‹ Traité élémentaire de botanique appliquée, contenant la description de toutes les familles végétales, et celle des genres cultivés ou offrant des plantes remarquables par leurs propriétés ou par leur histoireChapitre 13 sur 87 · C. beuerfictus · texte numérisé non relu

C. beuerfictus

Z. leptaurca.

CLASSE XIII

(Irait de ctpHToç, ours , parce que l’on a voulu voir des rapports entre les pointes de l’involucre de ces plantes et la toison de l’ours. Dioscoride et Galien disent que la bardane était appelée personata par les Romains, paree que, avant l’invention du masque scénique, les comédiens se servaient des amples feuilles de cette plante pour se couvrir le visage. Les moissonneurs des teins anciens faisaient même des chapeaux avec celles-ci pour se garantir des rayons du soleil, et, se dérobant ainsi la figure à l’aide de ces feuilles , ils profitaient de leur incognito pour insulter les passans. Enfin , on pense que le mot bardane est d’origine italienne, et qu’il vient de barda, qui veut dire couverture de cheval , chose à laquelle on a comparé les vastes feuilles de cette composée. Ce genre ne contient qu’un fort petit nombre d’espèces ; elles sont originaires de l’Europe.

La Bardane officinale 1 est remarquable par ses immenses feuilles eordiformes, et par ses involucres dont les pointes acérées et recourbées s’attachent aux habits des passans ou aux toisons des animaux. Cette particularité est ce que l’on a voulu exprimer par son nom spécificique, lappa, qui paraît dérivé du celtique, llap , mot signifiant main. C’est une plante qui était regardée anciennement comme nuisible aux champs , car Virgile recommande déjà de l’extirper.

La racine de la bardane est grosse et rameuse ; elle contient beaucoup de fécule . Dans quelques pays , particulièrement en Ecosse, après lui avoir fait subir la cuisson, on la mange comme les salsifis ; mais c’est principalement sous le rapport médical qu’on doit l’étudier, car elle est souvent employée comme sudorifique, diurétique et dépurative.

La vertu sudorifique qu’on a accordée à celte racine l’a fait administrer dans les affections rhumatismales, goutteuses ou syphilitiques ; on avait pensé qu’elle pourrait remplacer la salsepareille , mais Cullen doute de sa puissance ; d’un autre côté , Desbois de Rochcfort , sape la propriété diurétique

i A. lappa.

SYNANTHÉRÉES.

dont on douait cette plante; il est vrai qu’elle contient du nitrate de potasse, mais celui-ci s’y trouve en trop faible quantité pour avoir une action manifeste. Cependant il faut reconnaître que la bardane est utile dans les affections cutanées, puisque Alibert la préconise dans plusieurs d’entr’elles.

Les feuilles de la bardane ont passé anciennement pour efficaces contre la teigne , ce qui a valu à cette plante le nom d’Herbe aux teigneux. M. Pérey vante encore leur suc pour le traitement de quelques ulcères ; Linnée et Decandolle regardent les semences de cette carduacée comme purgatives, et il paraît, d’après Coxe, qu’en Amérique on en fait usage.

CHARDON. Carduus. Folioles inyolncrales épineuses. Réceptacle fimbrille. Aigrettes barbellulées, à poils souciés par la base.

Carduus était le nom de ces plantes chez les Latins ; ce mot, qui a pour radical ard , qui signifie pointe, est celtique. Les feuilles des chardons sont épineuses et souvent revêtues d’un duvet cotonneux; leurs fleurs sont ordinairement purpurines ou blanches , mais elles offrent aussi parfois une couleur jaune. Ces plantes habitent l’ancien continent; quelques unes, par leur beauté, mériteraient d’étre introduites dans nos parterres malgré leurs épines et leur aspect hostile. Ces végétaux ont leur utilité dans les harmonies générales du globe ; quelques grands animaux les broutent avec délices ; une foule de larvçs de phalènes, de coléoptères et d’autres insectes s’en nourrissent. C’est en vain que l’on a voulu faire des étoffes avec le duvet de leurs semences ; il a bien été possible d’en ourdir quelques pièces en le mélangeant avec nos fils textiles ordinaires , mais le prix en devenait trop élevé.

Le Chardon marie 1 est un des plus beaux; il est remar-

i C. maria nus. L.

CLASSE XIII

quable par les taches blanchâtres qu’offrent ses feuilles , et qui lui ont valu ce nom de la part des créateurs de la nomenclature chrétienne, qui leur donnèrent une origine céleste, et imaginèrent que c’étaient des gouttes du lait de la vierge qui , en tombant sur une de ces plantes , lui avaient imprimé des taches qui s’étaient reproduites dans la succession des générations pour constater le miracle.

Ce nom respecté est probablement la cause des vertus extraordinaires que l’on accordait à ce chardon contre beaucoup de maladies. Les médecins éclairés en ont fait justice. Cependant , si ce n’est pour les malades , au moins pour les gens en santé , cette espèce peut avoir quelque utilité ; on la mange en salade après en avoir retiré les piquans, et ses tiges forment un bon légume ; déjà les Grecs en faisaient usage.

Le Chardon cotonneux x , ou Chardon aux ânes , malgré sa dénomination , qui semble le reléguer à ces animaux , nous offre de fort gros réceptacles que l’on mange comme des artichauts.

Le Chardon à deux épines 1 2 offre un port qui flatte l’œil , et auquel ses fleurs jaunes ajoutent de la beauté ; il croît dans la Barbarie et est cultivé dans nos jardins.

CARTHAME. Carthamus. Involucre gibbeux inférieurement. Réceptacle paléacé. Akène inaigretté.

Quelques étymologistes font venir ce nom de qortom, qui est celui que l’on donne à ces plantes en Arabie ; mais cette origine est obscure. Ce genre ne contient qu’une espèce.

Le Carthame des teinturiers 3 est originaire de l’Egypte et du Levant , mais il s’est naturalisé aux environs de Nice et dans d’autres régions méridionales de l’Europe. Les feuilles de cette plante peuvent se manger en salade ou cuites quand

1 C. eriophorus. L.

2 C. diacanthus.

3 C. tinctorius. L.

SYNANTHÉRÉES.

elles sont jeunes, mais on les dédaigne lorsqu’elles ont acquis tout leur développement, parce qu’alors elles sont dures et épaisses , et l’on s’en sert seulement pour coaguler le lait , usage fréquent chez les Egyptiens.

Les semences du carthame sont purgatives, mais on ne les emploie plus aujourd’hui ; on les appelle graines de perroquet , parce que ces oiseaux les aiment beaucoup ; il en est de meme de la volaille.

Les fleurs du carthame sont connues dans le commerce sous le nom de safran bâtard ; elles nous proviennent ordinairement du Levant et surtout de l’Egypte. Comme on commence actuellement à cultiver cette plante dans notre colonie d’Alger, où nous en avons vu de fort beaux échantillons, nous pourrons un jour la tirer de ce pays. Deux substances colorantes se trouvent dans ces fleurs : l’une, qui, selon M. Dufour, qui les a étudiées , est jaune et soluble dans l’eau ; l’autre , qui est rouge et ne se dissout que dans les alcalis. La première n’est pas employée, mais avec la dernière on teint les étoffes de soie ou de laine. Il s’en fait un grand emploi dans la teinture , où l’on obtient avec elle toutes les nuances depuis le rose clair jusqu’au rouge ponceau. La couleur qui constitue le fard n’est qu’un mélange de talc et de ce rouge, et celle employée par les peintres sous le nom de vermillon d'Espagne, est aussi fabriquée avec ce principe rouge ; celui-ci s’extrait en remplissant un sac de fleurs de carthame , en les lavant et en les exprimant sous un filet d’eau. Par ce moyen , on les dépouille de leur couleur jaune soluble ; puis ensuite, en les mêlant avec un vingtième de leur poids de sous-carbonate de potasse , et enfin en versant sur la teinture alcaline du suc de citron , on obtient un précipité d’un beau rouge cerise. Ce procédé est fondé sur l’insolubilité du principe colorant rouge dans l’eau et sur la propriété qu’il a de se combiner avec le carbonate de potasse , et d’être précipité par l’acide citrique.

ARTICHAUT. Cynara. Folioles involucrales très-larges , à base charnue et à sommet spinifère. Réceptacle charnu , garni de soies. Aigrette sessile , plumeuse.

Le nom de ce genre retrace une comparaison que l’on a établie entre les folioles de l’involucre de ces plantes et les dents d’un chien ; il vient de avvoç , qui désigne cet animal en grec. L’épithète d’artichaut provient , selon Bullet , de art , épine , et de chaulx, chou, dont la réunion signifie en celtique chou épineux.

