‹ Traite elementaire d'ophthalmoscopie, d'optométrie et de réfraction oculaire, rédigé conformément au système métrique et avec l'équivalence en pouces de ParisChapitre 54 sur 102 · LONGUEUR · texte numérisé non relu

LONGUEUR

focale en pouces.

PHESBYOPIE

d'.iprcs Mackonzic.

40 ans.

PRESBYOPIK d'après Donders.

48 ans.

Nous donnons ci-dessus le tableau de conversion des dioptries en pouces et en mètres, et en même temps la valeur de la presbytie aux différents âges, en dioptries et en pouces d'après Makenzie et Donders.

Revenons maintenant aux applications des formules cidessus, et supposons que nous ayons une lentille L (fig. 82)

rig. 8-2.

qui fait converger au point K, un rayon parallèle R venant de l'infini, ou qui rend parallèle un rayon divergent venant de K, ce qui sera tout h fait la même chose.

Si le point K est à 6 mètres de la lentille, la force refrinoente de celle-ci sera exprimée par 1/6 de dioptrie ou 0M66 nuisque la lentille 6 fois plus forte, ou 6^ aurait son foyer [ 1 mètre de distance. Maintenant, si nous voulons ramener le point K en K', situé à 3 mètresde L,il nous faudra substituer à la lentille L une autre ayant deux^fms plus de force et ayant pour valeur 1/3 de dioptrie ou 2/6, qu. égalent 00 333. Mais si nous voulons laisser la lentille L, .1 faudra évidemmeut eu ajouter une autre L' moins forte V^^^^^^^ nuantité 1 /6 puisque la première a dejàprodui 1/6 de convergence ce a revieitdonc à soustraire 1/6 de l/3,ce qui donne gence, ceiaie 0^,167, ce qui

1/6; ou, en dioptries, U«,3dd — u ,iuu , , m

renrésente bien 1/6 de dioptrie.

le môme calcul s'appliquera,! à loul aulre cl,a„ge,«e^t ,l„ero,ivoudrail opérer sur le poiulK. Celle ileraonslraUon

rond parfaitement compréhensible la formule de l'accommodation,

dans laquelle ^ représente la lentille additionnelle!' 5 4" la

puissance réfringente totale de l'œil accommodé; ^la puissance normale à l'état de repos. Dans cette expression si ^ reste constant, deviendra d'autant plus grand que ^deviendra plus petit, c'est-à-dire que le punctum remotum sera plus éloigné. Lorsque ce point sera à l'infini, égalera-^ et l'on aura :

Mais au-delà de l'infini deviendra une quantité négative, et, pour l'hypermétropie, la formule ci-dessus deviendra :

Cela se comprend facilement, puisque les rayons parallèles forment naturellement leur foyer au-delà de la rétine et qu'il faut pour les y ramener un effort d'accommodation exprimé par le degré de l'amétropie. Cet effort d'accommodation, qui n'est destiné qu'à percevoir les rayons parallèles, doit donc s'ajouter à l'effet convergent qu'exerce l'œil pour amener sur la rétine les rayons divergents depuis le parallélisme jusqu'au /jujîchtîîi proximum.

Dans la figure précédente, nous avons compté la distance à partir d-u centre optique 0, et pour que la lentille additionnelle L' de 1/6 de force réfringente ramenât le point K en K', il faudrait théoriquement que son centre optique 0' coïncidât avec 0; en un mot, il faudrait que la lentille L s'ajoutât à elle-même la lentille L'. En pratiq<ic, cela n'est

pas possible, car il n'y a pas de lentille sans épaisseur, comme on les considère en Ihéorie. Mais dans l'œil il n'en est pas de même. Nous savons que le centre opiique de cet organe est situé dans le cristallin très-près de sa face postérieure. Or, dans l'accommodation, c'est la face antérieure de cette lentille qui diminue de rayon de courbure et qui lend à avoir la même convexité que la face postérieure, cas dans lequel le centre optique se trouverait au milieu de l'épaisseur du cristallin. Mais dans l'accommodation maximum le rayon de courbure de la face antérieure du cristallin diminue à peine de 2 millim., il reste donc toujours plus grand que le rayon de la face postérieure et, par suite, le centre optique reste plus près de la face postérieure que de l'antérieure. Du reste, en raison du peu d'épaisseur de la lentille cristallinienne, ce point varie fort peu et peut nous servir de point de départ pour compter les distances P et R du point le plus proche, p, et du point le plus éloigné, r, de la vision distincte. Il jouit encore d'une autre propriété : tous les rayons lumineux qui y passent ne sont pas déviés, continuent leur marche rectiligne dans l'œil et sortent parallèlement à leur direction initiale. Il suit de là qu'il est très-facile de construire l'image rétinienne. Connaissant la distance de ce point à l'objet et à la rétine, il suffira de mener des lignes droites de chacun des poinis de l'objet vers le centre optique de l'œil, et leur intersection avec le plan de la réline donnera la grandeur et la forme de l'image (1).

