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dans leur intérieur en y introduisant la chaleur et la fécondité, et il ajoute que c’est pour cette cause que l’on place des caprifiguiers près des figuiers , du côté d’où vient le vent , afin que celui-ci porte les insectes sur les individus cultivés. Ces récits paraissaient fabuleux, mais la déposition deTournefort en démontra l’authenticité; ce naturaliste eut en effet l’occasion deconstater, pendant son voyage, que cette coutume existait encore dans le Levant ; il vit alors les paysans des îles de l’Archipel pratiquer la caprification et aller pendant les mois de juinet de juillet prendre des fruits du caprifiguier , nommés orni au moment où les insectes du genre Cynips ( cynips psenes) qui y naissent en vont sortir , et porter ces fruits tout enfilés sur les figuiers domestiques, afin que les insectes qu’ils contiennent piquent les fruits des individus cultivés et en fassent nouer un plus grand nombre.
Linnée ne vit dans la caprification qu’une opération par laquelle les insectes transportent la poussière pollinique des fleurs mâles du caprifiguier jusque sur les fleurs femelles de l’espèce domestique , pour en produire la fécondation , car il regardait les involucres de celle-ci comme dépourvus d’étamines , ou n’en possédant que d’incomplètes. Mais l’action des insectes se réduit à la piqûre du réceptacle ; celle-ci active la maturité des figues , comme elle active celle des fruits de nos jardins , et elle permet d’obtenir de l’arbre un produit plus considérable ; cependant les figues ainsi piquées perdent de leur bonté et sont bien moins exquises que celles qui mûrissent spontanément ; mais on assure que par cette opération , les arbres portent dix fois plus de figues que quand on ne la pratique pas. Tournefort dit qu’un figuier caprifié donne jusqu’à deux cent quatre-vingts livres de fruits, tandis qu’on n’en obtient que vingt-cinq s’il ne l’est point.
Olivier , qui vit également pratiquer cette opération pendant ses voyages dans le Levant , ainsi que l’agronome Bosc , la regardent comme inutile ; en effet , dans tous les pays où on ne l’opère pas, les fruits des figuiers n’y parviennent pas moins à
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leur maturité, ce qui a lieu eu France, et en Italie surtout où les figues mûrissent admirablement. M. Bonard, de Marseille , dans des expériences entreprises nouvellement y a prouvé que la caprification se réduisait à l’action de la piqûre des cynips qui viennent déposer leurs œufs dans les jeunes figues ; il l’a imitée en piquant celles-ci avec la pointe d’une alêne, et en introduisant dans les blessures un peu d’huile pour les empêcher de se fermer. Il vit que les figues ainsi piquées atteignaient leur maturité beaucoup plus tôt que les autres. Il resterait donc à prouver s’il est bien vrai que la caprification fait donner considérablement plus de fruit à l’arbre, ce qui ne parait pas une assertion exacte , puisque de jour e» jour on l’abandonne dans les lieux où on la pratiquait autrefois.
On cultive des figuiers dans les environs de Paris , et les marchés de cette cité sont pourvus de leurs fruits ; mais pour l’homme qui a mangé des figues que la Provence ou le Languedoc voient mûrir, ils sont bien insipides. Les figues du territoire napolitain sont même encore bien supérieures à celles du midi de la France : c’est là que leur chair sucrée acquiert vraiment une saveur et un arôme délicieux. Les figues ne sont bonnes qu’à leur entière maturité ; avant cela , elles renferment un suc blanc, extrêmement âcre, qui irrite la bouche; mais , par l’effet de la maturation, il se forme du sucre dans ces fruits, et leur âcreté disparaît entièrement. La culture du figuier est facile ; quand une fois il est planté , on l’abandonne à la nature ; ce végétal ne demande aucun soin et donne ordinairement deux récoltes par. an : la première a lieu en juillet, la seconde en automne;, et comme ses fruits mûrissent successivement, l’arbre en offre presque continuellement pendant plusieurs mois. Les fruits de la première récolte sont appelés Figues Heurs : ce sont ces figues que l’on fait ordinairement sécher, car celles de la dernière viennent dans une saison où le soleil n’est plus assez chaud pour accomplir cette opération; à cet effet, on se contente de les
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exposer pendant environ huit jours au soleil , en les retournant de tems à autre, et quand elles ont acquis assez de souplesse , on les comprime ; ensuite on a soin de les mettre en petite quantité dans des paniers , car quand elles y sont trop tassées, elles se couvrent d’une efflorescence blanche qui annonce qu’elles. ont éprouvé un commencement de fermentation. Il entre dans les ports du midi des figues d’Espagne et de Calabre; cependant, si l’on cultivait plus de figuiers dans la France, on pourrait se passer du secours étranger.
