I.ÀUROÏDES
C’est aux Espagnols que l’on doit le sassafras. Ils le découvrirent en i538, en faisant la conquête de la Floride , pays où il paraît qu’il en existe des forêts ; dès i54<) , Monardès le fit connaître, et en i555 il était déjà cultivé en Europe; les auteurs du tems disent qu’avant cette époque , les Floridiens l’employaient déjà pour se traiter de la syphilis, et que ce furent eux qui enseignèrent ses propriétés aux Européens , qui les firent connaître dans leur patrie dès i555. Bientôt après, l’usage du bois de sassafras s’étendit parmi nous, et les médecins fixèrent plus exactement ses vertus et reconnurent qu’on devait le considérer comme un des plus efficaces sudorifiques qui soient connus. C’est particulièrement contre les affections syphilitiques qu’il est en vogue ; il sert aussi à combattre efficacement les rhumatismes , la goutte et certaines maladies cutanées.
Le laurier sassafras n’est pas sans utilité pour l’économie domestique ; son tronc sert à faire des lambris et des meubles, surtout des bois de lit, dont on dit que le parfum éloigne les insectes ; on teint en jaune orangé avec son écorce. Ses feuilles sont employées par les habitans de la Louisiane pour aromatiser leurs sauces, et, à ce que rapporte Lacondamine, elles jouissent de la propriété de les rendre visqueuses d’une manière fort remarquable. A la Caroline, on confectionne une sorte de bière avec elles , en faisant fermenter leur décoction avec du miel. Les fleurs de ce végétal sont très-odorantes et remplacent le thé pour quelques peuplades du nouveau monde. Les bestiaux , et surtout les vaches, les recherchent beaucoup. Ses fruits eux-mêmes ne sont pas sans usage ; leur arôme les fait employer dans la parfumerie et l’épicerie.
En Amérique, on fabrique une huile essentielle très-aromatique avec l’écorce et le bois du sassafras. Elle se trouve en si grande quantité dans ces parties , qu’en opérant sur quatre livres de corps ligneux revêtu de ses couches corticales , Loureiro obtint cinq onces d’huile. Hoffmann croyait celle-ci efficace dans les affections lymphatiques.
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Le Laurier benjoin 1 est un arbuste de l’Amérique du nord , dont l’écorce et les fruits exhalent un parfum analogue au benjoin , particularité qui lui a valu ce nom, mais ce n’est paslui qui fournit cette substance , malgré qu’on l’ait cru pendant un tems. Dans les pays qu’il habite, son écorce passe pour être un antidote de la morsure des serpens à sonnettes , et ses fruits ont parfois remplacé le piment , ainsi que cela eut lieu pendant la guerre d’Amérique.
MUSCADIER. Myristica . Fleurs dioïques. Périanthe globuleux , tridenté ; étamines monadelphes. Drupe sec , à déhiscence subbivalve.
Ce nom, par lequel on a voulu indiquer l’excellence du parfum des fruits de ces arbres , est dérivé de y.vppct, myrrhe. Les muscadiers sont des arbres parfois assez élevés et dont les feuilles sont alternes ; leurs anthères s’ouvrent par une fente longitudinale, et les fruits ont une arille charnue, disposée en yésçau autour de l’amande.
Le Muscadier aromatique a est un arbre d’environ trente piçds , qui se plaît à l’ombre des grands végétaux dont la taille surpasse la sienne. On a été fort long-tems avant de connaître l’organisation de ses fleurs ; Linnée et Thunberg n’en eurent même qu’une fausse idée ; M. Çéré, directeur du jardin botanique de l’Ile-de-France, et ensuite Camarck, furent les premiers qui la dévoilèrent. Il habite les Moluques, et principalement les îles de Banda et d’Amboine. Ces îles furent découvertes par les Portugais, qui s’en trouvèrent chassés environ quatre-vingts ans après par les Hollandais, en i5gg ; ceux-ci tâchèrent alors de concentrer les muscadiers à Banda et à Amboine, afin de s’approprier entièrement le commerce de leurs fruits, nommés vulgairement Muscades. Dès i6i5,la Hollande, qui s’était emparée du monopole de cet aromate,
i L. berizoin.
