IO
taihoang , se rencontre dans diverses provinces de cet empire , mais que la meilleure croît dans celle de Se tchuen.
D’après ce qui précède , on voit que l’on ne connaît pas encore exactement les espèces du genre rJieum, qui fournissent au commerce les diverses sortes de racines de rhubarbes exotiques. Cependant , sans s’inquiéter de débrouiller leur origine botanique, les droguistes reconnaissent trois sortes de rhubarbes : i°. la Rhubarbe de Perse ou de Turquie, qui se rencontre en morceaux aplatis, spongieux et d’un jaune pâle; i°. la Rhubarbe de Russie , dont les morceaux sont perforés de grands trous et qui est d’un jaune vif; et 3°. la Rhubarbe de la Chine, dont les morceaux ne sont traversés que de fort petits trous et qui est d’un rouge pâle et provient directement de Canton. Cette dernière racine est la moins estimée; elle ne s’achète que cinq à six francs la livre , tandis que la rhubarbe de Russie , qui est la plus chère , se paie neuf à dix francs
Le prix élevé de la rhubarbe et la quantité que l’on en consomme en Europe ont donné l’idée de la cultiver dans cette partie du monde , et l’on a réussi à l’obtenir en Eelgique , en Angleterre et même en Suède; mais c’est surtout en France que les essais sont devenus prospères. L’on n’est pas encore tout-à— fait fixé sur l’espèce qui mérite préférablement les soins ; cependant la Rhubarbe indigène est le plus souvent extraite de la rhubarbe ondulée , ainsi que nous venons de le dire ; mais on cultive aussi les rhubarbes compacte et palmée. Cette racine est moins odorante et moins colorée que celle que l’on apporte de l’étranger son action est la même, mais elle est plus faible. On ne la vend guère plus d’un franc la livre. On a fait quelques tentatives pour l’employer à la teinture en jaune.
Le commerce de cette racine médicale entre la Chine et la Russie offre des particularités curieuses. D’après un contrat passé par les deux nations en 1772 , il se fait uniquement à Kiachta, ville située sur la frontière commune à ces empires. Le gouvernement chinois a monopolisé ce commerce en faveur
POLYGONEES.
d’une famille buchare et il est expressément défendu aux autres particuliers, sous peine delà vie. Les Buchares vont acheter la rhubarbe dans des villes tangutiennes situées environ à une trentaine de jours de marche de l’entrepôt. Un pharmacien russe, fixé à Kiachta, par l’ordre de l’empereur, est chargé de choisir et d’expédier dans son pays toute la rhubarbe qu’il achète pour le compte de celui-ci , et c’est pour s’assurer que ses morceaux ne sont point gâtés qu’il les perfore du trou que l’on observe sur chacun d’eux. Aussi on n’apporte à cette ville que les racines de choix ; ce qui fait que la rhubarbe qui provient de la Chine par la Russie est de meilleure qualité que celle achetée à Canton.
Malgré ce contact des agens russes avec les marchands et le territoire chinois , on n’a encore pu se procurer aucun renseignement positif à l’égard de la plante qui produit cette racine médicale ; les habitans de ce pays sentent trop bien tout l’intérêt qu’ils ont de la sceller , s’ils veulent en conserver le commerce. On n’a encore obtenu que des buchares des notions sur les procédés employés pour son extraction et sa dessiccation , aussi ne sait-on rien de bien exact. Les uns rapportent qu’on la fait sécher à l’étuve , d’autres qu’on l’expose à l’ombre :
! ce qu’il y a de certain , c’est qu’elle perd considérablement de son poids pendant cette opération : on assure que cent livres de rhubarbe fraiche se réduisent par celle-ci à six ou sept ; Sanders évalue cependant à un peu moins la perte , car il dit qu’une racine qui pesait quatre-vingt livres fraiche , après avoir été desséchée, ne fut réduite qu’à douze. On a calculé que chaque année il entre environ dix mille livres de rhubarbe en France , ce qui exporte à peu près deux cent cin- I quante mille francs.
