‹ Traité élémentaire de botanique appliquée, contenant la description de toutes les familles végétales, et celle des genres cultivés ou offrant des plantes remarquables par leurs propriétés ou par leur histoireChapitre 17 sur 87 · XI. CINCHONÉES. Capsule bivalve , à deux loges polyspermes · texte numérisé non relu

XI. CINCHONÉES. Capsule bivalve , à deux loges polyspermes

RONDELETÎE. Rondeïetia. Corolle tubuleuse, quadri ou quinquélobée ; quatre ou cinq étamines. Capsule subglobuleuse, couronnée par le calice. Semences aptères , subpolyèdres.

Les rondeléties rappellent le nom du naturaliste Rondelet; elles habitent l’Amérique méridionale.

PINCKNEYE. Pinckneya. Corolle subinfundibuliforme , quinquélobée ; cinq étamines saillantes. Capsule subglobuleuse , nue au sommet , graines marginées.

La Pinckneye pubeseente2, végétal ligneux qui habite l’Amérique septentrionale, est l’unique espèce.

QUINQUINA. Cinchona. Calice quinquédenté , persistant ; corolle infundibuliforme ou hypocratériforme , quinquélobée; cinq étamines incluses.

1 P. aj ricana.

j S. pubescens.

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Capsule ovoïde , à valves septicides ; semences ailées.

La partie corticale de ces végétaux est appelée Kin ou Kina, par les sauvages américains, et plus souvent Kïnkin ou Kinakina , mots qui signifient écorce , écorce des écorces , et que l’on a rendus, dans notre langue, par ceux de quina et de qiunaquina , dont on a fait Quinquina par syncope. La dénomination de Cinchona rappelle le nom de la comtesse del Cinchon, vice— reine du Pérou, que l’on raconte avoir fait connaître, en Europe, les vertus de l’écorce de ces végétaux.

Les quinquinas sont des arbres ou des arbustes à feuilles opposées et stipulées , et dont l’inflorescence est ordinairement corymbiforme ; ils habitent presque tous l’Amérique méridionale. M. de Humboldt s’est assuré qu’ils croissent à une élévation d’environ mille toises au-dessus du niveau de la mer , et parfois , dans des climats dont la température est inférieure à celle de la France, ce qui doit donner l’espoir de pouvoir les naturaliser dans notre patrie. On dit que l’Inde en possède plusieurs espèces.

Ce fut la Condamine qui , pendant son séjour au Pérou , découvrit , le premier , ces végétaux dont l’écorce était célèbre depuis long-tems en Europe , sans que l’on connût ceux qui la produisaient. Dans la suite, Ruiz et Pavon , auteurs de la Flore du Pérou , et leurs successeurs Zéa et Tafaalla , puis Mutis , qui voyagea dans la Nouvelle-Grenade , donnèrent de grands détails sur les arbres qui fournissaient le quinquina. De Humboldt etBonpland, par leurs excursions dans les pays qu’ils habitent, et MM. Martius et Auguste Saint-Hilaire, qui ont exploré le Brésil , ont complété nos connaissances sur ce sujet.

Le Quinquina gris ou de la Condamine 1 est un grand arbre

i C. comlamirtea.

RUBIACÉES.

qui habite les Andes péruviennes des environs de Loxa , ainsi que la république de Colombie. Son écorce se trouve dans le commerce en morceaux roulés et peu épais , dont la surface extérieure est rugueuse et d’une couleur grise blanchâtre, tandis que l’interne est fauve ou brunâtre ; sa saveur est seulement amère. C’est cette écorce que l’on connaît sous les noms de Quinquina gris et de Quinquina de Loxa.

Le Quinquina rouge 1 est un bel arbre qui s’élève jusqu’à cent pieds , et dont les feuilles elliptiques offrent jusqu’à deux pieds de longueur. Il habite le Pérou et est commun aux environs de Santa- Fé de Bogota. L’écorce de cette espèce, qui est appelée Quinquina rouge dans les officines, est reconnaissable à sa teinte d’un rouge foncé , ainsi qu’à sa saveur amère et fortement astringente.

Le Quinquina jaune * est un arbre dont les jeunes rameaux sont pubescens et les feuilles cordiformes , alongées ; on le trouve dans diverses provinces du Pérou. Dans le commerce , son écorce est en morceaux épais, d’une teinte jaune rougeâtre, et dont la texture se compose de fibres raides. Cette écorce, appelée Quinquina jaune, se fait aussi remarquer par sa saveur essentiellement amère, sans trace d’astringence.