Nous reviendrons plus tard avec détail sur ce sujet, que nous ne faisons que signaler en passant, et nous allons

(1) Le caraclcre élcmenlairc de cet ouvragB nous cmpôche de donner les formules exactes qui servent à la construction dos images données par un système convergent. C'est pour cela que nous ne parlons ni des points principaux ni des points nodaux et que nous admettons simplement un centre oi)liquc.

AMPLITUDE ET PARCOURS DE L'ACCOMMODATION. i77

maintenant donner une explication pratique sur l'emploi de la formule de l'amplitude de l'accommodation dans tous les cas, que l'œil soit emmétrope myope ou hypermétrope.

Soit un œil emmétrope, (fig. 83) à l'état de repos. Les rayons parallèles venant de r, ou de l'infini, viendront former leur foyer sur la rétine en m, naturellement et par la

Fig. 83.

seule puissance des milieux réfringents. Soit maintenant un point p situé à 5 pouces au-devant d'un œil accommodé pour l'infini. Les rayons qui en partiront seront divergents, et, si l'œil reste au repos, ils iront former leur foyer à une certaine distance derrière la rétine, en m', par exemple. Mais pour que de tels rayons viennent former leur foyer en m, il suffira de placer contre l'œil une lentille de 5 pouces de foyer, ou bien la lentille L de 4 pouces de longueur focale à 1 pouce de la cornée et à 4 pouces de p, qui rendra parallèles les rayons divergents venant de son foyer p. Si le point p était à 10, 20, 50, X pouces, la lentille additionnelle devrait avoir pour distance focale 10, 20, 50, x pouces; et si x égale oo , le rayon de courbure de la lentille égalera aussi oo , c'està-dire que ce sera un verre plan ou neutre et, par conséquent, sans aucun effet convergent.

Dans tous ces cas l'œil continuera de rester au repos, car les rayons incidents qui émergeront de la lentille additionnelle seront encore parallèles et se réuniront sur la rétine.

Or, si nous supprimons les lentilles additionnelles, et que les rayons forment quand même leur foyer en m, c'est que l'œil leur fera subir un changement de direction tel qu'ils sembleront venir de r, et pour cela, il sera obligé de suppléer la lentille convergente L et d'en faire l'office. Mais cet effort d'accommodation sera précisément égal à celui que produisaient auparavant les lentilles additionnelles pour les diverses distances, il sera donc exprimé par une fraction ayant la distance de p pour dénominateur, puisque nous savons que la force d'une lentille est inversement proportionnelle à son rayon de courbure.

Il est convenu que l'unité peut être une quantité arbitraire, mais qui doit être toujours la même pour la longueur focale de la lentille et pour la distance du point p. Exemple : le point p est à 12 pouces; la lentille additionnelle, ou l'effort d'accommodation, aura aussi pour expression 1/12, c'est-à-dire une longueur focale de 12 pouces. Le point p est à 12 centim. ou 12 mètres; la distance focale de la lentille additionnelle sera également de 12 centim. ou 12 mètres.

Ceci nous fournit donc un moyen extrêmement simple pour calculer l'amplitude de l'accommodation. Si l'œil est emmétrope, il sera au repos pour les rayons venant de l'infini. Dans la formule précédemment citée ~ égalera 0, et dès loi-s nous aurons pour l'amplitude de l'accommodation

 ~ p ' oo "~ p

Si l'œil est myope, il sera accommodé naturellement pour des rayons divergents venant d'une certaine dislance qu'indiquera précisément le degré de la myopie. Tins cette distance sera courte, plus la myopie sera forte. Depuis 1 infini jusqu'à cette distance, cet œil n'aura donc aucun effort d accommodation à faire; aussi, ce ne sera qu'à partir de ce

point que nous commencerons à la compter. Alors -j^ marquera en même temps que celte distance la divergence naturellement vaincue par l'œil myope depuis l'infini jusqu'à ce point, et qu'on devra retrancher de j^' La formule ci-dessus deviendra donc pour la myopie :

l'unité de distance pour A, P et R restant toujours identique.