Beaucoup de chimistes se sont occupés de l’analyse de la rhubarbe , Brandt qui semble avoir obtenu les résultats les plus exacts , a trouvé que celle de Russie contenait : eau 8,2 ; gomme 3i,o; résine 10,0 ; malate de chaux 6,5; ligneux i3,3 ; M. Henderson prétend avoir trouvé dans les tiges et les
pétioles de cette polygonée un acide qu’il propose de nommer Rhéumique ; mais M. Lassaigne assure que ce n’est que de l’acide oxalique, opinion qui s’étaye de l’assertion de Thomson qui a constaté dans cette plante une fort grande quantité d’oxalate de chaux. Enfin M. Caventou a trouvé dans la rhubarbe, un principe jaune, cristallisable , se sublimant sans s’altérer, et qu’il nomme Rhabarbarin.
Les médecins de l’antiquité ont fait usage de la rhubarbe , mais il est impossible de préciser au juste son introduction dans la matière médicale. Les premiers Grecs ne la connurent pas. Sérapion et les autres médecins Arabes , qui la nommaient ribes , l’administraient dans diverses affections.
La rhubarbe est un purgatif doux, et elle est tonique et astringente ; son action a particulièrement lieu sur le duodénum , et par suite sur le foie , ainsi que l’a fait remarquer Geoffroy , et que l’a reconnu dans ces tems derniers M. Guérin : c’est pourquoi on l’a nommée Thériaque du foie. Ce médicament est un stomachique dont l’emploi est vulgaire ; il entre dans un nombre considérable de composés officinaux. Buchwald a vanté cette racine contre le diabète , mais elle paraît sans puissance sur cette affection ; c’est peut-être à la faculté qu’elle possède de teindre rapidement en jaune l’urine de ceux qui en font usage, qu’elle doit d’avoir été adaptée à cette maladie. Les sueurs et les autres humeurs contractent aussi cette teinte par l’emploi de la rhubarbe.
Divers rapports tendent à faire admettre que la rhubarbe , qui, chez nous, n’est que peu irritante à l’état frais, jouit au contraire d’une extrême âcreté dans son pays natal. Le père Benoît, missionnaire à la Chine, dit qu’à Pékin cette racine est fortement corrosive , et que l’on évite de s’en servir. Peut-être, ainsi que le font remarquer MM. Mérat et Delens , l’énergie de cette plante est-elle due , comme celle des racines des aroïdes , à son eau de végétation , qui en fait les 4/5 et même les 7 /8 en poids.
La rhubarbe est aussi employée dans divers pays. Tandis
PROTEACEES.
Ii3
que les Lamas de la Mongolie en font usage en médecine , les Chinois s’en servent pour donner une couleur d’or à leur eau-de-vie ; on dit meme qu’ils en tirent parti pour teindre les étoffes. Dans certaines contrées, on mâche cette racine pour charger la salive de son principe curatif, et on espère par ce moyen donner du ton à l’estomac.
TRIPLARIDE. Triplants. Périanthe tubuleux , trilobé' , triandre. Trois stigmates velus.
Cette dénomination, qui provient de triplex , trois , indique la disposition organique de la fleur. Les caractères de ce genre n’ont pu être encore exactement fixés ; nous lui avons donné ceux que Linnée lui a imposés.
FAMILLE DES PROTÉACÉES.
Périanthe ordinairement quadrilobé et te'trandre, parfois quinque'lobé et pentandre. Fruit ordinairement capsulaire et monosperme.
Les protéacées sont des arbrisseaux et des arbres à feuilles alternes ou subverticillées , et dont les fleurs sont souvent agrégées. Cette famille embellit les régions australes de végétaux qui , par leur diversité , rappellent cet enchanteur célèbre qui se rendait insaisissable par ses formes variées.
PROTEE. Protea. Fleurs capitulées ; involucre imbriqué ; réceptacle paléacé. Périanthe tubuleux , bilabié , tétrandre. Capsule monosperme , pubescente.
Les protées sont des arbres ou des arbustes > tous originaires
CLASSE XI f.
des régions australes de l’Amérique ; on en cultive un certain nombre dans les jardins et les serres de l’Europe.
Le Protée mellifère 1 mérite d’ëtre cité à cause de la liqueur qui se distille de ses amas de fleurs , et dont on fait un sirop employé dans les affections de poitrine.
