L. cinnamomum
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de le racler avec le dos d’un couteau ; ensuite on incise l’écorce en long et on la détache du corps ligneux , puis on la laisse sécher, et pendant sa dessiccation elle se roule. Quelquefois, au lieu de suivre ce procédé pour extraire l’épiderme, on lie les écorces en bottes et on les laisse un peu fermenter, alors on soulève cette membrane très-facilement. La préparation de la canelle se termine en la passant à l’eau de chaux , après quoi on s’occupe de la nettoyer et de placer les petits bouts dans les grands; puis enfin on en forme des paquets ou bottes d’une trentaine de livres, qu’on livre aux marchands. Après la coupe des branches du canellier , il repousse d’autres jets, et quand six ans se sont écoulés, on peut faire une nouvelle récolte ; car on pense bien qu’il ne faut pas croire l’assertion des auteurs qui , par une erreur de physiologie , ont avancé que l’on dépouillait les branches vivantes de leur écorce , et que celle-ci se reproduisait ; mais on ne fait que peu de coupes , car à dix-huit ans l’écorce ne donne que de mauvaise canelle.
Vauquelin a reconnu que la canelle était formée d’huile volatile, de tannin, d’une matière végéto-animale , de mucilage, d’une matière colorante jaune et de résine. M. Planche y a en outre signalé de l’amidon. Le canellier porte une racine qui donne par la distillation une quantité notable de camphre ; les fleurs fournissent une huile essentielle , qui est employée en médecine dans le pays où l’on cultive ce laurier; ses fruits produisent une cire appelée Cire de canelle , et dont le roi de Candie fait fabriquer des bougies qui embaument l’air en brûlant ; son bois n’est pas sans utilité, il partage l’odeur de l’écorce, mais il est très-tendre et sujet à être attaqué par les insectes ; cependant on en confectionne quelques meubles.
Les anciens Grecs et les Romains connurent la canelle et en firent usage ; Pline la nomme cassia . Ils la tiraient de l’Inde, d’où elle arrivait par l’Ethiopie et l’Arabie jusqu’aux ports d’Alep ou d’Alexandrie. Dans des tems plus modernes , les Arabes trafiquèrent ce produit avec les Vénitiens, et
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c’étaient ceux-ci qui en approvisionnaient l’Europe ; mais , en i5o5, les Portugais ayant abordé à Ceylan , et y ayant imposé un tribut de canelle, ils s’approprièrent le commerce de cette écorce jusqu’en i6/f5 , où ils le firent de concours avec les Hollandais , qui , plus tard , en devinrent seuls possesseurs. Ce dernier peuple , jaloux du monopole de la canelle , et voulant se l’approprier entièrement , tenta de détruire les canelliers des îles de l’Inde , pour les concentrer à Java ; mais les pigeons et les corbeaux, qui sont friands des fruits de cet arbre , le reproduisirent promptement dans les lieux d’où l’on avait essayé de l’extirper. Plus tard les Hollandais perdirent le trafic de cette écorce, quand, en en 1796 , les Anglais s’emparèrent de Ceylan , et se l’approprièrent presque entièrement. La canelle est actuellement l’objet d’un grand commerce ; l’Europe seule en consomme pour plusieurs millions par an. E11 1810, il en entra dans cette seule partie du monde 3 18, 258 livres, ce qui* au prix de 8 francs la livre qu’elle valait cette année là , fait plus de deux millions et demi de francs. On n’importe presque jamais plus de quatre cent mille livres de canelle par an en Europe.
La canelle est tonique, excitante et cordiale ; on la prescrit dans toutes les affections où la langueur prédomine : c’est un stomachique fréquemment usité ; elle entre dans un nombre considérable de médicamens officinaux : c’est un des aromates dont les parfumeurs font le plus grand usage ; on s’en sert aussi comme condiment , et elle est encore employée pour les embaumemens.
