‹ Traite elementaire d'ophthalmoscopie, d'optométrie et de réfraction oculaire, rédigé conformément au système métrique et avec l'équivalence en pouces de ParisChapitre 75 sur 102 · DES VERRES CYLINDRIQUES · texte numérisé non relu

DES VERRES CYLINDRIQUES

les axes sont parallèles. Si ce verre est divisé en deux par le plan mené au point d'intersection des deux surfaces, nous avons deux verres piano-cylindriques dont chacun a la moitié de la force convergente du verre bicylindrique entier. Si les deux cylindres sont d'un rayon ditférent comme oa', o" a', les surfaces cylindriques auront chacune un pouvoir réfringent ou convergent proportionnel. Mais si les deux cylindres d'un rayon différent sont l'un dans l'autre de façon à ce que la surface a" c' V du petit cylindre o a" dépasse la surface du grand cylindre o" b', ces deux surfaces limiteront le ménisque cylindrique C indiqué par les traits horizontaux, qui sera convergent, puisque la surface convexe appartient à un cylindre de plus petit diamètre que la surface concave; ce sera donc un cylindre périscopique. La figure ci-dessus représente une coupe perpendiculaire à l'axe des cylindres et offre toutes les variétés de lentilles cylindriques convergentes ou divergentes. La lentille D, représentée par les traits verticaux et limitée d'un côté par la surface concave a" c' b', et de l'autre par le plan p p' est cylindrique planconccwe; si, au lieu du plan p p', nous avions la surface convexe du grand cylindre o" d, d'un rayon plus grand que 0 a", l'espace compris entre ces deux surfaces serait un ménisque cylindrique concave ou divergent.

Il résulte de la construction même des verres cylindriques que les rayons lumineux parallèles, tombant suivant un plan perpendiculaire à l'axe du cylindre, rencontreront une surface sphérique, seront réfractés comme par la face d'une lentille sphérique de même rayon, et iront converger sur un plan parallèle cà l'axe du cylindre. Ici le foyer ne sera donc plus un point mais bien une ligne qui sera parallèle à l'axe du cylindre lui-même. Les rayons lumineux parallèles qui tomberont sur le cylindre, suivant le plan de l'axe ou parallèlement à ce plan, rencontreront au contraire deux surfaces parallèles et ne seront pas réfractés. On voit

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donc déjà l'aclion particulière de semblables verres : celle de ne rcfracLer les rayons incidenis que dans un plan non parallèle de l'axe. La réfraction ou plutôt la déviation sera au maximum dans le plan perpendiculaire à l'axe et diminuera de plus en plus à mesure que ce plan deviendra plus oblique, pour devenir nulle lorsque les rayons tomberont parallèlement à l'axe, ou plutôt suivant le plan de l'axe. En effet, la section du verre cylindrique perpendiculaire à l'axe est une portion de cercle ou de circonférence de même rayon que le cylindre, tandis que toutes les sections obliques seront des portions d'ellipses à axes d'autant plus grands, ou à courbure d'autant plus faible, que ces sections se rapprocheront davantage de l'axe du cylindre, cas auquel l'axe de l'ellipse sera infini et la déviation nulle.

Les cylindres dont nous venons de parler sont convergents ou positifs. Si nous voulons obtenir les cylindres divergents ou négatifs, il suffira de placer les cylindres tangentiellement, ou à une certaine distance l'un de l'autre, et toujours avec les axes parallèles. L'espace compris entre les deux cylindres sera ce qu'on appelle un cylindre biconcave. Si le cylindre est tangent ou parallèle à un plan, l'espace qui les sépare forme un plan -cylindrique concave; enfin si deux cylindres d'inégal rayon sont l'un dans l'autre de manière à ce que la surface externe du petit soit en contact avec la surface interne du grand, ou à une certaine distance, l'espace compris entre ces deux surfaces nous donnera un ménisque cylindrique divergent.