- Si l'œil est hypermétrope, nous avons déjà dit qu'il fallait ajouter à -p- la quantité qui exprime le degré de l'hypermétropie, c'est-à-dire la force de la lentille négative nécessaire pour ramener au parallélisme les rayons convergents qui forment naturellement leur foyer sur la réline, ou ce qui revient au même, la force de la lentille qui donne aux rayons parallèles la convergence nécessaire pour la formation de l'image sur la réline ; en effet, l'hypermétrope, pour percevoir les rayons parallèles, est déjà obligé de faire un effort d'accommodation exprimé par le degré de son hypermétropie. Son amplitude d'accommodation. est donc :

formule dans laquelle exprime le degré de l'hypermétropie. Si celle-ci égale 1/12 et que l'unité soit le pouce, les rayons parallèles pour être perçus devront prendre la direction convergente qui leur est donnée par une lentille de 12 pouces de foyer; ce sera donc l'effet de cette lentille que l'accommodation devra d'abord produire pour percevoir les rayons parallèles, et, à partir du parallélisme 'jusqu'au ipomlp, la quantité à ajouter sera la même que nous avons indiquée pour l'œil emmétrope.

Dans tout ce qui précède, nous avons supposé nulle la

m oPTOMÈruEs.

dislance de la lentille additionnelle L au point nodal K, pour la facilité de la démonstration; cependant, en pratique, il n'en est pas ainsi et l'on doit en tenir compte. Dans la ligure 83 nous avons vu que la lentille L donnait aux rayons venant de p, distant de 4 pouces de la lentille, une direction parallèle; mais en réalité le point p est un peu plus éloigné du point nodal K, de toute la distance qui sépare ce point du centre optique de la lentille L, c'est-à-dire d'un pouce environ. On désigne habituellement par recette quantité. Dans l'exemple précédent, l'effort d'accommodation qui remplacera la lentille 1/4 ne sera en réalité que 1/5, c'est-àdire équivalent à une lentille positive de 5 pouces de foyer, puisque le point p est à 5 pouces de l'œil.

Pour l'œil myope, c'est tout le contraire : le punctum remotum donné par la lentille divergente est compté à partir de la lentille. Il est donc en réalité plus éloigné de toute la distance qui sépare la lentille de l'œil, et R doit être augmenté de cette même quantité, ce qui augmentera d'autant j^'

§ 6. — Bétorniînation pratique du punctum remotuni et du punctum proxîmum. — Optomctres.

La formule qui donne l'amplitude de l'accommodation, étant connue, il nous reste à savoir comment on peut déterminer pratiquement la situation des points r et p. Cela est très-facile. Nous avons vu que les efforts de convergence s'accompagnaient toujours d'un certain degré d'accommodation; il nous faudra alors prendre des lignes visuelles parallèles ou presque parallèles, et, pour, déterminer le punctum remotum, nous ferons fixer avec les deux yeux ouverts un objet distant d'au moins 5 ou 0 mètres et suffisamment petit. Au lieu d'un objet nous pourrons employer des lettres alphabétiques ou des groupes de lignes

OPTOMÈTRKS. 181

noires verlicales d'une épaisseur de 3 à 5 millimètres et distantes les unes des autres d'une quantité égale à leur épaisseur. A l'œil nu, et avec une acuité visuelle normale, on distingue très-nettement ces lignes. Si le sujet ne les voit pas bien on fait passer devant ses yeux un verre concave et un verre convexe faibles, l'ancien numéro 30, par exerriple, ou le numéro 1 métrique actuel, et l'on demande quel est celui des deux qui produit de l'amélioration. Ceci étant connu, on augmente graduellement la force de ce verre et l'on s'arrête au verre concave le plus faible ou au verre convexe le plus fort, avec lequel le malade voit aussi bien. Ce verre indique le degré de l'amétropie, et sa distance focale la distance du puncluin remotum, en faisant toutefois la correction de x, que nous avons indiquée plus haut.

Si la vue n'est pas améliorée par les verres concaves ou convexes et que le sujet distingue parfaitement les petites lettres ou les petites lignes, il s'agit d'un emmétrope et le punctum remotum est à 5 ou 6 mètres ou à l'infini.

Si la vue est nette et distincte à 6 mètres et qu'avec l'emploi des verres convexes elle continue d'être aussi bonne, nous avons affaire à un hypermétrope, et le verre le plus fort qu'il pourra employer sans que sa vue diminue, nous donnera le degré de son hypermétropie manifeste. Nous verrons plus loin, quand nous traiterons spécialement de cette anomalie, les diverses sortes d'hypermétropie.

Lorsque le sujet verra nettement à la distance de 5 ou 6 mètres les caractères dont la grandeur correspond à une bonne acuité, il ne faudra pas se hâter de dire qu'il est emmétrope et essayer toujours des verres convexes; car, chez les enfants surtout, on serait exposé à laisser passer inaperçues maintes hypermétropies d'un assez haut degré.

Lorsque l'acuité visuelle sera diminuée, le sujet pourra ne distinguer à 5 ou 0 mètres que d'assez grosses lettres • mais, s'il ne les voit pas aussi nettement avec les verres

AnjlAIG.VAC. A A '

182 OPTOMÈTRES.

il sera emmétrope; s'il les distingue aussi biea avec des verres convexes, il sera hypermétrope.