L’Artichaut commun 1 que nous mangeons , maintenant transformé par la culture, ne se connaît plus à l’état sauvage ; on suppose cependant que c’est de l’Artichaut chardon qu’il est issu , et que les soins l’ont immensément amélioré. On soupçonne qu’il est originaire de l’Andalousie , et que tantôt sa culture abandonnée ou reprise le fit transporter successivement à Venise, puisa Florence, d’où il fut enfin, vers le xvi*. siècle, transplanté en France.

L’artichaut est un aliment sain ; quelques-unes de ses variétés se mangent particulièrement crues ; parcequ’elles perdent leur saveur par la cuisson. Les fleurs de ce végétal font coaguler le lait, et les Arabes profitent de cette propriété pour confectionner leurs fromages. Mathiole dit qu’en Toscane on en fait le même usage , et qu’elles leur donnent un goût fort agréable. Les feuilles de cette plante peuvent s’employer pour colorer la laine ; les teinturiers , par leur mélange avec du bismuth, savent en tirer une couleur d’un jaune d’or

La racine de l’artichaut est regardée comme diurétique par quelques auteurs ; les feuilles de ce végétal ont une amertume excessive qui fait croire que l’on pourrait trouver en elles un médicament énergique. On dit que leur suc a guéri des hydropisies.

i C. scolymus.

SYNANTHÉRÉÈS.

L’Artichaut cardon 1 , qui est commun dans le midi de la France, et surtout en Barbarie, est également cultivé pour notre usage. Ce sont ses feuilles que l’on sert sur les tables et que l’on désigne sous le nom de Cardons.

ECHENAÏS. Echenais. Involucre équaliflore , à folioles coriaces ; les extérieures à cils spiniformes. Réceptacle paléacé. Aigrette plumeuse.

L’Echénaïs carlinoïde a , qui est le type de ce genre établi par H. Cassini , croit dans les forets de la Géorgie et près des torrens du Caucase ; elle est cultivée au jardin du Roi.

LEUZEE. Leuzea. Folioles involucrales imbriquées , scarieuses , lacérées au sommet , non épineuses. Réceptacle sélifère. Akènes tuberculeux.

Ce genre a été dédié au savant Deleuze. On peut ajouter à ses caractères que l’aréole basilaire est non oblique , et que l’aigrette des akènes est plumeuse et sessile.

La Leuzée conifère 3 , dont l’involucre jaunâtre a été comparé par G. Bauhin à un cône de pin , croît dans les montagnes méridionales de notre pays.

ONOPORDE. Onopordum. Folioles involucrales larges , e'pineuses ; re'ceptacle alve'ole'. Akène sillonné transversalement ; aigrette sessile.

L’espèce que nous citons ayant passé pour augmenter la production des gaz dans le tube intestinal des ânes , a donné lieu à ce nom trivial , qui est formé de ovof, âne , et de '7ropS'ov, pet.

I/Onoporde acanthe 4 a meme une épithète vulgaire qui

\ . Cardunculus.

2 E. carJinoides.

3 L. conifera.

4 A. acanthium.

CL ASS F XlH.

indique cette prétendue propriété : c’est une plante dont les feuilles sont couvertes d’un duvet abondant ; en Espagne , avec celui-ci , on fait de l’amadou. Le réceptacle de cette onoporde est charnu et épais , ce qui a quelquefois engendré l’idée de la substituer aux artichauts ; mais on ne peut espérer de pouvoir le faire qu’en anéantissant par la culture la trop grande quantité de tissu fibreux qui entre dans la structure de cet organe, et jusqu’à ce que l’on ait obtenu ce résultat, l’artichaut sera fort préférable. Les graines de cette composée renferment une assez grande quantité d’huile fixe pour qu’il soit lucratif de l’extraire ; un seul pied produit jusqu’à douze livres de semences , et Murray assure qu’en exprimant celles-ci on en obtient trois livres d’huile.

Haller conseillait l’usage de l’onoporde dans les scrophu— les, et le suc de cette plante passait pour efficace contre le cancer : malheureusement , on ne peut ajouter foi à cette dernière propriété.

SERRATULE. Serratula. Involucre cylindroïde r inerme, imbrique. Réceptacle à soies linéaires. Aigrette sessile, persistante, à poils raides, inégaux.

De serra, scie, on a fait ce nom, avec l’intention d’exprimer la structure des feuilles de l’espèce type, qui sont dentées en scie. Le genre serratule est formé par une vingtaine de plantes indigènes de la Sibérie , de l’Orient et de l’Europe tempérée.

La Serratule des teinturiers 1 est une belle composée à fleurs pourpres , abondante sur les collines sèches et boisées de la France. On la considérait comme vulnéraire. Maintenant on en extrait une couleur jaune que l’on fixe sur les étoffes à l’aide de l’alun , et qui passe pour avoir plus de solidité que la teinture opérée par la gaude.

3 S. tin cto ri a-

SYNANTHÉRÉES.

V. ÉCHINOPSÉES. Calathide régulariflore. Réceptacle inappendiculé. Corolle à lobes linéaires, portant chacun un petit appendice denté ; aigrette quadruple.

ECHINOPS. Echinops. Calathide sphéroïde à involucelles uniflores. Aigrette membraneuse , fimbrille'e.

Les capitules de fleurs des echinops ont été comparés au hérisson, de là est dérivée leur dénomination. Ces

plantes sont dépourvues d’involucre commun , ou cet organe ne se compose chez elles que d’écailles avortées et rabattues ; leur réceptacle est globuleux ; leurs fleurs sont hermaphrodites, subinfundibuliformes, et portent un fruit cjlindroïde et velu.

L’Echinops à tête sphérique *, dont les fleurs sont blanches , habite les lieux stériles de la France.

VI. ARCTOTIDÉES. Calathide radiée. Réceptacle alvéolé , et souvent fimbrillé. Style offrant en haut un gros cylindre couvert de collecteurs ponctiformes ; stigmate biligulé ; ovaire ordinairement tri— loculaire et uniovulé.

GORTERÏE Gorteria. Folioles involucrales spinifères. Disque androgyni-masculiflore ; couronne liguliflore , neutriflore. Akène surmonté de poils crépus.

Ce groupe a été dédié à D. Gorter, botaniste hollandais.

1 il. sphetocephulus.

So

CLASSE XIU.

et médecin d’Elisabeth de Russie. Il n’offre point de véritable aigrette , et d’après les retranchemens qu’il a subis , il ne renferme plus qu’une espèce originaire du cap de Bonne- Espérance.

La Gortérie à tête de bardane 1 offre un singulier phénomène. H. Cassini rapporte qu’à l’époque de la maturité chaque péricline tombe avec les akènes qu’il contient. Ceuxci , au nombre de cinq au plus , ne pouvant en sortir à cause de l’étroitesse de son orifice , sont condamnés à y germer. Le premier akène qui se développe comprime les autres et les étouffe , sa radicule perce le clinanthe et semble se souder avec lui , de sorte que la racine de la nouvelle plante continue à porter le péricline de la plante mère pendant un certain tems.

ARCTOTÏE. Arctotis. Couronne féminiflore ou neutriflore. Akène aile'; aigrette de quatre à huit folioles.

Par cette dénomination qui provient de apKTOf, ours , on à voulu comparer les semences velues des arctoties au pelage touffu de ce mammifère. Ces végétaux , dont quelques uns sont de beaux arbustes constamment verts , habitent en grande partie les environs du cap de Bonne-Espérance.

Vil. GALENDULEES. Calathide radiée. Clinanthe rarement appendiculé. Aigrette nulle. Stigmatophores très-courts.

SOUCI. Calendula. Disque masculiflore. Akènes inégaux , incurvés , rugueux sur la convexité.

Ce nom scientifique vient de Calendulœ , premiers jours des

i G . pcrsonata.

SYNANTHEREES.

mois, parce que l’espèce vulgaire se trouve en fleurs pendant plusieurs mois. Souci, autrefois solsi , est dérivé, selon quelques étymologistes , de solsequium, qui suit le soleil, parce que les fleurs de ce genre se tournent constamment vers cet astre. Comme les auteurs Romains donnent assez souvent le nom de caltha aux soucis , on présume que Virgile désigne ces plantes parmi celles que les nymphes plaçaient dans la corbeille de Corydon.

Les soucis sont des végétaux herbacés et annuels , dont les fleurs sont jaunes. Leur patrie est principalement l’Europe ; on en découvre aussi au cap de Bonne-Espérance.

