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CHAPITRE XXVI

ANOMALIES CONGENITALES

Les affections congénitales de la cornée résultent de modifications de transparence, d'épaisseur, de grandeur et de résistance de la membrane. Quoique prononcées elles peuvent être compatibles avec un état considéré comme normal ; c'est le cas en particulier des anomalies de courbure qui seront étudiées à propos des amétropies (myopie, hypermétropie, astigmatisme). Autrement, la cornée est réduite suivant tous ses diamètres ou au contraire son développement est excessif, mais en même temps il existe de la microphtalmie ou de la buphthalmie, états qui seront ultérieurement décrits. Par suite, dans le présent chapitre, trouveront place à côté des troubles de transparence — opacités cornéenneSy — les tumeurs dermoïdes qui, intéressant la cornée et la conjonctive, sont dites dermoïdes scléro-cornéens.

OPACITES CORNEENNES

Les leucomes cicatriciels, dus à des ulcérations survenues pendant la vie intra-utérine, laissés de coté, les altérations de transparence de la cornée sont partielles ou totales. Partielles, elles n'en occupent presque jamais le centre, mais plutôt le limbe où lorsqu'elles sont épaisses elles simulent un prolongement de la sclérotique dont parfois une bandelette bleuâtre les sépare. La partie centrale de la cornée, qui a conservé sa transparence, offre une étendue et une forme très variables, oblongue ou ovale, quelquefois triangulaire, jamais arrondie.

Si Fopacité est totale, la cornée présente une coloration crayeuse ou nacrée, quelquefois elle miroite comme une lame de porcelaine, ou bien elle prend une teinte bleu foncé. Sa surface est lisse, tapissée par un épithélium intact, un bord mal dessiné la sépare plus ou moins de la sclérotiqne. Tantôt les deux yeux, tantôt un seul sont touchés ; parfois les lésions congénitales sont différentes de l'un à l'autre.

Les troubles fonctionnels varient suivant l'étendue des opacités cor-

néennes et aussi les autres désordres (hydrophtalmie, amétropies) qui les accompagnent. La photophobie semble être la règle; d'ordinaire très marquée elle se révèle par les cris et les pleurs de l'enfant dès qu'on le met en face du jour. Quant à la vision elle peut, suivant les cas, être peu troublée ou nulle ; de même, le champ visuel présente un rétrécissement variable de forme.

Quand l'opacité est légère, elle peut disparaître en quelques semaines; mais le fait est rare, c'est ordinairement au bout de la première année que le tissu cornéen commence à s'éclaircir de la périphérie vers le centre. La transparence parfois redevient complète et comme le tissu s'amincit en même temps, chez certains sujets l'apparition d'un kératocône ou d'un kératoglobe à marche progressive peut entraver plus ou moins le retour de la vision.

Si quelques cas heureux permettent d'espérer un pronostic favorable, ce dernier doit être subordonné à l'étendue de l'opacité, et à la marche de l'affection.

Pour favoriser l'éclaircissement de la membrane on a conseillé : les compresses de flanelles imbibées d'une décoction chaude, le collyre d'atropine, et un traitement ioduré. Plus tard une iridectomie optique peut se trouver indiquée, ou il devient urgent de combattre par la paracentèse de la cornée et la sclérotomie, plutôt que par l'iridectomie, les désordres qui résultent de l'excès de tension oculaire.

Comme pathogénie de ces opacités congénitales on peut admettre l'arrêt du travail normal qui aboutit à donner à la cornée sa transparence physiologique ; mais pour certaines observations au moins l'on est porté à invoquer l'influence d'un état morbide, soit une kératite parenchymateuse intra-utérine, probablement syphilitique, soit encore une irido-choroïdite.

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