‹ Traité élémentaire de botanique appliquée, contenant la description de toutes les familles végétales, et celle des genres cultivés ou offrant des plantes remarquables par leurs propriétés ou par leur histoireChapitre 37 sur 87 · MELÏTTÉES. Corolle bilabiée ; quatre étamines · texte numérisé non relu

MELÏTTÉES. Corolle bilabiée ; quatre étamines

MENTHE. Mentha. Calice quinquédenté, subrégulier; corolle infundibuliforme, quadrilobée, subrégulière ; étamines subégales , écartées.

Le poète Oppien raconte que la jeune Mgyôcc, fille du Cocyte,

i T. martini.

2 T. scordium.

qui avait été séduite par Pluton , fut métamorphosée en menthe par la jalousie de Proserpine. Ces végétaux habitent généralement l’Europe méridionale ; l’Amérique , l’Inde et l’Egypte en possèdent aussi ; ils se plaisent dans les sites humides et ombragés.

Le parfum agréable des menthes les faisait rechercher par les Grecs , et chez eux elles étaient regardées comme étant aussi chères à Vénus que le myrte et la rose ; les prétresses de cette déesse ne manquaient jamais d’entrelacer de ces labiées dans les guirlandes de fleurs qu’elles lui offraient. Les jeunes Grecs s’en faisaient des couronnes dont ils se paraient pendant les orgies galantes , ce qui leur avait fait nommer les menthes corona veneris. Dioscoride disait qu’elles excitaient au plaisir, tandis qu’Hippocrate leur prêtait une vertu contraire. De leur tems ces plantes passaient pour être infaillibles contre la morsure des serpens.

La Menthe poivrée 1 , que l’on nomme aussi Menthe d’Angleterre , parce que , selon Smith , elle croît dans ce pays , est communément cultivée dans nos jardins. Cette labiée contient une telle abondance d’huile essentielle , qu’on l’aperçoit en interposant ses feuilles entre la lumière ; cette huile renferme du camphre qui se dépose avec le tems.

Chez les Grecs , ainsi qu’on le voit dans Dioscoride , la menthe poivrée passait pour empêcher la coagulation du lait. Parmi les modernes , on pensait , il y a peu de tems , que cette plante diminuait la sécrétion de ce liquide ; Linnée professait même qu’elle l’anéantissait entièrement; aussi empêchait-on les vaches d’en manger , et l’on allait jusqu’à l’interdire aux femmes qui allaitaient. Ces propriétés, qui firent prescrire cette labiée pour les engorgemens des seins, sont cependant douteuses , quoique M. Lævis prétende qu’elle retarde en effet la coagulation du fluide laiteux. Aujourd’hui la menthe est regardée comme un des plus puissans stimulans diffusibles et

t ;)/. pif ter! ta.

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souvent administrée dans les affections nerveuses. M. Astier a employé avec succès son eau distillée contre la gale ; et l’on dit qu’il a reconnu que Yacarus scabiei, qui cause cette maladie, périsssait promptement par son immersion dans cette eau, ce qui nous semble moins digne de foi , car il n’y a que fort peu de tems que l’existence de cet insecte n’est plus un paradoxe.

La Menthe pouliot 1 , qui croît en France , porte un nom spécifique latin , que Pline prétend venir de pulex , puce , parce qu’elle passait anciennement pour chasser cet insecte, Linnée lui prête aussi cette propriété.

Dans la médecine antique , cette plante avait acquis une' grande célébrité. Pline dit qu’il suffit de s’en couronner pour guérir les vertiges et les maux de tête ; et l’on avait de son tems une telle confiance en elle contre les affections goutteusesr qu’on la nommait mentha podagraria. Selon Haller, cette menthe est plus acre que les autres espèces, et mise en contact avec la peau , elle l’irrite et l’ulcère. Aujourd’hui , elle n’est plus usitée; cependant Bayle la vante contre la toux, et Chomel pour combattre l’asthme.

HTSSOPE. Hyssopus. Calice cylindrique , quinquédenté; corolle bilabiée ; lèvre supe'rieure courte ^ étamines saillantes , écartées.

L’Hyssope officinale 2, qui est l’espèce la plus intéressante de ce genre ; croît dans les parties méridionales de la France. On apprend, dans l’Ecriture sainte, que ce végétal servait aux ablutions chez les juifs, et que Salomon connaissait toutes les plantes depuis l’hyssope jusqu’au cèdre du Liban ; mais cependant , quoique tous les traducteurs aient considéré Y ézob des Hébreux comme étant notre hyssope , cela ne paraît pas encore prouvé ; quelques naturalistes, parmi lesquels on doit

i M. pulcgiiun, 2 II. qfficinali s .

ranger ïlasselquist, ont meme avance que Yézob n’était qu’une espèce de mousse 1 qui est fort commune sur les murs de Jérusalem. Cette opinion paraît peu probable quand on songe que les Hébreux employaient l’hyssope pour les purifications. On ne connaît guère mieux le végétal que les Grecs et les Latins appelaient byssope , parce qu’ils n’en ont point laissé de description dans leurs écrits.