La détermination du punctum proximum s'effectue de plusieurs manières. La plus simple consiste à faire lire de fins caractères d'imprimerie et à noter la plus petite distance à laquelle ils peuvent être lus. Ce point sera le punctum proximum. On a construit pour le même eiîet des instruments spéciaux très-nombreux et très-variés, connus sous le nom iVoptomètres. Le plus simple de tous est l'oplomèlre à fils. Il se compose d'un petit châssis rectangulaire

OPTOMÈTRES. ^ 183

fixé dans une boîte métallique. Si l'on écarte le châssis, le rubaij se déroule en tendant le ressort; si on le rapproche, la force du ressort l'ail enrouler le ruban sur le tambour, de sorte qu'on a à chaque instant l'écartement de ces deux parties. Si maintenant on applique le tambour à la tempe du sujet et qu'on éloigne le châssis peu à peu jusqu'à ce que les fds paraissent avec des contours nets, ce point nous indiquera le punctum proximum et le chiffre marqué près du tambour nous donnera sa distance. L'envers du ruban pourra indiquer en même temps le numéro approximatif du verre qui corrige la presbyopie ou l'hypermétropie dont le punctum proximum est à ce point.

On peut varier la forme de cet instrument sans en changer le principe;. M. de Graife remplace le ruban par une tige d'acier graduée sur laquelle glisse le châssis et qui se termine par un bouton qu'on appuie sur le front du sujet. On éloigne le châssis jusqu'à ce que les fds soient vus nettement; on note cette distance, et, si l'on veut, on continue d'éloigner le châssis jusqu'à ce que les fds commencent de nouveau à devenir confus. Ce second point indique la limite de ce qu'on appelle la vision dislincle.

M. Hasner remplace la grille par une plaque percée de petits trous ayant un millimètre de diamètre environ. Tant que la plaque est dans l'étendue d'accommodation les trous paraissent distincts et séparés, mais dès qu'on dépasse les limites de l'accommodation, ces trous empiètent les uns sur les autres et ne sont plus vus distinctement.

Si on ne veut pas faire l'achat d'un instrument spécial, une expérience bien simple cl bien ancienne, puisqu'elle date de 1019, due à Schciner, peut encore nous fournir un optomètre excellent avec lequel le précédent oiïre, comme on va le voir, une bien grande analogie. On perce dans une carte avec une aiguille deux, trois, ou plusieurs petits trous, contenus dans un espace égal ou inféi'ieur à la

18i ^ OPTOM ÊTRES.

dimension de la pupille, et, plaçant la carte contre la cornée ou aussi près que possible, on observe un petit objet, une tète d'épingle, par exemple, à travers les trous d'aiguille qui donnent la sensation d'une ouverture unique.

Si l'épingle est plus rapprochée de l'œil que le punctum proximura, enverra autant de têtes d'épingle qu'il y aura de trous. Cela est facile à comprendre : l'objet étant placé au point le plus rapproché de la vision distincte, ce point se trouve au foyer conjugué de la réline; dès lors tous les faisceaux lumineux qui en partent ont une divergence telle, que les trous d'épingle se trouvent sur leur trajet el ne gênent en rien la formation d'une image unique sur la rétine. C'est pour cela qu'en ce point, on ne voit qu'une seule épingle. Mais si l'objet est placé plus près de l'œil que le foyer conjugué de la rétine, lorsque l'œil est à son maximum d'accommodation, il en résulte que l'image de l'objet va se former au-delà de cette membrane, mais les faisceaux lumineux parlant de l'objet sont séparés par les trous d'aiguille et chacun d'eux va former au fond de l'œil un petit cercle de diffusion qui donne une image séparée et plus ou moins confuse de la tète d'épingle.

Chacune de ces impressions isolées sera donc perçue par la rétine comme si elle était sur le prolongement du rayon allant de l'image au centre optique, et extériorisée par le sensorium comme une image distincte. Soit dans la figure 85 un œil accommodé pour une distance plus grande que celle de l'objet a. Les faisceaux lumineux qui partiront de ce point passeront par les deux ouvertures b et c de la carte et iront se fusionner en une seule image en d. Mais ils rencontreront sur leur trajet la rétine en i et i' où ils formeront un petit cercle de diffusion el par suite une image peu dislinclc. D'après le principe de direction que nous avons déjà vu, nous savons que la reline rapportera en c' l'image i', et en b' l'image /, sur le prolon-

OPTOMÈTRES. 185

gement des axes optiques secondaires %'c\ ib'. Nous pouvons nous en convaincre en fermant alternativement le trou b et le trou c : dans le premier cas ce sera l'image b\

Fis. 83.

située du même côté qui disparaîtra; dans le second, ce sera l'image c'.

