FAMILLE DES LÉ GUMINEUSE S
Calice monosépale , denté ou profondément divisé; corolle tétra, pentapétale ou pseudo-monopétale, papilionacée , irrégulière , régulière ou nulle ; dix étamines ou plus ou moins , ordinairement diadelphes , quelquefois monadelphes ou libres ;
i F. offtcinalis .
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ovaire simple ; style unique. Légume monosperme ou polysperme, uniloculaire ou multiloculaire.
Cette famille , que l’on cite comme une des plus naturelles, mais dont l’étude révèle bientôt les anomalies , est formée de végétaux herbacés ou ligneux, dont le port varie extrêmement, et qui offrent ordinairement des feuilles alternes et composées ; leurs pétioles sont accompagnés de stipules, et parfois larges , dilatés et foliiformes. Les légumineuses ont une inflorescence extrêmement variable ; leur fruit est un légume ; c’est lui qui les caractérise , et c’est de la variété remarquable qu’il présente dans son organisation , dont on s’est servi particulièrement pour caractériser les genres.
C’est surtout parmi les végétaux de ce groupe que l’on observe des mouvemens d’irritabilité, et ce sont aussi eux qui subissent , d’une manière plus apparente , ces mutations causées par l’influence de la lumière, et que Linnée nommait Sommeil des plantes. Par une étrange analogie, M. de Humboldt , en parcourant les bords de la Magdeleine , observa que les légumineuses qui les habitent, et chez lesquelles ce phénomène se manifeste , participent en quelque sorte de la paresse de tous les êtres qui résident sous les tropiques , et qu’elles se ferment vingt-cinq .à trente minutes avant le coucher du soleil , et ne s’épanouissent ou ne s’éveillent que quand il y a un semblable laps de tems qu’il est levé.
La famille des légumineuses est une des plus importantes à connaître pour l’économiste et le médecin , à cause du grand nombre de plantes tinctoriales , alimentaires et médicales qui s’y trouvent ; elle fournit aux arts des principes colorans variés , ainsi que des gommes et des résines. Le médecin observe que dans cette famille , qui lui offre de si abondantes ressources, la propriété purgative est celle qui domine généralement, et que l’on trouve dans le plus grand nombre d’organes ; cependant quelques légumineuses donnent aussi des produits exci-
LÉGUMINEUSES
Hi
taris, tels que divers baumes, tandis que d’autres possèdent Un mucilage adoucissant.
1. PAPILIONAGÉES. Corolle papilionacée ; dix étamines ordinairement diadelphes.
SOPHORA. Sophora. Calice campanule, gibbeux. Légume très-long , grêle , à étranglemens moniliformes.
Le Sophora du Japon 1 , bel arbre de ce pays et de la Chine , qui a été introduit chez nous vers le milieu du siècle dernier, mérite surtout d’ètre cité.
VIRGILÏE. Virgilia. Calice qui n que denté, subbilabié ; pétales subégaux; dix étamines libres. Légume comprimé.
La Virgilie jaune 4, qui croît spontanément dans 1* Amérique septentrionale , est actuellement naturalisée en Europe. Le bois de ce bel arbre est jaune au centre , et peut s’employer dans la teinture.
ANAGYRIS. Anagyi ls. Étendard en cœur renversé, plus court que la carène. Légume velu, plan* alongé ; semences réniformes.
C’est de ctrct, avec, et de yvpoç, courbure, que provient ce nom , sous lequel on désigne une légumineuse des environs de la Méditerranée.
PODALYRIE. Podalyria. Étendard très-grand; dix étamines cohérentes. Légume ventru , polysperme.
C’est à Podalyre, fils d’Esculape, que ce groupe a été cort*6 I S. j aponie a. i V. lutta.
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sacré ; il est composé d’arbrisseaux ordinairement soyeux , et tous indigènes de l’Afrique méridionale.
CHORIZÈME. Chorizema . Carène renflée , plus courte que les ailes ; style en crochet. Légume renflé, polysperme.
Les chorizèmes portent un nom qui provient de yceoPlleo > Ie sépare; ils habitent la Nouvelle-Hollande.
OXYLOBIER. Oxylobium . Corolle papilionacée. Légume renflé, ové, aigu, polysperme.
Les oxylobiers sont des arbrisseaux ou des sous-arbrisseaux à feuilles verticillées , et dont les fleurs sont jaunes , safranées ou purpurines ; ils habitent la Nouvelle-Hollande.
VIMINAIRE. Viminaria. Calice anguleux, quinquédenté ; pétales subégaux. Légume ovoïde , monosperme.
On ne connaît qu’une seule espèce dans ce genre , dont le nom est dérivé de viminalis , propre à lier; elle habite l’Australasie.
SPHÉROLOBIER. Sphœrolobium. Style muni d’une membrane unilatérale au sommet. Légume sphérique , uni ou disperme.
Les sphérolobiers sont de frêles arbrisseaux , dépourvus de feuilles dans l’âge adulte, et dont les fleurs sont rouges ou jaunes ; ils habitent la Nouvelle-Hollande.
EUTAXIE. Eutaxia. Style en crochet. Graines à ombilic offrant une caroncule bifide.
L’Eutaxie .à feuilles de myrte 1 , arbrisseau indigène de la
1 /* . myrti folia.
LEGUMINEUSES.