L’hyssope est une plante aromatique , excitante , dans laquelle Herberger prétend avoir trouvé un alcaloïde qu’il appelle Hyssopine ; M. Planche dit qu’elle contient du soufre ; elle est employée principalement dans les catarrhes pulmonaires chroniques , en Perse son infusion sert pour la toillette.

S ARIETTE. Satureia Calice quinque'denté , non bilabié ; corolle bilabiée ; examines non saillantes , écartées.

La dénomination de satureia vient dit-on de satyrus y à cause des qualités aphrodisiaques que l’on supposait aux sariettes , d’où Priape était parfois appelé Thymbrophage , et Apollon Thymbraeusy parce que l’une de ces plantes croissait près de l’ancienne ville de Thymbre dans la Troade 2.

La Sarîette des jardins 3 , qui habite le midi de la France, est cultivée dans toute l’étendue de ce pays pour la consommation culinaire; c’est un condiment des plus employés ; cette labiée entre aussi dans plusieurs médicamens composés.

La Sariette capitée 4 est le Thym des anciens ; ceux-ci la regardaient comme utile aux abeilles.

CATAIRE. Nepeta. Corolle bilabiée , à lobe moyen grand, concave , crénelé.

Ce nom provient de Népet , ancienne ville de la Toscane ,

1 Bryum truxicatulum. 3 S. hortensis .

a ■S. T/iymbra /t S capitata.

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citée par Pline et près de laquelle croissait l’espèce principale de ce genre. Les cataires habitent l’Europe méridionale, la Barbarie et diverses contrées de l’Asie.

La Cataire vulgaire 1 , qui est aussi nommée Herbe aux chats, à cause de l’espèce de passion avec laquelle ces animaux la recherchent , est originaire de la France ; cette labiée est fortement aromatique et âcre ; on l’a vantée dans quelques maladies particulières aux femmes , telles que la chlorose et l’aménorrhée , mais aujourd’hui elle est totalement oubliée.

LAVANDE. Lavandulci. Calice tubuleux, strie', denté ; corolle subbilabiée ; étamines incluses.

Ce genre porte un nom qui provient de lavare, baigner, laver, parce que l’on employait plusieurs de ses plantes pour aromatiser les bains. Les lavandes sont généralement sousfrutescentes.

La Lavande vulgaire a, qui est originaire de l’Espagne, de l’Italie et de la Provence, est fréquemment cultivée dans nos jardins ; elle est stimulante , aromatique et parfois employée en médecine pour combattre les affections nerveuses. Mais c’est pour la toilette que l’on en fait plus généralement usage ; on s’en sert dans les bains et pour composer le cosmétique nommé Eau-de-vie de Lavande.

La Lavande spic 3 ou Aspic, nom qui est corrompu de spica , épi, qui indique la disposition des fleurs, croît dans les memes régions que la précédente et y est plus commune ; elle partage ses propriétés. C’est de cette espèce que, dans la Provence, on extrait l’huile essentielle nommée Huile d’aspic, dont on se sert pour la confection des vernis , ainsi que dans d’art médical. Suivant Proust, cette huile contient presque un quart de son poids de camphre .

» IV. cataria.

1 L. rem.

?* /.. spica .

LABIEES.

GLÉCOME. Glecoma. Calice quinquédenté ; corolle bilabiée, à lèvre supérieure échancrée; anthères rapprochées, formant deux croix.

Les Grecs appelaient aussi ces végétaux yh.çyoy.et.

Le Glécome hédéracé *, qui est vulgairement nommé Lierre terrestre , habite les localités fraîches de presque toute l’Europe. Cette labiée exhale une odeur forte qui l’avait fait regarder comme suspecte par Haller ; mais elle n’est réellement que tonique et excitante : c’est surtout dans les catarrhes pulmonaires chroniques qu’elle paraît avoir des succès ; c’est à la guérison de semblables maladies, que l’on aura confondues avec la phthisie, que ce glécome doit l’éloge qu’en font Etmuller, Morton et \S illis, contre cette dernière affection.

LAMIER. Lamium. Corolle à gorge renflée ; limbe bilabié, portant deux dents latéralement ; lèvre supérieure entière, voûtée ; anthères velues.

Ce nom provient de lamia, fantôme, et est dû à la forme des fleurs de certaines espèces, qui ressemblent en effet à un spectre en miniature.

Le Lamier blanc 2, qui habite la France, et que l’on nomme encore Fantôme, en Bretagne, était autrefois administré comme astringent.

BETOINE. Betonica. Corolle à tube long, courbé ; lèvre supérieure dressée, entière, convexe.

Pline dit que ces végétaux sont ainsi appelés parce que les Vêtons en propagèrent l’usage. Mais il est plus rationnel de croire que ce nom provient du celtique ben, tète, et de ion , bon. Les bétoines habitent l’Europe et l’Orient.

i G. hederacea.

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