2 B'L aromctica.
LAURQÏDES.
débitait en Europe plus de quatre cent mille livres de muscades et cent cinquante de macis. Actuellement cette nation retire un bien moindre avantage de ses plantations de muscadiers, parce que la culture de ces arbres s’est répandue dans plusieurs colonies , malgré les efforts de ses anciens possesseurs Le philantrope Poivre transporta plusieurs de ces lauroïdes, vers 1770, aux îles de France et de Bourbon , et bientôt après nos colonies de Cayenne et de la Martinique en furent également dotées, ce qui diminua l’importance du commerce de la Hollande. Yalmont de Bomare, qui visita ce pays, dit que de son tems les magasins dans lesquels on conservait ces aromates précieux étaient immenses, et qu’on y amassait régulièrement les récoltes de plusieurs années ; en 1 760 , celles de quinze saisons s’y trouvaient entassées. Quand l’encombrement devenait trop considérable , plutôt que d’en baisser le prix , les Hollandais aimaient mieux détruire la surabondance de muscades et des autres aromates qu’ils possédaient ; le naturaliste que nous venons de citer rapporte qu’il en vit brûler, près de l’amirauté d’Amsterdam , un amas qu’on estimait à huit millions de France ; il ajoute qu’on en devait anéantir autant le lendemain. Les pieds des spectateurs baignaient dans l’huile essentielle qui suintait de ces substances en combustion , et dont il était expressément défendu , sous peine du châtiment le plus sévère , de dérober la moindre parcelle. On estime à environ six mille quintaux la récolte annuelle de la muscade, quantité dont on pense que le dixième environ est dispersé par la contrebande. M. de Jaucourt rapporte que , pour frustrer la compagnie Hollandaise, les navires de cette nation vendent en mer une portion de leur cargaison de muscades et mouillent le reste pour empêcher que l’on s’aperçoive du déficit. Lesson dit qu’actuellement les Hollandais paient la bonne muscade quinze sols la livre aux habitans de Banda.
Le fruit du muscadier se compose de trois parties : d’une substance charnue, qui est extérieure et que l’on nomme Brou ; de l’arille , qui est appelée Macis et qui enveloppe in-
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complètement la partie interne, ou Noix muscade. Comme cet arbre est dioïque et que ses fleurs n’apparaissent qu’à la septième année, à ce que dit Bosc, il serait bon d’aviser à un moyen pour ne pas cultiver inutilement un grand nombre de pieds males, puisqu’un seul suffit pour féconder cent femelles. Le savant agriculteur Hubert semble l’avoir trouvé en greffant de vameaux femelles tous les pieds des semis qui sont âgés de deux ans , procédé qui a l’avantage d’avancer la fructification d’une année , et qui offre aussi la facilité de laisser des rameaux mâles sur les pieds pour en assurer la féconda-^tion immédiate , celle-ci se trouvant d’autant mieux favorisée que sur les individus qu’on a rendus ainsi artificiellement monoïques , la floraison des périanthes mâles et des femelles s’opère à la meme époque.
La récolte du fruit du muscadier se fait à la main. On le dépouille de son brou , puis on l’expose au soleil et à la fumée jusqu’à ce que la muscade ballotte dans le macis , qui est d’une belle couleur rouge de carmin, mais qui passe au jaune par la dessiccation , en se solidifiant. Après cela , on trempe la muscade , dans l’eau de chaux aussitôt qu’on l’a débarrassée de son enveloppe immédiate , et on la dépose enfin dans des tonneaux pour en faire l’expédition.
