‹ Traité élémentaire de botanique appliquée, contenant la description de toutes les familles végétales, et celle des genres cultivés ou offrant des plantes remarquables par leurs propriétés ou par leur histoireChapitre 8 sur 87 · C. peltata · texte numérisé non relu

C. peltata

i A. incisa.

l’Inde , aux Moluques et dans les îles de la mer du sud , surtout dans celle d’Otaïti où on rencontre la Variété privée de semences; on l’a transporté dans l’Ile-de-France, ainsi qu’aux Antilles où on le cultive avec avantage à cause de ses usages économiques.

C’est à Lécluse que l’on doit les premières notions sur le jaquier à feuilles incisées, qu’il mentionne, sous le nom de Jaca ; mais quoiqu’il fasse l’éloge de la saveur de ses fruits , il paraît qu’il a eu de fausses notions sur leurs effets, car il les accuse de produire le choléra. Tlumph, qui a décrit plusieurs espèces de ce genre, croit aussi ces baies malsaines. Mais ces opinions doivent s’anéantir devant les observations deSolander et de Forster qui ont constaté que les insulaires d’Olaïti et de quelques îles voisines s’alimentent uniquement avec le fruit de l’Arbre à pain pendant une grande partie de l’année. Et le capitaine Cook , qui en a nourri son équipage lors de ses relâches aux îles Sandwich , lui attribue meme le rétablissement de ses malades. Les avantages qu’offrait la culture de ce végétal furent bientôt appréciés par les Français et les Anglais, qui exécutèrent avec succès des expéditions dans le seul but de le propager.

Toutes les parties du jaquier à feuilles incisées servent à satisfaire les besoins de l’homme. Son bois entre dans les bâtisses des habitations , ou sert à faire des pirogues ; son liber est transformé en vétemens par quelques insulaires , et pour eux ses chatons mâles remplacent l’amadou.

Le fruit du jaquier s’emploie quand il est encore imparfaitement mûr et que sa chair est farineuse ; pour le manger les Otaïtiens se contentent alors de le couper par tranches et de le faire griller sur le feu ou dans un four ; sa pulpe par cette opération devient tendre et prend l’aspect de la mie de pain ; sa saveur ressemble aussi à celle du pain de froment , mais elle possède un léger goût de topinambour ou de chair d’artichaud.

Le jaquier prodigue ses fruits pendant huit mois de l’année, et les sauvages font avec eux une pâte fermentée, acide , pour

ÜRTICÉES.

l'époque où ils en manquent. Dans les endroits où l’on cultive les variétés à pépins, on mange ceux-ci cuits sous la cendre : ils ont la grosseur et le goût de la châtaigne. Ces arbres sont si productifs que l’on dit que deux ou trois jaquiers suffisent pour alimenter un homme pendant une année.

Le Jaquier velu *, qui croît sur la côte de Malabar, sert aux naturels de ce pays pour faire ces grandes pirogues qui ont jusqu’à quatre-vingts pieds de longueur sur douze de large ; ses fruits occasionnent des diarrhées.

MURIER. Morus. Fleurs monoïques ou dioïques. Mâles tétrandres. Femelles à deux styles. Baies monospermes, réunies sur un réceptacle commun.

Ce mot vient de popea , nom grec du mûrier, qui est dérivé du celtique mor , qui signifie noir. La couleur des fruits d’une des espèces l’aura probablement déterminé.

Les mûriers sont des arbres ordinairement lactescens , dont le fruit se compose réellement du calice, dont les écailles sont devenues charnues et recouvrent un akène subcomprimé. Ces végétaux viennent dans les deux continens ; exotiques à l’Europe , ils ont été naturalisés dans cette partie du monde , à cause du bénéfice que l’on peut en retirer.

Le Mûrier noir a porte de gros fruits suaves dont le parfum et la saveur sucrée charment les gourmets. On croit cet arbre originaire de la Perse ou de la Chine ; mais , depuis longtems , il s’était propagé en Orient, d’où il passa probablement de la Grèce en Italie, fort anciennement sans doute puisque Pline en parle comme d’un arbre indigène , et d’où il fut ensuite transporté dans les Gaules par les Romains. Il a été mentionné par les auteurs grecs et latins. On présume que c’est le mûrier que cite Théophraste , sous le nom de sycaminon. Les poètes eux— memes ont chanté ce végétal,

i A. hirsuta. o. M. nigra.

dont le beau feuillage les aura séduits. Ovide, dans la fable* de Pyrame et Thisbé , fait périr ces deux infortunés sous un de ces arbres , et la fiction dit que leur sang , en arrosant ses racines , communiqua une teinte pourpre-noir aux fruits qui précédemment étaient blancs , et qu’à la prière de Thisbé , les dieux leur conservèrent cette couleur sinistre , pour rappeler la catastrophe des deux amans. Virgile , dans l’une de ses églogues , s’est plu à peindre une naïade barbouillant la face du pesant Silène avec le suc empourpré des mûres. Horace , dans ses vers , donne pour précepte de manger des mûres à la fin du repas pour se bien porter pendant les jours brûlans de l’été. Pline , au contraire , les dit malsaines à ce moment du repas , et environnant le mûrier d’erreurs fabuleuses , il rapporte qu’il est appelé le plus sage des arbres , parce qu’il ne végète que quand le froid est passé , et qu’alors son extension a lieu avec bruit et s’exécute dans l’espace d’une seule nuit. On confectionne quelques ouvrages de menuiserie ou de tour avec le bois du mûrier noir ; son écorce peut être employée à la fabrication du papier, et ses fibres sont susceptibles d’être tissées en cordages. Ses feuilles peuvent remplacer celles du mûrier blanc pour la nourriture des vers-à-soie , ainsi que cela a lieu en Calabre , en Sicile , et dans quelques contrées de l’Espagne, mais il paraît qu’alors ces insectes donnent une soie plus grossière. Les fruits de cet arbre sont alimentaires, rafraîcbissans et laxatifs ; ils servent aussi à colorer les vins. Anciennement les Romains en faisaient un médicament qui s’administrait dans tous les maux. Aujourd’hui, on en forme le sirop de mûres , que les médecins conseillent en général dans les maladies inflammatoires, et surtout dans les affections de la gorge.