BANKSIE. Banksia. Chatons environnés de folioles. Périanthe quadrilobé , tétrandre. Capside bivalve, épaisse.
Ce groupe a été dédié à J. Banks, compagnon de Cook , et l’un des plus illustres naturalistes anglais : ce fut lui qui en découvrit la première espèce. Les banksies sont des arbres ou des arbrisseaux dont les semences sont souvent ailées et membraneuses ; ils sont indigènes de l’Australie.
HAKEE. Hakea . Périanthe irrégulier, quadrilobé. Follicule ligneux , uniloculaire ; deux graines ailées.
Les hakées sont des arbres ou des arbrisseaux dont les feuilles sont éparses et souvent de formes diverses sur le même individu ; leurs organes sont parfois recouverts par des poils claviformes. Ces végétaux proviennent tous de la partie australe du Diémen ; ils se font principalement remarquer par leurs fleurs agrégées , qui naissent dans les aisselles des feuilles , où leurs groupes sont d’abord enveloppés d’écailles scarieuses et caduques. Une seule espèce, qui croît dans la région tropicale de la nouvelle Hollande , offre des bourgeons floraux dépourvus d’écailles.
EMBOTHRIUM. Embothrium Périanthe irrégulier , fendu latéralement , quadrilobé, tétrandre. Follicule polysperme ; graines ailées.
Ce mot, formé de sv, dans, et de CoQpiov, creux, donne
i P. melUfera .
DAPHNOÏDES.
une notion sur la situation des anthères de ces végétaux , qui sont placées dans une petite fossette. Les embothriums sont des arbres ou des arbrisseaux de l’Amérique méridionale.
PERSOONIE. Persoonia. Périanthe quadrilobé, tétrandre ; quatre glandes hypogynes. Drupe bacciforme , à noix uni ou bil oculaire.
Ce groupe a été dédié au savant botaniste Persoon ; il contient des arbrisseaux ou des arbustes dont l’écorce est parfois scarieuse et lamelleuse , et qui tous ont des fleurs jaunes. Les persoonies habitent la nouvelle Hollande ; on en cultive airjourd’hni un assez grand nombre dans nos jardins.
FAMILLE DES DAPHNOÏDES.
! Périanthe coloré , quadri ou quinquélobé , ordinairement tubuleux ; huit ou dix étamines ordinaire- I ment. Fruit charnu, quelquefois subsec, monoloi culaire , monosperme.
Cette famille ne renferme que des arbres et des arbustes dont le port est élégant , et qui offrent des feuilles alternes ou 1 opposées. Les écorces des daphnoïdes sont généralement for— j mées d’un tissu soyeux qui donne la facilité de les tisser , et elles contiennent un principe âcre qui les rend vésicantes et | caustiques à l’extérieur et enflamme les organes digestifs quand on les introduit au-dedans ; leurs fruits partagent les memes propriétés. Celles-ci sont dues, soit à la Daphnine, principe i cristallisable, amer, découvert dans ces plantes par Yauquelin,
I soit à un liquide huileux , volatil , très-âcre , passant à l’état | résineux par la végétation, et dans lequel semble particulière- ! ment résider leur action vésicante.
CLASSE XI l.
r iG
DIRCA. Direct. Périanthe tubuleux , à limbe tronqué , sinueux , oblique ; huit étamines saillantes. Baie.
Le Dirca palu&tre * est un arbuste de l’Amérique septentrionale , qui habite les lieux aquatiques, ainsi que l’indique son nom générique, qui provient de S'ipKct, fontaine. C’est l’unique espèce ; on la cultive dans les jardins , où on lui donne le nom de Bois-cuir.
DAPHNÉ. Daphné. Périanthe subinfundibuliforme , quadrilobé ; huit étamines incluses. Drupe charnu , sphéroïde ou ovoïde.
On a imposé à ces plantes le nom Grec du laurier, à cause de la dénomination de Lauréoles qu’on leur donne vulgairement , et de la ressemblance du feuillage de plusieurs d’entr’elles avec celui de cet arbre. Les daphnés croissent dans toutes les parties du globe ; ce sont des arbustes et des arbrisseaux à feuilles éparses, rarement opposées, dont les fleurs sont roses , violettes ou blanches.
