‹ Traité élémentaire de botanique appliquée, contenant la description de toutes les familles végétales, et celle des genres cultivés ou offrant des plantes remarquables par leurs propriétés ou par leur histoireChapitre 4 sur 87 · ARISTOLOCHES · texte numérisé non relu

ARISTOLOCHES

L’Aristoloche clématite 1 se multiplie quelquefois d’une manière si fâcheuse dans nos champs , que les cultivateurs lui ont donné le nom de Poison de la terre. Cette plante avait anciennement une grande célébrité en médecine ; maintenant elle est fort peu employée; on la considérait comme sudorifique, et on l’administrait contre la goutte , les rhumatismes et la fièvre ; Pallas dit que les Russes mangent ses fruits crus pour se guérir de cette dernière maladie. Cette aristoloche est un tonique âcre , dangereux à forte dose , car Orfila a fait périr des chiens en leur en administrant quelques gros.

L’Aristoloche longue a et l’Aristoloche ronde 3, qui croissent dans l’Europe méridionale , étaient employées par Hippocrate , Galien et d’autres médecins de l’antiquité , pour combattre quelques maladies des femmes. La racine de l’aristoloche longue , ainsi nommée parce qu’elle offre jusqu’à un demi-pied de longueur, est un stimulant assez énergique ; M. Lassaigne a reconnu qu’elle contenait de Fulmine; cette espèce et l’aristoloche ronde entrent encore dans un grand nombre de préparations officinales , telles que la thériaque céleste, l’orviétan , les emplâtres manus dei , etc.

L’Aristoloche à grandes feuilles qui provient de l’Amérique septentrionale , par ses larges feuilles forme un arbre agréable pour les tonnelles ; elle est naturalisée chez nous.

L’Aristoloche à fleurs en cœur 4 5, qui croît sur les bords du fleuve de la Magdeleine , près Monpox , est remarquable par la prodigieuse dimension de ses fleurs ; celles-ci sont si vastes , que Humboldt rapporte que les habitans du pays où elle vient les mettent sur leur tète en guise de bonnet, pour se garantir du soleil; on en trouve qui ont jusqu’à quatre pieds de circonférence. Sa racine passe pour guérir la morsure des serpens venimeux.

L’Aristoloche serpentaire 6 est ordinairement appelée Ser-

i A. clematitis.

i A. longa.

3 A. rotunda.

4 A. macrophylla.

5 A. cordiflora.

fi A. serpentaria.

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pentaire de Virginie , à cause de ce pays, qui est celui ou elle croît , et de la propriété que lui prêtent ses habitans de guérir la morsure des serpens : ce qu’il y a de singulier , c’est que cette croyance est répandue parmi des nations extrêmement éloignées , et qui n’ont aucune communication entre elles : cependant c’est une vertu illusoire. La racine de cette espèce est formée par de petites souches entourées de fibrilles tortueuses et brunes , qui exhalent une odeur camphrée ; par l’analyse elle a donné les principes suivans à M. Bucholz : huile volatile , 3,o5 ; résine jaune-verdâtre , 2,85 ; matière extractive, i ,07 ; extrait gommeux, 18,01; ligneux, 62,04 ; eau, 1 4,4^7 perte, 00, 53. Cette racine , qui passa d’abord pour efficace contre l’hydrophobie , fut introduite dans la matière médicale au xvne. siècle , par le médecin anglais Johnson. On la regarde comme stimulante et tonique ; aussi est-elle particulièrement indiquée et employée dans les maladies où prédomine la faiblesse. La serpentaire de Virginie entre aussi dans diverses préparations officinales.

ASARET. Asarum . Périanthe campanule , trilobé' ; douze étamines insérées sur l’ovaire.

Dioscoride dit qu’on appelait ces plantes cterctpov, mot qui signifie je n’orne pas, et qui sans doute leur avait été imposé à cause de leur sombre livrée. Selon Pline, ce nom vient de et privatif et de ers t pet, lien , parce que les asarets étaient rejetés des couronnes obsidiennes des anciens, et en général des ornemens des fêtes, ce qui probablement tenait à leur odeur forte et résineuse.