Le Mûrier blanc 1 porte des fruits d’un blanc rougeâtre ; c’est à la nourriture qu’il fournit aux vers— à— soie qu'il a successivement dû sa culture en Chine , pays dont il paraît issu ,

1 M. alba.

URTÏCÉES. 35

dans l’Inde et la Perse , ainsi que dans diverses régions de l’Europe.

Les historiens chinois font remonter l’origine de l’emploi de ce mûrier pour nourrir la chenille du bombyce ver-à-soie jusqu’à l’impératrice Louï-tseu , femme de Hoang-ti , dont le règne commença 2698 ans avant Jésus-Christ ; le succès qu’elle en obtint et les beaux ouvrages qu’elle fabriqua avec la soie lui valurent le nom d’Esprit des mûriers. Mais l’introduction du mûrier blanc et du ver-à— soie en Europe n’eut lieu que vers le milieu du vie. siècle , pendant le règne de l’empereur Justinien , et elle fut opérée par deux moines grecs qui apportèrent de l’Inde à Byzance des œufs de ver-à-soie et des semences de cet arbre ; puis on propagea celui-ci dans le Péloponèse, qui, cinq cents ans après, à cause de l’importance de ses plantations de mûrier, prit le nom de Morée. De la Grèce , la culture de cette urticée s’introduisît en Sicile et en Italie, vers 1 i3o, par les soins de Roger, roi du premier de ces pays, qui, après sa conquête des principales villes duPélopo— nèse, transporta de la Grèce à Palerme des ouvriers en soie. La France possédait déjà un certain nombre de pieds de mûrier blanc à l’époque de Charles YII ; mais ce fut , selon Olivier De Serres , à l’issue des guerres de Charles VIII en Italie , en i494? que 1» culture du mûrier prit en France une assez grande extension , après que les seigneurs qui accompagnaient ce prince eurent ramené avec eux des pieds de cet arbre précieux , dont on prétend encore que quelques uns sont subsistans maintenant dans les anciens domaines royaux du midi. Mais , malgré que Charles VIII ait fait distribuer des mûriers à plusieurs provinces et encouragé les manufactures de soie de Lyon, en France on ne faisait guère usage que des soieries étrangères. Henri II , pénétré de l’importance de ces arbres , en protégea la culture , et , le premier de nos rois , porta des bas de soie indigène. Sous Charles IX, un jardinier de Nîmes créait de vastes pépinières pour la propagation des mûriers , et Olivier De Serres s’en occupa avec ardeur. Henri IV suivit

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l’exemple de ses prédécesseurs en établissant , d’après les conseils de cet illustre agriculteur et malgré Sully, des pépinières destinées à les élever ; par ses ordres , quinze à vingt mille mûriers blancs furent plantés dans le jardin des Tuileries pendant l’année 1601 , et ce roi fit construire dans son enceinte une vaste maison pour y nourrir des vers-à— soie avec leur produit; puis il ordonna aux députés du commerce d’encourager par tous les moyens la propagation des mûriers en France .

L’exemple de Henri IV fut suivi par le duc de Wurtemberg. Malheureusement , sous le règne de Louis XIII , on négligea ces arbres. Cependant, bientôt après, Colbert, sentant toute l’importance des mûriers , opéra le rétablissement des pépinières royales , distribua les pieds qu’on en extirpait et les fit planter, aux frais de l’état , sur les propriétés des campagnes ; mais ce procédé violent , quoique généreux , n’ayant pas réussi , parce que la malveillance des particuliers faisait succomber les mûriers , il accorda ensuite aux propriétaires une somme de vingt— quatre sous pour chaque pied qui subsisterait trois ans après sa plantation , pour les encourager à les soigner. Ce fut alors qu’on vit le bienfait de cet arbre se répandre dans toutes les provinces méridionales de la France. Louis XV, ne mettant pas moins d’importance à cette culture , établit aussi des pépinières royales dans le Berry , la Bourgogne , ainsi que dans quelques autres provinces , et les mûriers qu’on y élevait étaient ensuite distribués gratuitement aux cultivateurs. A l’époque de notre révolution , on abattit un assez grand nombre de miiriers , mais les pertes s’en réparent actuellement , et plus d’un million de ces arbres ont été plantés dans les départemens du centre et du midi de la France ; et maintenant que l’on est persuadé qu’il ne faut pas au mûrier autant de chaleur qu’on le croyait pour qu’il se développe , on l’acclimate dans le nord de l’Allemagne , de la Prusse et de la Russie.

Le bois du mûrier blanc sert de combustible ; dans les pays

URTICÉES

où il est commun , on en fabrique des barriques qui communiquent aux vins un parfum agréable. Klaproth a découvert dans le tissu ligneux de ce mûrier un acide qu’il appelle Moroxylique, mais que les chimistes nomment plus communément acide Morique.

Cet arbre nous offre des fds textiles dans son écorce; on peut en fabriquer de bonne toile, après qu’on lui a fait subir la meme préparation qu’au chanvre. Olivier de Serres découvrit cette propriété par hasard : ayant mis sécher sur le pignon d’une maison des morceaux de l’écorce de ce mûrier , qu’il destinait à faire des cordes , un coup de vent les précipita dans une mare où ils restèrent plusieurs jours ; quand on les retira, il s’aperçut qu’ils offraient des fils aussi délicats que du lin, et l’on en put fabriquer de la toile. Duhamel dit que cette écorce fournit une couleur jaune , et Faujas-Saint-Fond a fait du papier avec elle, ainsi qu’avec les feuilles de cette urticée. Les oiseaux de basse-cour mangent ses fruits avec plaisir.

