DICOTYLEDONES MON O PE RI AN T HE ES SUPER O VARIÉ ES
FAMILLE DES NÉPEN T HÉES.
Fleurs dioïques. Përianthe à quaire divisions profondes ; examines monadelphes ; anthères réunies en tête. Capsule quadriloculaire , quadri valve.
Dans ces plantes , les fleurs mâles offrent environ seize anthères ; celles-ci sont sessiles , biloculaires , et leur déhiscence est longitudinale ; les fleurs femelles ont un ovaire subtétragone, quadriloculaire. Le fruit porte des trophospermes pariétaux , situés sur la partie centrale de ses valves ; les graines sont linéaires.
Nous avons créé cette petite famille pour le seul genre népenthe , ne voyant pas dans quel groupe naturel nous pourrions le placer sans heurter les analogies. R. Brown , d’après quelques considérations organiques , l’avait rangé dans la famille des cytinées , qu’il institua pour quelques plantes parasites d’une structure fort remarquable ; divers botanistes, entraînés peut-être par la célébrité de cet auteur, suivirent son exemple ; pour nous , nous trouvons entre le népenthe et les genres cytinel et rafHésie trop de différence pour les rapprocher dans la même famille.
Les cytinées ne sont connues qu’imparfaitement ; on ignore l’organisation de leur fruit, et l’existence d’un de leurs deux genres est même révoquée en doute par certains auteurs qui , ainsi que nous venons de le dire , ne veulent voir qu’un champignon dans rénorme plante pour laquelle il a été formé ; au contraire , on connaît fort bien la structure des népenthécs.
CLASSE XII
Celles-ci sont des végétaux qui vivent implantés dans le sol , tandis que les cytinées sont parasites ; aussi il n’y a pas la moindre analogie dans leur port. Si nous comparons successivement les organes des népenthées avec ceux du genre cytinel , type des cytinées , et nous ne pouvons les comparer à d’autres , puisque le genre rafïlésie est encore incertain , nous voyons que ces deux groupes n’ont guère de rapports organiques. En effet, les cytinels sont monoïques, ils ont un périanthe tubuleux , subeampanulé , environné de bractées extérieures ; leurs fleurs mâles ont huit étamines ; les fleurs femelles ont un ovaire infère , globuleux , uniloculaire , ayant huit tropbospermes pariétaux ; le fruit est probablement uniloculaire. Dans les népenthées tout est différent ; elles sont dioïques ; leur périanthe n’est point avoisiné de bractées, il est composé de quatre divisions ouvertes; les fleurs mâles portent environ seize étamines , et , ce qui est encore bien plus notable , l’ovaire est supère , tétragone, quadriloeulaire, et le fruit est une capsule quadriloeulaire , quadrivalve , à quatre trophospermes pariétaux , portant des graines linéaires. La similitude organique des népenthes et des cytinels ne se dévoile que dans l’insertion pariétale des trophospermes , et dans la disposition monadelphe des étamines , dont le nombre n’est pas, du reste, le meme.
Quand des végétaux diffèrent par tant d’organes , et surtout par la situation de l’ovaire et par la structure du fruit , et quand ils ont si peu d’analogies dans leur port et leur manière de vivre , il nous semble que l’on doit les dissocier , et c’est ce que nous avons fait.
NÉPENTHE. Nepenthes. Genre unique.
Népenthe est formé de la particule négative ve et de y
douleur, deuil. Homère désigne ainsi un végétal qui n’a aucun rapport avec ceux de ce groupe. Dans l’Odyssée , il dit
NÉPENTHÉES.
qu’Hélène versa aux Grecs qui accompagnaient le fils d’Ulysse un vin dans lequel on avait mis du népenthe , plante qui venait des bords du Nil, et qui avait la propriété d’apaiser les chagrins et la colère. Sans plus de documens les savans ont voulu retrouver quel était ce népenthe extraordinaire mentionné par le prince des poètes , et l’on a prétendu tour-àtour que c’était la buglose , Y initia helenium , la jusquiame datura et le café. Mais la plupart des auteurs s’accordent à penser que c’est l’opium qu’Homère a désigné sous ce nom , malgré l’autorité de Plutarque et d’Athénée, qui croyaient que celui-ci n’était qu’un emblème par lequel l’auteur avait eu l’intention d’exprimer les discours pleins de charmes par lesquels l’épouse de Ménélas séduisait ses hôtes et dissipait leurs ennuis. En effet, le ^népenthe dont elle faisait usage lui avait été apporté d’Egypte par un esclave , et l’on sait que dans ce pays on extrayait de l’opium des pavots , et que cette substance était connue de l’antiquité.