Le Quinquina orangé 3 est un arbre dont les feuilles sont lancéolées, et qui habite les montagnes du Pérou; son écorce, qui est aujourd’hui fort rare , se reconnaît à sa couleur d’un jaune rougeâtre , à sa cassure fibreuse , ainsi qu’à sa saveur amère et aromatique.

Le Quinquina blanc 4 ne s’élève guère qu’à une douzaine de pieds ; ses feuilles sont ovales , soyeuses en dessous , il habite les Andes péruviennes. L’écorce de cette espèce n’existe aujourd’hui que dans les collections ; elle est grisâtre .et verruqueuse à l’extérieur.

L’écorce des quinquinas se récolte durant les mois de

« C. oblongifolia.

a C. cordifolia.

3 C. lartcifolia.

4 C, ovalifolia.

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septembre, d’octobre et de novembre ; on la détache de leurs branches ou de leurs troncs, à l’aide de couteaux, et ensuite on la fait sécher au soleil ; les ouvriers qui s’occupent de ce travail sont appelés Cascarilleros. Ce sont les anglais ou les anglo-américains qui importent aujourd’hui ce médicament en Europe. DeHumboldt dit que l’on en expédie douze à quatorze mille quintaux chaque année, de l’Amérique. Il en est entré en France deux cent mille livres pendant certaines années, mais il est vrai que nous en exportions une partie. Cette précieuse écorce a valu jusqu’à cent francs la livre , pendant les dernières guerres européennes , mais la paix et la découverte de nouvelles forets de quinquinas la font actuellement donner à un prix excessivement bas, à trois francs ou cinquante sous la livre.

Dans le commerce , on trouve aujourd’hui un grand nombre de variétés d’écorces de quinquinas , mais il n’est pas toujours facile d’assigner l’espèce végétale qui les produit , à cause des différences que leur imposent l’âge des branches sur lesquelles on les récolte , les procédés de dessiccation et le climat.

Les chimistes , après avoir à peu près inutilement tourmenté le quinquina pendant quarante ans , découvrirent enfin dans cette écorce deux Alcaloïdes importans. Déjà Beaurçié avait entrevu dans celle-ci une matière rouge que Fourcroy signala ensuite avec plus de précision. Ce dernier et Vauquelin démontrèrent aussi l’existence d’un acide particulier qu’ils appelèrent Acide kinique. En i8i5, Reuss, chimiste moscovite , et plus tard , Gomès de Lisbonne , obtenaient un principe que le premier nommait Amer cinchonique , et l’autre Cinchonin. Enfin, éclairés par ces travaux 7 en 1820 , Pelletier et Caventon parvinrent à extraire, dans toute leur pureté , deux alcaloïdes que l’on appela Cinchonine et Quinine. Le premier se trouve principalement dans le quinquina gris, et le second dans le jaune. M. Sertuerner vient en outre d’en signaler un autre qu’il nomme Chino'ïdine , et

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qu’il prétend encore plus énergiquement fébrifuge que les précédens.

L’analyse du quinquina gris donne les produits suivans : cinchonine unie à l’acide kinique ; matière grasse verte ; matière colorante rouge (rouge cinchonique) ; matière colo— rai)te rouge soluble ( tannin ) ; matière colorante jaune ; kinate de chaux; gomme ; amidon et ligneux. L’analyse du quinquina jaune offre : quinine ; kinate acide de quinine ; rouge cinchonique; matière colorante rouge soluble (tannin ); matière grasse ; quinate de chaux ; amidon ; ligneux ; matière colorante jaune.

Il existe différentes versions relativement à la découverte des propriétés médicales des quinquinas ; on a prétendu qu’elles furent révélées par l’exemple d’hommes ou d’animaux qui se trouvèrent guéris de la fièvre , après avoir bu de l’eau de mares dans lesquelles macéraient des troncs de ces rubiacées; mais on raconte plus généralement que ce fut un sauvage américain qui administra leur écorce à un espagnol malade , logé dans sa cabane , ou au corrégidor de Loxa , et qu’ensuite l’un ou- l’autre l’employa sur la comtesse del Cinchon, et la sauva de la tombe où la conduisait une fièvre intermittente rebelle. On ajoute que cette dame fit connaître ce médicament, de concert avec son médecin D. Juan Lopès de Yéga , lors de son retour en Espagne, en 1640. Le nom de Poudre de la comtesse, que l’on donna long— tems à cette écorce , semblerait déposer en faveur de la dernière partie de ce récit; mais de Humboldt en a singulièrement ébranlé la première, en affirmant que dans les localités où l’on exploita d’abord le quinquina , ses vertus médicales sont totalement inconnues aux sauvages qui sont fréquemment attaqués de fièvres intermittentes rebelles , et qui n’en veulent jamais prendre dans ces maladies ; M. Fée dit même qu’ils pensent que cette écorce est un poison qui détermine la gangrène , et que l’on 11e vient la leur enlever (pie pour l’employer dans la teinture. Enfin, on dit aussi , et cette opinion paraît la plus probable à de