Le Daphné gnidien 2 , appelé vulgairement Garou ou Saint-bois , croît dans les lieux montueux de toute l’Europe 7 et dans une grande partie de la France ; il est si abondant dans quelques pays , que l’on s’en sert pour chauffer les fours. L’écorce du garou est la partie qui paraît recéler le plus d’énergie. Il semble avéré que les anciens en ont fait usage à l’intérieur. Swédiaur, Home et Cullen, parmi les modernes, l’ont vu réussir ainsi dans quelques affections cutanées; mais cette écorce, dont la saveur est amère d’abord, puis excessivement âcre et brûlante , n’est pas sans danger , aussi Hoffmann s’est élevé contre son administration, et Yicat
i T), palustris.
2 D. gnidiuiu.
DAPI1N0ÏDES.
rapporte que ce médicament fit périr un malade attaqué d’hydropisie. Orfila a reconnu que, à la dose d’un gros et demi , le garou faisait seulement vomir les chiens , mais que trois gros suffisaient pour les tuer.
L’emploi extérieur de l’écorce du garou est assez ancien. Garidel, qui écrivait au commencement du dix -huitième siècle , rapporte qu’on l’appliquait alors comme vésicante derrière les oreilles. Pour obtenir cet effet , il suffit de prendre un fragment de cette écorce, de le mettre tremper dans de l’eau ou du vinaigre, et de le poser par sa face interne sur la peau. La vésication produite par ce moyen étant beaucoup moins rapide que l’action des cantharides , on l’emploie fort peu pour la déterminer; mais, au contraire, le garou sert fréquemment à confectionner une pommade pour les vésicatoires , et qui n’a point l’inconvénient d’irriter la vessie.
Garidel rapporte que les paysans provençaux se médicamentent avec les feuilles du daphné gnidien, et que leur action est dangereuse ; mais Loiseleur-Deslongchamps , qui les a employées diverses fois, tout en reconnaissant qu’elles provoquent des vomissemens et la purgation, ne les croit pas aussi redoutables que ce botaniste.
Les fruits de cette plante ont aussi été introduits dans là matière médicale. Il paraît que les Grès se purgeaient déjà avec eux , et qu’on les nommait alors Graines gnidiennes , d’où est provenu la dénomination spécifique de ce daphné. Dioscoride rapporte que la dose était d’une vingtaine , et il paraît que pour en dérober le goût , on les entourait de farine , de grains de raisin et de miel. Cependant, certains oiseaux granivores semblent ne point éprouver l’action des baies de ce végétal, car ils s’en nourrissent.
Le Daphné mézéréum 1 ou Bois-gentil, habite les montagnes de l’Allemagne, de l’Italie et de la France; il couvre ses rameaux de belles fleurs purpurines au premier printems ,
1 D. mezereum.
CLASSE XII
avant l’apparition des feuilles ; il leur succède des baies rouges ou jaunes qui possèdent une grande âcreté, et que leur saveur poivrée fait nommer Poivre sauvage par les Sibériens. Pallas dît que les paysans russes se purgent ou se font vomir avec ces fruits, et Vîllars rapporte que cet usage existe aussi parmi les montagnards du Dauphiné , et que huit ou dix leur suffisent pour obtenir ce premier effet; mais ils sont dangereux ; Linnée vit périr une fille pour en avoir pris une demi— douzaine d’après le conseil de sa mère. Divers voyageurs rapportent que les Sibériennes coquettes et les femmes de la Tartarie d’Asie se frottent le visage avec les baies de ce daphné pour rehausser la vivacité de leur teint , et que par ce moyen elles se font gonfler prodigieusement la faee.
