FAMILLE DES VIOLÉES
Calice à deux ou cinq divisions ; quatre ou cinq pétales irréguliers , dont un est éperonné ; cinq étamines syngénèses ; style unique. Capsule à trois ou cinq valves, uniloculaire, polysperme.
Les violées sont des végétaux herbacés et à feuilles alternes.
VIOLETTE. Viola . Calice pentaphylle , réfléchi ; corolle pentapétale ; pétale supérieur grand et éperonné. Capsule trivalve.
Viola provient de lov , violette. Les poètes ont supposé que le nom de ces plantes était dû à ce qu’elles servirent à la pâture de la vache Io.
BALSAMINE. Impatiens. Calice diphylle, coloré; corolle tétrapétale ; pétale inférieur éperonné. Capsule quinquévalve.
Les balsamines sont des végétaux exotiques; une seule espèce habite l’Europe ; elles sont devenues le type d’une nouvelle famille.
FAMILLE DES HESPÉRIDËES.
Calice monosépale ; corolle ordinairement polypétale ; étamines définies ou indéfinies , souvent
HESPÉRIDÉES.
monadelphes ou polyadelphes. Baie , capsule ou hespe'ridie.
Les végétaux de cette famille sont des arbres ou des arbrisseaux «à feuilles alternes.
MURRAYE. Mur ray a. Calice quinque'dente' ; corolle campaniforme , pentape'tale , de'candre. Baie.
Ce genre est dédié à A. Murray , médecin et botaniste suédois , élève de Linnée; il ne contient que deux espèces, qui sont indigènes de l’Inde, de la Chine et du Japon.
CITRONNIER. Citrus. Corolle pentape'tale; environ vingt examines à fdets comprimes, polyadelphes.. Hespe'ridie.
On suppose que citrus signifie originaire de la ville de Citron, en Judée. Les végétaux de ce genre sont des arbres ou des arbustes odorans et toujours verts.
Le Citronnier ordinaire1, qui est originaire de l’Inde, dut, l selon Risso , sa transmigration vers l’Europe à l’invasion des califs. On le retrouva partout où ces conquérans éclairés avaient passé, avant de parvenir dans le sein de l’Europe. Les croisés l’introduisirent en Italie et en Suisse.
Le Citronnier oranger 3 , dont le nom dérivé de aurum ,
I indique la belle couleur d’or de ses fruits , paraît originaire de la Chine et des îles de l’Archipel indien. Certains savans prétendent que ce sont les Arabes qui l’ont transporté en Grèce et en Italie , telle est l’opinion de Galésio ; mais la plupart des historiens affirment que ce sont les Portugais qui ont implanté cet arbre dans la région méridionale de l’Europe où il est aujourd’hui acclimaté.
Les fruits de cette espèce sont appelés oranges. Quelques»
i C. litnunium.
a C. aurantium.
CLA3SE XIV
auteurs ont voulu reconnaître en eux les fameuses pommes d’or dérobées par Hercule dans le jardin des Hespérides , jardin que les uns placent à l’extrémité occidentale de la chaîne de l’Atlas, d’autres en Mauritanie, lieux dont certains naturalistes font provenir l’oranger , et d’où il serait , selon eux, passé en Grèce, puis en Italie.
TRIPHASIE. Triphasia. Calice tridenté ; corolle tripétale, hexandre. Baie trisperme.
Ce genre, dont le nom provient de Tptqctnof , triple, ne contient que deux espèces qui sont indigènes des Indes , de la Chine ou de Timor.
CLYGOSMIE. Clycôsmis. Corolle pentapétale , décandre. Baie à une ou deux loges.
Les clycosmies sont des arbres ; on n’en connaît que deux espèces, qui habitent la côte de Coromandel.
TRUE*. Thea. Calice quinquélobé; corolle de cinq à neuf pétales inégaux ; e'tamines nombreuses , à déhiscence longitudinale. Capsule globuleuse , à trois cotes; à trois loges mono ou dispermes, et de'hiscentes par le sommet.