Les feuilles du mûrier blanc servent de deux manières aux vers-à-soie : ou on les donne avec leurs rameaux, ce qui a lieu dans l’Asie mineure , sur le Liban et en Grèce , ou bien on les sert détachées des rameaux et cueillies à la main , comme on le fait en France . Le premier procédé nuit à l’arbre , mais il offre l’avantage de laisser tomber les excrémens audessous du lieu où réside l’animal , et de permettre à l’air dç les dessécher de manière qu’ils n’infectent pas sa nourriture. Ces feuilles se vendent au poids ; on les achète de trois à cinq francs le quintal dans la Provence et les Cévennes ; souvent un seul arbre en produit quatre ou cinq quintaux ; il en estk meme qui en portent jusqu’à dix ou douze.

On peut aussi utiliser les feuilles du mûrier blanc en les donnant aux bestiaux ; ceux-ci les aiment beaucoup ; dans quelques contrées , on les leur sert l’automne , mais cette seconde défoliation violente de cet arbre , qui a déjà subi la cueillette du printems , lui est très— défavorable et le rend chétif.

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Le Mûrier rouge 1 croît spontanément aux Etats-Unis; il est acclimaté en Europe depuis environ deux cents ans. En Amérique , on emploie le bois de cet arbre pour la construction des maisons et des navires. Duhamel dit que ses feuilles peuvent suppléer celles du mûrier blanc pour la nourriture du ver-àsoie ; mais Loiseleur-Deslongchamps a démontré par ses expériences que par leur emploi on perd un plus grand nombre de chenilles, et que celles-ci filent des coques moins pesantes.

Le Mûrier du Canada , qui n’est peut-être qu’une variété du mûrier rouge , le Mûrier de Constantinople , et le Mûrier d’Italie , qui ressemble au mûrier blanc, sont aussi cultivés dans les jardins français.

BROUSSONETIE. Broussonetia. Fleurs dioïques. Mâles tétrandres. Femelle monoslyle. Drupes petits , pédicules.

Le naturaliste Broussonet est le premier qui apporta d’E cosse en France un individu femelle de ce genre; ce fut pourquoi Lhéritier le lui dédia , car, avant ce dernier, il était confondu avec les mûriers , à cause de l’analogie qu’offraient les feuilles des individus mâles avec ceux-ci , eux qui , depuis long-tems , étaient déjà introduits dans nos jardins. Lamarek avait donné aux espèces de ce groupe le nom de papyriers , l’autre dénomination a prévalu. La partie charnue des petits drupes qui constituent les fruits est formée par l’accroissement du calice , car le véritable fruit est l’akène que l’on trouve au centre.

La Broussonetie papyrier 3, nommée aussi Mûrier à papier, Papyrier du Japon , Mûrier de la Chine , est un arbre indigène de ces deux pays#ainsi que de l’Inde , et qui est trèsbien acclimaté en Europe. Les habitans de plusieurs îles de la Mer du Sud font des vêtemens avec son écorce , en la

i M. rubra.

■i B. papyrifera.

URTICEES.

transformant en une sorte de toile non tissue, qu’ils obtiennent en raclant et en battant celle des jeunes pousses , puis en collant ensemble les bords des lanières, et en mettant dessus d’autres couches pour lui donner partout la même solidité.

C’est avec l’écorce de cet arbre que l’on fait au Japon , ainsi que dans quelques régions de l’Inde , tout le papier qui y est employé. Dans le premier pays , Kæmpfer raconte qu’on le fabrique avec l’écorce des jeunes pousses de l’année que l’on enlève après les avoir fait bouillir dans de l’eau mêlée à de la cendre ; ensuite on racle l’épiderme coloré qui recouvre ces écorces, puis on les fait bouillir dans une eau de lessive , jusqu’à ce qu’elles soient réduites en une pâte épaisse , floconneuse , à laquelle on fait subir un lavage. C’est alors qu’on bâtie produit obtenu, sur une table polie, jusqu’à ce qu’il soit réduit en pâte bien homogène ; après on le met dans une barrique , et l’on y ajoute de l’eau contenant du riz ou de la racine de manioc ; on agite tout ce mélange, et ensuite on met celui-ci sur des moules faits de fines baguettes de jonc ou de bambou, pour former les feuilles de papier. Celles-cisont employées périr, soit pour écrire , soit pour peindre.

On a dit que les feuilles du mûrier de la Chine étaient bonnes pour nourrir les vers-à-soie, mais il résulte au contraire des expériences de Loiseleur -Deslongchamps qu’elles les font

La Broussonetie tinctoriale 1 , qui croit dans l’Amérique méridionale, possède un tissu ligneux dont on extrait dans les arts une couleur jaune.

MACLURE. Maclura. Fleurs dioïques. Fruit bacciforme , globuleux, multiloculaire, forme par la réunion des ovaires.

W. Maclure, auteur de la première description géognos— tique des Etats-Unis, a reçu la dédicace de ce genre. Il a été

1 B. tinctoria.

formé pour un arbre lactescent dont on ne connaît que les individus femelles , et qui croît dans TAmérique septentrionale.

ORTIE. Urtica. Fleurs monoïques , rarement dioïques. Mâles : périanthe à quatre ou cinq lobes; quatre ou cinq étamines. Femelles : pe'rianthe à deux ou quatre divisions. Akène.

Les plantes de ce genre sont des herbes ou des arbustes ; on en compte plus de cent-vingt espèces répandues dans toutes les régions du globe, surtout dans les contrées équinoxiales. Elles portent sur leurs tiges et leurs feuilles un grand nombre d’aiguillons canaliculés, à la base desquels se trouve une glande qui sécrète un fluide âcre, qui, lorsqu’il est introduit sous l’épiderme , produit à la surface de la peau des ampoules avec un sentiment de chaleur vive ; de cet effet provient le nom d’ortie , qui est dérivé d 'urere , brûler , ainsi que celui d’urtication , que l’on donne au phénomène que les végétaux de ce groupe occasionnent sur nos organes.