Selon Mérat et Delens , il se pourrait que les graines gnidiennes, cocca gnidia des anciens, dont nous avons parlé, fussent cependant les baies du daphné mézéréum. D’après ces savans aussi, l’écorce de garou des officines, que l’on dit provenir du daphné gnidien , serait au contraire celle du mézéréum ; ils se fondent , pour étayer cette assertion , sur les raisons suivantes. D’abord il est certain que dans le Nord on n’emploie que ce dernier , l’autre espèce n’y venant point ; ensuite, le mézéréum étant un arbrisseau de plusieurs pieds, l’écorce qu’il peut offrir est plus en rapport avec les dimensions de celle que l’on rencontre dans le commerce ; enfin ils font observer que son écorce se détache plus facilement des branches , tandis que celle du gnidien est adhérente. La ressemblance parfaite des deux écorces , et l’origine du garou que l’on tire de Nîmes , pays où le daphné gnidien est beaucoup plus commun que le mézéréum , rendent encore la question impossible à résoudre.
Le Daphné lauréole*, qui habite nos forets et doit -sa dénomination à l’analogie qui existe entre ses feuilles et celles du laurier, offre une écorce que l’on prétend avoir administré
i D. I auréola.
DAPHNOÏDES.
avec succès dans la syphilis et les maladies cutanées ; ses semences sont très-âcres ; Sprengel dit cependant que du tems d’Hippocrate on en faisait usage en médecine , et qu’elles passaient pour être vomitives et purgatives. Malgré cela on doit considérer ce moyen comme dangereux. Dans quelques pays, les hommes des campagnes se purgent avec cinq à six baies de ce végétal ; mais JBulliard rapporte que cette dose ayant été dépassée par un forgeron , celui-ci fut empoisonné et ne dut la vie qu’aux secours de l’art.
Le Daphné de Pont 1 fut trouvé dans les environs de Cérasonte, par Tournefort. Aristote, Dioscoride et Pline disent que les abeilles qui se nourrissent du suc de ses fleurs donnent un miel vénéneux ; aussi regarde-t-on cette daphnoide comme ayant contribué à l’accident qu’éprouva l’armée de Xénophon .
Le Daphné cbanvrin 3 , dont la patrie est la Cochinchine , possède une écorce avec laquelle les habitans de ce pays fabriquent du papier. Là, il sert en médecine.
LAGETTO. Lagetta. Perianthe tubuleux , e'pais , à gorge offrant quatre glandes; huit examines subsessiles. Drupe globuleux , velu.
Le Lagetto dentelle 3 est un arbrisseau très-commun dans les montagnes de Saint-Domingue et de la Jamaïque ; dans ce dernier pays on l’appelle Lagetto. Les couches corticales internes de ce végétal sont formées de fibres soyeuses , entrelacées d’une manière très-serrée , et qui , quand on les étend , prennent l’aspect d’un tissu très-fin que l’on a comparé à la dentelle , ce qui a fait nommer cet arbrisseau Bois dentelle , mais que l’on peut assimiler avec infiniment plus d’exactitude à du crêpe. Ce tissu, qui est blanc et élastique, offre assez de
i D. pontica.
a D, carmabinn .
3 L . lintearia.
solidité pour que l’on en puisse faire des fichus , des garnitures de robes et des collerettes, que l’on peut meme blanchir un certain nombre de fois.
PASSERINE. Passerina. Périanthe infini dibuliforme, qnadrilobë, octandre. Fruit sec, indéhiscent.
L’analogie de la forme des graines de ces plantes avec le bec des petits oiseaux a donné l’idée de ce nom qui provient de passer moineau . Les passerines sont des arbrisseaux dont le liber est soyeux , cotonneux ; elles habitent principalement l’Afrique et les pays qui bordent la Méditerranée ; plusieurs espèces viennent en France.
La Passerine velue 1 , qui est de ce nombre , présente , selon Desfontaines , une structure variable dans son appareil sexuel ; tantôt elle est hermaphrodite, et tantôt monoïque ou dioïque.
STELLÈRE. Stellera. Périanthe infundibuliforme, quadrilobé, octandre. Capsule dure, luisante, acuminée.
Ce genre a été consacré à la mémoire de Steller , naturaliste et voyageur allemand. Il se compose de végétaux de Sibérie et d’Europe, que plusieurs botanistes réunissent aux passerines.
STRUTHIOLE. Slruthiola. Périanthe tubuleux, filiforme , quadrilobé, tétrandre. Fruit capsulaire.