L’Asaret d’Europe *, ou Oreille d’homme , nommé encore Cabaret , parce que , selon quelques uns , on s’en servait pour faire vomir les ivrognes , produit une racine de saveur âcre, poivrée, que MM. Lassaigne et Feneulle ont reconnue être

j A. europœuni.

CYTINEES g

formée par une huile volatile concrète analogue au camphre, une huile grasse âcre, une matière jaune vomitive , de la fécule , de l’albumine, quelques sels et un peu de silice et de fer. Déjà cette plante avait été employée par les médecins de l’antiquité et les Arabes, dans les obstructions et les ma-* ladies cutanées. C’est un vomitif énergique, et la meilleure succédanée de l’ipécaeuanha qui croisse sur notre continent ; sa poudre est prescrite à la meme dose que celle de ce dernier. Elle est employée dans la médecine vétérinaire.

FAMILLE DES CYTINÉES.

Fleurs unisexes, monoïques ou dioïques. Périanthe à quatre ou cinq divisions ; huit étamines ou plus, monadelphes et synanthères , ou à anthères situées dans de petites fossettes ; ovaire monoloculaire.

Cette petite famille , érigée par R. Brown , est incomplètement connue ; le fruit des plantes peu nombreuses qui la composent et les fleurs femelles d’un de ses genres n’ayant pu encore être étudiés. On la regarde comme ayant de l’affinité avec les aristoloches, et précédemment on rangeait meme parmi celles-ci le groupe qui en forme le type. Nous ne comprenons parmi les cytinées que les genres cytinel et rafflésie , et nous avons formé une petite famille du genre népenthe , qui nous semble s’éloigner de ceux-ci sous plusieurs rapports , ainsi que nous le dirons ; aussi nous avons dû modifier un peu la description des cytinées pour l’adapter aux seuls groupes que nous rangeons parmi elles.

CYTINEL. Cytinus. Fleurs monoïques. Mâles à quatre divisions ; huit étamines monadelphes et synanthères. Femelle à ovaire uniloculaire.

Les anciens avaient comparé les fleurs du grenadier à celles

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des eytinels , et ce rapprochement a déterminé la dénomination de ces singuliers végétaux ; kvtivoi veut dire fleurs de grenadier.

Le Cytinel parasite x, aussi nommé Hypociste , parce qu’il vit en parasite sur la raciue de plusieurs cistes ligneux , est la seule plante de ce genre. Sa tige est squammeuse , et son inflorescence spicilorme offre ses fleurs mâles vers le sommet de l’axe qui les supporte , et les femelles à sa partie inférieure. 11 se trouve dans toute l’Europe méridionale et dans l’Asie- Mineure. On faisait autrefois en France un extrait astringent avec ses fruits.

RAFFLÉSIE. Rafflesia. Fleurs dioïques. Périanthe monosëpale , énorme , quinque'lobe' ; étamines nombreuses à anthères subglobuleuses.

Ce genre a été créé pour un végétal extraordinaire qui vit en parasite sur les arbres de Java ; il ne consiste qu’en une énorme fleur charnue , sessile , exhalant une odeur fétide , et que certains auteurs disent avoir une circonférence d’une douzaine de pieds et une pesanteur qui s’élève à plus de douze livres ; avant son épanouissement , celte fleur offre un aspect analogue à celui d’un chou d’une taille gigantesque.

La Rafflésie d’Arnold 3 est la seule espèce bien connue , mais on n’a pas encore d’induction sur ses fleurs femelles. Quelques botanistes anglais n’ont point , à l’égard de ce végétal , la meme opinion que R. Brown , qui l’a décrit avec détail , et que nous venons d’émettre dans ce paragraphe ; ces botanistes pensent que cette plante n’est qu’un énorme champignon, et que leur célèbre compatriote a pris pour des anthères les conceptacles de ce cryptogame remplis de séminules.

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