L’Ortie dioïque *, nommée aussi Grande ortie , à cause de l’élévation à laquelle elle parvient , qui est plus considérable que celle de l’espèce suivante, est une plante fort commune chez nous, et que nous devrions chercher à utiliser. Son écorce contient des fils textiles, et Gmelin et Pallas rapportent que l’on en fait des filets et des cordages en Sibérie. En Egypte , on en tire encore un meilleur parti en convertissant ces fils en toile , ce qui a lieu aussi dans le Piémont. D’après le rapport de M. Bonafous, il serait facile de les extraire par le rouissage , ou simplement en faisant sécher ces plantes , et ensuite en les pilant comme font les Baskirs. On pourrait meme employer ce végétal pour la fabrication du papier.

Les jeunes pousses de l’ortie dioïque, préparées en guise d’épinards , forment un mets assez agréable. De tems immé-

i U. dioica.

URTICÉES

morial , on la cultive en Suède pour la nourriture des bestiaux; Van Geuns dit meme que sous ce rapport elle est fort avantageuse , et elle passe pour augmenter le lait des vaches. Les semences de cette espèce ne sont meme pas sans utilité : les poules s’en nourrissent ; elles excitent l’ardeur des chevaux et les font engraisser , double effet qui explique l’usage qu’en font les maquignons.

Cette plante a été anciennement employée en médecine contre les hémorrhagies. Lémery la conseillait dans le traitement des plaies gangréneuses ; maintenant elle est tombée dans un juste oubli.

L’Ortie brûlante1 porte ce nom parce que le fluide âcre que contiennent ses aiguillons est beaucoup plus irritant que celui de l’espèce précédente. On la désignait autrefois dans la pharmacie sous le nom de Petite ortie. L’analyse a démontré à M. Salladin qu’elle renfermait du carbonate acide d’ammoniac, surtout dans les glandes qui sont à la base des aiguillons , une matière azotée , de la chlorophylle unie à de la cire , du muqueux analogue à de la gomme , une matière colorante noirâtre, du tannin uni à de l’acide gallique, du nitrate de potasse. L’analyse donne à peu près les memes résultats chez l’ortie dioïque ; aussi ces deux espèces ont-elles les memes propriétés ; cependant la plus grande activité de l’ortie brûlante la fait choisir pour pratiquer l’urtication. Cette opération était déjà en usage chez les anciens ; Celse , Arétée et Galien la vantent contre la paralysie et le coma ; maintenant encore on fait usage de l’urtication dans les apoplexies, les rhumatismes chroniques et l’anéantissement de la sensibilité cutanée. M. Spiritus, quia énuméré dernièrement les avantages que ce moyen pouvait offrir , le conseille aussi pour rappeler la variole , la scarlatine , la rougeole , ou les autres éruptions cutanées qui ont disparu brusquement. M. Marchand prétend meme avoir employé l’urtication avec avantage contre

i U. urerts.

ia période algide du choléra-morbus ; d’autres médecins n’en ont point obtenu le meme résultat.

Les semences de l’ortie brûlante , celles de l’ortie dioïque et de quelques autres espèces contiennent de l’huile qui est bonne à manger. 11 paraît qu’en Egypte on l’en extrayait autrefois pour l’usage alimentaire , et que ces plantes étaient importantes pour les peuples de ce pays , car Bernardin de Saint- Pieire dit qu’ils adressaient des vœux aux dieux pour l’heureuse récolte des orties.

Plusieurs orties exotiques produisent des piqûres beaucoup plus graves que celles de nos espèces indigènes. Telles sont celles de l’Ortie crénelée r, espèce ligneuse du Bengale , dontla douleur extrêmement vive est accompagnée d’un flux nazal et du resserrement tétanique des mâchoires , symptômes qui se continuent plusieurs jours ; Leschenault , qui en f ut piqué, ne fut rétabli que le neuvième. Un employé du jardin botanique de Calcutta, qui avait été frappé sur l’épaule avec l’une de ces plantes, faillit en mourir. L’Ortie daoun s et an , qui croît à Timor, où elle est fort redoutée, est encore plus terrible: son nom signifie Feuille du diable. Elle occasionne une piqûre cruelle dont les symptômes ne s’effacent qu’après une année , et Leschenault dit que parfois elle produit même la mort.

L’Ortie à feuilles de chanvre 3 mérite aussi d’être citée, car c’est d’elle que l’on extrait principalement des fils textiles en Sibérie et au Kamtschatka , que l’on convertit en filets et en cordages, et les femmes, en les apprêtant, les transforment en fil.

FORSKALÉE. Forskalea. Fleurs monoïques.

Involucre laineux, à fleurs mâles monandres, excentriques. Femelles centrales lanugineuses.

Linnée a dédié ce genre à P. Forskal, professeur de botanique à Copenhague, et célèbre voyageur.

i U. crenulata.

U. cannabinu.

URT1CEES .

La Forskalée à larges feuilles % et la Forskalée à feuilles étroites 3 se trouvent actuellement dans les écoles botaniques.

PARIÉTAIRE. Par iet aria. Fleurs polygames. Perianthe quaclrilobé , tétrandre. Fruit recouvert par le périanthe.

Parielaria vient de paries , muraille , parce que l’espèce indigène étend ses vastes rideaux de verdure sur les anciens murs. Les pariétaires sont des plantes herbacées fort analogues aux orties , mais qui en diffèrent par leur port, l’absence d'aiguillons vénéneux et leurs fleurs polygames ; cellesci sont renfermées dans un involucre commun qui en contient trois, dont une est femelle et deux hermaphrodites. Ces végétaux croissent dans les contrées chaudes des quatre parties du monde.

La Pariétaire officinale 3 , à cause de son séjour de prédilection, a reçu le nom de Casse-pierre ou de Perce-muraille. Ses étamines ont de longs filets qui sont recourbés avant la déhiscence des anthères , et quand on les irrite, ils se distendent brusquement comme un ressort en émettant leur pollen. Cette plante contient du nitrate de potasse ; c’est à cette substance qu’elle doit la propriété diurétique qu’on lui accorde généralement. M. Planche la considère comme un des végétaux qui renferme le plus de soufre.

