SISYMBRIÉES. Fruit forme par une silique
RAIFORT. Raphanus. Se'pales dressés, dont deux sont gibbeux inférieurement ; pétales onguiculés. Silique coriace ou charnue, indéhiscente, parfois uniloculaire par l1 avortement de la cloison.
Raphanus provient de pciqctvtç, nom que les Grecs donnaient à ces plantes, et qui exprime leur rapide germination.
Le Raifort cultivé 1 est originaire de l’Asie occidentale et du Japon , où , selon Thunberg , il pousse spontanément près des chemins : ce sont les racines de plusieurs de ses variétés que l’on sert sur nos tables , et qui sont appelées Radis , Raves et Radis noir, ou Raifort des Parisiens.
Le Raifort ravenelle 2 , qui infeste nos champs avec tant de profusion , que l’on dirait parfois qu’on les en a ensemencés artificiellement, possède, selon Linnée, des semences vénéneuses qui , lorsqu’elles sont mêlées au blé , produisent de redoutables épidémies , ainsi qu’on a eu l’occasion de l’observer sur les classes pauvres de la Suède.
MOUTARDE. Sinapis. Sépales étalés , égaux ; pétales à limbe suboyale. Silique cylindroïde ou subtétragone , surmontée d’une languette.
Cette dénomination est dérivée de nvctm , qui signifie nuisible aux yeux. Les moutardes sont ordinairement herbacées , et portent des fleurs jaunes disposées en grappes terminales ; elles habitent l’Europe et l’Asie.
La Moutarde blanche 3 , qui se trouve fort communément parmi nos moissons , et dont on mange les jeunes feuilles en salade , mérite d’être citée à cause de l’emploi que l’on fait
i R. sativus.
i R. raphanistmm.
3 S. a/ba.
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actuellement de ses semences; celles-ci sont d’un blanc jaunâtre, et contiennent presque leur tiers en poids d’une huile grasse propre à l’éclairage, et dans laquelle MM. Henry fds et Garot ont reconnu un corps cristallisable rougeâtre, qui paraît être un acide contenant du soufre , et que ces savans ont nommé Sulfo— sinapisme.
L’emploi médical de la graine de la moutarde blanche prit naissance à Edimbourg , vers le milieu du siècle dernier , à ce que dit Cullen ; mais ce ne fut qu’en 1809 que ce remède se propagea en France, après que M. Macartan , médecin anglais , établi à Paris , l’eut signalé dans un écrit publié à cette époque, et que son compatriote, M. John Taylor, qui avait éprouvé d’heureux effets de l’emploi de cette graine , en eut fait apprécier les vertus en Europe , pendant un voyage qu’il entreprit philantropiquement à ce sujet. C’est à la dose d’une ou de deux cuillerées que s’administrent les semences de ce végétal ; on a reconnu qu’elles agissent uniquement sur les intestins , en purgeant doucement et sans jamais irriter l’estomac, meme chez des personnes qui, successivement, en ont pris jusqu’à un boisseau ; ensuite elles sont expulsées encore entières.
La Moutarde noire 1 se trouve communément dans nos champs , où l’on est obligé de la détruire , parce qu’elle nuit aux moissons ; ses semences contiennent deux sortes d’huiles , l’une qui est douce et consistante , et que l’on appelle Huile de beurre, et l’autre qui est volatile, âcre et piquante.
C’est avec les semences de la moutarde noire que l’on fait ordinairement la moutarde commune, tandis que la fine se fabrique avec celles de la Moutarde blanche. Ce condiment, dont le nom vient de mustum ardens , parce qu’on le composait autrefois avec du moût de raisin , était déjà en usage parmi les anciens, qui recherchaient principalement celui que l’on tirait de l’Egypte. Pytagore prêtait à la moutarde la propriété d’aug-
i S. nigra.
CRUCIFERES.
mentor la mémoire et de dissiper la tristesse ; Columelle lui donnait l’épithète de lacrymosa , à cause de l’effet qu’elle produit sur les jeux. Les modernes ont aussi eu parmi eux des admirateurs de cette préparation ; Murray disait avoir observé sur lui les effets qu’indique le philosophe grec, et il paraît qu’un des papes, Clément VII, l’aimait passionnément, et accordait de grandes distinctions à ceux de ses sujets qui la lui confectionnaient le mieux.