Si nous avons parlé de tous ces cylindres ce n'est que pour montrer leur analogie avec les verres spbériques; dans la pratique on n'emploie que les plan-cylindriques convexes et concaves ou les sphéro-cylindriques; cependant il y aurait souvent avantage, au point de vue de l'économie, d'employer les verres bicylindriques que l'on pourrait fabriquer en grand à meilleur compte que les spbéro-cylindri-

DES VERRES CYLINDRIQUES. — AXE. 259 ques, et qui donneraient les mêmes résultats. Il est inutile d'ajouter que les verres cylindriques concaves ou divergents n'agissent que sur les rayons qui les traversent dans un plan non-parallèle k l'axe et d'une façon opposée aux cylindres convergents. Les verres sphéro- cylindriques peuvent avoir les deux faces positives ou négatives ou bien l'une positive et l'autre négative. Nous verrons à propos de l'astigmalisme quelles sont les règles qui président à ces combinaisons.

Étant donné un verre cylindrique, il est toujours nécessaire que le médecin puisse constater par lui-même s'il a été bien taillé et bien monté. Si le cylindre est simple ou plancylindrique il suffira de voir si le même numéro de signe contraire, et avec l'axe parallèle, neutralise le premier et en fait un verre à faces parallèles; on constatera facilement qu'il en est ainsi par les mouvements parallaciiques et surlout de rotation dans le même sens. En effet, si l'on fait tourner ainsi un cylindre, l'image des objets extérieurs se déformera dans un sens ou dans l'autre, ce qui n'a pas lieu pour les verres sphériques, et à plus forte raison pour les verres neutres. Si l'une des faces du verre est cylindrique et l'autre sphérique, on procédera de la même façon, neulralisani d'abord la face cylindrique comme précédemment avec le cylindre de signe contraire, puis, lorsque les mouvements de rotation parallactiques, ne donneront plus de déformation de l'image, sans rien changer, on superposera le verre sphérique de nom contraire jusqu'à ce que l'on ait obtenu l'elîet d'un verre plan et comme pour les verres sphériques ordinaires.

L'axe des verres cylindriques est généralement indiqué par un petit trait au diamant, mais si ce Irait n'existe pas, il faut savoir quand même trouver Taxe et pouvoir reconnaître si le cylindre a été monté comme l'indiquait la prescription. Cela n'est pas difficile. Il suffit pour cela de regarder à travers le verre un objet vertical ou horizontal, la

barre ou la traverse d'une croisée, par exemple, et de faire tourner le verre jusqu'à ce que l'image soit bien sur la même ligne que l'objet. Alors on fait exécuter au verre des mouvements parallactiques dans le sens de la longueur de l'image et dans le sens diamétralement opposé. Dans le premier cas, si l'axe est dans la direction de l'objet, celui-ci est vu comme à travers un verre plan et ne change pas de place avec les mouvements de la leiilille; dans le second cas, si l'axe est dans une direction perpendiculaire à la direction de l'objet (cas dans lequel l'image est encore sur la même ligne que l'objet), ce dernier se déplace comme dans un verre sphérique ordinaire, c'est à-dire dans le même sens que le verre si celui-ci est concave et en sens inverse s'il est convexe.

L'axe étant ainsi reconnu, on l'indiquera par un trait à l'encre ou au diamant. Un autre moyen de trouver l'axe d'un cylindre consiste à appliquer sur la face cybndrique l'arête recliligne d'un objet quelconque, le tranchant ou le dos d'un couteau, le bord d'une règle, etc. Suivant l'axe l'objet s'appliquera exactement sur le verre dans toute son étendue; perpendiculairement à l'axe ou obliquement il ne le touchera que dans un point, s'il est convexe, ou en deux points et sur les bords s'il est concave. Ce même moyen servira pour reconnaître immédiatement la face sphérique, qui, dans aucun sens, ne s'appliquera dans toute son étendue sur la surface rectiligne. Il est convenable, comme on le fait généralement, du reste, de tracer l'axe du cylindre sur la face cylindrique elle-même.

§ 3. — Mes verres prïsiiinUtiiies.

Nous avons vu, en parlant de l'action des prismes en général, que ces appareils déviaient vers la base les rayons incidents et faisaient voir, par conséquent, les objets du

côté du sommet (flg. 93). C'est ainsi qu'un rayon lumineux i a suivra la marche i a h c, et l'œil placé en o rapportera le point i sur le prolongement de c 6, c'est-à-dire en J. Les prismes des cabinets de physique ne sont pas employés généralement pour dévier les rayons lumineux, mais bien pour les décomposer, en réfractant chaque rayon coloré suivant son degré de réfrangibilité, pour produire

Fig. 93.