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Humboldt, que ce turent les jésuites de Loxa, qui , ayant quelques connaissances en médecine , découvrirent les propriétés du quinquina , que son amertume leur fit sans doute essayer contre les fièvres , maladies communes dans ce pays. On sait que ce corps religieux favorisa beaucoup l’emploi de ce médicament, et que son débit fut pour lui une source de richesses : longtems il porta meme le nom de Poudre des Jésuites.

Quoiqu’il en soit, ce fut vers i64<> que le quinquina fut introduit en Espagne, et dès 1642 on vit éclore un ouvrage de Barba, médecin de ce pays, qui parle de ses propriétés. Bientôt après , son usage se répandit dans toute l’Europe , malgré les protestations des médecins, et les sarcasmes de Guy Patin qui allait jusqu’à dire que ce remède était tombé complètement dans l’oubli. En France , sa propagation fut principalement due à un anglais nommé Talbot, qui, à ce que dit madame de Sévigné , en faisait payer chaque dose près de cinq mille francs. Ce médicament inspira un poeme à La Fontaine , dans lequel il lui prête la guérison de Colbert et de Condé ; il devint ensuite tellement de mode à la cour de Louis XrV , que Racine disait que l’on n’y voyait que des gens qui avaient le ventre plein de quinquina ; et les courtisans d’alors faisaient usage au dessert d’un vin de quinquina qui se buvait en guise de liqueur. Le roi prit lui-même de cette écorce, en i68<j et en 1688, et il acheta ensuite le secret de Talbot pour en faire jouir le public.

Le quinquina possède deux vertus distinctes, qui le rendent le plus précieux des médicamens ; il triomphe de toutes les maladies périodiques, et c’est le premier des toniques, ainsi que le nommait Barthez. C’est principalement contre les fièvres intermittentes qu’il déploie toute son efficacité, et qu’il est d’un usage plus vulgaire ; il réussit même parfois à les guérir, administré à l’extérieur, et chez quelques malades ses émanations ont suffi pour cela, ainsi qu’on l’observa sur des fiévreux que Ton mit coucher dans des magasins remplis de cette écorce ; mais c’est surtout par sa puissance pour coin-

CAPRIFOLIEES.

battre les fièvres intermittentes pernicieuses que le quinquina confond les détracteurs de la médecine ; car dans ces maladies , comme on le voit dans les écrits de Torti , de Morton et d’Alibert, il arrache une foule de personnes à une mort inévitable , et justifie ces épithètes pompeuses que lui donnèrent certains médecins tels que Geoffroy , qui l’appelait un présent de la divinité ; Morton , qui le nommait antidote Herculéen , Protée ; Redi et Sydenham , qui le décoraient du titre de miraculeux et d admirable. Dans toutes les affections oii prédomine la faiblesse, on retire de grands avantages du quinquina.

Le Quinquina piton *, qui habite les montagnes des Antilles, où il est employé comme fébrifuge , appartient au genre exos lemma, qui ne diffère du cinchona que par ses étamines saillantes.

FAMILLE DES C APRIFOLIÉES.

Calice monosépale ; corolle monopétale ou polypétale , régulière ou irrégulière , quadri ou quinquélobée ; quatre ou cinq examines. Baie monosperme ou polysperme.

Les caprifoliées sont des végétaux ligneux dont toutes les feuilles sont opposées et sans stipules.

LINNEE. Linnœa. Corolle campanulée , quinque'lobée, tétrandre. Baie à trois loges dispermes.

La Linnée boréale 2 , petit arbuste rampant qui habite les régions polaires des deux continens , est l’unique espèce de ce groupe , consacré à la mémoire de Linnée , le plus célèbre des botanistes.

1 C. montana. Badicr.

2 L. boréal i s.

2^4 CLASSE XIII

TRIOSTÉE. Triosteum. Corolle tubuleuse , irrégulière , quinquélobée , pentandre. Baie à trois loges monospermes.

C’est de rpetç, trois, et de oçreov , os, qu’est dérivé ce nom , par lequel on a voulu exprimer la consistance osseuse de la semence de ees plantes ; elles croissent à Madagascar et dans l’Amérique du nord.