La pariétaire avait déjà de la renommée parmi les anciens. Àristoxène et d’autres l’employaient contre les fièvres intermittentes. Dioscoride la vantait comme résolutive , et en appliquait des cataplasmes sur les endroits affectés de douleurs goutteuses. C’est surtout comme diurétique qu’on l’administre aujourd’hui, soitdansles affections des voies urinaires, soitdans les hydropisies ; elle a une telle réputation quand il s’agit de

1 F. tenacissima.

2 F. angustijolia.

3 P. officinalis

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produire cet effet, que Ferrein rapporte que l’on a guéri des hydropiques par le seul emploi du lait de chèvres exclusivement nourries avec la pariétaire officinale. Les médecins qui ont copié l’antiquité ont préconisé cette plante contre les maladies calculeuses , sans penser que la seule cause qui l’avait fait vanter par leurs devanciers , dans ces affections , était tout simplement le séjour qu’elle préfère.

HOUBLON. Humulus. Fleurs dioïques. Mâles pentandres. Femelles à périanthe formé d’une écaille membraneuses. Diakène.

Ce nom est dérivé de humus , terre fraîche, et il indique le sol ou se plaît la seule plante qui forme ce genre.

Le Houblon grimpant 1 porte une dénomination spécifique latine que De Théis dit n’être qu’une syncope de lupus salicta rius , loup des saules , qui est le nom que Pline dit que l’on donnait autrefois au houblon , parce qu’il s’entortillait sur les jeunes saules , au point de les faire périr en étranglant leur tige. Le houblon est un végétal vivace, volubile, qui croît spontanément en Europe et se trouve souvent dans nos haies. On le cultive pour différens usages.

La culture du houblon se fait en grand en Angleterre , en Allemagne , et dans le nord et dans l’est de la France. Les terres légères et humides sont celles qui conviennent le mieux à cette plante. Pour former des houblonnières , on les laboure profondément ou on les défonce. Ensuite on fait des trous disposés en quinconces , et l’on y place les plus gros plants que l’on a pu extraire sur les souches d’une ancienne houblonnière ; la seconde année , on place à côté des pousses des perches de six à huit mètres ; on y attache les tiges de houblon , et on butte les pieds de la plantation. Quand ce végétal a produit ses fruits, pour les recueillir, on coupe les tiges à un

i H. lupulus ■

URTICEES.

mètre au-dessus du sol. On fait sécher ses cônes le plus promptement possible : en Flandre , pour en activer la dessication , on les met au four. Les Anglais cultivent le houblon en palissades , ce qui donne plus de place à ses tiges pour se développer, expose la fructification à une insolation plus efficace pour la faire mûrir , et donne plus d’activité aux organes qui la composent. En meme tems cela permet aux Anglais de faire des plantations diverses dans l’intervalle des pieds de houblon.

On n’a pas de notions bien précises sur l’emploi que l’antiquité a pu faire de cette plante ; on ignore meme l’époque à laquelle on a commencé «à cultiver le houblon pour les usages économiques. Il paraît qu’avant i52/£ il était cultivé en Flandre , et que ce fut de ce pays qu’il fut alors transporté en Angleterre sous Henri YIII , et d’abord exploité dans les comtés de Kent , d’Essex et de Sussex , et depuis lors sa culture a pris en Angleterre une telle extension , que celle-ci approvisionne de cette plante l’Ecosse et l’Irlande, et meme divers pays du nord de l’Europe. Le houblon de l’Angleterre est le meilleur que l’on connaisse , ce qui tient peut-être au mode de culture que les habitans de ce pays emploient, et qui consiste, comme nous l’avons dit, à mettre leurs houblonnières en palissades.

Dans certaines contrées , on fait rouir les tiges de houblon , et l’on en extrait de la filasse avec laquelle on forme d’excellentes cordes, ou bien on brûle ces organes pour obtenir de la potasse. En Allemagne, on mange les jeunes pousses de cette plante en les préparant en salade ou à la manière des asperges; elles sont légèrement sucrées. Les bestiaux aiment beaucoup ses feuilles.

Les cônes du houblon sont formés d’écailles ou bractées imbriquées, verdâtres, qui enveloppent les fleurs femelles. L’extérieur et principalement la base de ces écailles offrent de petits grains résiniformes, colorées en jaune, d’une saveur amère et aromatique, et que l’on nomme Lupuline. Raspail considère

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ces grains colorés comme des glandes vésiculaires de Guettard; il les croit de la meme nature que les grains polliniques, et il prétend meme qu’ils peuvent suppléer ceux-ci pour la fécondation. Mais la généralité des botanistes pense que ces grains sont le produit d’une sécrétion qui apparaît d’abord à l’état liquide , et à laquelle la dessication donne l’apparence résinoïde. La lupuline a été d’abord signalée par M. Planque , en i8i3. Elle forme la huitième et la dixième partie du poids des cônes du houblon , dont on la considère comme la partie active. Cette substance, d’après l’analyse de MM. Payen et Chevalier, est un corps complexe qui est formé d’une huile essentielle âcre , odorante , d’un jaune verdâtre , et qui paraît être narcotique; puis d’une" matière amère, d’un blanc jaunâtre , que M. Pelletan nomme Lupulite ; et d’une résine qui forme plus de la moitié en poids des grains de lupuline.

Les cônes de houblon sont fréquemment employés en médecine ; ils sont toniques et amers ; on en fait souvent usage dans les scropliules , et en général dans toutes les maladies où il est nécessaire de donner du ton au système lymphatique. On les prescrit aussi dans les fièvres intermittentes , et Barbier en a constaté l’efficacité dans ces dernières maladies. M. Willemet considère même cette plante comme sudorifique, et il propose de l’appeler Salsepareille nationale. Quelques auteurs l’ont aussi regardée comme possédant une certaine puissance narcotique, et T. Salisbury dit qu’un oreiller rempli avec des cônes de houblon est un bon sédatif.