Par le moyen de la compression , on retire des muscades fraîches une huile concrète qui fait partie de quelques composés officinaux , et que l’on nomme Baume ou Beurre de muscade ; elles en fournissent environ leur tiers en poids. On extrait aussi de ces fruits, par la distillation , une huile essentielle ; ils en donnent, suivant Thomson , jusqu’à i /32e de leur poids. M. Bonastre , qui a fait l’analyse de cette noix , a trouvé que 5oo parties contenaient : stéarine, 120 ; élaïne , 38; huile volatile, 3o ; fécule, 12; gomme, 6; acide, 4> ligneux, 270 ; perte, 20. L’acide, qu’il ne signale qu’avec doute , est probablement de l’acide benzoïque , que certains auteurs ont mentionné dans ce fruit.
Il est certain que les Egyptiens faisaient usage de la mus-
LAUROÏDES.
cade , puisque l’on a trouvé des fragmens de ce fruit dans leurs tombeaux ; mais les Grecs ne l’ont peut-être pas connue , car, dans leurs ouvrages , on n’en rencontre point de description bien claire. Les Arabes Avicenne et Sérapion sont les premiers qui en parlent ; l’un deux la nomme Jansiban , ce qui signifie Noix de Banda . L’usage de la muscade ne s’est bien propagé dans l’Europe civilisée que depuis l’établissement des relations avec les Indes , par la mer.
La muscade est un condiment dont on fait un usage considérable. Dans les pays chauds, où il se fait un grand abus de stimulans , ainsi que cela a lieu dans les possessions anglaises de l’Inde , on introduit cet aromate dans presque tous les al .‘mens et même dans les boissons. Les Anglais, les Hollandais et les Allemands, qui ont de meilleures raisons pour se justifier, font aussi une fort grande consommation de cette noix, et dans ce premier pays quelques personnes ont même des petites boîtes dans lesquelles se trouvent une râpe et une muscade ; elles les portent constamment avec elles , et saupoudrent tous leurs aliinens avec cette dernière. Cette noix se présente parfois au dessert , soit confite , soit dans de la saumure ou du vinaigre. Chez certaines nations , on mange le brou ainsi accommodé.
Ce fruit est un tonique excitant et aromatique des plus énergiques. En stimulant l’estomac, dans les contrées froides, il doit faciliter la digestion et donner du ton à tout l’organisme ; mais nous pensons que dans les pays chauds il est peu salutaire pour réparer l’épuisement occasionné par les sueurs excessives , car, en excitant le système cutané, il produit encore une transpiration plus active. Les médecins européens emploient fort peu la muscade comme médicament, mais cependant elle entre dans un grand nombre de nos composés officinaux ; les praticiens indous l’administrent au contraire très-fréquemment ; c’est pour eux une panacée universelle qu’ils ordonnent principalement dans les affections adynamiques et pestilentielles. Ce fruit stimule promptement les
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organes circulatoires , et opère rapidement une congestion cérébrale qui produit une sorte d’ivresse, et peut aller jusqu’au narcotisme et à l’apoplexie, résultat qui paraît être commun dans l’Inde, où l’abus de la muscade est poussé à l’excès , et qui a été constaté par des hommes éclairés , tels que Bontius , Ettmuller, Lobel et Ainslie. Deux médecins célèbres , Cullen et Hoffmann , ont administré ce fruit contre les fièvres intermittentes, et d’autres en ont fait la base d’une pommade contre la gale.
Le Muscadier porte -suif 1 est un grand arbre de la Guyane, qui laisse écouler, des plaies que l’on fait à son tronc , un suc rougeâtre , gluant et âcre , avec lequel , dans les colonies, on cautérisé les aphthes. Ses semences, mises dans de l’eau bouillante, laissent surnager une espèce de suif jaunâtre et d’une odeur de muscade , que l’on vend en pains , et avec lequel on fait des chandelles ou du savon dans le pays où croît ce végétal.
i M. sebi/era.