Ce nom, qui est dérivé de O’Tpovôoç, moineau, indique la même comparaison que passerine. Les struthioles sont des arbrisseaux ou des arbustes qui proviennent tous de l’Afrique méridionale.
ï P. hirsuta
LAUROÏDES.
DAIS .Dais. Périanthe tubuleux, filiforme, quadri ou quinquélobé , à gorge nue; huit ou dix ëtamines. Drupe.
Les dais sont des arbustes à feuilles opposées, et dont les fleurs sont environnées de grandes bractées formant une sorte d’involucre ; ils croissent dans l’Inde et au Cap de Bonne- Espérance.
GNIDIE. Gnidia. Périanthe tubuleux , grêle , quadrilobé , octandre , offrant quatre écailles pëtaloïdes.
Sous ce nom , qui est celui par lequel les anciens désignaient des daphnoïdes qu’ils pensaient habiter le territoire de Gnide, on comprend des arbustes d’un port élégant , et qui sont presque tous originaires de l’Afrique méridionale.
FAMILLE DES LAUROÏDES.
Fleurs hermaphrodites ou unisexes. Pe'rianthe monophylle , à trois à six divisions ; trois à douze étamines libres ou monadelphes; ovaire uniloculaire , uniovulé. Drupe sec ou charnu.
Les lauroïdes sont des végétaux ligneux , dont un seul olfre une tige herbacée et rampante ; leurs feuilles sont ordinairement alternes. Presque tous fournissent des aromates.
LAURIER. Laurus . Périanthe à quatre ou cinq lobes ; neuf étamines ordinairement ; fdets libres ; anthères munies d’opercules.
Selon de Théis , ce nom provient du celtique blawr , qui
CLASSE XII
signifie vert, et il fait allusion à la perpétuelle verdure du laurier noble. D’après Duhamel, c’est du latin laus , louange, honneur , qu’il est dérivé , et , par ce mot , on a voulu retracer ce que symbolise cet arbre.
Les lauriers sont des arbres ou des arbrisseaux d’un port agréable, et dont les feuilles, qui sont alternes, persistent généralement sur la tige pendant Thiver , et répandent une odeur suave quand on les écrase. Leurs fleurs sont petites et ordinairement verdâtres et sans éclat ; leurs filets staminaux supportent des appendices glanduleux, pour la plupart stipités , et se terminent par des anthères s’ouvrant à l’aide de petits opercules qui se soulèvent vers le haut , lieu où ils adhèrent à la membrane , et qui laissent, de cette manière, des trous par lesquels s’échappe la poussière pollinique : tantôt il y a deux opercules pour chaque loge , ce qui a lieu pour le laurier avocatier , tantôt il n’y en a qu’un seul , comme dans le laurier noble ; mais dans ces deux végétaux chaque cellule d’anthère n’en est pas moins uniloculaire. Les lauriers résident principalement dans les lies de l’Inde, en Asie, et dans l’Amérique équatoriale. Nous leur devons un grand nombre de produits employés dans l’économie domestique et la médecine, et principalement des aromates précieux.
Le Laurier noble 1 ou Laurier d’Apollon est la seule espèce de ce genre qui croisse en Europe ; on le trouve sur presque tout le littoral de la Méditerranée, en Espagne, en Italie, et principalement dans l’archipel de la Grèce ; ce végétal forme d’élégantes forêts aux îles Canaries ; il croît aussi dans l’Afrique septentrionale ; et maintenant on le rencontre jusque dans la Provence , où il s’est presque naturalisé. Ce laurier est un arbre d’un port gracieux , s’élevant jusqu’à plus de trente pieds dans les contrées chaudes, et chargé d’un feuillage constamment vert; ses fleurs sont dioïques. Aucun végétal n’a joui d’une plus haute célébrité. Il était consacré à Apollon
i L. nobilis.