L’usage médical de la moutarde rivalise pour l’ancienneté avec son emploi culinaire ; Hippocrate , Galien et Dioscoride s’en servaient déjà . Dans des tems plus récens, on prétendit l’avoir employée avec beaucoup de succès à l’intérieur pour combattre le scorbut , ce qui eut lieu au siège de la Rochelle ; Rai dit qu’en Hollande elle inspirait une si haute confiance contre cette maladie , que de son tems on exigeait que les vaisseaux en eussent toujours une certaine quantité lorsqu’ils partaient pour un voyage de long cours. Aujourd’hui la moutarde est fréquemment employée à l’extérieur pour la confection des sinapismes ; on l’a vantée contre les hydropisies et les fièvres intermittentes , mais il faut que de nouveaux essais viennent établir son utilité dans ces affections. M. Julia Fontenelle s’est servi de l’huile essentielle des semences de la moutarde noire pour le traitement des paralysies et de la gale.
La Moutarde des champs 1 qui n’est malheureusement que trop abondante parmi nos moissons , et qui couvre parfois les campagnes d’un tapis d’un beau jaune , possède des semences qui ont des propriétés analogues à celles de la moutarde noire.
CHOU. B ras s Ica. Sépales égaux, dressés; pétales obovales. Silique cylindroïde, surmontée d’un bec conique; semences nombreuses.
Suivant de Théis, hrassica est dérivé du mot celtique bresic ,
i S atvensis.
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qui signifie chou. Ce genre , dont quelques espèces habitent la France , ne diffère des sinapis que par la direction de
ses sépales.
Le Chou colzat r se trouve , à l’état sauvage , en Angleterre et en Espagne ; ses feuilles inférieures , qui sont lvrées et hispides ou ciliées , le distinguent de la Navette , que l’on confond parfois avec lui , mais qui est beaucoup moins productive. On cultive spécialement le chou colzat en Flandre , pour extraire de l’huile à brûler de ses semences ; un hectare de terrain donne jusqu’à neuf cent cinquante kilogrammes de ce fluide. M. Decandolle admet trois races dans les variétés qu’offre cette espèce : i°. les Choux colzats oléifères , qui sont ceux qui fournissent le plus d’huile , et que l’on soigne pour l’extraction de celle-ci ; 2°. les Choux à faucher, appelés vulgairement Choux à vache, que l’on élève pour les bestiaux ; et 3°. les Chouxnavets , qui portent une racine charnue , et que l’on cultive pour les besoins de l’homme, dans certains pays , mais qui servent aussi à la nourriture des bestiaux.
Le Chou vulgaire a est indigène du nord de l’Europe , et habite principalement les rivages de la mer ; nous l’avons trouvé sur les rochers qui bordent celle-ci #en Normandie et en Angleterre. La culture l’a métamorphosé , dans nos potagers , enune foule de variétés dans lesquelles l’espèce type est devenu eméconnaissable.
Ce végétal était en grande vénération dans l’antiquité ; le médecin Chrysippe, Pythagore et Caton le censeur ont donné le jour à des livres spécialement consacrés à l’énumération de ses vertus ; ce dernier le croyait bon à prévenir ou à guérir la majorité des maladies. Il pensait que c’était à son usage qu’il devait le bonheur d’avoir préservé toute sa famille de la peste qui régna de son tems ; et cet homme , plus célèbre par l’austérité de ses principes que par ses connaissances médicales , poussait si loin ses préventions en faveur de cet aliment, qu’il lui attri—
B. rampesfris.
i B. oleracea.
CRUCIFÈRES
bu ait la facilité avec laquelle les Romains se passèrent de médecins pendant près de six cents ans. Pline et Galien en font aussi l’éloge : alors, à ce que dit le premier, c’étaient les choux des environs de Pompéi qui étaient les plus estimés pour les tables.