Si le sujet est myope naturellement, ou artificiellement au moyen d'un verre convexe, son punctum remotum

Fij-. 80.

sera plus ou moins rapproché de l'œil. Dans ce cas, si nous plaçons un objet a (fig. 86) au-deLâ de ce point,'les faisceaux lumineux qui en partiront traverseront comme précédemment les trous de la carte, mais ils formeront leur image en d, en deçà de la rétine, et iront en divergeant traverser cette membrane en i et i' où se forme-

186 OPTOMÈTRES.

ront des images diffuses mais distinctes. Il faudra qu'il en soit ainsi, puisque dans cet état d'accommodation de l'œil le foyer conjugué de la rétine se trouve entre la cornée et le point a. Par suite, tout autre point, tel que a, ou plus éloigné, formera son foyer conjugué d'autant plus en deçà de la rétine que sa distance sera plus considérable. Il résulte de tout cela que la rétine sera impressionnée par l'image i comme si elle venait de c', sur le prolongement de l'axe ic'; et par l'image i', comme si elle venait de b' situé sur le prolongement de l'axe i'b'. En fermant l'ouverture b on fera disparaître l'image i' en fermant l'ouverture c, ce sera l'image c' qui cessera d'être vue.

Ces expériences peuvent donc servir à détermmer le punclum proximum et le punctum remotum, et par suite l'amplitude et le parcours de l'accommodation, comme nous allons le voir dans un instant.

On peut encore simplifier l'expérience en regardant tout simplement la carte percée et en mesurant la plus petite distance à laquelle les trous sont encore vus séparément. Ce sera le punctum proximum. La plus grande distance chez le mvope, nous donnera le punctum remotum.

Notons," en passant, que si on ne se sert que d'un œil à la fois, on trouvera le punctum proximum un peu plus éloi-né qu'il ne l'est en réalité, et si la convergence intervient et que le sujet fixe l'objet avec les deux yeux, ce point se rapprochera d'une certaine quantité, ce qui demontre en outre que le maximum d'accommodation ne peut être obtenu qu'avec le maximum de convergence, et réciproquement. , .

De Grœfe a donné une méthode très-ingenieuse pour mesurer l'amplitude de l'accommodation et reconnaître en même temps si l'œil est emmétrope, myope ou hypermétrope. Il conseille de placer devant l'œil que l'on veut examiner une lentille biconvexe de 6 pouces de foyer et de rechercher le

OPTOMÈTRES..

point le plus éloigné et le plus rapproché auquel le sujet peut lire le n° 1 des échelles typographiques de Jœger. Le rapport qui existe entre'ces points r' et p' est le même que celui qui existe entre les vrais points r etp, et il est permis d'exprimer d'après eux la puissance d'accommodation.

Supposons d'ahord, qu'avec la lentille de 6" r' = 6" et p' z= 3"; nous aurons alors :

ou, en dioptries,

dans ce cas, l'œil est normal et l'accommodation assez étendue. Mais si, en nous servant toujours d'une lentille de 6" de foyer, r' = 4" et p' = 3", nous aurons une étendue d'accommodation bien moindre :

ou, en dioptries,

et l'œil sera myope puisqu'il ne pourra recevoir que les rayons divergents sortant de la lentille de 6" de foyer, et venant de 4".

Si, au contraire, le sujet lit à 8" avec la lentille de 6" de foyer et en même temps à 4", il sera hypermétrope et

i ^ 1 i , /i 1\ 3 1 A 4 6"^V6 Sj ~ U — ~S

ou, en dioptries,

expressions dans lesquelles (1/6-1/8) ou (G-SS-i^SO) expriment le degré d'hypermétropie.

i — JL

188 OPTOMÈTRES.

C'est en s'appuyant sur cette donnée de de Grœfe que M. Badal, M. Perrin et autres ont construit leurs optomètres, qui, en définitive, ne sont que l'exécution pralique delà mé-

Fi^. 87.— Oplomùlro du Badal.

Ihode de de Graîfe. En effet, dans les uns comme dans les autres on produit une myopie artificielle assez forte, au moyen d'une lentille biconvexe, de façon à ce que le pouit r soit seulement à quelques centimètres de l'œil, en et

OPTOM ÊTRES.

comme la longueur focale de la lentille esl connue, la distance à laquelle il faudra placer un objet pour le voir nettement, soit plus près, soit plus loin que cette distance focale, et sans que l'accommodation entre enjeu, indiquera, au moyen des mêmes calculs que nous avons faits tout à l'heure, le degré de myopie ou d'hypermétropie du sujet, c'est-à-dire la distance de son punclum remotum.