N ouvelle-Hollande , doit être considéré comme le type de ce genre.
PULTENÉE. Pultenœa . Calice portant deux bractées. Semences à appendices ombilicaux incisés.
Les pultenées habitent toutes t’ Australasie. Le voyageur Siéber, de Prague vient d’en découvrir un assez grand nombre d’espèces.
GOODIE. Goodia. Étendard plan, très-grand; stigmate capitë; étamines diadelphes. Légume comprimé, ordinairement disperme.
C’est au naturaliste anglais S. Goodenough que ces végétaux ont été dédiés ; ce sont des arbrisseaux qui croissent à la Nouvelle-Hollande
RAFN1E. Hafnia. Calice quinquélobé , à lobe inférieur sétacé ; étamines monadelphes. Légume lancéolé, comprimé, polysperme.
Les Rafnies sont des arbustes à fleurs jaunes, qui croissent dans l’Afrique méridionale.
BORBONIE. Borbonia. Calice à cinq divisions raides , acuminées ; stigmate échancré. Légume mucroné.
Ce groupe a été dédié à Gaston de Bourbon, fils de Henri IV, qui fut, dit-on, grand amateur de botanique. Il est formé d’arbrisseaux à feuilles simples et raides.
CROTALAIRE. Crotalaria. Calice quinquélobé, irrégulier ; étamines monadelphes. Légume renflé, ovoïde; semences réniformes.
Les erotalaires sont des arbrisseaux ou des arbres dont les
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feuilles sont par fois simples; ils habitent ordinairement les contrées équatoriales des deux continens.
AJONC. IJlex. Calice bilabié ; carène bipétale. Légume ovoïde, très-court, paucisperme.
Selon certains étymologisles, ulex provient du celtique ac, pointe; selon d’autres, de uligo , marais. Les ajoncs sont des arbustes dont les feuilles sont spiniformes, raides et persistantes. Plusieurs habitent l’Europe.
GENET. Genista. Calice ordinairement campanule'; étendard cordiforme; carène abaissée, bifide ou bipétale; étamines monadelphes. Légume ovale ou oblong, mono ou polysperme.
On a fait dériver ce nom de genu, genou , parce que les branches de ces végétaux sont très-flexibles ; peut-être provient-il de gen , qui signifie arbuste en celtique. Les gencts croissent principalement dans la région méditerranéenne.
Le Genêt des teinturiers * , qui habite la France, et dont on extrait dans les arts une couleur d’un jaune vif, a été dans ecs derniers teins regardé comme excellent contre la rage par le docteur Marochetti, de Moscou.
Le Genêt à branches de jonc 2 , qui habite l’Espagne et l’Italie, et dont les fleurs exhalent un suave parfum , est cultivé dans nos jardins sous le nom de Genêt d’Espagne.
CYTISE. Cytisus . Feuilles ternées ; calice subbilabié, campanulé; étendard réfléchi; ailes et carène dérobant les organes sexuels. Légume oblong , comprimé.
Pline nous apprend que l’on appelait ainsi une plante qui tenait son nom de l’île de Cythnos , où elle croissait et d’où
i G. t inc tarin.
G. juncea.
LEGUMINEUSES.
clic fut transportée dans les Cyclades et la Grèce ; mais ce n’est point une de celles que nous comprenons aujourd’hui parmi les cytises : ceux-ci sont des arbustes ou des arbrisseaux dont le port se rapproche des genêts, mais qui sont dépourvus d’épines. Ils habitent en grande partie les montagnes de l’Europe méridionale et de l’Asie.
Le Cytise aubours 1 , vulgairement appelé Faux ébéniery est un grand arbrisseau indigène de toute l’Europe méridionale. On le rencontre jusque dans l’Allemagne , la Suisse et le Lyonnais. Il est cultivé pour l’ornement des bosquets, à cause du bon effet de ses fleurs d’un jaune soufré. Son bois, qui devient noir au centre quand l’arbre est vieux , et qui est susceptible de recevoir un beau poli , était, à ce que l’on croit, employé par les Gaulois pour faire leurs arcs ; maintenant il sert à confectionner des instrumens à vent. Les feuilles de ee végétal servent de nourriture aux bestiaux, mais elles sont purgatives pour l’homme ; ses fruits jouissent surtout de cette dernière propriété. Plusieurs autres espèces indigènes ou exotiques, sont aussi cultivées pour la décoration des jardins.
ONONIS. Ononis. Calice à cinq dents linéaires ; étendard grand, strie'; dix e'tamines monadelphes. Le'gume renflé? paucisperme.
Ce nom vient de ovoç , âne , parce que cet animal broute ces végétaux ; ceux-ci sont des herbes ou des sous-arbrisseaux qui habitent principalement la région méditerranéenne.
ANTHYLLIDE. Arithyllis. Calice ventru, quinquédenté, irre'gulier, contenant le fruit ; e'tendard de'passant les ailes et la carène; étamines monadelphes. Légume mono ou disperme.
C’est de ctvôoç, fleur, et de /ouAo?, duvet, que provient celte
i C. labuntum.
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dénomination, qui indique l’état du calice des anthyllides ; ces plantes sont herbacées ou ligneuses, et habitent les régions voisines de la Méditerranée.
L’Anthyllide vulnéraire 1 , qui croît en France, passait autrefois pour efficace contre les blessures.