Le Souci officinal 1 ou des jardins, qui est originaire du midi de l’Europe, a été employé en médecine, ses feuilles fusent comme du nitre quand on les projette sur des charbons enflammés et elles ont la réputation de détruire les cors et les durillons. C’était principalement les fleurs de cette plante que l’on employait ; elles passaient pour être efficaces contre les scrophules , l’ictère et la fièvre, et elles étaient surtout administrées comme emménagogues , dernière prescription qui doit peut être son origine à la confiance que leur couleur rouge, devait inspirer aux partisans de la doctrine des signatures. Ces fleurs servent aujourd’hui pour colorer le beurre dans quelques campagnes ; on en a fait usage dans la teinture. L’homme a transformé le souci officinal en aliment en le faisant macérer dans du vinaigre.

Le Souci des pluies a, qui est originaire du cap de Bonne- Espérance, pourrait former une sorte de baromètre végétal; il est cité fort souvent à cause du phénomène physiologique qui se passe dans sa calathide , qui se ferme aussitôt que le ciel se couvre , pour défendre les fleurs du contact de la pluie , et ne s’ouvre que lorsque le tems est serein .

OSTÉOSPERME. Osteospermum. Folioles involu-

i C. officinalis.

i C. pluvial! s

iHt.

CLASSE XIII

craies un peu ciliées. Disque masculiflore. Akène subglobuleux , osseux.

Par cette épithète , qui est dérivée de oçreov , os , et de (T‘7r£p[/.ci. semence , on a voulu indiquer l’extrême densité des akènes des ostéospernies. Ces plantes portent des fleurs mâles qui sont munies d’un ovaire rudimentaire ; elles croissent aux environs du cap de Bonne-Espérance.

L’Ostéosperme monilifère *, sous arbrisseau à fleurs jaunes, est cultivé dans nos écoles de botanique.

Vlll. TAGETINEES. Calathide ordinairement radiée. Ovaire long , cylindroïde ou prismatique. Collecteurs piliformes.

ARNIQUE Arnica. Calathide radiée. Couronne féminiflore, à fleurs portant cinq filets sans anthères. Réceptacle nu. Akènes tous aigrettes.

Arnica est une corruption de plarmica, éternûment , nom que Gessner donnait à l’arnique officinale à cause de la faculté qu’elle a d’exciter l’éteriiûment. Ces plantes sont originaires de l’Amérique , des îles de l’Asie , de l’Afrique et de l’Europe.

L’Arnique des montagnes 2 est âcre et aromatique. MM. Chevalier et Lassaigne, qui l’ont analysée, ont reconnu qu’elle était formée de Cytisine, d’une résine adorante, d’acide gallique , d’une substance jaune colorante, d’albumine, de gomme, de muriate, de phosphate et de sulfate de potasse, de carbonate de chaux et de quelques particules de silice. Cette synanthérée habite les montagnes de l’Europe méridionale, mais on la rencontre aussi dans ses plaines basses , ainsi que dans celles

i O . moniliferum.

2 A. moritana.

SYNAISTHÉRÉES.

lB3

du nord de cette partie du monde. Tabernœmontanus la fit connaître le premier au xvi*. siècle, car elle ne paraît pas avoir été observée par les Grecs et ne croît point dans leur pays. Les paysans des Pyrénées et de quelques autres montagnes , fument les feuilles de l’arnique ; c’est cette coutume, ainsi que l’odeur de tabac que ses fleurs exhalent qu^nd elles noircissent en se desséchant, qui a fait donner à cette plante le nom de Tabac des montagnes.

L’arnique a joui anciennement de beaucoup de renommée pour le traitement des plaies de la tête et des commotions cérébrales, ce qui la faisait appeler par Meisner panacea lapsorum ; mais elle est certainement nuisible dans ces affections , parce qu’elle communique à l’organe malade une irritation funeste. Parfois on a traité avec succès des fièvres intermittentes à l’aide de ce médicament , ce qui lui a valu le surnom de Quinquina des pauvres. Cette plante a été vantée par Borda et beaucoup de médecins prussiens, pour combattre les inflammations pulmonaires ; par Stoll , comme un spécifique de la dysenterie ; souvent on en a fait usage contre les encéphalites, mais, comme l’a remarqué Lallemand, pour ces dernières, ce végétal excitant en a toujours augmenté le danger ; il en est de meme dans tous les cas d’inflammation du poumon et de l’intestin , aussi doit-on s’élever contre l’emploi qu’en faisaient Borda , Stoll et tant de médecins allemands qui ont été si long-tems enthousiastes exagérés de ce médicament qu’ils ont préconisé dans les affections les plus diverses.

L’arnique devient un vomitif très-actif quand on l’administre à trop haute dose , et il paraît que cette propriété frappa les premiers médecins qui en firent usage , et qu’ils se servirent de ses racines en guise d’ipécacuanha, avant la découverte de celui-ci. On a émis que la décoction d’arnique était efficace contre la gale.

PECTXS.ifo/^. Folioles involuerales glanduleuses. Disque tri - quadriilore , androgyni - masculiflore.

CLASSE XIIÏ.

Akène à deux ou trois squammellules épaisses * subule'es , lisses , cornées.

On a comparé les squammellules pointues et raides de ces synanthérées aux dents d’un peigne, pecten ; de là est provenue leur appellation générique. Les pectis sont tous originaires de l’Amérique équatoriale.

TAGÈTE. T âge te s. Involucre monophylle, denté. Couronne à demi-fleurons très-larges. Aigrette de trois à six paillettes droites , subulées.

Quelques savans croient que ce nom est une corruption de tanacelum , et d’autres pensent qu’il provient de Tagès divinité des Etrusques. Ce genre est formé par des plantes qui habitent le Mexique ou ses environs.

La Tagète droite r, que l’on désigne sous le nom impropre d’OEillet d’Inde , et qui porte des fleurs d’un beau rouge orangé, entre fréquemment dans la décoration de nos jardins. Il en est de même de la Tagète touffue.

IX. HELIANTHÉES. Calathide ordinairement radiée. Réceptacle ordinairement squammellifère. Aigrette nulle ou non. Ovaire ovoïde , aigretté ou inaigretté, à quatre côtes, tronqué ou arrondi au sommet; stigmatophores semi-cylindriques , arqués ; collecteurs piliformes.

BALBISIE. Balbisia. Involucre cylindrique, unisérié, à huit folioles bractéiformes. Demi-fleurons trifides. Aigrette plumeuse , sessile.

C’est à J. -B. Balbis, professeur de botanique à Turin , qu’est dédié ce groupe.

i T. erecta.

SYNANTHËREES.

La Balbisie à longs pédoncules 1 , qui est indigène du Mexique , et une autre espèce qui habite aussi le nouveau continent , sont les seules que l’on connaisse.

CÉPH ALOPHORE . Cephaloph or a. Involucre globuleux. Re'ceptacle subalvéolé. Aigrette paléïforme.

Cette dénomination provient de KStyoïKn, tète, et de çspra, je porte ; elle rappelle la disposition globuleuse de l’involucre des céphalophores.

Le Cépbalophore glauque 2 , qui croît au Chili , est la seule espèce connue.

GALARDIE. Galardia. Re'ceptacle ponctue' ou alve'ole'. Corolles ligule'es , trilobe'es, neutres ou stylifères. Aigrette de cinq à dix poils paléïformes , et cilie's au sommet.

C’est à M. Gaillard de Charentonneau, magistrat et amateur de botanique , que l’on a dédié ce genre.

LaGalardie rustique 3, dont les fleurs ont un disque violet ou rougeâtre environné d’une couronne jaune , est le type de cette section .

GALINSOGE. Galinsoga. Calathide globuleuse , courtement radiée. Akène offrant un bourlet apicilaire et un basilaire ; aigrette à paillettes membraneuses , frangées.

C’est au médecin M. Galinsoga , intendant du jardin botanique de Madrid, que ce groupe a été dédié.

i B. clongata.

a C. glanca.

3 G. rustica.

CLASSE XII r.

La Galinsoge à petites fleurs », qui cioît au Pérou, passe dans cette contrée comme antiscorbutique.

HELENIE. Helenium. Involucre double; l'externe bractêiforme. Akène à douze bandes, six à globules jaunâtres et six sëtifères ; aigrette de six paillettes membraneuses.

L’Hélénie d’automne a provient de l’Amérique septentrionale, ainsi que les autres espèces de ce groupe. La beauté de ses fleurs jaunes à déterminé son admission dans nos jardins

SGHKUHRIE. Schkuhria. Couronne unillore , liguliflore, fëminiflore. Akène pyramidal , à aigrette de huit paillettes membraneuses, ovales.

