III. - CORPS ETRANGERS
Les cotys étrangers incrustés dans la cornée constituent la lésion la plus fréquente de cette membrane. Leur nature varie avec la profession des malades; ce sont des parcelles d'acier, de fer, de cuivre, chez les ouvriers qui battent les métaux ; des petits éclats de pierre chez les cantonniers, les maçons, les tailleurs de meules; des fragments de charbon chez les chauffeurs et les mécaniciens de chemins de fer; des grains de poudre chez les soldats ou les chasseurs; des débris de végétaux chez les cultivateurs, parfois encore des détritus d'animaux, ainsi de petites esquilles chez les bouchers. Cette différence de nature des corps étrangers : minéraux, végétaux ou animaux, mérite tout d'abord d'être signalée en raison des différences pronostiques qui en découlent. Les corps étrangers minéraux sont souvent inoffensifs et peuvent rester des années implantés dans la cornée sans provoquer de réaction, les végétaux causent presque toujours la suppuration, mais cette complication est moins grave que lorsqu'il s'agit de débris d'animaux.
A Faction contondante des corps étrangers s'ajoute parfois une brûlure due à sa haute température. Mais leur degré d'implantation dans la cornée tient surtout à leur puissance de choc. Les uns sont pour ainsi dire simplement déposés à la surface de la cornée, d'autres sont implantés dans la membrane de Bowmann, mais ils font encore saillie à l'extérieur; certains, enfin, sont enfouis dans l'épaisseur de la cornée (Yvert).
Les corps étrangers superficiels ont détruit la lame épithéliale et mis
à nu les extrémités nerveuses, de là une douleur vive, une réaction intense qui se traduit par de l'injection périkératique avec hyperhémie conjonctivale, hypersécrétion de larmes et spasme de l'orbiculaire; phénomènes qui peuvent persister quelque temps, même lorsque le corps étranger a été enlevé ou entraîné par les mouvements des paupières. Lorsque l'implantation est peu profonde, aux phénomènes réactionnels précédents s'ajoute une infiltration grisâtre de la cornée au pourtour du corps du délit. Toutefois, il est à remarquer que s'il a pénétré profondément, en particulier s'il est enfoui dans la membrane, le corps étranger peut être toléré d'une façon remarquable s'il est aseptique.
Avec une loupe et l'éclairage oblique, on arrivera à découvrir l'agent vulnérant, surtout si l'on examine la cornée sous diverses incidences, soit que l'observateur se déplace, soit que l'observé imprime des mouvements à son œil. Sans cet artifice, en effet, il peut être difficile de voir un corps étranger situé en face de la pupille ou devant un iris de couleur foncée.
Grâce à la cocaïne, l'extraction des corps étrangers de la cornée est devenue très simple. Parfois un barreau aimanté permet de les enlever ou facilite leur venue. Une aiguille à cataracte raclant la surface de la membrane pourra suffire, ou bien on creusera le tissu de la cornée autour du corps étranger, afin de se servir de la pointe comme d'un levier pour dégager une implantation profonde. Au besoin même on grattera les parois de la perte de substance laissée par le corps étranger pour la débarrasser des débris qu'il aurait pu y laisser. Dans quelques cas, aucune saillie ne permet à l'instrument d'accrocher le fragment implanté dans la cornée, on doit même craindre que les tentatives d'extraction ne le précipitent dans la chambre antérieure; aussi, avant de les entreprendre, il est indiqué d'introduire à travers la membrane une aiguille à cataracte, destinée à fournir un point d'appui en arrière du corps étranger. Autrement, si celui-ci est tombé dans la chambre antérieure, une ponction au niveau du limbe scléro-cornéen lui permettra d'être entraîné par l'humeur aqueuse ou d'être saisi avec une pince appropriée.
En général, ces extractions de corps étrangers ne laissent aucune trace, sauf s'il persiste quelques parcelles dans la plaie ou s'il est survenu à son niveau des accidents de kératite suppurative.