfin, en plus du diagnostic propre de la tumeur elle-même, il convient de déterminer si les cavités voisines, en particulier la cavité crânienne, ne sont pas envahies par le néoplasme.
Comme classification des tumeurs de l'orbite, on peut accepter qu'il s'agit de kystes, de tumeurs solides ou de tumeurs vasculaires.