M. W. Yves considère la lupuline comme étant à la fois tonique et aromatique. Son action narcotique lui a paru trèsavantageuse pour remplacer l’opium , parce qu’elle ne détermine point de congestion cérébrale comme ce médicament. D’après MM. Payen et Chevalier, cette vertu résiderait dans l’huile essentielle que contient ce végétal.

Le houblon doit aussi être compté parmi les plantes économiques importantes, à cause de l’emploi que l’on en fait pour fabriquer la bière , boisson qui est composée avec une

ÜRTICÉES.

décoction d’orge fermentée , dans laquelle on met infuser des cônes de houblon , qui l’empêchent de s’aigrir et lui donnent de l’amertume. La bière est une boisson fortifiante qui a passé pour améliorer les affections calculeuses , car Ray rapporte que depuis son usage en Angleterre , celles-ci y deviennent moins fréquentes, et Lohb prétend que certains calculs se dissolvent dans la bière.

CHANVRE. Cannabis. Fleurs clioïques. Mâles pentandres. Femelles à perianthe fendu latéralement. Capsule bivalve , monosperme.

Gollius dit que les Arabes connaissent le chanvre sous le nom de qaneb , et , selon Bullet, cannabis serait immédiatement dérivé du celtique can , roseau , et de ab , petit, dont on aurait fait chenevis , chanvre.

Le Chanvre cultivé 1 est originaire delà Perse et de l’Inde, et depuis long-tems l’objet d’une culture assidue en Europe ; il s’est presque naturalisé dans quelques unes des régions méridionales de cette partie du monde. C’est une plante importante par rapport à ses propriétés économiques. Son écorce renferme des fils textiles auxquels on donne le nom de filasse, et que l’on emploie pour fabriquer de la toile ou des cordes.

Pour cultiver avec avantage cette plante , il ne faut se servir que de semences de la dernière récolte , car celles-ci sont sujettes à s’altérer promptement à cause de la grande quantité d’huile qu’elles contiennent. On fait généralement les semailles au printems, lorsque les gelées ne sont plus à craindre; et on a soin de les exécuter de manière que le chanvre soit plus ou moins tassé , selon l’usage auquel on le destine. Quand on en veut obtenir de la toile, on fait un champ fort tassé pour que le rapprochement des tiges et leur soustraction à l’action de la lumière vive empêche leur écorce d’acquérir trop d’exten-

1 C. sativa.

CLASSF XII.

sion et ne lui permettent de donner que des filamens très-fins; au contraire on sème le champ clair si l’on destine le chanvre à la confection de la corde ; par ce moyen la filasse devient beaucoup plus épaisse et plus forte.

Le plus souvent la récolte du chanvre se fait en deux fois : la première , on arrache les pieds mâles , et la seconde , les pieds femelles ; par ce moyen , qui est le plus rationnel , ceuxci produisent de la graine. Pour obtenir celle-ci, lors de la récolte , on se contente de frapper les sommités des tiges de chanvre contre un tonneau vide , et elle tombe au fond , ou bien on les secouent sur des draps et on frappe leur tête avec un bâton ; car si on soumettait cette plante au fléau , il écraserait ses semences.

Après la récolte, on fait rouir le chanvre en le trempant dans l’eau après l’avoir mis en bottes. Cette opération dure plus ou moins long-tems , selon que l’eau est dormante ou courante et selon la température ; elle s’achève souvent en quatre à cinq jours , pendant l’été. Cette préparation est terminée lorsque l’on reconnaît que la partie centrale et solide de la tige se rompt facilement en fragmens et que l’écorce s’en détache avec aisance. Quand l’eau manque , on se contente soit d’exposer seulement pendant les nuits le chanvre sur une prairie , soit de le renfermer dans une fosse humide. Ce sont ces procédés que l’on nomme : le premier, rouissage à l’air , et le second, rouissage souterrain.

Quand le rouissage est terminé , on fait sécher le chanvre , puis on lui fait ensuite subir deux opérations avant d’en obtenir les fils textiles. Ces deux opérations consistent à le tiller et à le peigner ; la première a pour but le brisement de la partie centrale des tiges , et se fait souvent avec un instrument nommé Mâchoire ; et la seconde se fait avec des aiguilles en fer fichées dans une planche et représentant une sorte de peigne.

Déjà les Romains employaient le chanvre, mais il paraît que chez eux il ne servait qu’à faire des filets pour la chasse

URTICÉES

et des cordes ; et la culture de ce végétal n’était pas fort répandue, puisque l’on dit que sous les empereurs tout celui qui était employé pour les besoins de la guerre ne se récoltait que dans les environs de deux villes : de Ravenne en Italie, et de Vienne dans les Gaules. Il paraît meme qu’il y a peu de tems que l’on convertit en France le chanvre en toile, car les historiens citent, comme une rareté, deux chemises de toile de chanvre que possédait Catherine de Médicis. Maintenant les usages du chanvre sont considérablement étendus ; on en fait de la toile à voile et des câbles pour les bâtimens ; autrefois , dans l’Inde , on en confectionnait des chaussures qui étaient fort à la mode en Espagne , et dont on approvisionnait des navires. Aujourd’hui, avec le chanvre , on fabrique de la toile dont la beauté rivalise avec celle de lin.

Le chanvre exhale une odeur forte, dont l’action se manifeste par une sorte d’ivresse suivie de narcotisme ; c’est surtout quand on s’endort près d’un champ consacré à sa culture que l’on éprouve ces accidens ; ceux-ci , d’après Bergius , n’ont point lieu dans les contrées septentrionales. Les graines de chanvre portent le nom de Chenevis ; elles sont souvent employées pour engraisser les volailles , ou pour la nourriture des petits oiseaux ; on en extrait une bonne huile que l’on mange ou que l’on brûle, et dont les peintres se servent, et avec laquelle on fait aussi du savon noir. Le marc qui reste après son extraction est recherché par les bestiaux.

Le chenevis s’emploie aussi en médecine ; on en fait des émulsions adoucissantes que l’on administre dans les maladies des voies urinaires.