LUZERNE. Medicago. Calice quinquédente' ; corolle papilionacée ; ailes onguiculées. Lëgume falciforme ou contourné en spirale, polysperme.
Les Grecs disent que ce furent les Mèdes qui apportèrent la luzerne cultivée dans leur pays, lors de son invasion par Darius : telle est, selon Pline, l’origine de ce nom générique latin. Ces végétaux sont herbacés ou ligneux, et ils habitent toutes les contrées du globe.
La Luzerne cultivée 2 était appelée medica par les agronomes de l’antiquité, à cause du pays dont elle provenait. Varron, Columelle et Caton s’accordent à la considérer comme extrêmement productive, et les siècles n’ont point démenti leurs vues à son égard. Olivier de Serre la qualifiait encore du nom de Merveille du ménage, à cause des bénéfices que sa culture produit. Cette légumineuse est maintenant naturalisée chez nous ; c’est un excellent fourrage dont Bosc a reconnu la supériorité. Elle est vivace : aussi une bonne luzernière peut durer une douzaine d’années. Ce végétal est encore employé à quelques usages peu importans, tels qu’à la confection de brosses à dents que l’on fait avec ses racines , puis que l’on teint en rouge et que l’on parfume pour les rendre plus agréables .
La Luzerne en faucille 3, dont le nom vient de ses gousses qui ressemblent à l’instrument tranchant dont elle porte le nom, est encore une plante qui convient fort aux animaux
i A. vulneraria.
a M, saliva.
a M. falcata.
LÉGUMINEUSES
élevés dans les fermes ; comme elle croît mieux dans les terrains secs et pierreux , on peut par son moyen les utiliser avantageusement, ainsi que le font les agronomes du nord, région où cette légumineuse se plaît davantage.
La Luzerne arborescente 1 , qui est originaire de l’Archipel de la Grèce , ainsi que de l’Italie , a été considérée par Gléditsch, puis par Desfontaines et Mirbel , comme le Cytise des anciens, mentionné par Columelle et Yarron , et si longuement décrit par Pline, qui dit que c’est un arbrisseau qui peut rendre i ooo sesterces par année aux propriétaires, parcequ’aucun fourrage ne fait donner autant de lait aux bestiaux , et que de son tems on allait meme jusqu’à l’ordonner aux nourrices pour augmenter chez elles la secrétion de ce fluide. C’est aussi ce végétal qui est le fameux cytise si souvent chanté par Yirgile.
Le bois de la luzerne arborescente, étant susceptible de recevoir un beau poli , est employé aujourd’hui pour fabriquer divers objets, et cet arbrisseau est introduit dans nos parterres à cause de la beauté de ses nombreuses fleurs jaunes.
FENUGREC. Trigonella. Calice campanule ; ailes et étendard ouverts , simulant une corolle tripétale; carène très-petite. Légume oblong, comprimé, acuminé, courbé.
Les fenugrecs doivent leur appellation à l’aspect trigone de leurs fleurs ; ils sont herbacés et habitent principalement la région méditerranéenne.
La Trigonelle fenugrec 2 , qui a été connue de toutes les époques et dont Théophraste avait comparé le fruit aux cornes des bœufs , était très-commune en Grèce : c’était à cause de cela que les Latins lui donnèrent le nom de Foin grec. Elle abondait aussi en Egypte ; sa culture dans ce pays date des
I M. arborca
2 T.fœnuni graecum.
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anciens tems; aujourd’hui elle y est encore en honneur. Pour l’y opérer, il suffit seulement de jeterles semences de cette légumineuse sur le limon du Nil , aussitôt que les eaux sont rentrées dans leur lit, et l’on peut faire la récolte après un court laps de tems , soixante jours environ. Cette plante a toujours eu une bien grande importance en Egypte ; ses premiers habitans nourrissaient leurs esclaves avec ses graines , tandis que ses feuilles et ses tiges étaient reléguées aux bestiaux . Aujourd’hui cette coutume existe encore parmi les classes pauvres, et après avoir écrasé ses semences, on en fait une boisson. Les Romains employaient le fenugrec dans les ali— mens. On a parfois conseillé cette plante contre quelques affections , mais c’est un médicament abandonné aujourd’hui , et l’on ne la cultive plus que pour la nourriture des bestiaux.
MELILOT. Mélilotus. Fleurs en grappes. Calice quinquëdenté ; carène simple , petite ; étamines diadelphes. Légume indéhiscent, mono, di ou trisperme , dépassant le calice.
Selon les étymologistes , cette dénomination vient de y, eht , miel, et de Kcûtoç , lotus, parce que ces végétaux, semblables aux lotus herbacés, attirent les abeilles. Ce sont des herbes à fleurs jaunes ou blanches, et habitant principalement l’Europe méridionale.
Le Mélilot officinal 1 , comme son nom l’indique , est employé en médecine, mais les médecins ne sont pas bien d’accord sur ses propriétés ; les uns pensent qu’il agit comme émollient ; d’autres cr-oient qu’il est faiblement excitant ; nous nous rangeons de cet avis ; les parfumeurs emploient son arôme pour communiquer de l’odeur aux cosmétiques.
Le Mélilot bleu 2 porte des capitules de belles (leurs bleues ?
