‹ Traité élémentaire de botanique appliquée, contenant la description de toutes les familles végétales, et celle des genres cultivés ou offrant des plantes remarquables par leurs propriétés ou par leur histoireChapitre 38 sur 87 · L . album · texte numérisé non relu

L . album

CLASSE XIV

La Bétoine officinale 1 , belle labiée qui croît clans nos bois , possédait, selon les anciens, de grandes vertus médicales; A. Musa, qui a composé un traité sur cette plante, la préconisait dans une cinquantaine de maladies; sa renommée est encore proverbiale parmi le peuple italien. Mais les gens éclairés de toutes les nations ont abandonné son usage ; seulement ses feuilles sont parfois employées comme sternuta— toires ; sa racine passe pour émétique , et les vapeurs qui s’en élèvent ont une telle énergie, que Yalmont de Bomare dit qu’elles produisent des vertiges sur ceux qui la cueillent.

MARRUBE. Marrubium. Calice cylindroïde, à dix stries , à cinq ou dix dents ; corolle bilabie'e ; lèvre supérieure linéaire, plane, bifide.

Linnée pense que ce nom provient de Maria urbs , ville des marais, qui était située près du lac Fusin en Italie. Les marrubessont presque tous indigènes de l’Europe.

BALLOTE- Ballota. Calice campanule', pentagone, quinquédenté; corolle bilabie'e; lèvre supérieure voûtée, crénelée. Akènes triangulaires.

Cette dénomination est dérivée de fccLKhcoTn, je rejette; elle indique l’odeur de ces labiées.

La Ballote fétide 2 croît en abondance le long de nos chemins, près des haies et des murailles.

LEONURE. Leonurus. Calice quinquédenté; corolle velue, à lèvre supérieure entière, concave; anthères parsemées de points brillans ; stigmates égaux.

Cette dénomination provient de Ktcov , lion, et de ovpa.

j B. ofjxcinalis.

2 B.fœtida, Lam.

queue; on a voulu voir de l’analogie entre la houppe terminale de la queue de ce carnassier, et les amas de fleurs des léonures. Ces labiées habitent l’Europe et l’Asie.

PHLOMIDE. Phlomis. Calice pentagone ; corolle à lèvre supérieure concave, carénée, échancrée; anthères à lobes écartés , stigmates inégaux. Akènes barbus au sommet.

Les phlomides portent un nom dérivé de , flamme,

parce que l’on se servait anciennement de leurs feuilles pour faire des mèches de lampe. Ces labiées croissent principalement dans la région méditerranéenne.

POGOSTÈME. Pogostemum. Corolle renversée, bilabiée ; lèvre supérieure trilobée ; filets anthérifères, abaissés, barbus.

Le Pogostème plectranthoïde *, arbuste à fleurs blanches r dont on ignore la patrie, est l’unique espèce de ce genre dont le nom est dérivé de rrcoyav^ barbe, et de <tt étamine,

BYSTROPOGON. Bystropogon. Calice tubuleux* à orifice velu ; corolle bilabiée ; lèvre supérieure bifide, l’inférieure trilobée; étamines écartées.

Les bystropogons ont un nom dérivé de (Zuco, je ferme, et de ^rcoycdVy barbe ; ils sont tous exotiques.

GRAPAUDINE. Sideritis . Corolle bilabiée ; lèvre supérieure droite , linéaire, l’inférieure trilobée, à lobe moyen crénelé.

Ces labiées portent une dénomination qui provient de i P. vlectranthoides •

CLASSE xrv.

eiftipot, fer, et indique qu’on s’en servait pour le traitement des blessures ; elles habitent particulièrement les régions méditerranéennes.

GALÉOPSIS. Galeop sis. Calice à cinq dents épineuses ; corolle bilabiée, à gorge renflée , portant deux dents latéralement ; lèvre supérieure voûtée, crénelée.

C’est de yuhti , belette, et de figure, que Ton a formé ce nom , parce que l’on a comparé les fleurs des galéopsis à cet animal. Ces végétaux habitant l’Europe.

Le Galéopsis ladanum 1 et le Galéopsis tétrahit , qui infestent nos champs, contiennent tant de potasse, selon Bosc, que l’on pourrait les cultiver avec avantage pour en retirer cet ingrédient.

GALÉOBDOLON. Galeobdolon. Corolle bilabiée; lèvre supérieure très-entière , voûtée , l’inférieure à trois lobes lancéolés, aigus.

Selon Pline, galeobdolon est un synonyme de galéopsis. On ne connaît qu’une espèce dans ce genre ; elle habile la France.

STAGHYS. Stachys. Calice anguleux; corolle bilabiée ; étamines se déjetant en dehors après la fécondation.

Stachys provient de (net'/jüÇy épi , et indique la disposition des fleurs de ces végétaux.

Le Stachys des marais a , qui , ainsi que ses congénères , habite les régions méditerranéennes, passait anciennement pour fébrifuge ; on lit dans les annales de la société d’horticulture de Paris, que ses racines., qui contiennent de la fécule..

1, G. ladanum.

2 S. palustris.

servent à faire du pain dans le nord de l’Europe , pendant les temps de disette.