Le Chanvre de l’Inde ', qui acquiert le double de la hauteur du chanvre cultivé , n’est regardé que comme une de ses variétés par Persoon , et le plus grand nombre des botanistes ; cependant , Lamarck le considère comme une espèce distincte , différant de la précédente par ses feuilles qui sont

i C. indica.

CLASSE XII

toutes alternes , et par son organisation. Loiseleur Deslongchamps dit que son écorce ne peut fournir de la filasse. Cette urticée est souvent employée par les Indiens comme un excitant, ou pour se procurer d’agréables rêves. Ils fument ses feuilles en guise de tabac , ou ils font avec elles une liqueur enivrante, nommée Hascbiscb , qui leur procure un délicieux narcotisme et quelquefois un délire furieux. La coutume de fumer le chanvre est aussi répandue parmi les Hottentots , et Sparmann dit même qu’ils ne cultivent cette plante que pour cet usage. Les nègres du Brésil sont également adonnés à cette coutume , et ils prennent même du chanvre en pilules ou en décoctions pour obtenir un sommeil accompagné de rêves sensuels au milieu desquels ils oublient leur esclavage. Mais Martius dit qu’ils font parfois un tel abus de cette plante qu’ils en deviennent stupides .

THELIGONE. Theligonum. Fleurs monoïques.

Males à douze , à vingt étamines ou plus. Capsule monosperme.

Ce nom est celui sous lequel Pline décrit une herbe que l’on croit être la mercuriale : il vient de ônWf, femme, et de yovv , genou, etrappelleles articulations renflées de cette plante que l’on a comparées au genou d’une femme ; il a été appliqué au théligone, à cause de sa ressemblance avec elle.

Le Théligone charnu 1 est une petite plante succulente, qui se fait remarquer par la grande quantité d’oxalate de chaux que contiennent ses fruits. C’est la seule espèce de ce groupe ; elle croît tout au tour du bassin de la Méditerranée.

CANNABINE. Datisca. Fleurs dioïques. Mâles à quinze étamines environ. Capsule tri valve , monoloculaire , polysperme.

Ce groupe, dont la place naturelle n’est pas encore bien

i T. cynocrambe.

EUPHORBIACEES.

déterminée , est formé de deux espèces , dont une 1 , qui est indigène de la Crête , a le port du chanvre , et avait même été regardée comme appartenant à son genre , par Prosper Alpin , et dont l’autre vient dans l’Amérique septentrionale.

ANTIARE. Antiaris. Fleurs unisexes. Involucre mâle multiflore. Involucre femelle uniflore , accrescent , formant une sorte de drupe.

L’Antiare vénéneux2, que l’on nomme communément Upas antiar et qui croît à Java, est un fort grand arbre. Son tronc fournit , à l’aide d’entailles , un suc résineux que l’on emploie pour confectionner le fameux poison de Java , et dont nous traiterons à l’article du strychnos.

FAMILLE DES EUPHORBIACEES.

Fleurs unisexes , monoïques ou dioïques. Périanthe monosépale, à trois à six lobes ; étamines souvent monadelphes ; ovaire sessile ou pédicellé, ordinairement triloeulaire , à ovules suspendus. Fruit composé de coques dures , uniloculaires , mono ou dispermes , recouvertes d’un sarcocarpe peu charnu.

Les euphorbiacées sont composées d’arbustes , d’arbrisseaux ou d’herbes à feuilles ordinairement alternes et simples, et quelquefois milles. Le périanthe de ces plantes est parfois muni à l’intérieur d’appendices colorés, pétaliformes, regardés par quelques auteurs comme une corolle. Les coques des fruits de beaucoup d’euphorbiacées opèrent leur déhiscence par une

i JD. cannabina.

•x A. toxicaria.

CLASSE XII

suture longitudinale, et se séparent avec élasticité. Leur embryon a des lobes plans et minces.

Cette lamille contient plus de mille espèces répandues dans toutes les parties du globe ; l’Amérique méridionale en possède à elle seule plus du tiers , la Nouvelle-Hollande un dixième, et les régions méditerrannéennes en comptent environ cent trente espèces. Adrien de Jussieu vient de faire une savante publication sur cette famille importante.

Les euphorbiacées sont fort actives ; elles contiennent presque toutes un suc laiteux , âcre et meme caustique , qui n’est qu’une résine ou une gomme-résine. C’est à lui qu’elles doivent leurs propriétés médicales ou vénéneuses. Quand cette résine est peu oxygénée , elle est analogue aux huiles essentielles par l’arôme qu’elle exhale et sa volatilité.

Sérapion , Simond Pauli , J . Bauhin , Hermann , Boyle et Geolfroi avaient avancé que quand on veut manger les graines de diverses euphorbiacées , il faut en retirer une partie qui Tessemble à la langue d’un oiseau , ce qui doit se rapporter à l’embryon ; Aublet dit qu’à la Guyane on se nourrit avec les semences de quelques végétaux de cette famille ( Siphonia Omphalea ) après en avoir extrait cet organe. De Jussieu fécondant ces observations, émit qu’en général les embryons plans et minces contenus dans un péris per me charnu étaient irri— tans ; et il pensa avec MM. Deyeux et Poiret que dans les euphorbiacées l’embryon possédait seul le principe âcre, et que le périsperme en était exempt. Mais Mérat et Delens , et après eux Thomson et MM. Boutron et Henry fils, ont soutenu que le périsperme recélait également un principe âcre ,et que c’était même lui qui donnait à l’huile obtenue des semences son énergie et ses propriétés délétères , l’embryon étant trop petit pour influer beaucoup sur elle. Si les hommes qui font usage des graines d’euphorbiacées rejettent cette partie, c’est qu’elle ne contient ni huile, ni fécule, qu’elle n’est point nourrissante et qu’elle n’est qu’âcre. L’huile que fournissent ces plantes est purgative , mais on peut la déposséder de son ac-

EUPHORBIACEES.

tivité en la lavant à grande eau , et surtout en ajoutant un acide à celle-ci. Enfin , quelques euphorbiacées renferment dans leurs racines une forte proportion de fécule associée aussi à un principe acre dont il faut la dépouiller pour la rendre alimentaire j et d’autres^offrent des substances tinctoriales.