Le nom de thé vient de theh t qui est celui que portent ces j arbrisseaux dans la province de Fokicti , en Chine. Ce genre ne contient que deux ou trois espèces originaires de ce pays I et de la Cochinchine.
Le Thé de la Chine 2 , qui habite ce pays ainsi que le 1 Japon , et dont Linnée avait fait deux espèces , d’après le 1 nombre variable de ses pétales , est le végétal qui nous four-
j T. chinensis. Rich. T. bohea et T. viridis. L.
HKSPLR1DEES.
nît la feuille précieuse connue de tout le inonde. Il offre quatre à cinq pieds de hauteur, quand il est cultivé; ses feuilles sont ovales ou oblongues, dentées , et ses fleurs sont blanches.
Il paraît que ce fut vers le commencement du xvue. siècle que l’usage du thé s’introduisit en Europe , par les Hollandais qui rapportèrent cette denrée en échange de la sauge. On ne connaît point les motifs qui engagèrent les Chinois à employer cette plante; ce fut Tulpius, médecin hollandais, qui, le premier, la fit connaître en 1 r , par une dissertation. Jonquet, médecin français , en 1657 , exhalta ses propriétés , et, en la comparant à l’ambroisie, la nomma Herbe divine. Après eux , d’autres publièrent différens écrits sur le thé , et quelquefois ceux-ci furent peut-être dictés par la politique.
On fit de nombreuses tentatives pour doter l’Europe de cet arbrisseau. M. Osbeck en apportait un, lorsque, dans les parages de l’Afrique , un ouragan l’enleva de dessus son vaisseau; quelques tems après, un pied arriva à Gotthem— bourg ; mais pendant qu’on s’occupait du débarquement , les rats le maltraitèrent tellement qu’il en mourut. Linnée essaya vingt fois de semer le thé , jamais il ne put réussir ; découragé , il engagea un capitaine nommé Ekeberg, à mettre ses semences dans un pot, au moment où il sortirait des ports de la Chine, afin qu’elles pussent germer sous l’équateur. Ce moyen ayant eu du succès , la moitié des pieds de thé fut expédiée au jardin d’Upsal , aussitôt que le bâtiment fut mouillé à Gotthembourg , mais elle périt dans la route ; heureusement l’autre moitié y fut transportée sans accident, par M. Ekeberg. Ce fut de cette manière que la Suède fit connaître cette plante à l’Europe.
Maintenant , le thé est assez commun dans les jardins botaniques de l’Europe. Il est cultivé depuis un tems immémorial h la Chine et au Japon ; tous les terrains semblent lui être propres ; il pourrait très-bien réussir dans le midi de la France. En Chine, on sème le thé à quatre ou cinq
CLASSL XIV.
pouces de profondeur. Une petite partie des semences confiées à la terre germent seulement. Ce végétal, au bout de sept ans , s’élève à cinq ou six pieds. La cueillette des feuilles se fait avec beaucoup de précaution ; c’est une à une que les ouvriers les prennent ; ils en peuvent récolter ainsi jusqu’à quinze livres en un jour. La première cueillette se fait au printemps ; on donne à ces feuilles jeunes et tendres le nom de Thé poudre à canon ; le prix en est fort élevé , et les personnes opulentes en font seules usage. La seconde récolte a lieu au commencement de l’hiver ; on cueille alors les feuilles qui ont acquis tout leur développement, et aussi celles qui sont imparfaitement formées , puis on les sépare pour les vendre diversement. Le thé obtenu à cette époque porte le nom de Toatsjaa ou Thé chinois. La troisième et dernière cueillette se fait vers le milieu de l’été , quand les feuilles ont acquis tout leur accroissement , le thé que l’on en obtient est le plus commun , on le nomme ban-tcijaa , il est réservé pour les classes pauvres.