La partie réellement originale de l'instrument de M. Badal,que représente la figure 87, consiste en ce qu'il permet de mesurer, en même temps que la réfraction de l'œil, son acuité visuelle, car- il donne sur la rétine des images dont la grandeur reste invariable malgré l'éloignement ou le rapprochement des objets fixés, par rapport à l'œil'.

Nous ne ferons pas ici la démonstration théorique de cet optomètre dont la construction repose sur l'application de formules d'optique très-simples qui ont été développées par l'auteur et par M. le D"^ Gard {Thèse, Paris, 1877). Nous nous bornerons cà dire ce qui est indispensable pour comprendre son mécanisme et son fonctionnement et permettre de s'en servir facilement.

Cet instrument se compose d'un tube cylindrique en cuivre de 30 centimètres de longueur environ, dont le pied est pourvu d'une hausse permettant de mettre l'œilleton exactement cà la hauteur de l'œil. Le tube est uni à son support par une articulation servant à donner à l'instrument toutes les inclinaisons possibles.

Dans ce tube se trouve placée une lentille biconvexe de 03 millimètres de foyer, et distante également de 63 millimètres de son extrémité libre qui se termine par un œilleton destiné à recevoir l'œil du sujet à examiner. A l'autre extrémité existe un autre tube plus petit pouvant rentrer dans le premier au moyen d'une crémaillère et d'un pignon, dont on voit le bouton à la partie latérale de l'instrument, et portant à son extrémité libre une plaque de verre dépoli sur laquelle

^90 OPTOMÈTUES.

se trouve une réduction pliotograpbique des nouvelles échelles typographiques de Snellen, calculée de telle sorte que la grandeur des images des lettres sur la rétine soit exactement semblable à celle des images données par les échelles ordinaires à la distance qui correspond à leur numéro. Une graduation placée sur ce tube indique à chaque instant la distance de la plaque photographique par rapport au foyer de la lentille qui est dans le lube. Le zéro de la graduation correspond à ce même foyer, c'est-à-dire à 63 millimètres.

Avec ces dimensions on obtient ce résultat vraiment remarquable que chaque fois que la plaque de verre se déplace de 4. millimètres, la réfraction métrique varie réguhèrement de 1 unité, soit 1/4 d'unité (0" ,25) par millimètre, ce qui correspond à la plus faible différence de deux lentilles consécutives des nouvelles boîtes. ^

Dans ces conditions, et avec la longueur donnée a l mstrument, on a la mesure de la réfraction depuis -f 15^ jusqu'à— 20^ ce qui suffit aux besoins de la pratique.

La plaque de verre dont nous venons de parler peut être remplacée par une autre contenant des signes de cartes a louei et destinée aux illettrés, ou bien par une troisième sur laquelle sont figurées des lignes rayonnantes et servant a la détermination de l'astigmatisme.

Emploi el usages de roplomèlre. - Cet instrument peut servir à déterminer l'état de réfraction de l'œil, emmetrop.e, myopie, hypermétropie, astigmatisme; son amplitude d accommodation dans la presbyopie, la paralysie, la pares.e et le spasme, et enfm son acuité visuelle. Son eniploi esttresfacile : il suffit de le placer sur une table près d une fenêtre bien éclairée faisant face à l'observateur, o.i, si on opère dans l'obscurité, en face d'une bonne lampe. On appliqu alors son œil contre l'œilleton et on cherche a dech.ffrei les caractères typographiques ou les figures de cartes a jouer

OPTOMÈTRES.

tracées sur la plaque de verre mise préalablement au zéro de la graduation, c'est-à-dire à 63 millimètres du foyer de la lentille biconvexe.

Si les lettres paraissent très-nettes et que l'éloignement ou le rapprochement de la4)laque de verre n'augmente pas l'acuité visuelle, l'œil sera emmétrope. La dernière ligne lue distinctement indiquera l'acuité visuelle, comme dans l'examen, par la méthode de Donders, la distance étant toujours calculée pour (> mètres.

Pour que les résultats donnés par l'instrument soient exacts, il faut, de toute nécessité, que nous recherchions le punctum remotum et que, par conséquent, l'accommodation soit au repos. Pour cela il suffira de prendre les précautions suivantes :

1° Si l'œil observé est myope ou hypermétrope il faudra, dans un cas comme dans l'autre, rechercher le point le plus éloigné auquel la vue restera aussi bonne, et pour cela il faudra d'abord placer la plaque au-delà de ce point et ne la rapprocher que peu à peu et lentement, de façon à permettre le relâchement graduel de l'accommodation.

2° Il ne faudra jamais mesurer la réfraction statique aussitôt après avoir mesuré la puissance d'accommodation ; en effet, cette dernière épreuve laisse souvent après elle un peu de spasme du muscle ciliaire.