Les variétés du figuier se sont considérablement multipliées. Du tems de Caton , il est à croire que l’on ne connaissait que six espèces de figues, puisque cet écrivain n’en mentionne pas davantage. Pline , deux siècles après, en énumère trente , dont les noms sont tirés des pays dans lesquels on les cultivait alors : telles étaient les figues Rhodiennes, Africaines , Tyroliennes , Herculaniennes , etc.; aujourd’hui , on en connaît un bien plus grand nombre; M. De Suffren en compte plusieurs centaines de variétés cultivées seulement en France. Les figues varient en couleur; les unes sont d’un vert blanchâtre , d’autres sont vertes , et enfin il y en a de violettes.
Le Figuier domestique paraît avoir été cultivé dès l’enfance delà société; l’écriture rapporte que la terre promise en était remplie. Les premiers habitans de la Grèce possédaient déjà cet arbre précieux, et il s’en trouvait en Italie avant la construction de Rome. Il est cité dans les livres fondamentaux de la foi r saint Jean compare la chute des étoiles à celle des figues vertes, à l’entrée de l’hiver. Selon Pline, le bois de cet arbre fut long-tems préféré aux autres espèces pour la sculpture, à cause de sa mollesse et de sa blancheur. Horace dit aussi qu’on l’employait dans cet art.
Ce n’est que dans le midi que les figues jouissent de leur saveur délicieuse, analogue à un miel embaumé; aussi c’est là que le bel arbre qui les produit a excité l’enthousiasme ; les Grecs semblaient meme lui rendre une sorte de culte, et les Athén iens , appréciant ses dons, l’avaient regardé comme un
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présent des dieux : dans leurs murs, il était consacré à Mercure ; une couronne de feuilles de figuier se voit sur quelques Bacchus bicéphales antiques , analogues à la tête de Janus , mais dont une face est barbue et l’autre imberbe. Selon quelques uns , l’origine de cet attribut vient de ce que la nymphe Syce , aimée de ce dieu , fut transformée en cette plante , de là le nom de Sycéote que 1 on donnait aussi à Bacchus. Les Lacédémoniens , rendant eux— mêmes hommage aux bienfaits de cet arbre , croyaient que le premier qui s’éleva au milieu d’eux y avait été apporté par Bacchus. Les Cyrennéens formaient des couronnes avec des figues fraîches, pour en orner les statues de Saturne. Déjà Théophraste, en Grèce, et Pline, en Italie , nous enseignent la manière dont on cultivait ce végétal précieux.
Les figues ont été, depuis un tems considérable, un important objet de commerce ; les athlètes grecs en faisaient un grand usage ; ils pensaient qu’elles favorisaient le développement delà force. Athènes en expédiait jusqu’en Perse, où elles étaient servies sur la table des rois ; celles d’Afrique possédaient une beauté qui fut fatale à ce pays: Caton, qui exhortait les Romains à s’emparer de Carthage, jeta des figues africaines au milieu du sénat, en s’écriant que la terre qui les portait n’était distante de Rome que de trois journées de navigation, et la guerre fut résolue. Pline dit que, de son tems , on voyait encore à Rome , sur la place du Peuple , un figuier qui s’y était élevé spontanément, et que l’on entourait de soins, en mémoire de celui sous lequel on avait découvert Rémus et Romulus allaités par la louve ; quand cet arbre mourait, on le remplaçait par un autre. Alors on cultivait aussi un figuier qui avait pris naissance sur le gouffre au fond duquel se précipita Curtius pour la prospérité de Rome.