ce que l'on appelle le spectre. Aussi ils ont un angle trèsgrand (environ eO") et sont formés de flint-glass qui jouit d'un grand pouvoir dispersif. En ophlhalmologie, au contraire, nous ne recherchons que la déviation des rayons lumineux et nous évitons tout ce qui pourrait les décomposer, c'est pour cela que nous employons des prismes de croivn-glass et d'un angle très-petit (2° à 24°). Ces prismes ne servent comme lunettes que lorsque leur angle ne dépasse pas 6° ou 8° à cause du poids et de la dispersion lumineuse, que produisent les numéros plus élevés. Ces derniers servent uniquement à évaluer les déviations de l'axe visuel, à mesurer le degré du strabisme ou de l'insuffisance musculaire. Dans la position de déviation minimum, les angles de déviation pour les numéros les plus faibles sont sensiblement égaux cà la moitié de l'angle de réfraction du prisme; d'où il résulte qu'une déviation effective de 6° de l'axe visuel d'un œil ne sera corrigée que par un prisme de 12° placé devant cet œil, la base tournée du côté opposé

262 DES VERRKS PRISMATIQUES.

à la déviation de la cornée, ou par deux prismes de G° placés chacun devant un œil. Il sera toujours convenable de répartir ainsi l'effet prismatique sur les deux yeux.

L'emploi des verres prismatiques n'est pas très-fréquent, néanmoins il convient dans certains cas de parésie musculaire ou d'insuffisance des droits internes. Dans cette dernière affection, en effet, la convergence pour les distances rapprochées est souvent impossible ou exige de grands efforts musculaires, ce qui n'est pas sans danger, surtout chez les myopes où l'on voit alors augmenter la tension oculaire, et par suite le staphylôme, avec la myopie. Alors si l'on emploie des verres concaves qui éloignent un peu le punctum proximum et que même à celte distance la convergence soit difficile ou impossible, on devra y remédier par les verres prismatiques.

Pour constater cette insuffisance de convergence pour telle ou telle dislance, on fera fixer un objet placé à cette distance et l'on couvrira alternativement l'un ou l'autre des deux yeux avec la main ou mieux avec un verre dépoli qui permettra à l'observateur de suivre les mouvements de l'œil caché. Si au moment où l'on découvre l'œil il reste immobile et dirigé vers l'objet, il n'y a pas d'insuffisance; si, au contraire, il est dévié en dehors et qu'il exécute un léger mouvement en dedans pour fixer l'objet, il y a insuffisance et le degré en sera déterminé approximativement par l'étendue de l'excursion de l'œil.

Toutefois il ne faut pas s'exagérer le résultat de cet examen ni prescrire des prismes sans nécessité, car bien souvent nous avons constaté par ce moyen une insuffisance qui paraissait assez étendue et qui cependant ne gênait nullement le malade. Ce ne sera que lorsque celui-ci accusera les symptômes propres à cette affection (fatigue rapide pour lire, écrire ou travailler à une faible distance, douleurs oculaires ou sus-orbitaires, diplopie, etc.) que

nous devrons y porter remède. Le meilleur moyen ce sera encore de rechercher par tâtonnement le prisme nécessaire. On commencera par mettre devant un œil un simple prisme de 2°, à base interne, si le malade ne doit pas se servir de lunettes à foyer, et on le fera lire pendant un certain temps de petits caractères. Si la fatigue survient, qu'au bout d'un moment les lettres se brouillent ou se dédoublent, on mettra un autre prisme de 3" à la place du premier; s'il n'est pas suffisant on mettra devant chaque œil un prisme de 2°, tous les deux à base interne, puis un de 3° qu'il conviendra rarement de dépass.er.

Si le malade se sert de lunettes à foyer, on y ajoutera les prismes dans la monture d'essai, et on procédera de la même manière que précédemment. Quand on aura trouvé le prisme convenable, on fera tailler un verre prismatique dont les faces auront la même convexité ou la même concavité que les verres de lunette employés concurremment. Si l'effet prismatique nécessaire était très-faible il suffirait pour l'obtenir de décentrer tout simplement les verres convexes ou concaves, c'est-à-dire de placer les centres plus rapprochés que l'écartemcnt des axes optiques, s'il s'agit de verres convexes, ou plus éloignés s'il s'agit de verres concaves. On comprend facilement que dans le premier cas la moitié externe du verre convexe, à travers laquelle passent les rayons lumineux, représente un prisme à base interne, tandis que dans le second cas c'est la moitié interne.