Nous venons de supposer l'œil emmétrope; s'il ne l'était pas, nous nous en apercevrions immédiatement en éloignant ou en rapprochant la plaque au moyen de la crémaillère. Dans le premier cas, si la vision est améliorée, c'est que l'œil est hypermétrope, puisque les rayons émergeant de la lentille sont convergents et arrivent ainsi dans l'œil. Dans le second cas, l'œil est myope puisque ces mômes rayons sont divergents, attendu qu'ils viennent d'un pointsitué entre la lentille et son foyer principal. La quantité dont il aura fallu éloigner ou rapprocher la plaque de verre est mesurée par

192 Oî'TOMÈTRES.

des divisions tracées sur le petit tube et indiquant en même temps la valeur de celte quanlitc en pouces et en dioptries.

Si l'on place devant l'oculaire un diaphragme muni d'une fente sténopéique et qu'on la fasse tourner jusqu'à ce que la vision soit le plus nette possible, on aura la direction d'un méridien principal d'un œil astigmate, direction qui sera indiquée par une graduation placée sur la circonférence de la lunette. Ce méridien une fois trouvé, il sera facile d'en mesurer la réfraction comme précédemment, ainsi que la réfraction du méridien qui lui est perpeiidiculaire. Avec cela on aura immédiatement la valeur et la direction de

l'astigmatisme.

Si l'on parvient à relâcher complètement son accommodation ou que l'œil soit atropinisé, l'instrument donnera des résultats très-exacts, mais si peu que l'accommodation entre en jeu il n'y aura plus aucune certitude. C'est pour cela que dans la détermination de la myopie il faudra avoir soin de placer d'abord la plaque de verre au-delà du foyer de la lentille ou au foyer, et ne la rapprocher que très-lentement et peu à peu pour que l'accommodation n'intervienne pas. Pour la mesure de l'hypermétropie on agira d'une façon opposée : on mettra d'abord la plaque au foyer de la lentille, et on l'en éloignera jusqu'à ce que l'acuité cesse d'augmenter.

Si on veut mesurer aussi l'amplitude d'accommodation, il suffira, pour l'œil emmétrope, de rapprocher la plaque jusqu'à ce que les lettres cessent d'être vues distinctement. La distance de ce point au foyer de la lentille donnera la mesure de cette amplitude. Si l'œil est myope ou hypermétrope on comptera cette distance jusqu'au point le plus éloigné où la vue est encore nette.

La simplicité de cet instrument et la rapidité avec laquelle on fait un examen optométrique sont suffisantes, à notre avis, pour en recommander l'emploi aux praticiens II ne dispense pas sans doute d'avoir une boîte de verres d essai.

mais il donne immédiatemenl une idée assez approximative de l'amétropie pour qu'on puisse la corriger sans tâtonnements au moyen des verres, parla méthode de Donders.

§ 7. — Parcours de l'nccoiiiinodatlon.

Jusqu'à présent, nous ne nous sommes occupé que de l'amplitude de l'accommodation, c'est-cà-dire de la force réfringente que l'œil s'ojoute à lui-même parla diminution du rayon de courbure de la face antérieure du cristallin. Celte amplitude est liée à la situation respective de r et de p et peut être égale quoique ces deux points changent de position. Un exemple le fera mieux comprendre et prouvera en même temps que le punclum proximum surtout a une grande importance : un sujet voit distinctement depuis l'infini jusqu'à 6 pouces. Son amplitude d'accommodation est donc

A ~ 6 ~~ ôô" ~ 6*

Un autre voit depuis 12" jusqu'à 4", il est donc myope et

Un autre voit depuis 6" jusqu'à 3"; il est encore plus myope que le précédent, mais son amplitude d'accommodation est égale, car

Enfin, un autre sujet voit depuis 12" au-delà de oo jusqu'à 12" de l'œil; alors

Nous savons qu'ici l'hypermétropie est 1/12 et qu'il faut l'ajouter à -p--

On voit, par ces quelques exemples, que le nombre des positions occupées par p et r peut être infini sans que l'amplitude d'accommodation soit changée. Nous pourrions démontrer de la même façon qu'un hypermétrope peut voir plus près qu'un myope, si est assez grand. Exemple : un sujet voit depuis 24" au-delà de l'infini jusqu'à 6" de l'œil, ou O'^jlG; il dispose donc de

ou, en dioptries :

i = 6B + lD,50 — 7d,50;

Mais un autre sujet myope, ayant son punctum remotum à 72" de l'œil ou ne dispose que de 2/24 ou S'' d'ac-

commodation ; alors

ou, en dioptries :

et p est à 10" 2/7 de l'œil, ou 0",28.