Les figues constituaient un des principaux alimens des anciens ; les Grecs en consommaient abondamment ; elles passaient chez eux pour une nourriture saine, n’exigeant que peu de travail des organes digestifs, et laissant à la
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pensée toute sa liberté ; aussi les Pythagoriciens en faisaient grand cas, et le stoïcien Zénon s’en nourrissait entièrement. Pline rapporte que c’était à cause de la propriété éminemment nutritive qu’on leur prêtait alors, que les gladiateurs s’en nourrissaient. Les ligues étaient une forte branche de commerce pour les Athéniens; chez eux, partout elles étaient communes et paraient les tables les plus modestes comme les plus somptueuses ; les rois de Perse s’en faisaient même servir, et quelques historiens prétendent qu’une des causes de l’invasion de Xercès en Grèce fut le désir de s’emparer du pays qui produisait ces fruits admirables ; elles étaient si renommées par leur excellence et leur douceur sucrée, qu’elles étaient devenues anciennement le symbole de la friandise: il vil de figues ( ficus edit ) , disait-on d’un homme qui avait un goût trop rafiné. Les paysans du Latium en faisaient un grand usage ; Caton va même jusqu’à prescrire la quantité qu’ils en doivent prendre. Il paraît qu’elles succédèrent pour eux aux viandes salées et aux laitages. Galien les regardait comme un aliment très-sain ; seulement il professait l’opinion ridicule que leur usage produit l’affection pédiculaire. Athénée n’était pas plus raisonnable, en disant qu’elles rendaient la transpiration fétide. A l’aide de la fermentation , on faisait dans l’antiquité un vin de figue nommé s y cite , et une sorte de vinaigre ; il paraît que cela se pratique encore dans quelques îles de l’Archipel, et qu’on en fait même une espèce d’eau-de-vie.
Les figues forment encore aujourd’hui la principale nourriture des populations de la Grèce. Tournefort dit que les paysans et les moines des îles de l’Archipel s’alimentent en grande partie de pain d’orge et de figues sèches ; le Lazarone napolitain en fait ses delices pendant toute leur durée; en Provence, on en mange aussi beaucoup, et l’on en donne meme aux bestiaux. C’est Marseille qui approvisionne le nord de la France de ces fruits, et c’est de là que proviennent les meilleurs.
Les figues renferment un mucilage qui les rend adoucis—
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sautes, aussi les administre-t-on fréquemment dans les affections de poitrine ; mais on doit oublier une foule de propriétés que leur avait prêtées la crédule antiquité. On en a quelquefois fait usage à l’extérieur. Le prophète Isaïe guérit par leur moyen Ezéchias attaqué d’un ulcère réputé mortel. Elles faisaient partie du fameux antidote de Mithridate. Enfin , pour compléter l’histoire de ces fruits, nous devons dire qu’ils entraient dans la composition du mortier que les Romains appelaient maltha , qui devenait plus dur que la pierre.
Dioscoride et Pline ont accordé de grandes vertus au bois ou à l’écorce du figuier ; ils disent que le suc de cet arbre guérit les plaies des animaux venimeux ou enragés. On a vanté la décoction de ses rameaux contre l’hydropisie , et Baglivi l’administrait dans les coliques. On doit rayer toutes ces prétendues propriétés. Dioscoride dit que le suc du figuier détruit les excroissances ; cependant , à l’extérieur, il ne faut pas l’employer sans réserve, car Chomel vit une verrue, située vers l’œil, se transformer en cancer pour avoir été rongée par ce fluide âcre.
Le bois du figuier est tendre, léger et spongieux ; on l’emploie souvent pour faire les grosses vis de pressoir et pour polir l’acier; son suc recevait anciennement un emploi culinaire, on en frottait les viandes. Aristote, Columelle, Dioscoride et Pline disent que ce suc entrait de leur tems dans la confection des fromages, et y servait h faire cailler le lait. IM. Trémolière a pu en extraire une certaine quantité de gomme élastique.
Le Figuier sycomore 1 est la seule espèce , avec la précédente, que l’on cultive pour notre alimentation. En Egypte, il est très— répandu. Les Arabes font un grand usage de ses fruits ; son bois est presque incorruptible ; aussi on reconnaît qu’il a été employé pour fabriquer les caisses qui renferment les inonues anciennes. Il doit probablement son indestructî-
i F. sycomorus.
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bilité à la température chaude et sèche du sable d’Egypte ; car Bruce ayant enfoui de ce bois dans la terre d’un jardin , il ne fut que quatre ans à pourrir. Les habitans des bords du Nil mangent les fruits du figuier sycomore ; ils sont seulement bons à l’état frais. Autrefois , des inspecteurs appelés Sycopbantes veillaient à leur récolte.
Le Figuier sacré ^'vulgairement appelé Ifogon, Arbre de Dieu, ou Arbre des conseils, acquiert de fortes dimensions dans son pays natal qui est l’Inde; son tronc présente jusqu’à six à dix pieds de circonférence ; de ses branches élevées poussent des racines qui tombent jusqu’à terre , s’y enfoncent et prennent ensuite un accroissement considérable, en formant une espèce de colonnade naturelle autour du tronc mère. Ce végétal est sacré parmi les Indiens ; ils se figurent que c’est sous son ombrage qu’est né leur dieu Yisthnou. Tantôt ils v placent leurs fétiches et le transforment en pagodes ; tantôt ils en plantent les environs de leurs temples. Certains Indous collent leurs cheveux avec le suc de ce figuier ; il contient du caoutchouc; ses fruits secs passent dans l’Inde pour rendre les femmes fécondes.