1 JJ. officinal is.
2 JJ. ccerulea Ency.
LEGUMINEUSES.
dont l’odeur fort agréable lui a valu les noms de Trèfle musqué , de Faux baume du Pérou et de Lotier odorant. Il croît en Bohème , et est employé dans ce pays pour éloigner les vers des vétemens ; en Silésie son infusion remplace le thé ; et dans la Suisse, pour aromatiser le fromage, on y mêle la fleur de cette plante.
TREFLE. Trifolium . Calice tubuleux , quinquédenté , persistant ; corolle submonopétale , papilionacée. Légume ordinairement mono ou disperme et contenu dans le calice.
Les trèfles sont des plantes herbacées ordinairement trifolioliées , et dont les fleurs sont réunies en capitules ou en épis très-serrés ; ils habitent toutes les contrées du globe , mais ils sont principalement répandus dans la partie centrale de l’Europe.
Les anciens ne paraissent pas avoir cultivé le trèfle pour alimenter les bestiaux ; quelques espèces furent seulement employées par leurs médecins. Ce n’est qu’à une époque trèsrapprochée de la nôtre que ces plantes précieuses se sont emparées de nos champs.
Tous les trèfles plaisent aux bestiaux , mais on cultive principalement ceux qui offrent un produit plus abondant , tel est surtout le Trèfle des prés *, qui peut donner deux, trois et même jusqu’à quatre récoltes par année , lorsqu’il croît dans, les terres grasses et franches qui lui sont surtout favorables. Cette plante dure trois ans.
Le Trèfle incarnat a, au contraire, est annuel. On le cultive surtout dans la France méridionale ; on l’a aussi introduit en JNormandie. C’est un fourrage que l’on donne vert, car, par la dessication , il se brise et perd son goût.
Le Trèfle souterrain 3 présente un des phénomènes les plus
i T. pratensc. b.
i T. incarnaturn. L.
T. subterranewn. L.
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remarquables de la végétation ; quand la fécondation est opérée, le pédoncule de chaque capitule de fleurs se recourbe, puis les calices, en s’accroissant, raidissent leurs divisions, qui deviennent autant d’épines destinées à protéger le fruit qui s’enfonce sous la terre pour y mûrir.
Le Trèfle fraisier 1 est remarquable à cause de ses calices qui deviennent membraneux et ressemblent par leur agglomération à de grosses fraises blanches.
DORYCNIE. Dorycnium. Calice bilabié; stigmate capité. Légume renflé, petit , mono ou disperme.
Les dorycnies sont des herbes ou des arbustes «à fleurs blanches ; deux espèces croissent en France.
LOTIER. Lotus. Étendard égal aux ailes ; carène en bec; style droit; stigmate subulé. Légume cylindroïque , droit , aptère.
Les étymologistes font provenir ce mot de je désire , à cause du goût agréable qu’avaient les fruits de certains végétaux appelés lotus par les anciens . Les lotiers sont des herbes à feuilles trifoliolées et à fleurs jaunes ou blanches ; ils sont répandus sur toutes les contrées du globe , mais ils se trouvent principalement vers le bassin de la Méditerranée.
Le Lotier comestible 2, qui croît spontanément en Egypte et dans l’Europe méridionale , porte des gousses tendres et sucrées , que l’on mange comme les petits pois dans l’Orient, où elles se vendent dans les marchés de plusieurs villes.
Le Lotier à quatre ailes 3, qui appartient actuellement à un autre genre, est aussi devenu une plante potagère ; on en fait usas:e ainsi dans certains districts de la Normandie. C’est en
essayant de les substituer au café qu’on a reconnu la saveur
1 T. fragiferiun. 3 L. tetragonolobus.
2 L. eilulis.
LÉGUMINEUSES. 55
sucrée de ses semences et que l’idée de les employer à notre nourriture a pris naissance.
Le Lotier pied d’oiseau 1 , ainsi nommé à cause de ses gousses aplaties, et dont la figure est assez analogue aux doigts de la patte d’un oiseau, a révélé le premier à Linnée le sommeil des plantes.
Les anciens, qui donnèrent le nom de lotus à divers végétaux, appelèrent ainsi une herbe qui était un fourrage renommé de leur tems , et dont Homère dit , dans l’Odyssée , que les chevaux d’Achille et les bœufs que déroba Mercure faisaient leur nourriture. Selon Sprengel et Fée, cette plante était le meliîolus offœinalis , et Linnée , au contraire , supposait que c’était le lotus corniculatus .
PSORALEE. Psoralea. Calice glanduleux ; ailes en croissant ; carène bipétale. Légume monosperme.
Les psoralées doivent leur nom , qui provient de ^copct, gale , aux glandes qui les recouvrent ; elles habitent principalement le cap de Bonne-Espérance.
INDIGOTIER. Indigofera. Étendard entier ; carène à pétales onguiculés. Gousse pointue , étroite.
Les indigotiers sont des végétaux herbacés , annuels ou vivaces, ou de petits arbustes ; ils habitent les régions chaudes du globe .
L’Indigotier franc 2 et l’Indigotier des teinturiers 3, arbustes d’environ deux à trois pieds de haut , originaires de l’Inde , puis l’Indigotier à feuilles argentées 4 , arbuste élevé d’un à deux pieds, qui habite l’Egypte, et l’Indigotier de la Caroline 5 , qui est herbacé et ne s’élève qu’à un pied et demi ,
1 L. ornithopodioides. L.
2 I. anil.
3 I. tinctoria .
4 I. argentea.
5 /. caroliniana.
