‹ Traité élémentaire de botanique appliquée, contenant la description de toutes les familles végétales, et celle des genres cultivés ou offrant des plantes remarquables par leurs propriétés ou par leur histoireChapitre 29 sur 87 · OMBELLIFÈRES · texte numérisé non relu

OMBELLIFÈRES

extrêmement vénéneux et dont cinq grains suffisent pour tuer un lapin en deux minutes. En 1799, M. Guîllot, d’Auxerre, a trouvé du sel marin dans le dépôt du suc de ce végétal.

Presque tous les auteurs paraissent d’accord sur l’identité de notre ciguë avec celle des anciens ; mais dans l’antiquité on donnait aussi ce nom à toutes les plantes qui avaient une tige fistuleuse.La légère dissention avait pris naissance sur ce que Pline dit, dans un passage, que beaucoup de personnes mangent de la ciguë à leurs repas. Il faut croire que par là le naturaliste latin entendait qu’elles faisaient usage de plantes à tiges creuses , comme le céleri ou l’angélique , par exemple ; et ce qui le prouve encore, c’est que dans un autre passage il parle spécialement de la ciguë comme d’un poison qui donne la mort. Son abondance dans le Péloponèse, entre Mégare et Athènes, et l’absence de la ciguë aquatique et de la petite ciguë sur ce territoire , confirment que c’est bien la grande ciguë dont les Athéniens se servaient pour faire périr les coupables et qui fut le breuvage de Phocion et de Socrate. Ce ne fut pas non plus la ciguë vireuse qui servit à le composer, malgré que Haller et Bullîard l’aient pensé, car, selon l’auteur de la flore de la Grèce, cette plante ne croît point dans ce pays.

La ciguë est un des plus énergiques poisons végétaux ; mais son action varie selon les climats où elle croît : dans les pays tempérés , ou dans ceux qui par leur élévation les représentent, elle paraît perdre ses propriétés. M. Steven dit que dans la Crimée les habitans des campagnes en font usage pour se nourrir. C’est en Espagne, en Italie et en Grèce qu’elle paraît jouir de la plus grande énergie, tandis qu’en Angleterre J.Colebrook assure que son extrait est presque sans action. Chez nous, les empoisonnemens produits par cette plante sont peu fréquens , et Mathiole , et d’autres qui en ont observé , ont rarement vu la mort en être la suite. Ce végétal est plus ou moins vénéneux pour les animaux : le savant que nous venons de citer rapporte que des ânes en ayant brouté , ils tombèrent dans un tel état léthargique qu’on les croyait

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morts, et qu’ils n’en sortirent qu’après un temps considérable, lorsque l’on commençait à les écorcher; cependant cette ombellifère ne semble pas être vénéneuse pour les chevaux , les chèvres et les moutons, mais elle tue les bœufs, quoique ceuxci la mangent sans accident quand elle est sèche ; Orfila n’a pu tuer que rarement les animaux avec cette plante.

Dans l’antiquité , la ciguë servit souvent pour donner la mort aux hommes. Théophraste dit que les habitans de Chio composaient un poison subtil avec le aaveiov broyé. Strabon rapporte qu’un usage semblable avait lieu en Espagne, et qu’on l’extrayait d’un végétal apio petrosclino simili. Valère- Maxime écrivait que l’on conservait publiquement à Marseille un breuvage fait avec la ciguë, et qu’on le donnait à ceux qui obtenaient du sénat la permission de se délivrer de la vie. Tournefort dit encore que , dans l’île de Ceos , une loi obligeait de donner la ciguë «à ceux qui passaient la soixantième année , l’île étant trop petite pour suffire à leur nourriture.

Mais c’est principalement par la mort de Phocion et de Socrate que la ciguë est devenue à jamais célèbre. Il paraît cependant qu’elle n’entrait pas seule dans la coupe empoisonnée que l’on offrait aux coupables d’Athènes, et que ce breuvage était encore composé de plusieurs autres substances ; car, cette ombellifère étant un poison narcotico-âcre, elle eût déterminé des douleurs , le narcotisme et le délire , et ces symptômes ne s’observaient point à leur agonie. D’après Théophraste, les Athéniens y joignaient du suc de pavot, pour en former le breuvage des condamnés, afin de leur éviter les douleurs , et l’assertion de Thrasyas de Mantinée, qui se vantait de donner le trépas sans souffrance avec le suc de ciguë et de pavot, vient encore confirmer cette hypothèse. Aussi Platon rapporte que la mort de Socrate fut douce et tranquille ; un froid glacial le saisit; la circulation et la chaleur s’éteignirent insensiblement, et jusqu’à son dernier soupir il conserva toutes ses facultés intellectuelles et mourut plein de calme , en recommandant à ses amis de faire un sacrifice à Esculape.