Le Figuier du Bengale 2 , appelé aussi Arbre des pagodes , pousse de meme des racines aériennes , et est également transformé en temples champêtres par les Indiens. Louriero dit qu’on emploie ses fruits contre l’hydropisie.
Le Figuier de l’Inde 3 est celui où cette végétation des racines aériennes paraît prendre plus d’extension. Ainslie dit que dans la matière médicale indienne son écorce est regardée comme tonique.
Le Figuier vénéneux 4 doit encore être cité. Son suc est un violent poison ; on en extrait de la gomme élastique.
DORSTENIE. Dorstenia. Involucre charnu, sub~
i F. religiosa.
a F. berigalensis.
3 F. indica.
4 F. toxicaria.
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plan. Fleurs monoïques. Mâles ordinairement diandres.
C’est au botaniste allemand T. Dorsten que ce groupe a été dédié. Les dorsténies sont en général des plantes herbacées, lactescentes et vivaces , dont les fleurs sont petites , verdâtres et situées sur un réceptacle alvéolé , formé par l’évasement de la hampe; ce réceptacle est d’abord fermé, puis il s’épanouit, ce qui différencie ce genre du précédent. On n’en compte qu’environune douzaine d’espèces qui toutes, à l’exception d’une seule, que l’on trouve dans l’Arabie , habitent l’Amérique méridionale.
La Dorsténie contrayerva *, dont le nom signifie en espagnol Herbe contre le poison , est une plante qui a joui d’une haute célébrité ; elle est originaire du Pérou et des Antilles. C’est sa racine , que l’on nomme Contrayerva dans les officines , qui est la seule partie employée ; ce fut Clusius qui fit connaître ses vertus, vers la fin du xvie. siècle, mais on ignora long-tems à quelle plante elle appartenait.
Plumier dit que cette racine guérit la morsure des serpens, et il assure que c’est de cette propriété que la plante a tiré son nom. En Europe, le contrayerva passe pour un bon tonique , et Pringle , Huxham , Willis et Alibert ont constaté ses excellens effets dans les fièvres malignes ou putrides. Gomès le regarde meme comme préférable au quinquina dans quelques affections. Cependant cette racine est actuellement presque inusitée en France.
GÉCROPIE. Cecropia. Fleurs dioïques. Mâles à calice perce' de deux trous ; deux etamines traversant ceux-ci.
Cette dénomination vient de K6X,pa,yco , je crie ; elle a été
i D. contrayerva.
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donnée par allusion aux arbres à tiges creuses qui forment ce genre, et que l’on appelle à cause de cela Bois trompettes dans leur pays natal .
La Cécropie peltée 1 est un arbre à feuilles cordiformes et peltées, originaire de l’Amérique méridionale et des Antilles, et dont le tronc fistuleux sert à faire des conduits pour distribuer l’eau ; les sauvages emploient aussi très-fréquemment son bois poreux et léger pour produire du feu ; on obtient ce dernier aussitôt qu’on fait mouvoir rapidement une branche dure et pointue dans un trou que l’on y a pratiqué.
JAQUIER. Artocarpus . Fleurs monoïques. Mâles monandres. Chatons femelles environnés d’une spathe. Baie composée.
Les jaquiers sont des végétaux arborescens ; leur fruit est formé, comme celui des mûriers , par l’accroissement et la soudure du calice des fleurs femelles, seulement il est considérablement plus gros.
Le Jaquier à feuilles incisées 3, nommé aussi rima, et plus communément Arbre à pain d’Otaïti , à cause de la nourriture considérable que l’on trouve dans ses fruits , est un arbre qui s’élève de quarante cà cinquante pieds, et dont le bois est mou et jaunâtre; ce végétal laisse échapper de tous ses organes un suc lactescent et visqueux , quand on les entame ; il supporte des fruits globuleux de la grosseur de la tète d’un homme et plus : on assure qu’il en est qui pèsent de quatre-vingts à cent livres ; ceux-ci sont verdâtres et contiennent une pulpe d’abord blanche et farineuse , et qui devient jaunâtre, succulente , d’une consistance gélatineuse , et d’une saveur douceâtre à sa parfaite maturité. Ce jaquier, qui présente deux variétés, l’une stérile et dont le fruit ne porte pas de graines, et l’autre où il s’en trouve , a d’abord été observé dans