C’est à la mémoire de Ch. Schkuhr , botaniste Allemand, que ce genre a été consacré.

La Schkuhrie abrotanoïde 3, qui croît au Mexique , est la seule espèce connue. On la cultive dans nos écoles de botanique.

BIDENT. Bideiis. Couronne nulle, ou ligulillore et neutriflore, ou masculiflore. Akène quadrangulaire , couronne de deux à cinq arêtes hispides.

C’est aux deux arêtes qui surmontent le fruit de plusieurs espèces , et que l’on a comparées à des dents , que ce groupe doit son nom, qui est formé de bis dens. Lesbidents sont presque tous herbacés ; leurs calathides portent ordinairement un rayon jaune, rarement il est blanc ; les arêtes de leurs fruits sont munies de petits poils raides dirigés en arrière , par le moyen desquels ils s’accrochent aux toisons des mammifères,

j G. parviflora.

■j H . aulwnnale.

3 S. abrolanoides .

SYNANTHÉRÉES. J 8^

animaux qui semblent contribuer à leur dissémination ; ces plantes croissent pour la plupart en Amérique.

Le Bident chanvrin 1 est appelé aussi Eupatoire et Chanvre aquatique , à cause de la ressemblance de ses feuilles avec celles de ces deux plantes , et des localités qu’il affectionne de préférence ; il croît en Europe ; ses fleurs sont subfloscu— leuses. Cette plante a quelquefois servi pour la teinture de la laine; elle donne une couleur jaune orangé, très-solide.

Le Bident penché 2 , qui comme le précédent vient en France, et dont les folioles de l’involure imitent une couronne, jouit de la meme propriété tinctoriale que le précédent. Ces deux plantes sont âcres, et quand on les mâche elles excitent la salivation, ainsi que le fait la pyrèthre. On les a quelquefois administrées en médecine , comme résolutives , diaphorétiques ; maintenant elles sont tombées en discrédit.

COREOPSIDE. Coreopsis. Couronne neutrifloie, liguliflore. Akène comprime', inaigretté ou à une ou deux squammellules rudimentaires , triquètres,

On dit que c’est de l’aspect des semences des coréopsides , qui ressemblent à un insecte , que provient ce mot ; il est formé de Kopiç, punaise, et de figure.

Ces plantes sont presque toutes originaires de l’Amérique septentrionale. Plusieurs espèces servent actuellement pour orner nos jardins.

La Coréopside tinctoriale 3 , qui a été récemment apportée chez nous , est devenue fort commune dans nos parterres. Bosc dit que la Coréopside ordorante sert de fourrage aux bestiaux dans les Antilles , où elle croît spontanément.

COSMOS. Cosmos. Calathide radiée; couronne liguliflore , neutriflore. Akène à deux ou quatre

i B. triparti ta. 3 C. fine to ri a.

■2 B. cerna a.

CLASSE Xill.

squammellules subtriquètres , à barbelles spiniformes dirigées en bas.

Selon quelques étymologistes , l’agréable disposition des feuilles finement incisées des cosmos aurait déterminé leur nom, qui provient de xocqu.oÿ’ , beauté. On n’en connaît que trois espèces originaires du Mexique et de l’Amérique méridionale.

DAHLIA. Dahlia . Involucre double ; l’extérieur bractéiforme, de cinq à huit folioles. Couronne liguliflore , neutriflore ; disque androgyniflore , régulariflore. Akène inaigretté ou à deux squammellules rudimentaires.

Cavanilles a consacré ce genre à la mémoire de A. Dabi , botaniste danois. Les plantes qu’il y renferme ressemblent par leur description aux coréopsides, et il est fort difficile de les en isoler ; aussi H. Cassini a-t-il proposé , pendant un tems , de réunir ces dernières aux dahlias.

La racine des plantes de ce groupe est tubéreuse et d’un volume considérable ; Payen et Chevalier, qui l’ont analysée, y ont découvert un principe particulier qu’ils ont appelé Dahline ; mais Braconnot pense que celui-ci n’est qu’une espèce d’Inuline. Les tubercules des dahlias renferment des principes nutritifs, et l’on dit que les habitans du Mexique en font usage sur leurs tables. Thiébaut de Bernéaud confirme cette assertion en assurant , que la substance farineuse de ces racines est douce et sucrée quand on l’a préparée convenablement, et qu’alors elle forme un aliment délicat. Ce dernier ajoute que les feuilles de çes plantes peuvent servir de fourrage aux bestiaux ou être employées comme engrais. Nous devons dire, cependant, que tout le monde ne partage pas ces opinions. En effet, Decandolle , Dumont-Courcet et Desmazières viennent renverser l’espoir que l’on avait conçu de trouver un nouvel et

SYNANTHÉRÉES.

abondant aliment dans ces plantes, dont la reproduction est si énergique. Les premiers trouvent que leurs racines tubéreuses, cuites sous la cendre ou bouillies, sont d’une saveur peu agréable ; Desmazières a observé que la plupart des variétés deviennent fibreuses par la cuisson et offrent après celle-ci une saveur résineuse répugnante. Aussi il conseille d’en restreindre l’emploi aux bestiaux qui , en général , en sont très— friands. Mais il est probable que par la culture , dans notre climat , les racines de dahlia deviendront de plus en plus alimentaires.

Mais si l’on est forcé d’avouer que les propriétés économiques des dahlias n’offrent point actuellement tous les avantages qu’elles semblaient promettre , il faut cependant convenir que ces végétaux ont réellement une grande importance par l’immense commerce que l’on en fait pour la décoration des parterres.

Dans ce genre, quel’on devrait plutôt désigner parle nom de Georgina que sous celui de dahlia, parce qu’un autre groupe porte déjà ce dernier , Cavanilles avait cru reconnaître trois espèces qu’il nommait Dahlia pinné , Dahlia rose et Dahlia pourpre, et d’où s’irradiait cette foule de variétés répandues dans nos jardins. Wildenow, qui adopta d’abord cette manière de voir changea ensuite et n’admit plus que deux espèces. H. Cassini, restreignant encore ce nombre, pense qu’il n’y en a réellement qu’une seule, et comme il la réunit aux coreopsis il la nomme Coréopside géorgine ; mais la plupart des botanistes la désignent sous la dénomination de Géorgine variable.

La Géorgine variable 1 offre des racines tubéreuses , oblongues et une tige herbacée , glauque ou pubescente , s’élevant environ à deux mètres et munie de feuilles opposées et pennées. D’après H. Cassini, cette plante offre deux grandes variétés, que certains botanistes regardent comme des espèces formant une double souche généalogique d’où surgissent toutes les autres. L’une d’elles nommée Géorgine nue ,

G. variabilis.

CLASSE XIII

ÏC)0

n’offre aucun enduit glauque sur sa tige , et les fleurs de sa couronne ont un style rudimentaire r ; c’est elle dont la race fournit les dahlias ou géorgines rouges, pourpres , lilas , jaunâtres. L’autre, nommée Géorgine poudrée , dont les tiges sont revêtues d’un enduit glauque et le style des fleurs de la couronne tout à fait avorté 2 , est la souche des dahlias écarlates , safranés , et jaunes.

HETEROSPERME. Hetei'osperma. Couronne interrompue , tri-quinquëflore. Akènes extérieurs inaigrettés , à bordure cartilagineuse ; akènes internes sans bordure , à col linéaire , portant deux squammellules barbellulées.

Les hétérospermes croissent au Pérou et au Mexique ; leur nom, qui vient de erepo?, différent, et de (r^spfAct, graine, indique l’organisation variée que l’on trouve dans les akènes des disques et de la circonférence ; mais cette dénomination descriptive est fautive , beaucoup de genres de la famille des synanthérées offrant une semblable particularité.

PARTHENÏE. Parthenium. Involucre hémisphérique. Disque masculiflore, régulariflore ; couronne quinquéflore , liguliflore , féminiflore. Aigrette à deux squammellules paléïformes ou subpétaloïdes.

Cette dénomination générique provient du grec <7rapôeviov , jeune hile. Les parthénies sont remarquables par les paillettes de leur réceptacle, qui sont membraneuses , et dont le sommet est tronqué, frangé ou hérissé de poils moniliformes , et aussi par les deux bourlets latéraux que porte leur ovaire, qui se détachent de la partie inférieure de cet organe tout en res-

i G. superjhm. Dec.

■i G . fruslranca. Dec.

SYNANTHÉRÉES.

tant adhérens à sa région supérieure , en meme tems qu’ils continuent à adhérer par leur base avec les paillettes du réceptacle , de sorte que ces bourlets simulent deux appendices filiformes s’échappant de la partie supérieure de l’ovaire. Ces plantes sont indigènes de l’Amérique.