CLASSE XIV
sont les quatre espèces que l’on cultive pour extraire la sub^ stance tinctoriale bleue connue sous le nom d’indigo. Les deux premières ont été transportées en Amérique , où on préfère surtout l’Indigotier franc, dans certaines régions ; dans l’Inde , on cultive l’Indigotier des teinturiers ; en # Egypte , c’est l’Indigotier argenté que l’on soigne plus généralement , tandis que dans la Caroline, on regarde l’indigotiei* indigène de ce pays comme plus avantageux.
Aux Antilles , c’est dans l’espace de tems compris entre le mois de mai et celui de novembre que l’on ensemence l’indigotier, et l’on en fait la récolte quand ses fleurs apparaissent; c’est l’époque où le végétal contient de plus grandes proportions de substance colorante. L’usine pour l’extraction de l’indigo consiste en trois grandes cuves rapprochées et disposées / de manière qu’elles peuvent se vider les unes dans les autres. A mesure que l’on cueille les parties herbacées des indigotiers , on les apporte dans la première, qui est appelée Pourriture et est remplie d’eau ; aussitôt que celle-ci s’est teinte en vert et que la fermentation a isolé la substance colorante , ce qui a lieu environ en douze heures, on fait passer le liquide dans la seconde cuve , qui est appelée Batterie , parce que là , à l’aide de machines ou d’instrumens mus à bras , on bat l’eau pendant assez long— tems pour réunir en grains cette meme substance colorante détachée du tissu végétal ; après cette opération , pendant laquelle le liquide est devenu bleu, celle-ci tombe au fond ; quand le dépôt est formé, on décante, et enfin on reçoit la pâte dans la troisième cuve ou le Reposoir. Cette pâle , qui est d’un bleu noirâtre , est ensuite vidée dans un petit bassin ovoïde, où on la puise à l’aide d’espèces de cuillers faites en callebasse , et on la place dans des petits sacs en toile pour qu’elle s’égoute ; puis ensuite on la dépose dans des auges de bois pour la faire totalement sécher à l’air ; et quand la masse contenue dans chacune d’elles est prête à se consolider , on la coupe en morceaux carrés , après en avoir poli la surface à l’aide d’une petite truelle. Les morceaux d’in-
LÉGUMINEUSES
digo se détachent bientôt et sont recueillis pour être livrés au commerce , après , toutefois , qu’on leur a fait subir une légère fermentation dans des tonneaux , pendant laquelle ils se recouvrent d’une efflorescence blanche. Cette substance tinctoriale doit sa coloration a un principe d’un bleu cuivré cristallisable en aiguilles et que l’on nomme Indigotine.
GLITORIE. Clitoria. Calice à division inférieure , souvent falciforme; corolle renversée, papilionacée. Légume linéaire.
Les clitories sont des plantes herbacées et grimpantes , qui habitent presque toutes l’Amérique.
GLYCINE. Glycine . Étendard cordiforme ; ailes bidentées à la base. Légume oblong , disperme.
Les glycines ont un nom dérivé de yKvnvç , doux ; ce sont des végétaux herbacés ou sous-ligneux , qui habitent les deux continens.
DALEE. Dalea. Calice glanduleux, quinquélobé; étendard long; étamines monadelphes; stigmate glanduleux. Légume petit , monosperme.
C’est à C. Dale, botaniste anglais, que l’on a dédié ces végétaux ; ils sont pour la plupart indigènes de l’Amérique septentrionale.
REGLISSE. Glycyrrhiza . Étendard lancéolé, dressé ; carène ordinairement bipétale. Légume ovoïde , comprimé , uniloculaire ; une à quatre semences.
Les Grecs désignèrent sous ce nom, qui provient de yhvitvç, doux, et de pila,, racine, une autre espèce que la nôtre, et que l’on croit être le glycyrrhiza cchinala , car Pline en parle
CL4SSE XIV
comme d’un végétal dont les fruits sont aiguillonnés ; ce qui rend cette assertion probable , c’est qu’on sait qu’elle est beaucoup plus abondante dans la Grèce que la réglisse glabre.
La Réglisse à fruits glabres , ou Réglisse 1 , vient spontanément dans le midi de notre patrie, ainsi qu’en Italie et en Espagne. La racine de ce végétal a été analysée par M. Robiquet, qui y a signalé une substance particulière, douce et sucrée, à laquelle il a imposé le nom de Glycyrrbizine. Cette racine sert souvent pour édulcorer les tisanes ; on en fabrique en Sicile et en Espagne un extrait sec , de couleur noire , qui nous arrive en bâtons enveloppés de feuilles de laurier ; cet extrait , qui est souvent employé contre les rhumes par le peuple , contient parfois un peu de cuivre, parce qu’on le fabrique dans des vases de ce métal.
GALÉGA. Galega. Calice tubuleux; étendard ovale ou cordiforme. Légume bosselé, strié.
LeGaléga officinal a, qui croît en Europe, passait autrefois pour être efficace contre les maladies pestilentielles ; aujourd’hui on ne l’emploie plus que pour l’ornement des parterres.
AMORPHA. Amorpha. Étendard concave ; ailes et carène nulles. Légume petit, tuberculeux, mono ou disperme.