Les népenthes sont des plantes herbacées ; leurs feuilles sont coriaces , et celles de plusieurs espèces ont une nervure médiane fort grosse, qui se prolonge au-delà de la feuille , et bientôt se termine en formant une sorte de godet creux, alongé , subcylindrique , et dont le sommet est couvert par un opercule qui s’ouvre et se ferme spontanément selon l’état de l’atmosphère ; la membrane interne de ce godet présente un appareil glanduleux dans une certaine étendue de sa surface , et c’est lui qui paraît destiné à sécréter l’eau limpide et fraîche que l’on trouve dans sa cavité. On remarque ordinairement que c’est la nuit que l’exhalation se produit , et que les godets se remplissent de liquide ; alors leur opercule est rabattu sur l’entrée du petit vase et la ferme hermétiquement ; le jour, l’opercule est relevé , et la quantité d’eau diminue considérablement , soit qu’elle se trouve vaporisée , soit que la plante la résorbe. L’Inde , la Cochinchine et Madagascar sont la patrie des népenthes ; on en connaît aujourd’hui cinq espèces.
CLASSE XII
Le INépenthe distillatoire 1 croit dans l’Inde ; il porte des urnes de quatre pouces de longueur sur environ un pouce de diamètre, et d’une belle couleur bleue à l’intérieur. Rumph et De Flacourt rapportent que dans les montagnes des pays où vient ce végétal , il règne sur lui diverses idées superstitieuses ; leurs babitans pensent que l’on produit de la pluie lorsque l’on coupe ou que l’on vide ses urnes ; aussi se gardent— ils bien de le faire quand il règne une grande humidité , et, au contraire , ils les retranchent dans les momens de sécheresse , afin d’opérer un changement de tems. L’eau que distillent les godets de ce népenthe est regardée par ces hommes comme efficace dans diverses altérations de l’appareil urinaire , et les racines de cette plante passent pour astringentes.
FAMILLE DES ÉLÉAGNÉES.
Fleurs dioïques ou hermaphrodites. Perianthe tubulé dans les fleurs hermaphrodites et dans les femelles; trois à huit étamines ; ovaire uniloculaire. Akène subovoïde , recouvert par le perianthe, accrescent.
Les éléagnées sont des arbrisseaux ou des arbres peu élevés ; souvent leurs rameaux sont couverts d’épines ; leurs feuilles sont alternes ou opposées , simples et ordinairement recouvertes, ainsi que les ramifications qui les supportent , de petites écailles comme micacées. C’était par erreur que Marquis les rangeait dans la classe précédente : leur ovaire , qui est entouré par le calice, sans que celui-ci y adhère, et le fruit que ce dernier organe environne encore en se développant en une sorte de drupe, avaient été la cause de l’erreur; déjà Gœrtner , Richard et R. Brown avaient cependant reconnu
i N. distillatoria.
ELÉAGNÉES.
cette particularité sur certaines éléagnées. On a rangé clans d’autres familles celles dont l’ovaire est infère .
GHALEF. Elœagnus. Fleurs hermaphrodites. Périanthe à quatre ou cinq divisions ; quatre ou cinq examines.
Ce nom vient de ehcu&, olivier, et de agnus castus vitex , Il rappelle la ressemblance que l’on trouve entre ces deux arbres et les cbalefs. Ceux-ci sont des arbres ou des arbrisseaux dont les feuilles et les jeunes pousses sont recouvertes de ces écailles micacées , sèches , blanchâtres , dont nous avons parlé , et qui leur donnent surtout un aspect particulier. Ils croissent dans l’Asie ou les îles qui l’avoisinent; une seule espèce est européenne.
Le Chalef à feuilles étroites 1 , appelé vulgairement Olivier de Bohême , est souvent cultivé dans nos jardins à cause du parfum agréable de ses fleurs, et de la teinte argentée de son feuillage , qui contraste heureusement avec celle des autres arbres ; il est originaire de l’Europe méridionale , de la Bohême, ainsi que de l’Asie. Le voyageur Olivier dit qu’en Perse et en Turquie on mange la partie charnue qui environne son fruit.
HIPPOPHAE. Hippophae . Fleurs dioïques. Mâles à trois ou quatre ëtamines. Calice devenant bacciforme.
C’était ainsi que l’on désignait dans la Grèce antique une plante qui passait pour efficace dans certaines maladies des chevaux , au moins Pline dit que son nom le fait supposer , étant dérivé de ittttoç , cheval, et de <pao , je brille, j’éclaire. C’était probablement contre les maladies des yeux qu’elle
i JE. angustifolia.
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était employée ; la dénomination vulgaire d’Argousier , qui provient d’ Argus , selon certains étymologistes , vient corroborer cette opinion.