MOLUCELLE. Molucella. Calice campanule', énorme, à cinq ou à six dents épineuses; corolle plus courte que le calice.

La Molucelle frutescente x, habite la France et l’Italie; d’autres croissent en Syrie et aux îles Moluques , dernier pays auquel ces végétaux doivent leur nom générique.

THYM. Thymus. Calice bilabié, tubuleux, parfois gibbeux, à gorge pubescente; corolle courte, bilabiée, à lèvre supérieure e'chancrèe.

Thymus provient de ôvy,oç9 courage, et indique les vertus excitantes de ces labiées. Celles-ci sont en général de petits sous-arbrisseaux qui habitent l’Europe méridionale.

Le Thym commun 2 croît sur les rochers de la Provence. Anciennement il passait pour une des plantes les plus recherchées des abeilles. Aujourd’hui on le cultive dans tous les jardins , et il sert à aromatiser les sauces et la charcuterie.

Le Thym serpollet 3 , qui abonde sur toutes nos pelouses sèches , était regardé par Linnée comme propre à dissiper l’ivresse, et sa décoction s’employait contre la gale. On en retire une huile essentielle qui contient du camphre et que l’on prescrit pour apaiser les douleurs des dents cariées.

ORIGAN. Origanum. Inflorescence en e'pi ou en corymbe ; bractées foliiformes , souvent colorées ; corolle bilabiée, à tube comprimé; lèvre supérieure plane, droite, échancrée.

C’est de opoç, montagne, et de yavoç, joie , que ce nom est

3 T. serpyllum.

i AI. frutescens.

T. vulgaris.

CLASSE XI N

formé; il indique l’agréable parfum que ces labiées répandent sur les montagnes. Les origans sont herbacés et portent des fleurs disposées en têtes ou en épis ; ils habitent principalement le bassin de la Méditerranée.

L’Origan dictame 1 , qui est vulgairement appelé Dictame de Crète, a été une des plantes les plus célèbres de la haute antiquité. 11 est originaire de cette île, où il habite particulièrement les collines de l’Ida et du Dicté, dernière montagne de laquelle il tire même son nom, selon certains étymologistes .

Homère a célébré les vertus du dictame ; celui-ci passait parmi les Grecs pour guérir merveilleusement les blessures , et l’on racontait que sa puissance avait été révélée à l’homme parles animaux. Aristote dit que les chèvres blessées par les chasseurs vont instinctivement brouter cette plante pour opérer leur guérison ; Théophraste et Dioscoride répètent cette fabuleuse assertion , et Pline ajoute que par ce moyen les cerfs expulsent de leurs chairs les dards qui les ont atteints , et qu’ils en cicatrisaient subitement les plaies. Les dieux et les héros faisaient eux— mêmes usage du dictame de Crète pour le soulagement des mortels ; \ irgile dit que ce fut ce vulnéraire que Ténus cueillit sur le mont Ida , pour panser la blessure d’Enée.

Hippocrate employait cette labiée pour expulser les fœtus morts ; Dioscoride et Plutarque lui prêtent la même propriété, ce qui a fait penser à quelques scoliastes que le nom de TcL[/.vov venait de tiktsoi , accoucher. Ce médicament est aujourd’hui abandonné ; cependant , lors du voyage de Tournefort, on s’en servait dans le Levant pour combattre les fièvre:» et la chlorose , et chez nous il entre encore dans quelques médicamens composés.

L’Origan commun % qui croît sur les pelouses sèches de la France et qui se rencontre aussi dans l’Amérique septentrionale, avait été remarqué par les anciens. Latreillc dit qu’on

l O. dictaninus.

i O. cul "are.

LABIEES.

le trouve représenté sur les monumens des Egyptiens, et qu’il indique , dans leurs hiéroglyphes , l’ éloignement de la prévoyance et de l’intelligence, parce qu’il fait fuir les fourmis qui étaient considérées comme le symbole de ces facultés. Cette plante sert aujourd’hui en Suède pour augmenter la force de la bierre , et chez nous elle est regardée comme un médicament excitant et aromatique.

MELISSE. Melissa. Calice tubuleux , bilabië , à gorge nue ; corolle bilabiée ; lèvre inferieure à lobe moyen , cordiforme.

Ce nom vient de abeille, parce que ces insectes

recherchent avec avidité la mélisse officinale. Ces végétaux habitent l’Europe méridionale et l’Amérique du nord.

La Mélisse officinale 1 croît dans la France méridionale. Les Latins la désignaient sous le nom de citrago , à cause de l’odeur de citron qu’exhalent ses feuilles lorsqu’on les froisse ; c’est pour la meme raison qu’elle est appelée vulgairement Citronnelle. L’épithète de [/.eKi<r<TQ$VKKov ^ feuille d’abeille, que lui donnaient les auteurs grecs, indique que son parfum est agréable aux insectes qui produisent le miel; Pline, parmi les Romains , avait la meme opinion ; aussi il conseille de planter cette labiée dans les lieux où l’on élève les abeilles , et Virgile dit que son odeur agit si fortement sur elles qu’elle suffit pour attirer les essaims qui veulent s’expatrier de l’exploitation.