On dit , mais ce n’est qu’un conte , malgré que certaines peintures chinoises semblent le confirmer , qu’il existe des endroits où les arbrisseaux qui fournissent le thé poussent " sur des pentes inaccessibles, et que les paysans, pour sc procurer leur feuillage irritent les singes, afin que ces animaux, en combattant, cassent les branches des thés, pour les leur jetter.
Pour livrer les feuilles de thé au commerce , on leur fait subir une manipulation. Au Japon , il y a des bàtimens publics dans lesquels les personnes qui n’ont point les appareils nécessaires peuvent venir préparer leur récolte. Il s’y trouve depuis cinq jusqu’à vingt petits fourneaux munis d’une platine de fer au-dessus de leur bouche. Lorsque la platine est échauffée , on met les feuilles dessus , et l’ouvrier les remue avec vivacité ; quand elles sont si chaudes que la main ne peut plus en supporter la chaleur, il les enlève et les verse sur les nattes d’une table où des ouvriers sont employés
HfcSPÉRIDÉES.
à les rouler avec leurs mains , tandis que d’autres les éventent pour les faire refroidir promptement, afin qu’elles conservent leur frisure.
Ce procédé est répété deux ou trois fois , pour extirper toute l’humidité des feuilles, et afin qu’elles se conservent mieux ; ensuite on trie le thé et on l’emmagasine.
Le thé impérial est celui qui provient d’une variété cultivée sur une montagne du Japon, située près de la petite ville d’Udsi , qui passe pour avoir un terrain très-favorable à ce végétal. Cette montagne est environnée de fossés et de haies, et l’on garde avec soin ses plantations. On dit que les hommes préposés à leur garde garantissent avec précaution leurs feuilles des injures de l’air , et que les ouvriers qui doivent les cueillir sont soumis, avant cette opération, à un régime particulier, de peur que, par une alimentation grossière, ils 11e communiquent un goût désagréable aux parties de ces plantes qu’ils sont forcés de toucher ; ensuite une forte escorte, accompagnée d’un surintendant de la cour , transporte ce thé impérial au palais de l’empereur , à l’usage duquel il est réservé.
Le thé est légèrement excitant et favorise la digestion ; on en fait actuellement une telle consommation dans certains pays de l’Europe, que la Chine en expédie chaque année, dans cette partie du monde, pour plus de cent vingt— cinq millions de francs.
CAMELLIE. Camellia. Cinq ou six sépales environnés d’écaiUes ; corolle pentapétale ; étamines nombreuses , monadelphes. Capsule globuleuse , tricostulée , triloculaire ; loges monospermes par avortement.
C’est au jésuite Camcllus , qui a écrit sur l’histoire naturelle, que ce groupe est dédié ; celui-ci 11e contient que six ou huit, espèces .
La Camellie du Japon 1 est la plus répandue dans nos jardins , où l’on en a obtenu des variétés. C’est un arbrisseau constamment vert, dont les fleurs sont d’un beau rouge incarnat ; elles doublent facilement , et deviennent blanches ou roses.
GORDONIE. Gordonia. Calice pentasépale; examines nombreuses. Capsule à cinq loges dispermes; graines ailées.
C’est à A. Gordon, célèbre cultivateur anglais, que ces végétaux ont été dédiés ; ce sont des arbres ou des arbustes indigènes de la Caroline , de la Virginie, du Napaul et de la Jamaïque.
STEWARTIE. Stewartia. Calice environné de bractées ; cinq pétales ; style unique. Capsule ligneuse , quinquévalye.
Ce genre , que des botanistes ont reporté dans une autre famille , ne renferme qu’une seule espèce qui est originaire de l’Amérique septentrionale.
TERNSTROEM1A. Ternstrœmia . Corolle à cinq pétales soudés à la base ; anthères glabres. Fruit coriace ou légèrement charnu , déhiscent en plusieurs valves irrégulières.
Ce groupe est devenu le type d’une nouvelle famille ; les végétaux qu’il renferme habitent les régions tropicales des deux continens.