Ce nom générique provient de et privatif et de / topQn , forme, parce que les tleurs de ces végétaux ne possèdent ni ailes , ni carène. Ils habitent la Caroline.
NISSOLIE. Nissolia. Légume uni ou pluriloculaire, portant une aile terminale , cultriforme.
Les nissolies sont des arbrisseaux grimpans qui habitent diverses contrées du globe.
! G. glabra. L.
2 G . officinali s .
LÉGUMINEUSES
ROBINIER. Robinia . Calice quinquëdenté; carène semi-orbiculaire; style long, barbu. Légume long, très-comprime' ; graines aplaties.
Par cette dénomination, Linnée a voulu honorer la mémoire de celui qui introduisit le premier ces végétaux en Europe. Ils croissent dans le nord de l’Asie et dans l’ Amérique.
Le Robinier faux-acacia 1 , qui est indigène de l’Amérique septentrionale, fut introduit en France par Jean Robin , professeur de botauique sous le règne de Henri IV ; il le sema au jardin du roi de graines qu’il s’était procurées au Canada : celles-ci levèrent et donnèrent un individu qui existe encore, et qui est devenu la souche de tous les robiniers que nous voyons actuellement dans nos jardins.
Cet arbre fut d’abord propagé par la mode , puis ensuite délaissé jusqu’à ce que l’on découvrit son utilité ; en Amérique il porte la fécondité dans les lieux les plus arides , et ses longues racines sont employées à fixer les sables mouvans ; son bois sert fréquemment dans les constructions ; ce fut avec lui que les anglais érigèrent les premières maisons de Boston , et elles conservent encore leur solidité ; on l’emploie aussi avec avantage dans l’architecture navale ; il s’en fait beaucoup de meubles qui s’embellissent en vieillissant, leur couleur jaune prenant alors une teinte rouge. L’écorce et les racines de ce végétal fournissent un principe sucré qui peut remplacer la réglisse pour édulcorer les tisanes, et ses feuilles offrent un bon fourrage aux bestiaux. Ce robinier est excellent pour le chauffage , et comme il fournit plus de chaleur que tous les autres bois et qu’en outre il croît extrêmement vite, on pourrait , en le plantant , remédier à la dévastation de nos forêts. L’Allemagne a senti son importance sous ce rapport, et on s’y occupe beaucoup, actuellement, de sa propagation. Dambournay dit aussi que la teinture peut en tirer
\ li. pseudoacacia.
CLASSE XIV
profit et que cet arbre recèle une couleur jaune applicable sur la laine.
Le Robinier visqueux*, exsude sur ses rameaux un fluide visqueux, que Vauquelin a reconnu être un produit nouveau; il est d’un plus beau port que le précédent ; plusieurs autres espèces fournissent des fourrages pour les bestiaux ; les fortes épines du Robinier féroce a le rendent utile pour fermer les propriétés.
AGATI . Æschynomene. Calice bilabié ; corolle papilionacée. Le'gume très-alongé , cylindroïde , comprimé , articulé.
Ce nom, que Pline donnait à une sensitive , est dérivé de tur/oç, pudeur , honte , à cause de la contractilité que le naturaliste romain avait observée sur la plante qu’il nomma ainsi.
Les agatis sont des arbrisseaux ou des herbes indigènes de l’Amérique et de l’Inde.
BAGUENAUDIER. Colutea. Style comprimé , velu. Légume vésiculeux, très-renflé, polysperme.
Le Baguenaudier commun 3 , qui habite l’Europe méridionale, est en ce moment naturalisé dans toutes les régions de la France, de l’Angleterre et de l’Allemagne. Théophraste parle assez longuement de cet arbrisseau; il rapporte qu’il était connu de son tems dans l’île de Lipari. Ses successeurs gardent le silence à son égard , mais au xvie. siècle , J. Bauhin et Daléchamps s’en occupèrent et le figurèrent. Ses feuilles sont purgatives, ce qui l’avait fait appeler Séné d’Europe , par Boerhaave , mais on ne s’en sert point à cause de leur peu d’énergie.
1 «. viscosa.
2 II. ferox .
3 C. arborescens ,
LEGUMINEUSES.
LESSERTIE Lessertia. Style ou stigmate capité. Légume scarieux, indéhiscent, plus petit vers le sommet.
C’est à B. Delessert, protecteur éclairé de la botanique, que l’on a dédié ces végétaux ; ils sont herbacés ou sous-frutescens , et tous indigènes du cap de Bonne-Espérance.
PHAQUE. Phaca. Stigmate capite'. Légume légèrement renflé , uniloculaire ; suture supérieure épaisse , séminifère.
Les phaques portent un nom dérivé de (peucoc, lentille ; ce sont des plantes herbacées qui préfèrent les montagnes ; les Alpes elles Pyrénées en nourrissent plusieurs.
OXYTROPE. Oxytmpis. Ailes auriculées à la base ; carène subdipétale. Légume biloculaire par un repli suturai.
Ces plantes , dont le nom provient de o^vç , pointe , et de carène , sont herbacées et habitent particulièrement l’ancien continent.
ASTRAGALE. Astragalus. Ailes stipitées , auriculées. Légume biloculaire; cloison formée par la réflexion des valves inférieurement.