Le Laurier casse 1 , nommé encore Canellier de la Cochinchine , est un arbre qui habite l’Inde, Java et la Cochînchine , et qui fournit l’écorce que l’on connaît sous le nom de Cassia lignea , ou de Grosse canelle, dernière dénomination qu’elle doit à son épaisseur, plus considérable que celle du laurier
1 L. cassia ,
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«c-aneîlîer, dont Thunberg croit meme que celle espèce n’est qu’une variété. Quoi qu’il en soit, cette écorce paraît avoir été fort anciennement connue ; David la cite dans ses vers comme un aromate précieux , en disant que les vêtemens de l’Eternel seront parfumés de myrrhe et de casse quand il sortira de ses palais d’ivoire; Hippocrate l’employait en médecine; Dioscoride en fait mention , et Plaute vante son parfum agréable. Cette écorce, que ces hommes célèbres ont peutêtre confondue avec la canelle , a les plus grands rapports avec elle ; elle s’en distingue principalement par le mucilage abondant qu’elle contient , et par son arôme qui est moins prononcé : c’est aussi un médicament excitant ; elle nous est expédiée de la Chine.
Le Laurier camphrier r est un grand arbre qui habite le Japon et la Chine ; c’est lui qui fournit le Camphre le plus estimé ; il paraît qu’il se rencontre aussi dans l’Amérique du nord, mais que là il ne produit point cette substance. Ce laurier est connu des savans depuis un assez grand nombre d’années. Guillaume Phi ne , médecin de l’empereur du Japon, en envoya en Europe des échantillons desséchés , en 16^4? époque à laquelle ceux-ci furent gravés dans un ouvrage , malgré qu’ils fussent dépourvus de fleurs et de fruits ; et dès 1680 , Jean Commelin cultiva dans le jardin botanique d’Amsterdam un de ces végétaux qu’il avait, obtenu du cap de Bonne— Espérance. Cette espèce fleurit fort rarement dans nos climats.
Le camphre se trouve dans le tissu ligneux de ce laurier ; on peut l’en extraire en fendant son tronc, ses racines ou ses branches ; un seul en fournit parfois jusqu’à dix ou douze livres. Quand on incise l’écorce de cet arbre, le camphre s’en écoule sous la forme d’un liquide qui bientôt se concrète à sa surface ; mais comme celui qu’on extrait par ce procédé est fort cher, pour obtenir cette substance 011 fait comniuné-
1 L, canifjhura.
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ment bouillir des fragmens de branches ou de racines de ce laurier dans des vaisseaux clos ; alors elle se sublime et vient se concréter dans la partie supérieure des vases, que l’on a eu soin de remplir de paille de riz. Le camphre produit par cette opération est gris et assez semblable à du sel marin. C’est alors qu’on le transporte en Europe pour y être vendu et purifié. Cette préparation, que l’on faisait autrefois exclusivement à Venise ou en Hollande , mais que l’on opère mieux actuellement à Paris , consiste à mêler cet ingrédient «à de la chaux, et à le faire sublimer de nouveau. Par ce procédé, on obtient du camphre blanc, cristallisé en prismes hexaèdres, et d’une odeur particulière.
Les Grecs et les Romains n’ont point connu le camphre. C’est dans les ouvrages arabes qu’on trouve sur lui les premières notions ; il y est appelé kamphur , mot dont on a fait la dénomination française. Ce produit est un excitant puissant, qui occasionne l’empoisonnement quand on l’introduit à trop haute dose dans l’économie animale ; mais il paraît cependant qu’il agit comme sédatif, et ralentit la circulation lorsqu’il est administré par faibles fractions. L’école de Salerne prétendait même que ses seules émanations paralysaient l’action des organes générateurs, et Cullen, qui regardait cette substance comme un antispasmodique énergique , croyait que quand elle produisait la mort des animaux c’était par sa puissance sédative. C’est principalement dans les névroses non fébriles qu’on l’administre. A l’extérieur, le camphre passe généralement pour être résolutif et anti-gangréneux ; on l’a surtout vanté contre les engorgemens du foie, et principalement pour combattre ceux des mamelles des nouvelles accouchées. M. Vaidy s’en est servi avec succès pour la guérison de la gale.