La mélisse est fortement aromatique et excitante, vertus que les Arabes, qui l’employaient déjà en médecine, semblent avoir connues. Rondelet, Hoffmann et beaucoup de médecins ont préconisé cette labiée contre la mélancolie et l’hypocondrie, et l’ont regardée comme susceptible d’exciter les facultés intellectuelles. Elle entre encore aujourd’hui dans plusieurs composés officinaux ; c’est elle qui fait la base de l’eau des Carmes.

i M ofjicinalis.

CLASSE XIV

DRACOCÉPHALE. Dracocephalum . Calice bilabié ou quinquédenté ; corolle bilabiée , à gorge renflée , lèvre supérieure voûtée, entière.

On a comparé les fleurs de ces labiées à la région antérieure d’un serpent : de là provient leur dénomination qui est formée de S'pouccov, dragon, et de KS$cL\n, tête.

Le Dracocéphale de \ irginie 1 est assez communément cultivé dans nos jardins, où on le nomme Cataleptique, parce que ses fleurs conservent la position qu’on leur imprime.

MELITTE. Melittis. Calice très-grand, campanulé, à limbe trilobé, irrégulier; corolle à lèvre supérieure plane, entière. Akènes velus.

Cette dénomination provient de / /.iKi , miel, et est synonyme de mélisse.

La Mélitte à feuilles de mélisse 2 est la plus belle labiée de nos bois ; l’odeur forte qu’elle exbale l’a fait nommer vulgairement Mélisse puante ou Mélisse punaise.

PRUNELLE. Prunella. Calice bilabié, à lèvre supérieure plane , tronquée , tridentée , l'inférieure bifide ; corolle bilabiée ; filets anthérifères bifurqués.

Certains étymologistes font dériver ce nom d’un mot allemand qui signifie esquinancie , plusieurs prunelles ayant été employées contre cette affection. Ces végétaux sont disséminés dans diverses contrées du globe.

SGUTELLAIRE. Scutellaria. Calice à deux lèvres entières , dont la supérieure porte un appendice

D, Virginia num.

2 Jf. mclissophyliuni.

LABIEES.

foliacé ; corolle bilabiée, à tube courbe' inferieurement.

La ressemblance (lu calice de ces labiées avec une tasse munie de son anse , a donné l’idée de ce nom qui est dérivé de scutella, écuelle, vase ; cet organe se clôt après la fécondation ; les scutellaires habitent les lieux humides des deux continens.

PROSTR ANTHERE. Prostranthera . Calice à deux lèvres entières ; corolle bilabie'e ; anthères éperonnées.

Les prostranthères sont des arbrisseaux très-odorans , à fleurs en grappes; ils habitent la Nouvelle-Hollande.

GLINOPODE. Clinopodium. Bractées se'tiformes , soyeuses. Calice bilabié; corolle à gorge dilatée; lèvre supérieure plane, échancrée.

Clinopodium est formé de ytKi rw, lit, et de TroS'of, pied, parce que l’on a comparé les verticilles de ces plantes aux roulettes des lits. Ces labiées sont herbacées et habitent les climats tempérés des deux mondes.

PRASIONE. Prasium. Calice subcampanulé , bilabié ; corolle bilabiée. Quatre baies.

Les prasiones portent le nom grec du marrube ; ce sont des arbrisseaux qui habitent l’Europe méridionale et la Barbarie.

r , .J . * i p Vf? \v -

BASILIC. Ocimum. Corolle renversée; lèvre supe% Heure quadrilobée , l’inférieure concave , entière.

Ocimum vient de oÇa, je sens , à cause du parfum agréable que ces végétaux exhalent , et dont on a voulu marquer la

CLASSE XIV

supériorité par leur nom français qui est dérivé de Cet cwA/x.oÿ’, royal. Ces labiées sont presque toutes originaires des contrées chaudes de l’Inde.

Le grand Basilic 1 qui habite ce pays , ainsi que la Chine , acquiert un pied de hauteur et est communément cultivé chez nous , à cause du parfum agréable qu’il exhale ; on s’en sert pour aromatiser les sauces ; Ainslie dit que dans l’Inde il est employé contre diverses maladies.

Le petit Basilic2 , dont l’arôme est encore plus développé, concourt fréquemment à la parure de nos appartenions , où on l’élève dans des pots.

PLEGTRANTHE. Plectranthus. Corolle bilabie'e, e'peronne'e ; lèvre supérieure trifide , l’inferieure entière ; anthères uniloculaires.

Les plectranthes ont un nom dérivé de rrhtftitTpov , éperon, et de ctvôof , fleur ; ce sont en général des végétaux sous— fruescens dont les articulations sont charnues ; ils habitent l’Asie , l’Afrique et l’Australasie.

HYPTIS. Hyptis. Corolle bilabiée ; lèvre inferieure à division moyenne enveloppant les examines , dont deux sont insérées sur elle.

Hyptis provient de renversé , mot qui indique la

disposition anormale des étamines de ces végétaux ; ceux-ci habitent presque tous l’Amérique et les Antilles.

* * Monopétales régulières.

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