SILPHIE. Silph ium. Folioles involucrales larges T à bords scarieux. Disque masculiflore , multiflore. Akène ovoïde , comprime' , large , bicorne.

Les anciens appelaient <riK<ÿiov une plante qui fournissait un suc auquel on accordait de grandes vertus ; mais c’est probablement une ombellifère.

Les silphies sont remarquables par leur élévation et leurs grandes fleurs ; elles proviennent toutes de l’Amérique du nord , à l’exception d’une seule qui croît dans la partie méridionale de cet hémisphère.

La Silphie perfoliée 1 est souvent employée pour la décoration de nos parterres.

La Silphie térébenthifère 3 exhale un suc visqueux qui revêt scs feuilles cordiformes. On la cultive aussi, et comme elle est substituée parfois à la rhubarbe , dont on pense qu’elle possède les propriétés , on la nomme à cause de cela Rhubarbe de la Louisiane.

AGMELLE. Acmella. Involucre simple. Couronne liguliflore, féminiflore. Akène ovoïde, tronque', inaigrette'.

Ce mot vient de , pointe : il indique le goût piquant des acmelles. Celles-ci sont des plantes herbacées , qui habitent presque toutes l’Amérique.

ENCÉLIE. Encelia. Disque liguliflore, neutriflore.

i S perfoliaium.

S. terebinthaceum.

CLASSE XIII

Akène très-comprimé, offrant bilatéralement une bordure à poils biapiculés.

Les encélies sont des arbustes du Pérou et du Mexique. On n’en compte que deux ou trois espèces.

HELIANTHE. Helianthus. Couronne liguliflore , neutriflore. Disque androgyniflore,multiflore. Akène comprimé ; aigrette de deux squammellules paléïformes, articulées, caduques.

On compare souvent les vastes fleurs radiées des hélianthes au disque du soleil; de l«à est provenu leur nom botanique qui est formé de WÀ/or, soleil , et de avôof, fleur , TournefoÉt, en établissant ce genre , le nomma corona solis.

Les hélianthes sont les plus magnifiques synanthérées que l’on connaisse. Quelques unes laissent suinter de leurs organes des sucs résineux ; il y a au Chili une espèce chez laquelle ceux-ci sont analogues à l’encens et découlent de sa tige ligneuse 1 . Dans nos jardins le tournesol distille parfois de ses fleurs des gouttelettes résinoïdes. Toutes les espèces de ce groupe habitent les deux Amériques ; elles sont ordinairement herbacées, et portent des feuilles entières plus ou moins hérissées.

L’Hélianthe tournesol 2,qui est originaire du Pérou, est remarquable par sa belle végétation ; il s’élève ordinairement de quatorze à vingt pieds ; et même en Espagne on en a vu acquérir vingt-cinq pieds de haut ; la calathide offre jusqu’à un pied de diamètre. Celle-ci dirige le plus souvent son vaste disque vers le soleil , phénomène qui a fait appeler cette plante Tournesol , et que l’on peut expliquer par l’accroissement du pédoncule du côté où il ?s trouve le plus long-tems plongé dans l’ombre , ou bien à l’affaissement que la transpiration produit

1 Ii. thurifer.

2 //. annuus.

SYNANTHÉRÉES.

dans les fibres de la partie qui est constamment la plus échauffée , cette inclinaison ne devant point s’expliquer, comme on l’a fait, par la simple pesanteur, car il n’y aurait pas de raison pour que celle-ci ne fît pas incliner aussi bien la tête vers le nord que vers le midi .

Bon dit que la tige de cette plante contient beaucoup dé nitrate de potasse , ce qui en fait un bon combustible ; et il ajoute que ses feuilles sont recherchées par les vaches, et qu’elles augmentent leur lait. L’écorce de cette synanthérée est remplie de fibres longues et fines, que H. Cassini prétend que l’on pourrait filer comme le chanvre. Sa moelle est fort abondante ; quelques peuples de la Russie s’en servent pour confectionner des moxas, dont le chirurgien Percy a essayé d’introduire l’usage parmi nous.

Les fruits torréfiés de l’hélianthe tournesol ont une saveur qui se rapproche de celle du café , ce qui a fait proposer de les substituer à cette graine. Bans la Virginie , on fait du pain avec eux, ainsi que de la bouillie pour les enfans. Ces akènes renferment une huile fixe assez abondante ; M. Henry a reconnu que vingt-cinq livres de ceux-ci , après avoir été écorcés , donnaient huit livres d’amandes dont on peut extraire à froid treize onces d’huile douce de couleur citronnée, et ensuite à chaud dix-neuf onces d’huile un peu acre. Mais il paraît que dans les climats plus méridionaux les proportions d’huile augmentent , car on lit , dans les mémoires de l’académie de Rouen , qu’en Espagne ces semences donnent la moitié de leur poids d’huile. Les volailles aiment beaucoup les graines du tournesol , aussi sont-elles fréquemment employées pour les besoins de ces animaux. Cet hélianthe venant fort bien dans notre climat , il est souvent employé pour la décoration des jardins ; dans son pays natal , avant la conquête des Espagnols , il était consacré au soleil , et ses vierges sacrées en paraient leur tête pendant les cérémonies religieuses.

L’Hélianthe à racine tubéreuse *, que nous connaissons en

CLASSE Xïïï.

Europe sous le nom de Topinambour ou de Poire-de-teïTe j est originaire du Brésil. Sa racine se compose de gros tubercules semblables à des pommes de terre , et qui ont le goût du cul d’artichaut. Braconnot et Paven ont analysé ces tubercules , et n’y ont point trouvé de fécîule , mais seulement de l’Inuline , selon le premier , et de la Dahline d’après le second; on y rencontre de l’osmazôme. Payen a reconnu que , par la fermentation , ils donnaient une grande proportion d’une liqueur vineuse analogue à la bière , ce qui fait espérer qu’un jour cette plante , qui se propage avec tant de facilité , pourra devenir très-importante pour nous. Les tubercules des topinambours sont fort recherchés par quelques personnes , mais la majorité leur préfère de beaucoup la pomme-de-terre ; du reste ils sont très-bons pour nourrir les bestiaux : les moutons en sont principalement friands.

MELANTHÈRE. Melanthera. Calathide régulariflore, androgyniflore. Akène subie' tragone, tronqué en lozange ; aigrette de cinq à dix squammel- Iules filiformes , barbellulées.

Les mélanthères portent des fleurs blanches, et les loges de leurs anthères sont noirâtres : c’est cette dernière particularité que l’on a voulu exprimer par leur dénomination. Ces plantes croissent dans les deux Amériques.

SANVITALIE. Sanvitalia. Folioles involucrales externes appendiculées. Akènes centraux costulés, inaigre ttés ; marginaux à aigrette à trois paillettes spinifères.

La Sanvitalie villeuse 2, qui est peut-être la seule plante de

i II hiberosus.

2 S. villosa.

SŸNANTHÉRÉES. î g5

ce groupe , est herbacée ; ses calathides ont un disque noir et une couronne jaune ; elle croît au Mexique.

5PILANTHE. Spilanthus. Calathide régulariflore, androgyniflore. Akène très-comprimé , à bords ciliés ; aigrette nulle ou à deux squammellules filiformes.

Jacquin dit que les fleurs des spilanthes sont panachées de points noirs ; de là il forma ce nom de &'7rihoç , tache , et de nvôof , fleur. Ces plantes habitent les régions tropicales de l’ Amérique.

LaSpilanthe cultivée 1 se trouve dans les jardins botaniques, sa saveur âcre excite la salivation. On la dit antiscorbutique ; c’est pourquoi elle est appelée Cresson du Brésil.

VERBÉSINE Verbe sina. Couronne féminiflore ou nulle. Akène plan, comprimé, ailé, à deux barbes subulées.

On connaît un assez grand nombre de verbésines ; elles sont presque toutes indigènes des régions chaudes de l’Amérique.

La Yerbésine ailée 2 offre des feuilles décurrentes , qui se prolongent en ailes sur la tige, et que l’on a comparées à celles de la verveine : telle est l’origine de sa dénomination.

XIMÉNÉZIE. Ximenezia. Involucre très- étalé, subplan. Réceptacle à paillettes colorées. Akènes du disque comprimés, ailés , à sommet portant deux arêtes.

Ce genre a été consacré à la mémoire de J. Ximencz, apothicaire espagnol .

i S. oleracea.

F. alata-

CLASSE XIII

La Ximénézie fausse-encélie », qui vient au Mexique , se cultive maintenant dans nos jardins ; c’est la seule espèce.