L’Hippophaé argousier 1 est un arbrisseau épineux dont les feuilles sont revêtues en dessous d’écailles argentées, roussatres ; les espèces de baies formées par son calice accres— cent renferment une assez grande quantité d’acide malique ; Linnee rapporte que les Lapons s’en servent pour apprêter leurs alimens , et Bosc dit que les pauvres les mangent dans les campagnes. Ce végétal croît dans les Alpes , mais il se plaît aussi sur les dunes des rivages maritimes.
FAMILLE DES ULMACÉES.
Fleurs hermaphrodites ou unisexes. Périanthe monophylle à quatre à six dents ; trois à six examines ou plus. Fruit monosperme.
Cette famille ne renferme que des arbres à feuilles alternes et simples ; leurs fleurs sont axillaires , fasciculées ou disposées en grappes ou en épis.
ORME. Ulmus. Fleurs hermaphrodites. Périanthe à quatre ou cinq étamines. Fruit mince, ailé.
On ne sait pas d’où est dérivé le nom scientifique de ce groupe , et selon Bullet la dénomination française proviendrait du nom celtique onn , nom que nos ancêtres donnaient aux piques qu’ils faisaient avec l’ormeau. Les ormes sont des arbres à feuilles stipulées ; leurs fleurs apparaissent avant les feuilles ; ils croissent dans les régions tempérées des deux continens ; on en compte environ vingt espèces.
L’Orme champêtre2, nommé aussi Orme commun ou Ormeau,
i M.rh amnoides.
2 U. campestris.
ULMACEES.
çst un arbre très-productif et que l’on plante souvent dans les promenades ou le long des grandes routes ; mais on a soin de l’éloigner des terres cultivées, car ses racines alongées , en s’étendant fort loin , nuisent aux céréales. Ge végétal ne se trouve guère dans les forets ; Bosc l’a cependant découvert croissant spontanément dans celles qui couronnent les mamelons des Vosges ou les crêtes du Jura , vers la, limite des neiges éternelles.
L’orme se reproduit par tous les procédés avec une grande facilité , mais c’est surtout le semis que l’on emploie à cet effet dans les pépinières ; il peut se transporter avec une étonnante sécurité : Evelin a traiisplanté une vingtaine de pieds de cette ulmacée sans les tuer, quoique leur tige eût acquis un volume considérable, presque neuf pouces de diamètre.
Les anciens connaissaient aussi bien que nous l’importance de l’orme, ils le cultivaient déjà et regardaient son bois comme un des plus durs. Les contemporains de Dioscoride le nommaient ptelea; à Rome le nom d ’ulm:is était déjà emplové pour désigner cet arbre. Les premiers peuples de l’Italie lui donnèrent la préférence pour soutenir leurs longues vignes , et cette coutume si souvent chantée par les poètes, et qui, d’après Pline, lui avait valu le surnom de marita , avait conduit à ces images gracieuses dans lesquelles ils peignent la vigne comme l’amante de l’ormeau cherchant constamment à l’embrasser de ses rameaux flexibles. Virgile emploie plusieurs fois cette prosopopée dans ses Géorgiques; la coutume de marier la vigne à l’ormeau subsiste encore dans le royaume de Naples , et quelquefois , ainsi qu’on le voit près de Pouzzoles , les routes sont traversées par d’énormes pampres de vigne passant d’un orme à l’autre et suspendant leurs longues grappes sur la tête du voyageur émerveillé de l’aspect riant de ces treilles de la Campanie.
Sully favorisa beaucoup la culture de cet arbre précieux , en ordonnant d’en placer au devant du portail des églises éloi-
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gnées des villages , et plusieurs de ceux qui furent plantés d’après ses encouragemens existent encore aujourd’hui. Les ormes étaient recherchés par les habitans de la vieille France , qui souvent en entouraient leurs domaines ; aussi l’ombrage de ces végétaux fut quelquefois témoin des plus graves événemens. Ce fut sous le feuillage d’un orme des environs de Gisors que Philippe-Auguste et Henri II , reconciliés pour un moment , se décidèrent à exécuter la troisième invasion de la Terre-Sainte ; mais bientôt, leur animosité s’étant ranimée, le roi des Français ordonna d’abattre l’arbre témoin des embrassemens des deux souverains. Le bois de l’orme est peu employé dans les arts, parce qu’il est promptement attaqué parles vers ; on en fait souvent des conduits pour les eaux, ou des pompes ; il est aussi fort en usage pour le charronnage ou dans la construction des moulins. La variété nommée Tortillard est surtout précieuse pour les moyeux des roues , à cause des nombreux nœuds qu’elle offre ; c’est aussi elle que les ébénistes choisissent pour confectionner des meubles qui rivalisent en beauté avec ceux que l’on fait avec les bois exotiques. L’écorce de l’orme sert pour tisser des nasses ; elle renferme une certaine quantité de mucilage et Poiret dit que celui-ci a pu suffire pour la faire employer à notre nourriture dans des tems de disette ; elle a été vantée comme un astringent fébrifuge et antiscrophuleux , mais actuellement on l’a abandonnée. Cette écorce passait aussi au moyen-âge pour faire consolider les fractures. Il semblerait , d’après la lecture de Dioscoride , qu’anciennement on mangeait les feuilles d’orme cuites comme des légumes ; dans quelques régions de la France , particulièrement en Bretagne et dans les Cévennes, ou les donne aux bestiaux , surtout aux chèvres , aux moutons , aux vaches et aux cochons. Les fruits de cet arbre encore tendres se mangent en salade dans quelques pays.