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Hippocrate , Galien et Arétée ont employé la ciguë en médecine ; Pline dit qu’elle dissipe l’ivresse. Selon quelques savans, on n’en faisait usage qu’à l’extérieur, dans l’antiquité , et surtout pour le traitement des rhumatismes. Ce médicament était resté oublié , lorsqu’au xvie siècle Wier, H . de Heers et Rathlauw l’essayèrent contre les engorgemens scropbuleux. Leurs essais révélèrent ses propriétés à Stœrck , et celui-ci , après une longue expérience , préconisa la ciguë contre le cancer, le rachitisme , la carie , et désormais on en fit un usage considérable à l’intérieur.

Comme tous les poisons végétaux , elle offre les plus grandes anomalies dans sa manière d’agir. Guersent dit qu’elle possède deux propriétés, l’une excitante, l’autre sédative.

C'est à cette action tempérante qu’il faut rapporter ce que les anciens ont dit de la ciguë , en la proposant pour calmer les désirs vénériens. Arétée la conseillait à cet effet, et la plupart des médecins de l’antiquité ont suivi son exemple. Saint Jérôme, dans une de ses épîtres, rapporte meme que les prêtres égyptiens se réduisaient à l’impuissance en prenant chaque jour de la ciguë, et c’est d’après ces assertions que des médecins, dans les temps modernes, ont employé cette plante pour calmer la nymphomanie et le priapisme.

Avicenne ordonnait des emplâtres de ciguë pour diminuer la sécrétion du lait et les engorgemens des seins. Il paraît que cette ombellifère est véritablement efficace dans ces cas , où Guersent explique son action en émettant qu’elle émousse l’orgasme indispensable à la secrétion du lait : on a même prétendu qu’elle entrave le développement des mamelles.

Mais c’est surtout dans la plus terrible maladie de l’humanité, dans le cancer, que l’on a prodigué les plus grands éloges à la ciguë ; Stœrck , qui fit tant d’expériences sur les poisons, prétendit que dans ses mains ce végétal avait déployé une efficacité presque sans revers , dans les affections carcinomateuses ou squirrheuses. Sur la foi de ses succès, on l’essaya en France, en Italie et en Angleterre, mais on n’en obtint

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point d’aussi heureux résultats. Dehaen, ennemi de Stœrck, allait même jusqu’à dire que l’eau chaude était aussi utile. A. Petit, croyant que cette ombellifère avait peut-être d’autres propriétés en Allemagne , en fit venir de ce pays ; mais celle que l’on cueillit aux environs de Vienne, où elle est fort abondante, et à l’endroit même où Stœrck la faisait prendre, ne fut pas efficace à Paris. Gela diminua les espérances que l’on avait conçues sur ce végétal tant vanté , et l’on convint enfin de son impuissance , après qu’il eût échoué dans des essais tentés au sein des hôpitaux de notre capitale, parM. Alibertet quelques autres médecins. Il est actuellement certain que les succès de Stœrck et des praticiens de l’Allemagne tenaient à ce qu’ils n’avaient point attaqué de véritables cancers ; cela nous est prouvé par les maladies auxquelles nous avons vu les médecins allemands donner le nom de squirrhes , et qui n’étaient quelquefois que des tumeurs scrophuleuses.

Cependant , si la ciguë ne peut être considérée comme curative du cancer, il faut avouer que , comme palliative , elle peut être très-utile dans cette maladie , et soit à l’intérieur, soit à l’extérieur, elle agit en calmant ses douleurs lancinantes.

Quelques médecins, tels que Bergius et FothergiU, vantent cette plante dans les scrophules ; d’autres, avec Cullen, Swédiaur, dans les affections syphilitiques et contre les dartres rebelles. Beaucoup d’engorgemens de toute nature, et surtout ceux des viscères, cèdent à son emploi. Elle est efficace contre les maladies cutanées , les dartres, la teigne , la gale , et elle a été administrée tout à fait avec succès, dans la coqueluche, par M. Butter et Odier ; dans les névralgies, par Chaussier et MM. Duméril et Guersent. Mais souvent le peu de succès que l’on en obtient est dû à la manière timide dont on l’administre; des médecins audacieux ont fait prendre, dans certaines maladies, quatre livres d’extrait de ce jus , en poussant graduellement la dose jusqu’à trois gros par jour.

Quand les anciens étaient empoisonnés par l’usage de cette

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plante, ils regardaient le vin comme un bon moyen de dissiper ses effets délétères : Pline rapporte même, en parlant de F ivrognerie, les excès auxquels se livraient les buveurs ; il dit qu’il y en avait qui prenaient exprès de la ciguë, afin que la crainte de la mort les obligeât à boire du vin. Le traitement rationnel devrait être le même que dans l’empoisonnement par les so— lanées : d’abord faire vomir; puis calmer les symptômes inflammatoires, s’il s’en déclarait. Les liqueurs acidulés sont surtout indiquées quand le poison a été rejeté.

LIVEGHE. Ligusticum. Involucre et involucelle polyphylles. Pe'tales ovales, lancéolés, entiers , recourbés. Fruit oblong ; akènes à cinq côtes épaisses.

La Livêche commune 1 croît dans la Ligurie : de là est provenu son nom générique. On la cultive dans les jardins, et elle était autrefois employée en médecine.

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