ZINNIE. Zinnia . Rëceptacle conique , à paillettes colorées, denticulées ou frangées. Akènes du disque inaigrettés ou portant une squammellule cornée , triquètre , barbellulée. Akènes marginaux inaigrettés.

C’est à la mémoire de J. -B. Zinn , naturaliste allemand r qu’a été dédié ce genre. Les zinnies sont remarquables par les corolles de leur disque qui offrent un limbe très-long , divisé en cinq grandes lanières pilifères. Dans ces synanthérées on pourrait douter que les demi-fleurons fussent de véritables corolles * et les prendre pour une espèce de calice ou d’aigrette , car ces demi-fleurons se continuent absolument avec l’ovaire, ce qui ne s’observe point dans les cas ordinaires, et ils persistent et deviennent scarieux après la floraison , en faisant fonction d’aigrettes ; en outre on observe que ces organes sont formés de nervures ramifiées , anastomosées et réticulées , et qu’enfm ils sont bordés de petites dents crochues. Les zinnies sont des plantes herbacées à fleurs solitaires ou terminales , colorées en jaune , en écarlate , et parfois violettes. L’Amérique est leur patrie , principalement le Mexique.

La Zinnîe violette 2 et quelques autres espèces ont dû à la beauté de leurs fleurs leur introduction dans nos jardins. Cette zinnie est remarquable par l’élégance des appendices foliacés, colorés et frangés qui terminent les paillettes de son réceptacle.

BALTIMORE. Baltimora. Invoiucre cylindrique,

s X. ence/ioides-

2 Z. violacea.

SYNA^THÉhÉES.

unisërië. Couronne quinquéflore. Akène triangulaire.

La Baltimore d’Amérique *, dont le nom générique vient de la ville du Maryland , près de laquelle elle se trouve , est peut-être la seule espèce de ce groupe.

ECLIPTE. Eclipta. Involucre double. Akène anguleux, couronne' de dents charnues.

On a comparé la fleur de ces plantes au disque du soleil éclipsé, de là vient leur nom formé de eclipsis , éclipsé ; les Malais les appellent Excrément du soleil. On ne connaît qu’un petit nombre d’écliptes ; elles sont originaires de l’Asie , de l’Afrique ou de F Amérique.

L’Eclipte dressée a, qui habite à la fois les trois parties du monde que nous venons de citer , est soignée dans les écoles de botanique , et l’on dit que son suc propre sert à teindre les cheveux.

T'ER'DINANDEi.Ferdlnarida. Couronne octoflore. Akènes du disque inaigrette's ; akènes marginaux à aigrette membraneuse, coroniforme , denticule'e.

Lagasca a dédié ce genre à Ferdinand YII , roi d’Espagne. Il contient deux espèces ligneuses , indigènes de la Colombie.

HÉLIOPSIS Heliop sis. Folioles involucrales ëtale'es, appendiculëes au sommet. Akène te'tragone , inaigretté.

L’IIéliopsis lisse 3 , plante herbacée de l’Amérique septen-

1 B. e recta.

2 B- e recta.

3 H. Ivevis.

CLASSE XIII

trionale, est la seule espèce de ce genre-, dont le nom vient de fthioi soleil , et de ont, œil.

PASGHALIE. Paschalia. Folioles involucrales aiguës , lancéolées. Akène subdrupacé , surmonté d’un rebord denté.

Ce genre a été dédié à un médecin de Parme , nommé Paschal.

LaPaschalie glauque1, qui provient du Chili, est l’unique spèce qui soit mentionnée.

STEMMODONTIE. Stemmodontia. Folioles inyolucrales internes abords membraneux et frangés. Aigrette coroniforme , denticulée.

La Stemmodontie scabre 2 est, pour H. Cassini , le type de ce genre ; on ne connaît point l’origine de cette plante , qui se trouve au Jardin du Roi .

TITHONIE. Tithonia . Couronne neutriflore , liguliflore. Akènes externes tétragones , lisses , à aigrette coroniforme , incisée ou denticulée. Akènes internes offrant en outre deux squammellules filiformes ou laminées.

La Tithonie à fleurs de Tagète 3 n’est pas rare dans les jardins des amateurs ; c’est la couleur jaune orangé de ses fleurs qui a donné l’idée d’appeler ce genre du nom de l’amant de l’Aurore. Cette plante croît au Mexique, d’où elle a été apportée en 1778. C’est peut-être la seule espèce.

1 P. glaucn. 3 T. togetiflora .

1 S. scaberrima.

SÏNANTHÉRÉES.

ALCINE.^/c//*0. Inyolucre quinquëphylle. Akène à cinq dents , dont une est perforée.

Cavanilles a dédié ce groupe au jésuite J. Alcine, qui a écrit sur l’histoire naturelle.

L’Alcine perfoliée 1 croît spontanément au Mexique ; c’est l’unique espèce que l’on ait observée.

NAVENBURGIE. Navenburgia. Inyolucre d’une à quatre folioles. Calathide uni ou biflore. Fruit inaigretté.

La calathide de ces synanthérées varie infiniment ; tantôt il ne s’y trouve qu’une seule fleur femelle ou hermaphrodite ; tantôt il y a deux fleurs femelles , ou bien deux fleurs dont une femelle et ligulée , et l’autre mâle et régulière , ou bien enfin on découvre deux fleurs hermaphrodites.

La Navenburgie trinervée 2, dont les fleurs sont jaunes et qui est originaire de l’Amérique méridionale , est cultivée dans les écoles de botanique.

DYSODION. Df sodium. Inyolucre double ; l’externe pentaphylle , bractéïforme. Disque masculiflore. Akène gibbeux, comprimé , arqué.

Le Dysodion étalé 3 est une plante de l’Amérique méridionale , dont l’odeur désagréable rappelle l’étymologie de ce genre, qui est dérivée de S'vçcot tsç, qui sent mauvais.

FLAVERIE. Flaveria. Involucre tri ou quadri-

1 A. perfoliata.

2 N. tri ne rv ata.

3 D. divaricatum.

CLASSE XIII

phylle , renfermant un à cinq fleurons. Fruit inaigre tté.

La couleur des fleurs de ces plantes a probablement donné l’idée de cette dénomination , qui vient de flavus , jaune.

La Flavérie contrepoison *, qui habite le Chili et le Pérou , est la seule que l’on ait décrite. On l’emploie , dans les contrées où elle croît , pour teindre en jaune.

MADIA. Madia . Involucre de huit à dix folioles. Style capillaire. Akène piano-convexe.

Le Madia cultivé a est originaire du Chili. C’est du nom de Madi, qu’il porte en Amérique, qu’est provenue sa dénomination générique. Cette plante renferme dans ses semences une huile douce , dont les habitans du Chili se servent pour apprêter leurs mets ou pour entretenir les lampes ; aussi dans ce pays on cultive en grand ce madia , et l’on en extrait ce produit , soit par la pression , soit par la coction.

MELAMPODE. Melampodium. Involucre quinque'phylle. Disque masculiflore. Akène enveloppe d’une foliole capsuliforme.

Les mélampodes végètent dans les contrées équinoxiales de l’Amérique. Ce sont des herbes et des arbustes à feuilles opposées et entières. On en élève plusieurs espèces dans les éta— blissemens consacrés à la science.

POLYMNIE. Polymnia. Involucre double ; l’externe à quatre ou cinq folioles ovales , l’interne à neuf ou dix. Disque androgyni-masculiflore. Akène ovoïde, anguleux.

La beauté de plusieurs polymnies a donné l’idée de cette

F. coritrayerva.

i 31. saliva.

SYNÀNTHERËES.

dénomination mythologique. 11 paraît exister de ces plantes dans les deux continens , mais ce genre n’a point encore de caractères bien fixes.

SGLEROGARPE. Sclerocarpus. Involucre formé d’environ quatre bractées foliiformes , pétiolées. Couronne anomaliflore , neutriflore bi ou triflore.

Le Sclérocarpe africain 1 est un végétal herbacé de la Guinée. C’est la seule espèce de ce groupe, dont le nom vient de < TKhtipoç , dur, et de KU.p'ïroç, fruit.

SIGESBEGKIE. Sigesbeckia. Calathide globuleuse ou discoïde. Disque à corolles quinquélobées, ou trilobées et triandres. Akène subtétragone, arqué, collifère.

Le docteur J. Sigesbeck, directeur du jardin médical de Saint-Pétersbourg , a reçu la dédicace de ce groupe. Quelques unes de ses plantes sont remarquables parleurs corolles hermaphrodites qui offrent trois divisions et trois étamines , caractères fort rares dans les synanthérées : H. Cassini a proposé d’en faire un sous-genre sous le nom de Triméranthes , mot qui signifie fleurs à trois parties. Les sigesbeckies sont indigènes des deux continens.