LAUROÏDES.
ia3
qui l’avait adopté pour son arbre favori, depuis que Daphné avait été métamorphosée en laurier , lorsqu’elle fuyait ses embrassemens. Ses rameaux servaient à décorer les temples de ce dieu, et à orner le trépied de la Pythie, et leur odeur aromatique et pénétrante passait pour engendrer le délire prophétique et la poésie : les anciens les enflammaient pendant les cérémonies de leurs cultes, et si leurs feuilles pétillaient vivement sur les brasiers , c’était un heureux présage ; mais , au contraire , l’augure était défavorable si leur combustion s’opérait sans bruit. Les prêtres qui consultaient les phénomènes produits par les feuilles du laurier, mâchaient quelques fois de celles-ci en rendant leurs oracles , c’était ce qui les avait fait appeler Daphnophages. On pensait aussi que ces feuilles influaient sur les songes , et que lorsqu’on en garnissait le chevet de son lit, elles en procuraient de favorables.
Sous les Grecs et les Romains, le laurier représentait divers symboles ; les citoyens s’en couronnaient lorsqu’ils allaient consulter les oracles ; et , pendant les sacrifices , les victimaires eux-mêmes en avaient le front ceint. Le feuillage de cet arbre sacré était principalement regardé comme l’emblème de la victoire et des événemens heureux ; les messagers qui venaient annoncer le gain d’une bataille en ornaient souvent leur javeline , et les tablettes qui en contenaient le récit en étaient également décorées : la mort de Mithridate fut révélée à Pompée par ce symbole. A la suite d’un combat glorieux, les matelots couvraient parfois leurs vaisseaux avec les rameaux de ce végétal. Dans les cérémonies triomphales des Romains, les légionnaires qui suivaient le char du héros portaient des couronnes de laurier, et même au triomphe de Paul-Emile, toute l’armée en avait la tête ornée. Cette coutume était déjà fort ancienne chez ce peuple , car Yirgîle la fait remonter à l’époque d’Enée. Cependant, d’après l’inspection d’un certain nombre de monumens ou de médailles antiques , il semble démontré que ce n’était pas toujours avec le végétal que nous décrivons, que l’on couronnait les triomphateurs.
CLASSE Xil.
mais que c’était parfois avec le Fragon hypophylle, nommé, à cause de cela, Laurus Alexandrinci, parles premiers botanistes.
Les Romains plantaientd.es lauriers aux issues des palais de leurs empereurs , et leur feuillage sacré passait pour les protéger de son ombrage ; aussi Pline nommait-il ces arbres les Gardiens des Césars ; on en ornait aussi la porte des pontifs. Chez le meme peuple, une croyance fort singulière existait à l’égard du laurier ; on était persuadé que le feu du ciel le respectait , etles plébéiens en environnaient leurs habitations pour les protéger de ce fléau ; les empereurs n’étaient meme pas à l’abri de cette superstition , car Pline rapporte que Tibère , pendant les orages , se couronnait de feuilles de ce végétal , pour braver la foudre.
Une plante aussi célèbre ne pouvait manquer de se trouver représentée sur une foule de monumens et de médailles , c’est ce qui a eu lieu en effet. Nous avons eu l’occasion de voir quelques pierres antiques gravées , dont toute la surface était occupée par un laurier aux rameaux duquel étaient suspendus des masques , ce qui nous rappe lait ces orgies mentionnées par Virgile, et dont les bacchantes joyeuses déposaient leurs masques sur les arbres autour desquels elles dansaient en chantant des hymnes en l’honneur du dieu du vin. Sur une médaille d’Auguste , figurée par Spon , on voit une colonne à laquelle est suspendu un bouclier surmonté d’un vase qui n’est point posé dessus; de chaque côté se trouve un laurier. Il y avait «à Rome un quartier qui s’appelait , entre deux lauriers, inlcr duas laurosj cette médaille aurait— elle été frappée par ses habitans ?
C’était avec le feuillage du laurier qu’anciennement on couronnait ceux qui obtenaient des succès dans les cirques et les concours publics ; c’est de là qu’est venu le nom de Lauréat. Dans le moyen-âge, ce végétal servait aussi, dans nos universités, pour couronner les poètes, les savans et les artistes dont les talens méritaient des encouragemens. La couronne qui ceignit long-tems le front des jeunes docteurs,
LÀUROÏDES.
dans les écoles de médecine , devait être faite avec les rameaux de cet arbre, garnis de leurs fruits, ainsi que l’indique le titre de Bachelier, qui vient de baies de laurier, baccœ lauri.