Le laurier camphrier porte des fruits dont on extrait , «à Java, une huile grasse qui est employée pour l’éclairage. Ce végétal n’est pas le seul qui contienne du camphre ; cette substance est même fournie en plus grande quantité pour le
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commerce par une làurinée de Bornéo et de Sumatra, qui est encore incomplètement connue, et dont le produit nous est expédié de Java. Quelques autres végétaux , même parmi ceux de nos climats, en contiennent également.
Le Laurier avocatier 1 habite spontanément l’Amérique du sud , et , dans quelques régions du nouveau continent, on le cultive comme arbre fruitier, ce qui fait qu’on le rencontre dans les jardins; il est de la taille de l’abricotier, et porte des fruits deux fois chaque année. Clusius donna a cet arbre le nom de persea , parce qu’il crut reconnaître en lui le végétal d’Egypte, appelé ainsi par Théophraste , Dioscoride, Diodore de Sicile et Strabon , et dont Pline dit que la dénomination provenait de ce que c’était le roi Persée qui l’avait introduit le premier à Memphis. Ce naturaliste mentionne aussi uh autre arbre qui devait l’épithète de persea à ce qu’il avait été apporté de la Perse en Egypte. Les savans modernes ne sont pas encore d’accord sur les végétaux auxquels les anciens donnaient ce nom , et qu’ils rapportaient avoir un feuillage constamment vert, des fruits de la même couleur, et un bois noir, dont Théophraste dit que l’on se servait pour sculpter dés statues. Quelques modernes ont cru reconnaître le Pêcher dans le persea des anciens , d’autres le Sébestier. M. Delile, qui faisait partie de notre expédition en Egypte, et qui a pu voir gravés sur les tombeaux de ce pays les fruits du persea des anciens , pense que ce sont ceux du Balanites Ægyptiaca ; cependant il doit rester du doute, car cet arbrisseau , dont le bois n’est pas noir, n’offre pas un tronc assez volumineux pour qu’il soit possible d’en extraire des statues ou des meubles, et d’ailleurs il est rare en Egypte. Ce qu’il y a de certain , au moins, c’est que le laurier avocatier, qui est indigène de l’Amérique, d’où il ne s’est propagé sur l’ancien continent que depuis environ un siècle , n’est pas
\ L. persea.
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le moins du monde l’arbre cité par les fondateurs de l’histoire naturelle parmi les Grecs et les Romains. ,
Le fruit du laurier avocatier ressemble à une poire qui serait dépourvue d’ombilic ; sa superficie est verte, et sa chair , qui est grasse au toucher , comme butireuse , est extrêmement fondante ; sa saveur se rapproche de celle de la noisette ou de l’artichaut. Dans plusieurs de nos colonies on sert ce fruit sur les tables et on le vend dans les marchés ; la mollesse de sa pulpe fait qu’on la mange avec une cuillère ; comme son goût est un peu fade , on l’aromatise ou l’on en rehausse la saveur avec du citron , de la canelle ou du poivre et du sel. Malgré ce que l’on a avancé , l’amande contenue dans l’énorme et unique noyau des poires d’avocatier n’est point insalubre. Elle contient un suc laiteux qui rougit quand il est exposé au contact de l’air, et dont le père Labat dit que l’on se sert pour marquer le linge.
Les bourgeons, les feuilles et les fruits de l’avocatier servent diversement en médecine ; les derniers sont regardés par les Nègres comme le spécifique de toutes les maladies des femmes et employés avec succès contre la dysenterie.
Le Laurier sassafras 1 est un arbre indigène de l’Amérique du Nord. Loureiro dit qu’il croît aussi à la Cochînchine , mais cette assertion paraît douteuse. Il se distingue de ses congénères par ses feuilles , qui offrent une double disposition fort remarquable, les unes étant trilobées et les autres entières. Quoique l’écorce du sassafras soit plus aromatique que son bois , c’est cependant celui-ci que l’on préfère pour l’emploi médical. Il est grisâtre, léger, marqué de veines concentriques ; son odeur est aromatique, surtout aux endroits fraîchement travaillés ; ce bois se reconnaît facilement à la propriété qu’il a de se teindre en rouge par l’acide nitrique. C’est un des meilleurs sudorifiques que l’on connaisse.
1 L sassafras.