X. AMBROISIÉES. Fleurs unisexes. Filets an~ thérifères ordinairement soudés ; anthères libres ; style féminin à stigmataphores laminés. Aigrette nulle.

IVE. Iva. Disque masculiflore, régulariflore. Corn*

i S. africanus.

CLASSE XIII

ronne tubuliflore , féminiflore. Akènes subcordiformes , inaigrettës.

Les ives sont des plantes originaires de l'Amérique ; elles sont herbacées ou ligneuses. On en cultive plusieurs espèces dans les jardins botaniques.

LAMPOURDE. Xanthiurn. Caiathides mâles rëgulariflores , à ëtamines monadelphes ; les femelles uniflores , apëtaliflores. Akène collifère.

Cette dénomination générique est dérivée de %a,vôof9 jaune, et a été appliquée àl’espèce que nous citons, parce que, selon Dioscoride, ses capitules femelles, broyées dans un vase, servaient à rendre les cheveux blonds. La place que le genre lampourde doit occuper est encore un problème ; un grand nombre de savans l’ont rangé parmi les urticées. K. Brown et Cassini le mettent dans les synantbérées , à l’exemple d’Adanson ; il est formé de plantes qui habitent les deux continens.

La Lampourde glouteron 1 , qui est une espèce herbacée , offre une désinence latine qui indique qu’elle a été employée contre les scropbules. Dioscoride, en effet, rapporte que cela avait lieu de son tems. Cette plante croît aux environs de Paris , et il paraît qu’elle se trouve également au Mexique , où H. Cassini pense que les crochets dont ses fruits sont armés auront probablement servi à la transporter. Ce savant a meme possédé un capitule de lampourde qui s’était attaché à un ballot provenant d’Amérique.

AMBROISIE. Ambrosia. Fleurs monoïques. Mâles groupës dans un involucre monophylle. Femelles solitaires ou gëminëes. Fruit recouvert d’une bractëe ëpineuse.

DeThéis dit que ce genre porte le nom de la nourriture des

1 X. struniariwn.

SYNANTHEREES.

dieux, parce que les feuilles de l’une de ses espèces exhalent une odeur suave quand on les froisse. Les ambroisies sont des arbustes et des herbes qui , à l’exception d’une espèce , habitent l’Amérique méridionale. De Jussieu les range parmi les synanthérées , mais leur place n’est pas encore bien déterminée; Ventenat et d’autres les plaçaient parmi les urticées.

11. ANTHÉM1DÉES. Calathide ordinairement radiée. Corolle à tube difforme ; ovaire irrégulier, costulé , tubercule' entre ses côtes ; stigmataphore à troncature borde'e de collecteurs piliformes. Aigrette ordinairement nulle.

ARMOISE. Artemisia. Invoîucre imbriqué. Couronne féminiflore ; disque tubuliflore , androgynifiore. Fruit obovoïde, inaigretté.

Le nom à1 artemisia vient de celui de ctpTepLiçici, Diane, patronne des vierges , à cause de l’emploi que l’on faisait de l’espèce vulgaire pour provoquer l’éruption des menstrues ; il paraît que par allusion on appelait aussi cette plante parthenis , mot dérivé de jeune fille. Pline donne une autre

origine à cette dénomination; il prétend que la reine Artémise , femme de Mausole , ambitionna la gloire d’imposer son nom à l’armoise dont elle connaissait les vertus, et que celui-ci lui resta désormais. Enfin, d’autres attribuent cette épithète à la déesse Artémis. Par l’altération du mot latin, on a fait Armoise.

Les armoises sont des herbes ou des sous-arbrisseaux qui , en general , portent des feuilles multifides et sont recouverts d’un duvet blanchâtre soyeux. Gœrtner et d’autres botanistes, les ont divisées en deux genres, d’après l’état du réceptacle : 1 un , qui contient celles de ces plantes dans lesquelles cet organe est nu , et que ces auteurs désignent sous le nom d Armoises proprement dites; et l’autre, chez lesquelles, d

CLASSE XIII

est velu, et qu’ils nomment Absinthes. Dans les fleurons femelles, la corolle est bifide; dans les hermaphrodites , elle est quinquédentée. Ces végétaux habitent en grande partie l’Europe ; on en trouve aussi en Sibérie , en Chine ; ils se plaisent dans les lieux stériles , beaucoup viennent aux bords de la mer et dans les steppes salés , d’autres sur les hautes montagnes; tous sont amers, aromatiques et d’un usage fort répandu en médecine.

L’Armoise commune 1 , vulgairement appelée Herbe Saint- Jean, et que Lobel nomme la Mère des herbes, Mater herba~ rum, est répandue dans le nord et le midi de l’Europe ; on la rencontre sur les bords des chemins et dans les lieux incultes. Cette composée est regardée , depuis un tems immémorial , comme un tonique excellent, et elle jouit aussi d’une grande réputation comme emménagogue. Les charlatans du moyenâge, en la débitant sur les places publiques, lui accordaient les plus chimériques vertus. La superstition a entouré d’erreurs ce végétal , auquel on attribuait la merveilleuse propriété de chasser les spectres et de préserver de la foudre quand il était cueilli la veille de la Saint-Jean . En Picardie, où cette croyance existe encore , on voit sur la porte de quelques maisons de village la plante favorable suspendue. Dans plusieurs pays on mange l’armoisevcommune , et son amertume n’éloigne meme pas certains bestiaux.

Depuis deux siècles l’armoise passe pour l’un des plus excellens emménagogues que l’on connaisse ; son usage remonte aux premiers tems de la médecine écrite. Aujourd’hui elle sert encore aux praticiens à cet effet , et elle est devenue un médicament populaire ; on l’administre aussi comme antihystérique, comme fébrifuge et vermifuge. Le docteur Burdach deTriebel a reconnu que la racine de cette plante était efficace contre l’épilepsie , et divers médecins prussiens et hollandais ont constaté ses bons elfets dans cette maladie. Martius, qui

I A. vulgaris. L.

SYNANTHÉRÉES.

s’est occupé de faire connaître les plantes qui ont été vantées contre la rage , dit qu’en Russie on fait infuser les fleurs de l’armoise dans la boisson , et que l’on prétend qu’elles préservent de cette maladie.

L’armoise vulgaire croît aussi à la Chine, où la haute réputation dont elle jouit l’a fait appeler y—tsao, qui veut dire Herbe desmédecins. Dans cette contrée, ainsi qu’au Japon, on recueille le duvet qui tapisse ses feuilles, et c’est avec lui que, de tems immémorial, on fait les moxas. Cette bourre sert aussi à fabriquer une sorte d’amadou.

L’Armoise absinthe 1 , appelée vulgairement Absinthe , se retrouve dans les environs de Paris, mais on la découvre principalement sur les montagnes du Midi ; Là, elle prospère avec tant de force , qu’elles semble s’étre approprié despotiquement quelques localités. Son feuillage est d’un vert argenté, et ses fleurs, petites et jaunâtres, ont leur calice cotonneux et le réceptacle velu.

L’absinthe a une odeur forte et une extrême amertume ; cette dernière est même devenue proverbiale chez les Orientaux , et a déterminé son nom qui vient de et privatif, et de *\,tvÔoç, douceur. Les auteurs anciens, et même les poètes de la Grèce et de Rome, ont vanté considérablement les vertus de cette plante dans une foule de maladies , et elle est devenue un médicament vulgaire. En Egypte, elle inspire encore une telle confiance contre la peste > qu’on la brûle pour expulser ce fléau.

L’absinthe est un tonique d’une grande puissance. Mérat et de Lens disent que son amertume se communique au lait et à la chair des animaux qui en ont fait usage pendant un certain tems ; c’est un des stomachiques les plus fréquemment employés. Cette plante partage avec les amers la propriété fébrifuge; on en fait un grand usage pour combattre les fièvres intermittentes automnales ; elle est aussi regardée

A. absinthinm. L.

CLASSE XÏ1I.

comme un bon vermifuge. Mathiole dit avoir guéri des hy« dropisies avec l’absinthe. Dans le nord , on prépare de la bière avec celle-ci en la substituant au houblon ; et comme cette boisson est plus enivrante que celle que l’on fait chez nous avec le houblon , on avait pensé que cette synanthérée était narcotique, mais Linnée a démontré le contraire.