Dans l’antiquité, on croyait généralement que le chou était propice pour prévenir l’ivresse; les Egyptiens, à ce que l’on rapporte, avaient meme l’habitude d’en faire usage au commencement de leurs orgies, afin de pouvoir les exécuter sans craindre de s’enivrer ; Galien, qui croit à cette prétendue puissance, assure meme qu’il suffit de s’entourer la tête avec des feuilles de ce végétal, pour dissiper la céphalalgie produite par l’excès du vin. Cette fable avait peut-être pris naissance dans les écrits d’Aristote et de Théophraste, dans lesquels il est dit que le chou et la vigne ne peuvent végéter ensemble , erreur que Yarron reproduit en ajoutant même que le cep s’éloigne du chou près duquel on l’a inconsidérément planté, ou qu’il meurt.
Les feuilles , ou les fleurs avortées de différentes variétés du chou figurent sur nos tables. C’est un aliment sain , malgré ce qu’en ont dit quelques médecins qui , par une erreur physiologique, prétendaient qu’il subissait une espèce de putréfaction dans l’estomac. La source de cette opinion se trouve peutêtre dans les écrits des anciens, où l’on voit que ceux-ci, malgré leur confiance en cet aliment, pensaient que son fréquent usage était malsain ; les Grecs disaient même proverbialement : deux fois du chou , c’est la mort ; Juvénal a émis une pensée à peu près semblable.
Apollodore, à ce que rapporte Pline, conseillait le chou contre l’empoisonnement par les champignons; ses feuilles ont souvent servi à panser les teigneux , et Galien les vantait comme vulnéraires. Généralement, on regarde ce végétal comme antiscorbutique, quand il a subi un commencement de fermentation acide, et qu’il se trouve transformé en cet aliment que les Allemands nomment choucroute et dont ils font
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un si grand usage. Les Anglais en approvisionnent, dans cet état, leurs bâtimens, et Cook, qui avait soin de faire distribuer de la choucroute à ses équipages, prête à ce régime l’excellente santé dont ils ont joui pendant ses longs voyages.
Le Chou navet1, qui se reconnaît à ses sépales et à ses siliques étalés, présente deux variétés principales : le Navet comestible et la Navette. Le premier offre une racine charnue et sucrée qui est depuis fort long-tems cultivée pour la nourriture de l’homme ; les plantations de navets d’Amiterne étaient déjà célèbres dans l’antiquité , et Pline et Martial en font l’éloge. Quelquefois on ordonne des tisanes adoucissantes faites avec cette racine.
La Navette se distingue par sa racine grêle et non charnue ; on la cultive pour en extraire de l’huile, mais elle en produit moins que le colza, qui doit lui être préféré. Un hectare ne rapporte qu’en viron sept cents kilogrammes de ce fluide.
TOURRETTE. Turritis. Sépales étalés. Silique grêle, fort longue, très-comprimée, à valves planes, nerve'es ; semences fort nombreuses, bisériées.
C’est de turris , tour, que provient ce nom, qui indique probablement une comparaison entre la forme générale de ces plantes et cette espèce de monument. Les tourrettes croissent dans les deux continens.
GHORISPORE. Chorispora. Calice régulier. Silique cylindroïde, à deux loges séparées en segmens monospermes ; graines comprimées , pendantes.
Les chorispores sont des plantes herbacées , cà fleurs violettes ou jaunes et disposées en épis ; ils croissent spontanément en Asie.
Ti. nopus.
CRUCIFÈRES
JULIENNE. Hesperis. Deux des sépales gibbeux; pétales a limbe obtus ouéchancré; deux glandes à la base des étamines latérales. Silique droite, subtétragone, terminée par deux stigmates connivens.
Cette appellation, qui provient de emepof, le soir, rappelle que ces végétaux sont plus odorans au commencement de la nuit. Les juliennes croissent toutes dans l’hémisphère boréal; l’Amérique n’en possède qu’une seule espèce.
La Julienne des dames *, qui habite notre patrie , était appelée viola matronalis dans les anciens dispensaires , à cause de la couleur violette de ses fleurs et de l’emploi que les dames faisaient de celles-ci pour se parer. Cette crucifère s’administrait dans le scorbut et quelques autres maladies. Aujourd’hui elle est sans usage en médecine ; mais on la cultive communément pour l’ornement des jardins , où l’on en voit figurer une foule de variétés.