Les anciens appelaient ctrrpcLyeihoç , une légumineuse que l’on pense ressembler aux astragales. Ces végétaux habitent principalement l’Asie. On en trouve aussi dans les autres parties du monde.
L’Astragale gommifer 1 et quelques autres espèces a 3 , qui
î A. gummifer.
2 A. tragacantha.
3 A . crciicus.
croissent en Orient et en Perse , laissent suinter de leurs branches la substance nommée Gomme adragant; celle-ci est blanche , opaque , et contient les 43 / 1 oo de son poids d’un principe nommé Adragantine. Cette gomme est adoucissante et nutritive.
BISSERULE. Bisserula . Étendard dépassant peu les ailes. Légume plan , biloculaire , portant sept à neuf dents aiguës sur le dos.
La Bissérule pélécine 1 , végétal herbacé qui se plaît dans les régions méridionales , est l’unique espèce de ce genre dont le nom, formé de bis , deux , et de sermla, petite scie, indique la disposition des gousses.
SGORPIURE. Scorpiurus. Carène semilunaire. Légume subcylindrique , articulé , spiriforme , hérissé de tubercules ou de pointes ; articulations monospermes.
C’est de CKop'TtoÇy scorpion , et de ovpet, queue , qu’est composé ce nom , qui indique la forme du fruit de ces légumineuses que l’on a aussi nommées Chenillettes , parce qu’il offre de l’analogie avec certaines chenilles. Les scorpiures sont des plantes herbacées indigènes des contrées méditerranéennes.
GORONILLE. Coronilla. Calice bilabié , quinquédenté; pétales onguiculés; étendard et ailes subégaux. Légume cylindroïde , articulé ; articulations monospermes.
C’est de corona , couronne, que paraît être dérivée cette appellation par laquelle on a voulu probablement indiquer la
i B. pelecinus.
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disposition des fleurs de ces végétaux. Les coronilles résident presque toutes dans les contrées méditerranéennes.
ORNITHOPE. Ornithop us. Calice environne' d’une bractée ; e'tendard subcordiforme ; carène trèspetite; dix étamines diadelphes. Légume comprime', incurve', forme' d’articulations monospermes.
C’est de opvif, oiseau, et de -xov?, pied, qu’est formé ce nom. Il indique la forme des gousses de ces plantes qui ressemblent aux doigts de certains oiseaux. Les ornithopes habitent l’Europe.
HIPPOGRÉPIDE. Hippocrepis. Étendard onguiculé longuement. Légume oblong, comprimé, articulé; articulations courbées en fer à cheval.
Par cette dénomination , qui est formée de iTmot , cheval, et de KfW'Tiç , chaussure , on a voulu traduire la forme des articulations du fruit des hippocrépides , qui ressemblent à un fer à cheval. Ces végétaux sont herbacés et croissent principalement dans l’Europe méridionale.
SAINFOIN. Hedysarum. Carène tronquée obliquement; andropbore courbé brusquement. Légume articulé; articles orbiculaires ou lenticulaires , monospermes.
Cette dénomination est formée de tiS'vç , doux , et de etpcûp.cLy parfum. Ainsi décrit, ce genre est fort circonscrit, et il faut en retirer un grand nombre des espèces qui y avaient été inconsidérément entassées.
ONOBRYGHIS. Onobrychis. Calice à cinq lobes
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subulés ; carène tronquée obliquement ; dix étamines diadelphes. Le'gume hérissé, monosperme, à dos chargé de crêtes.
Onobrychis provient de ovoç, fine, et de Cpv’fcco, je mange ; ces végétaux habitent l’Europe et l’Asie.
L’Onobryehis cultivé 1 , vulgairement nommé Sainfoin , croît spontanément en Europe ; on l’ensemence dans les champs , parce qu’il forme un bon fourrage.
POIS-CIGHE. Cicer. Calice à divisions aiguës, profondes , quatre supérieures et une inférieure. Légume rhomboïdal, disperme.
Le Pois-ciche des béliers 2 est indigène de l’Espagne et de l’Italie . Pline , qui parle longuement de ses vertus , a fait penser à quelques auteurs que son nom générique était déiivé de KiKVf, force, puissance; sa dénomination française vient de la ressemblance de son fruit avec la tête d’un bélier. Ce végétal est couvert de poils qui exsudent un liquide que M. Deyeux pense être de l’acide oxalique ; il est cultivé dans la France méridionale.
FÈVE. Faba. Légume à valves très-épaisses et charnues ; deux à quatre semences réniformes , a ombilic terminal.
Ce nom provient du celtique faff \ dont on a fait fève en français.
La Fève commune 3 , qui est l’unique espèce de ce genre, et que l’on appelle encore Fève de marais, paraît être origi-
i O. sa tu a.
a C, nrictinunr
3 /’ rulgaris.