L’Armoise estragon 1 , qui est originaire de la Sibérie , est souvent employée pour assaisonner nos mets ou aromatiser lé vinaigre. Gilibert dit aussi l’avoir donnée avec succès pour combattre les fièvres intermittentes. Le nom de dracunculus qu’elle porte vient de la comparaison que l’on avait établie entre la figure de sa racine tortueuse et la queue d’un serpent ou celle du fabuleux dragon. Sa saveur agréable fait rechercher cette plante par les Persans , qui la mangent avec le pain.

L’Armoise aurone 2 , que le vulgaire appelle Citronnelle à cause de l’arôme analogue à l’odeur de citron qu’elle exhale , a été anciennement fort célèbre. Les Romains en faisaient un grand usage ; on lui a attribué la propriété d’éloigner les vers qui rongent les étoffes.

On donne le nom de semen-contra à un médicament formé de fragmens de diverses espèces d’armoises orientales qui sont vermifuges , et on sous entend le mot ver mes après cette dénomination. Dans l’étal où le semen-contra nous arrive par le commerce, il est fort difficile de décider qu’elles espèces d’armoises le fournissent. Linnée croyait qu’il était produit par Yartemisia contra, qui est indigène de la Perse; Paul Hermann et Tavernier assurent en effet qu’on le récolte dans ce pays, et l’on est certain que la majeure partie de ce médicament nous provient soit par les caravanes russes qui commercent avec l’empire Persan et qui nous l’expédient par la Baltique, soit par Alep, Alexandrie ou Smyrne. C’est cette espèce qui est la plus estimée et que l’on nomme semen-contra d’Alep ou du levant. Le meilleur vient du Boutan ; on en

1 A. dracunculus.

1 A. abrotanwn. L.

SYNANTHÉRÉES.

expédie aussi des provinces septentrionales de la Perse , mais il est d’une qualité inférieure. Du tems de Tournefort, il paraît que cette substance médicinale provenait du Mogol, d’où on la transportait dans les ports de la Méditerranée. Oii connaît encore un semen-contra de Barbarie , mais il est d’une qualité fort inférieure au précédent.

A la loupe, on reconnaît que le semen-contra est principalement formé de fleurons incomplètement développés, d’écailles calicinales, de pédoncules de feuilles et de fragmens de rameaux hachés; on n’y rencontre point de semences en maturité, ce qui a fait proposer de le désigner sous le nom de Flores contra venues. Celui d’Alep est glabre, et celui de Barbarie contient des poils. Comme Y artemisia contra est velue, elle ne peut fournir le médicament d’Alep ; c’est pourquoi Mérat et de Lens pensent que celui-ci est produit par l’Armoise penchée1. Quant au semen-contra de Barbarie, Desportes etd’autresle croient fourni par l’Armoise de Judée 2. Quoiqu’il en soit , le semen-contra est un vermifuge excellent et trèssouvent employé.

CALOMERIE. Calomeris. Folioles involucrales à bordure membraneuse et à appendice scarieux, très-vaste. Ovaire inaigrette' , à glandes papillaires.

Yentenat a créé ce nom en l’honneur de Bonaparte ; il vient de kclKoç, beau ou bon, et de [/.epté , partie, et rappelle la signification italienne de celui de ce grand homme.

La Calomérie amaranthoïde 3 , qui provient de la nouvelle Hollande, est cultivée en Angleterre.

HIPPIE. Hippi a. Involucre hémisphérique. Réceptacle nu. Ovaire glandulifère , inaigretté , muni

1 A. autans.

2 A. judaica.

3 C. amaranthoïde s-

CLASSE XIII

d’une bordure membraneuse et de poils papilliformes.

L’Hippie frutescente 1 , qui est la seule espèce connue, est un bel arbuste dont les feuilles exhalent une odeur aromatique quand on les froisse ; il provient du cap de Bonne-Espérance , et on le cultive dans les établissemens consacrés à la science.

GYMNOSTYLE. Gymno styles. Réceptacle nu.

Ovaires marginaux apétales , inaigrettés. Style accressent.

Cette désinence est formée de yv[AV0Ç, nu, et de ctvKoç , style ; elle indique l’état de nudité dans lequel se trouve l’organe femelle de ces plantes, qui , dans les fleurs de la circonférence, est dépourvu de corolle et d’étamines. H. Cassini attribue l’accroissement du style à ce qu’il est soudé et non articulé avec l’ovaire.

Le G-ymnostyle à feuilles d’anthémis 2 est une plante acaule dont le lieu natal est ignoré, et que l’on cultive au jardin du Roi.

COTULE. Cotula. Couronne féminiflore, apétaliflore ; disque à corolles ordinairement quadrilobées , tétrandes. Ovaire inaigretté.

Les cotules sont remarquables par les aréoles qui supportent les ovaires , qui sont élevées sur des espèces de petites colonnes charnues. Ces plantes sont herbacées et habitent le cap de Bonne-Espérance. •

BALSAMITE. Balsamita. Involucre imbriqué.

H. frutescent.

2 G. anthemifolia.

SYNANTHÉRÉES.

Fleurons tubulés, quinquëfides. Akène à couronne membraneuse , incomplète.

Sous cette dénomination , qui est dérivée de CetAfct/xoïq baume , Desfontaines à réuni plusieurs synanthérées au paravant rangées parmi les tanaisies , mais qui s’en distinguent par leurs fleurons qui sont tous hermaphrodites et quinquéfides , et par leurs aigrettes membraneuses.

La Balsamite odorante appelée aussi Grand baume, Menthe de coq, est une des plus remarquables. Elle exhale une odeur forte et aromatique qui la fait rechercher dans les jardins. Cette composée habite le midi de la France.

TANAISIE. Tanacetum. Inyolucre hémisphérique , imbriqué. Réceptacle nu. Couronne tubuliflore, féminiflore ; disque androgyniflore. Akène h couronne membraneuse , petite, quinquédentée.

Le nom de ces synanthérées est une altération de et privatif et de Qclvcitoç, mort ; il indique la longue durée de leurs fleurs. Ces végétaux sont herbacés ; ils portent des fleurs femelles tridentées ; leur patrie se borne aux régions qui environnent la Méditerranée.

La Tanaisie commune 2 se plaît sur les bords des fossés de nos prairies, ainsi que le long des fleuves. Elle vient dans toute l’Europe, jusqu’en Laponie. M. Peschier, quia faitl’analyse de cette synanthérée, a reconnu dans ses feuilles et ses fleurs une huile grasse, une résine , une matière tenant le milieu entre la cire et la stéarine, de la chlorophylle, delà gomme, un principe colorant jaune et de l’extractif. Les feuilles seules contiennent de l’acide gallique et du tannin, et les fleurs un alcaloïde , de l’acide Tanacétique et du phosphate de chaux La tanaisie exhale une odeur forte , due à son huile volatile.

1 B. suaveolens . 2 T. vulgare.

CLASSE XIIÏ.

Cette odeur est désagréable pour beaucoup de personnes, mais au contraire elle plaît à d’autres , tels qu’aux Lapons , qui emploient les feuilles de ce végétal dans leurs sauces ou à la confection de quelques pâtisseries. Linnée dit qu’elle leur sert aussi dans les bains que chez eux on administre aux femmes pour faciliter l’accouchement. Les Finlandais teignent en vert avec cette composée.

La tanaisie est un végétal tonique et excitant ; elle a été souvent administrée comme fébrifuge , vermifuge et emménagogue. Césalpin en parle comme ayant une grande efficacité contre les fièvres d’accès , et elle est encore usitée dans les campagnes pour les combattre. Geoffroy médecin de l’Hôtel— Dieu rapporte qu’il a suffi d’appliquer cette plante sur le ventre pour faire rejeter des lombrics. On prescrit encore fort souvent ses graines comme vermifuges , et d’après Willemet elles pourraient remplacer le semen-contra que l’on sophistique meme avec elles dans certains pays. L’odeur désagréable de la tanaisie l’a fait aussi prescrire dans l’hystérie et quelques affections du système nerveux.

CHRYSANTEME. Chrysanthemum. Réceptacle imbriqué ; couronne unisériée. Akène ovoïde , inaigretté , strié longitudinalement.

Chrysanthème provient dexpvrof, or, et uvôo?, fleur, plusieurs des plantes de cette coupe ayant des corolles d’un beau jaune doré.

Le Chrysanthème ségétal 1 , qui se trouve si communément dans nos champs est dans ce cas ; on le nomme parfois Marguerite dorée; il paraît qu’il sert à teindre en jaune dans quelques pays.

Le Chrysanthème des Indes 2 est un arbuste touffu, que M. Blanchard , marchand de Marseille , introduisit en France en 1789; ill’avait apporté de la Chine. Bientôt cette belle sy-

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