HÉLIOPHILE. Heliophila. Sépales subégaux. Siliq ue linéaire ou moniliforme, biloculaire ; semences souvent ailées; cotylédons linéaires.
C’est de soleil, et de <p t\oç9 ami, que provient cette
i dénomination , qui indique que ces végétaux aiment les contrées chaudes. Ils croissent tous au Cap de Bonne-Espérance.
GIROFLÉE. Cheiranthus. Sépales connivens, dont I deux sont gibbeux; pétales émarginés ; stigmate bilobé ou capité. Silique cylindroïde, comprimée ; graines très-comprimées ; cotylédons accombans.
Les Arabes nomment les giroflées khirri, et c’est de ce mol
t //. HuUronolis .
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et de uvôof, fleur , que l’on a formé cette appellation générique. Ces crucifères sont des sous-arbrisseaux et des herbes, dont la majorité croît en Asie et en Europe.
La Giroflée jaune 1 , qui habite les endroits pierreux et les muradles de presque toute l’Europe , servait aux médecins grecs pour prévenir l’avortement ; aujourd’hui elle n’est plus employée que pour décorer les jardins, et le savoir des horticulteurs s’est appliqué , pendant un tems , à en multiplier les variétés .
ERYSIMUM. Erysimum. Sépales connivens, subégaux. Silique tétragone ; cotylédons incombans.
Par ce nom, qui provient du verbe spVû),je guéris, on a voulu indiquer l’emploi médical de ces crucifères. Celles-ci sont , pour la plupart , indigènes de l’Europe et de l’Asie.
SISYMBRE. Sisymbrium . Sépales égaux , connivens ou divergens. Silique cylindroïde ; cotylédons blancs , incombans.
L’étymologie de ce genre est obscure, \arron pense que son nom est celui d’une femme qui se distingua par ses talens scéniques ; mais nous n’appelons pas sisymbreles mêmes plantes que les anciens , car Ovide recommandait d’en consacrer à Yénus avec le myrte et les roses , et nos crucifères auraient bien mal figuré parmi ces fleurs. Les quatre parties du monde recèlent des sisymbres ; l’Europe seule en nourrit la moitié des espèces.
Le Sisymbre officinal a, qui était précédemment rangé dans le genre érysimum , a joui autrefois d’une haute réputation pour la guérison des affections de poitrine , ainsi que comme antiscorbutique. Cette plante, qui se trouve fréquemment dans nos campagnes, est appelée Yélar ou Herbe aux chantres,
i C. cheiri.
S. officinale.
CRUCIFERES.
dernier nom qui lui a été donné , à ce que raconte Racine , dans une lettre qu’il écrivait à Boileau , parce qu’un chantre de Notre-Dame de Paris vendait un sirop excellent contre la toux , dont cette plante faisait la base .
CA RD A MINE. Cardamine. Sépales réguliers; style subnui. Silique linéaire, comprimée; valves planes , sans nervures , s’ouvrant avec élasticité ; cotylédons accombans.
Par cette appellation, qui est formée de KcipS'lct, , cœur , et de S'ctp.ccco , je dompte , on a voulu indiquer que les cardamines sont fortifiantes ; ces plantes sont ordinairement herbacées ; elles portent des fleurs blanches ou roses , et sont répandues sur toutes les parties du globe .
Le Cardamine des prés 1 , que l’agréable disposition de ses fleurs et ses propriétés ont fait nommer Cresson élégant , est fort commun dans toutes les prairies humides de la France. Par l’analyse , cette plante donne les memes produits que le Cresson de fontaine, aussi, comme lui, elle est antiscorbutique et sert d’aliment dans quelques contrées .
DENTAIRE. Dentaria. Sépales connivens ; stigmate échancré. Silique lancéolée ; valves planes , dépassées parla cloison. Podospermes dilatés.
Les racines des dentaires sont tuberculeuses et ressemblent aux dents molaires des mammifères , ainsi qu’on a voulu l’exprimer par leur nom ; leurs fleurs sont grandes et blanches ou légèrement teintes de violet. Ces plantes habitent l’ Amérique, l’Asie et l’Europe .