LÉGUMINEUSES
nairc de la Perse. Ce végétal a été connu de tout teins, et son usage tantôt proscrit , tantôt en vigueur. Mongèz dit , dans l’Encyclopédie, que les Egyptiens s’abstenaient d’en manger et qu’ils ne le cultivaient point, parce qu’il était exécré chez eux ; les prêtres de cette nation superstitieuse n’osaient même regarder cet aliment réputé immonde. Ce savant ajoute que Pythagore , héritant des principes égyptiens, l’interdisait aussi à ses disciples ; mais Aristote explique cette injonction du philosophe en supposant que celui-ci n’a voulu qu’instituer un précepte politique par lequel il leur défendait de se mêler des affaires publiques : assertion qui est fondée sur ce que , dans certaines cités, les fèves servaient au peuple pour donner son suffrage dans l’élection des magistrats. Cicéron émet une autre opinion dans son livre De la Divination : il pense que la proscription de ce légume tient à ce que l’on croyait que son usage, en irritant l’intellect, troublait la tranquillité de l’ame et empêchait les songes divinatoires de se manifester. Porphyre, dans la vie de Pythagore, et après lui le chevalier de Jaucourt, dans l’Encyclopédie, expliquent encore d’une autre manière la cause qui détermina le précepte du philosophe grec : ils avancent qu’il professait que la fève et l’homme étaient sortis en même tems du limon de la terre , et que , comme il y avait de l’analogie entre ces deux êtres , le végétal alimentaire pouvait devenir le siège de la transmigration de l’âme humaine ; de là ce respect timoré que Pythagore portait à la fève et qui essuya les railleries d’Horace, mais qui semble n’avoir réellement été fondé que sur des raisons hygiéniques.
Notre fève est bien celle dont il est question dans les auteurs anciens ; Yarron l’a exactement décrite, et c’était elle que les flammes romains abhorraient , parce que , dans les maculatures noires qui bigarrent les ailes de sa corolle , ils vovaientdes lettres infernales. Cependant, à Rome, on cultivait la fève ; les citoyens pauvres s’en nourrissaient, et Horace rapporte que ceux qui aspiraient à la direction des affaires en
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faisaient distribuer au peuple pour se le rendre favorable. Pline en fait l’éloge comme d’un bon aliment, et il paraît que ce végétal a parfois été offert en sacrifice à quelques divinités.
On pense que, malgré l’ancienne aversion qu’ils avaient pour elles, ce sont cependant les Egyptiens qui cultivèrent les premiers les fèves. Diodore de Sicile rapporte que de son tems, on les regardait comme l’un des légumes les plus communs dans leur pays , mais cependant que certaines personnes d’une conscience timorée s’abstenaient encore d’en manger. A cette époque , on avait déjà appris à faire du pain avec un mélange de farine de fèves et de blé. Les fèves ne servent pas seulement d’aliment à l’homme : on les emploie aussi pour les bestiaux; ceux-ci les aiment considérablement; ils en mangent le fruit ainsi que la tige, et les feuilles. Dans certains pays, on les cultive même exprès pour eux.
VESGE. Vicia. Etendard échancré; carène onguiculée, bifide ; étamines diadelphes ; style filiforme, formant un angle droit avec Tovaire ; stigmate velu. Légume oblong, polysperme ; semences globuleuses.
C’est de vincire , lier, que l’on fait dériver ce nom , à cause de la facilité avec laquelle les vesces s’entortillent autour des autres plantes, à l’aide des vrilles rameuses qui terminent leurs pétioles. La plupart de ces légumineuses habitent l’ancien continent et surtout l’Europe .
La Yesce cultivée 1 enrichit actuellemet notre culture ; c’est une des meilleures nourritures que l’on puisse offrir aux bestiaux, et ce sont ses semences qui forment la base de celle des pigeons que l’on élève dans les fermes; mais, par un singulier contraste, (‘lies sont nuisibles aux autres volailles. D’infruc-
i T . saliva. L.
LEGUMINEUSES.
tucux efforts ont été tentés pour convertir en pain la farine que produisent les graines de la vesce ; on n’en obtient qu’une pâte désagréable et indigeste.
La Yesce lathyroïde 1 rend de grands services en Sologne, où on a l’habitude de la substituer aux fourrages secs à l’époque du printems, saison où elle est déjà développée. On la nomme Yesce printanière.
ERS. Ervum. Calice à cinq lobes droits ; corolle dépassant peu le calice; stigmate glabre. Le'gume contenant deux à quatre semences.
Ce mot, qui provient du celtique erw, qui signifie terre labourée, indique la localité où se plaisent ces végétaux. Ces légumineuses sont herbacées, frêles ; un certain nombre d’entr’elles habitent la France.
L’Ers lentille 2, qui croît spontanément dans nos campagnes, est une des premières plantes mentionnées dans les écrits; chacun sait qu’un des principaux personnages des tems bibliques, Esaii, céda son droit d’aînesse pour un simple; plat de ce légume. En général, les Israélites faisaient un grand cas de celui-ci ; aussi Mahomet dit que lorsqu’ils étaient dispersés dans le désert où abondait la manne, ils se rappelaient leurs anciens goûts, et demandaient avec instance aux Dieux de substituer la lentille à la nourriture miraculeuse.
Les Grecs, au contraire , dédaignaient cet aliment, et Dioscoride le considère comme pouvant produire plusieurs indispositions. Les Romains paraissent avoir eu la meme opinion , ce qui n’empêchait cependant pas le peuple de manger des lentilles, parce qu’on les lui livrait à vil prix. Elles étaient de leur tems à si bon compte que quand on construisit le port d’Ostie, on coula à cet effet l’énorme navire sur lequel C. Caligula fit apporter l’obélisque du Vatican, et qui, selon Pline*
i f ■ lathyroides.
i E. lens.
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