Cette diminution de 4"' lorsqu'elle survient par l'effet de l'âge, porte le nom de pt^esbijopie et fait que le myope peut devenir presbyte et avoir besoin de verres convexes pour la vision de près, lorsque le degré de sa myopie est assez faible et son accommodation assez restreinte.

L'amplitude de l'accommodation, quoique très-nécessaire pour une bonne vue, peut cependant, à force égale, ne pas rendre les mêmes services. D'après ce que nous avons dit, dans l'hypermétropie, toute la force d'accommodation destinée à percevoir les rayons parallèles est entièrement perdue, car la nature ne nous offre pas de rayons convergents, et se traduit par un éloignement du punctum proximum, ce

qui peut être Irès-gêiiant pour les occupations ordinaires do la vie. Dans la myopie, au contraire, le rapprochement du punctum remotum entraînera, restant égal, un rapprochement de p qui sera souvent inutile, non-seulement parce que nos besoins ne s'étendent pas en deçà d'une certaine limite, mais encore parce que la vision binoculaire, pour s'exercer à une si petite distance, exige une convergence considérable que sont impuissants à produire les muscles droits internes sans éprouver bientôt une grande fatigue. Dans ce cas, le sujet renonce à la vision binoculaire, et, pour éviter la diplopie qu'entraînerait un défaut de convergence, il dévie un œil en dehors et fait abstraction de l'image diffuse qui se produit nécessairement en pareil cas dans l'œil dévié. Nous savons, en effet, que l'image est d'autant moins nette qu'elle se produit sur un point plus éloigné de la macula. Telle est une cause fréquente du strabisme divergent.

L'amplitude restant la môme, le changement de place de p et de r entraînera donc nécessairement un déplacement de l'espace dans lequel s'effectue l'accommodation ; c'est ce que nous appellerons \e parcours de V accommodation.

Tout ce parcours sera utilisé, en général, dans l'emmétropie et dans la myopie à un faible degré; mais dans l'hypermétropie, et dans les forts degrés de myopie, une certaine longueur voisine de r dans le premier cas, et àe p dans le second, sera perdue ou inutilisée et la vue sera défectueuse dans les deux cas : dans l'hypermétropie, le parcours de l'accommodation ne se rapprochera pas assez de l'œil; dans la myopie, il ne s'en éloignera pas suffisamment.

Le tableau ci-joint, emprunté à Donders, et que nous avons augmenté de la conversion des pouces en mètres et en dioptries, indique en même temps, et d'une manière fort simple, l'amplitude et le parcours de l'accommodation ainsi que l'état de réfraction de l'œil d'un certain nombre de sujets.

co

CD

al

SI

co

Hr.

co

co

^ lOO -H fâ

I?. -"lo -IS

SI vft

ci -r-

L'espace compris entre deux lignes verticales consécutives correspond toujours à l/M ancien d'accommodation ou à J^54.3. Les chiffres placés au-dessus de ces lignes indiquent leur distance de l'œil, distance qui s'étend depuis 2" jusqu'cà oo et depuis oo jusqu'à 3" au delà.

Les lignes pleines horizontales commencent au punctum proximum et finissent au punctum remotum. Le nombre d'intervalles qu'elles traversent mesure l'amplitude d'accommodation, qui égale autant de fois 1/24. ou 1d,54-3 qu'il y a d'espaces franchis, et indique en même temps où commence et où finit la vision distincte, c'est-à-dire le parcours de l'accommodation et, par suite, l'état de rél'rac tion de l'œil.

Prenons la première ligne horizontale : il s'agit d'un enfant de douze ans chez qui l'amplitude d'accommodation est considérable. Ce sujet est emmétrope, puisque r est à oo ; mais p étant à 2" 2/3 de l'œil, son parcours d'accom modation s'étend depuis oo jusqu'à 2" 2/3, et l'accommodation comprend 9 intervalles, soit en tout, 9/24 = 4/2 ^3 ou 9 fois 1^543 = 13°, 88, de 1/24 chacun. Les trois exemples suivants sont également emmétropes, mais leur pouvoir d'accommodation diminue et n'atteint plus que 1/24, chez le troisième, soit 1",543 ou 1^50 en chiffre rond. Le cinquième exemple nous montre un sujet myope, puisque r est à 12", mais qui possède un pouvoir d'accommodation suffisant pour voir distinctement jusqu'à 2" 3/5 de l'œil. Il est clair qu'il ne se servira jamais de toute son accommodation, puisqu'il n'aura jamais besoin de voir à 2" 3/5; mais à 8" ou 12" il pourra travailler sans fatigue.

Le sixième exemple, quoique jouissant de 1/G, ou 6''71, d'accommodation, aura une vue plus mauvaise que le septième qui ne possède qu'une accommodation égale à 1/24, mais dont le parcours est entre 12" et 24", c'est-à-dire à la distance des besoins ordinaires.

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