L’Orme de la Chine 1 donna lieu .à une grande méprise :
l U. ehinensis. Pcrs.
ULMACÉES.
l’abbé Gallois , qui l’apporta de ce pays en Europe, le prit pour la plante qui fournit le thé ; depuis ce moment les amateurs lui donnèrent le nom de Thé de l’abbé Gallois.
MICOCOULIER. Celtis. Fleurs polygames. Les hermaphrodites à cinq étamines. Drupe sphérique , monosperme.
Ce genre renferme des arbres inermes , à fleurs solitaires , ou disposées en grappes, ou en panieules. On connaît plus de vingt espèces de micocouliers ; elles sont disséminées dans les deux continens.
Le Micocoulier austral 1 est un des arbres auxquels les anciens donnèrent le nom de lotos ; mais c’est à tort que Pline , qui le mentionne , le confond avec l’arbre des lotophages décrit par Polybe. Ce micocoulier s’élève à quarante et même à cinquante pieds ; à Aix en Provence , on en voit un qui est d’une grosseur prodigieuse et qui peut être âgé de cinq cents ans ; la tradition rapporte que c’était à l’abri de son ombrage que le roi René rendait ses édits. Cette espèce porte des fruits noirâtres, du volume d’une petite cerise ; elle croît en Afrique et dans l’Europe méridionale où elle s’avance jusqu’en France. On lui donne chez nous le nom de Bois de Perpignan.
Le bois du micocoulier austral est d’une grande beauté et il paraît comme satiné quand on le coupe obliquement; il est fort dense , et c’est lui qui , pour cette dernière qualité , marche après le bois d’ébène ; sa racine sert à la teinture des laines. Près de Narbonne, on exploite cet arbre pour faire des fouets de voiture avec les jeunes pousses que l’on obtient après avoir scié son tronc à ras de terre , vers l’âge de quinze ans. Dans le département du Gard , on en fait des fourches dont la bonté est très-renommée , et leur seul commerce produit jusqu’à ^4 à 25,ooo francs, dans certaines
i C. australis.
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années, au canton dans lequel on le cultive spécialement pour cet usage. La beauté du feuillage de ce micocoulier le fait employer comme ornement.
Le Micocoulier de Virginie 1 * et le Micocoulier à feuilles épaisses 3 qui est aussi originaire de l’Amérique septentrionale, se trouvent actuellement dans nos jardins.
Le Micocoulier à petites fleurs 3 , qui croît aux Antilles , d’où il a passé dans les parterres Anglais , se fait remarquer par les fils textiles que renferme son écorce et qui lui ont valu le surnom d’ Arbre à soie ; il est maintenant élevé par les amateurs anglais.
PLANERE. Planera. Fleurs polygames. Quatre à six examines. Capsule globuleuse , non aile'e , uniloculaire.
C’est à la mémoire de J.- J. Planer, naturaliste allemand, qu’a été dédiée cette coupe formée seulement de trois espèces d’arbres indigènes des deux continens.
Le Planère de Richard 4 , improprement nommé Faux orme de Sibérie, et qui croit dans l’Amérique septentrionale et sur les bords de la mer Caspienne , est en ce moment naturalisé dans les environs de Paris.
FOTHERGILLIE. Fothergilla. Périanthe campanule, à cinq ou six dents; Etamines nombreuses. Capsule biloculaire.
Lînnée fils a consacré ce genre au naturaliste anglais Fothergille ; sa place n’est pas encore bien déterminée.
La Fothergillie à feuilles d’aune5, arbuste qui porte des
i C. occidentaiis. 4 P- Richardi.
a C. crassifolia. 5 F. alnifolia.
3 C. micrantha.
URTICEES.
fleurs blanches et qui est originaire de la Caroline , est la seule espèce connue ; on la cultive dans les écoles de botanique.