La saveur pénétrante et l’arôme du laurier étaient cause qu’on lui avait attribué anciennement de grandes vertus médicales , et celles-ci l’avaient fait naturellement regarder comme l’attribut d’Esculape. C’était avec son feuillage que l’on couronnait les statues de ce dieu ; et ses rameaux , suspendus aux portes , annonçaient aux passans la confiance que ce végétal inspirait aux familles qui avaient des malades. Longtems cet arbre fut regardé comme héroïque contre la peste ; ses seules émanations passaient meme pour dissiper ce fléau. Papon rapporte que Commode s’enfuit à Laurentum, dont le nom provenait d’un bois de lauriers , et que cet empereur accomplit ce voyage pour se préserver de la peste qui désola Rome, l’an 187 de l’ère chrétienne.
Le laurier noble jouit de propriétés analogues à celles des autres espèces ; il est tonique , excitant , aromatique , ce qui tient principalement à l’huile essentielle que recèlent tous ses organes , mais particulièrement ses feuilles et ses fruits. Ses feuilles sont fort employées dans les préparations culi naires , pour rehausser le goût des alimens et les aromatiser ; c’est ce qui a fait appeler cet arbre célèbre Laurier-Sauce. Si on les prodiguait, elles pourraient communiquer de l’âcreté aux alimens, et occasionner des vomissemens. Elles entrent dans quelques médicamens officinaux. L’huile que l’on en extrait par la distillation est âcre, et s’emploie parfois à l’intérieur, mais surtout à l’extérieur.
Les baies du laurier noble, analysées par M. Bonastre, ont fourni une matière cristallisée particulière, que l’on a nommée Laurine. Elles entrent dans différens médicamens, et fournissent, par expression, le quart de leur poids d’une huile grasse, épaisse, verte, très-odorante, mêlée d’environ 1/90 d’huile volatile ; elle se prépaie dans les îles de la Grèce. Cette huile fait aussi partie de divers emplâtres ou
CLASSE XII
d’eaux médicales ; elle est très-souvent employée à l’extérieur, par le peuple, contre les contusions ou les douleurs; mais comme elle est fort sujette à se rancir, communément , comme nous l’avons observé, elle occasionne des érysipèles beaucoup plus désagréables que la maladie qu’on voulait combattre par son moyen.
Le Laurier canellier 1 porte un nom qui provient de l’italien Caneüa , petite flûte , et retrace l’aspect des rouleaux de son écorce , qui ont en effet quelques rapports de forme avec cet instrument ; c’est la seule espèce qui fournisse la Canelle , et l’on s’est convaincu que les différences que l’on remarquait dans cet ingrédient ne tenaient qu’à la diversité d’âge des individus sur lesquels on le récoltait. Garcias Dujardin avait aussi cette opinion ; Leschenault en a constaté la véracité. Cet arbre croît dans l’Inde , à Java , à Bornéo , à la Cochinchine , et principalement dans l’île de Ceylan , où on le cultive dans un espace d’environ quatorze lieues, situé sur les bords de la mer, entre Matusa et Negambo , et que l’on nomme Champ de Canelle, à cause de sa destination. La culture du canellier prospère actuellement dans quelques unes de nos colonies , aux îles de France et de Cayenne, ainsi que dans plusieurs régions de l’Amérique , et aux Antilles : depuis peu d’années , elle s’étend aussi en Egypte , et promet à ce pays de grands avantages. Deux pieds de ce laurier, achetés à Paris par les ordres de Méhémed Ali , pacha , et transportés aux environs du Caire , ont trouvé ce climat si favorable , que déjà , par leur multiplication , ils forment des plantations considérables dont le commerce recevra bientôt les produits.
Ceylan produit la canelle la plus estimée. Pour l’obtenir, quand le laurier a atteint l’âge de six ans , on coupe toutes les branches et on les dépouille de leur écorce. On choisit ordinairement un tems pluvieux pour cette opération , parce que l’on enlève alors l’épiderme avec facilité , et il suffit pour cela