L'insuffisance musculaire non corrigée peùt entraîner un strabisme divergent, car la vision de près ne se fait plus qu'avec un œil, et l'autre se dévie de plus en plus en dehors pour que son image rétinienne soit de moins en moins nette et gène moins la perception de l'autre. Comme l'insuffisance est fréquente chez les myopes, ceci nous explique pourquoi on trouve si souvent chez eux le strabisme divergent.

20 i DES VKRIÎES PRISMATIQUES.

Le moyen empirique que nous venons de décrire pour chercher le prisme le plus convenable qui permette sans fatigue la vision binoculaire, est à notre avis le meilleur; mais pour ceux qu'il ne satisferait pas, nous allons indiquer un autre mode d'exploration que de Gra^fe a employé le premier. On met devant l'un des yeux du malade un prisme de 10 à 12 degrés à base supérieure ou inférieure, puis on lui montre un point noir placé au milieu d'une ligne verticale (fig. 94) à la distance de 25 à 30 centimètres. Si la convergence des deux yeux est bonne, le malade verra deux points noir§ superposés sur la même ligne verticale, l'un à sa place réelle et l'autre du côté du sommet du prisme. Si, au contraire, il y a de l'insuffisance, soit du droit externe, soit du droit interne, l'image fournie par le prisme sera à ^ droite ou à gauche de l'autre mais toujours à une hauteur inégale. Si c'est de l'insuffisance du droit interne, il y aura strabisme externe et diplopie croisée; si l'insuffisance porte sur le droit externe, il y aura strabisme interne et diplopie homonyme, c'est-à-dire que l'image prismatique sera du même Fig. 04. côté que l'œil armé de prisme.

Si devant le premier prisme on en met un second avec la base tournée du côté du muscle insuffisant, alors les deux images se rapprocheront latéralement et se superposeront même si le second prisme neutralise l'insuffisance musculaire. Le'degré de ce prisme indiquera celui de l'insuffisance. S'il était trop fort la diplopie changerait de sens, et deviendrait croisée si elle était homonyme, et vice versâ.

Ajoutons, pour terminer, que ce moyen donne rarement des résultats sur lesquels on puisse compter dans la pratique, et qu'il ne sert que comme contrôle de celui que nous avons indiqué en premier lieu. Si l'on prescrivait un prisme égal

DES VEUHES PRISMATIQUES. "^bo

à celui qui amène la superposition des images, on s'exposerait souvent à de graves mécomptes.

On a construit un certain nombre d'instruments destinés à mesurer l'insunisance et par suite la déviation angulaire de la ligne visuelle, ou, si l'on veut, l'angle que forment les deux lignes visuelles lorsque le regard se porte au loin, ce qui donne immédiatement le degré du prisme correcteur. Un de ces instruments, imaginé par M. de Wecker, est fort simple et se compose de deux prismes égaux enchâssés l'un sur l'autre dans un même anneau. L'un d'eux est fixe et l'autre peut exécuter un demi-mouvement de rotation qui lui permet d'ajouter sa puissance à celle du premier ou de l'en relrancliQr. Lorsque les deux bases sont l'une sur l'autre, l'effet des deux prismes s'ajoute; lorsque la base de l'un est sur le sommet de l'autre, ils forment un verre plan et leur puissance est nulle. Un curseur, qui fait tourner en même temps le prisme, indique cà chaque instant sur une graduation la valeur de l'angle total. Cet appareil nous a paru d'un emploi assez facile et d'une précision suffisante, mais il faut toujours en contrôler les résultats par la pratique, c'est-à-dire mettre des verres semblables dans la lunette d'essai et faire lire le malade pendant quelque temps si les verres sont pourvoir de près.

Nous ne nous étendrons pas davantage sur ce sujet; ce serait sortir des limites que nous nous sommes imposées. Nous allons indiquer toutefois la manière de reconnaître un verre prismatique, car il peut se présenter à nous un malade ayant de semblables lunettes et nous demandant notre avis, soit sur leur opportunité, soit sur l'exactitude de leur construction. Pour constater si le verre est prismatique, il suffit de regarder au travers, avec un œil, un objet éloigné que l'on puisse voir en même temps par-dessus ou par-dessous le verre, et après avoir neutralisé celui-ci relativement à son foyer s'il en a un. Si la lunette est prismatique, les deux

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