SYMPHORINE. Symphoricarpos . Corolle subrégulière, infundibuliforme, quinquélobee, pentandre. Baie à quatre loges, deux monospermes et deux vides.

La Symphorine à petites fleurs * est cultivée pour l’ornement des jardins ; ainsi que ses congénères, elle croît spontanément en Amérique.

DIERVILUE. Dieivilla. Corolle infundibuliforme, quinquélobée ; cinq étamines saillantes. Capsule à quatre loges polyspermes.

La Diervillie à fleurs jaunes 2 , arbrisseau élégant de l’Amérique septentrionale, est l’unique espèce.

CHÈVREFEUILLE. Caprifolium . Calice bractéïfère , quinquédenté ; corolle tubuleuse , trèslongue , quinquélobée , irrégulière , pentandre. Baie triloculaire , polysperme.

Par celte dénomination métaphorique , on a voulu exprimer que les végétaux de ce groupe grimpent à l’instar des chèvres.

i S. parviflora.

■i J), lutea.

CAPRIFOLIEES .

Le Chèvrefeuille des jardins 1 , arbrisseau sarmenteux de l’Europe méridionale , et dont les fleurs rouges ou blanches exhalent un parfum agréable, a été introduit dans nos parterres où on le nomme communément Chèvrefeuille d’Italie.

Le Chèvrefeuille des bois 2 , qui est commun dans les forets de la France , sert dans la parfumerie; l’ancienne matière médicale possédait un sirop de cette plante , mais il est tombé en désuétude.

VIORNE. Viburnum. Corolle rotacëe, subcampanulée , quinque'lobée , pentandre. Trois stigmates. Baie monosperme.

Ce nom paraît provenir de viere , lier, et indiquer la flexibilité de plusieurs espèces. Les viornes se trouvent dans les deux continens.

La Yiorne obier 3 , par ses belles touffes de fleurs , décore nos bois au printemps ; elle porte des baies rouges que mangent les oiseaux , et qui sont , à ce que l’on dit , servies sur les tables en Norvège; ses rameaux sont employés pour la fabrication de la poudre à canon. La culture de cet arbrisseau donne une variété connue sous le nom de Boule de neige , ou de Rose de Gueldre, à cause de la province où elle a été observée pour la première fois : par son influence , toutes les fleurs sont frappées de stérilité et se groupent en boule d’un blanc de neige.

La Yiorne laurier thym 4 , est un des arbrissaux que l’on emploie le plus souvent pour la décoration des appartemens ; il croît spontanément sur les bords de la Méditerranée.

SUREAU. Sambucus. Calice quinquëdentë ; corolle rotacëe , quinquëlobëe , pentandre. Fruit

i C. hortense.

3 Ç . periclymcnum.

3 y. opulus.

4 ^ . tinius.

CLASSE Xlll.

bacciforme , à trois à cinq noyaux soudés , monospermes.

Ce nom vient du mot fciy.Cvx,n, qui est celui d’un instrument de musique que l’on présume que les anciens confectionnaient avec le sureau. Les plantes de ce genre sont des arbrisseaux ou des arbustes à feuilles composées , munies de glandes à leur origine ou de stipules ; on en rencontre dans les deux Amériques , dans l’Asie et en Europe.

Le Sureau noir 1 est un arbre qui croît spontanément en Europe et dont la culture a produit plusieurs variétés à feuilles laciniées ou panachées, que l’on a introduites dans les jardins ; son bois est dur et compacte et ressemble au buis , aussi les tourneurs en font-ils une grande consommation ; madame de Genlis cite un passage de Pline, duquel il résulte qu’anciennement on frappait avec les rameaux de cet arbre les personnes affectées de la rougeole. La seconde écorce du sureau était regardée par Boerhaave , Sydenham et Bichat comme un médicament efficace contre les hydropisies. M. Martin Solon a rappelé l’attention des médecins sur le sureau, et il l’a administré avec succès dans ces maladies, principalement dans l’ascite ; il paraît qu’il faisait usage du suc de ses racines, et que celui-ci agissait en procurant des évacuations aJvines abondantes. Hippocrate avait préconisé ses feuilles dans les memes cas ; elles sont aussi purgatives ; déjà du tems de Dioscoride, les gens de la campagne ne l’ignoraient pas, et maintenant encore Willemet dit qu’en Lorraine les paysans les mangent en salade quand ils veulent se purger ; cela existe aussi en Allemagne.

Les fleurs du sureau sont fréquemment employées en médecine ; leur odeur est forte et provoque une sorte de narco— tisme. On les regarde comme un des sudorifiques les plus énergiques , quoique le célèbre Cullen , avec son septi-

1 S. nigra.

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