MERCURIALE. Mercurialis . Fleurs ordinairement dioïques. Périanthe tri ou quadriparti. Mâles: neuf à douze étamines libres. Capsule à deux coques monospermes.

Pline dit que Mercure passait pour avoir découvert les vertus de ces végétaux, et que ce fut de cette croyance qu’ils tirèrent leur dénomination mythologique ; c’était donc à tort que Gessner prétendait que ce nom provenait de ce que l’une de ces plantes produisait la salivation, comme les mercuriaux.

La Mercuriale annuelle 1 est une plante européenne qui envahit rapidement tous les lieux cultivés , aussi est elle fort commune dans les jardins négligés. M. Feneulle de Cambray l’a trouvée composée de : principe amer purgatif , muqueux , chlorophylle , albumine végétale , substance grasse blanche , huile volatile , acide pectique , ligneux , et de quelques sels d’ammoniaque.

Cette euphorbiacée ne paraît pas jouir des propriétés énergiques dont sont doués en général les autres végétaux de cette famille. Dioscoride rapporte que chez les anciens elle servait d’aliment et qu’on l’apprêtait comme les épinards. Il paraît que cette coutume s’est perpétuée en Allemagne.

Dans l’antiquité, on avait déjà reconnu que les sexes de la mercuriale étaient séparés ; et une bien étrange superstition régna à l’égard de ce végétal : Pline rapporte que de son tems les pieds mâles passaient pour avoir la faculté de faire engendrer des garçons , et que la mercuriale femelle faisait produire

i M. annua.

CLASSE XII

des filles ; mais, comme cela a si souvent eu lieu , les anciens s’étaient trompés sur la nature du sexe de ces plantes , et la disposition scrotiforme des fruits leur avait fait prendre les pieds à pistils pour les individus mâles.

La mercuriale annuelle est laxative , et quand on l’a privée de son principe actif par la décoction ou la dessiccation , elle devient émolliente. Les premiers médecins en ont fait usage. Hippocrate l’ordonnait à l’extérieur pour provoquer l’expulsion du placenta. Mais c’est surtout sa faculté purgative qui fait rechercher cette plante par les médecins de notre époque. Gouan rapporte que pour obtenir ses effets chez les enfans , il se contentait d’en mettre une certaine quantité dans leur soupe , et que par ce moyen il les purgeait. Bassavole dit que les paysans ferrarais se purgent avec la pulpe de ce végétal. Quelques auteurs, et en particulier Desbois de Rochefort , regardent aussi la mercuriale comme diurétique . Elle entre dans plusieurs médicamens officinaux.

La Mercuriale vivace 1 , qui croît dans nos bois , possède au contraire des propriétés vénéneuses. Son emploi , dans un cas observé par Sloane , causa des vomissemens, des convulsions et la mort ; Linnée fait aussi observer qu’elle est nuisible aux bestiaux ; aussi on doit penser que c’est par erreur que certains auteurs l’ont indiquée comme alimentaire ; il est probable qu’ils la confondaient avec l’espèce précédente.

La mercuriale vivace devient bleuâtre par la dessication , ce qui décèle qu’elle contient de l’indigo ; aussi devrait-on , comme l’indique M. Aymen, la recueillir dans nos bois, où elle se trouve en si grande abondance , afin d’en extraire soit cette belle teinture bleue que M. Yogler dit avoir découvert dans sa racine , soit le principe colorant d’un rouge de carmin qu’il y a également signalé. Peut-être un jour ces produits donneront-ils de l’importance à ce végétal .

M . perennis.

EUPHORBIACÉES

EUPHORBE. Euphorbia. Fleurs monoïques; involucre féminiflore et masculiflore à quatre ou cinq lobes. Femelle unique ; ovaire pédicelle , à trois loges uniovulées. Mâles nombreux , monandres. Capsule tricoque.

Pline attribue la découverte de l’Euphorbe à Juba , roi de Mauritanie , qui en fit l’objet d’un traité spécial , et , le premier donnant un nom d’homme à une plante , la dédia à Euphorbus , son médecin ; celui-ci employa la gomme-résine fournie parce végétal, qui, avant lui, était inusitée, et il s’en servit pour la guérison d’Auguste.

Le nom de Tithymales , que l’on donnait anciennement aux espèces européennes , provient du mot T/ôor, mamelle, et fait allusion au suc laiteux, blanc et âcre que contiennent les euphorbes.

L’aspect des euphorbes varie considérablement ; il en est qui ont un port qui se rapproche de celui des arbustes ordinaires; d’autres ressemblent parfaitement aux cierges : elles ont cependant toutes des propriétés analogues et renferment un suc âcre , purgatif ou émétique , susceptible de se concréter en gomme-résine dans les espèces épineuses et charnues des régions équatoriales , et que Martius dit être phosphorescent dans quelques unes 1 . Les fleurs des végétaux de ce genre sont formées d’une enveloppe se terminant en quatre ou cinq lobes , avee lesquels alternent fréquemment des corps glanduleux ; à l’intérieur de cette enveloppe , on trouve des étamines dont les filets, qui sont articulés par leur milieu, offrent à leur base des espèces de filamens ou de squammules ; enfin , au centre de cet appareil floral, se voit un pistil saillant, élevé sur un pédicelle. Les botanistes qui nous ont précédé considéraient cette réunion d’organes comme une fleur hermaphro-

i E. phosphore sce ns.

CLASSE XII

dite , seulement ils différaient un peu dans la dénomination de ses parties : Linnée prenant les corps glanduleux pour des pétales, et Adanson croyant que ceux-ci étaient les filamens qui environnent les étamines. Mais comme on s’aperçut que celles-ci ne se développaient que successivement , et que dans certaines euphorbes il existe un calice rudimentaire à la base du pistil, et que même, dans des genres voisins de celui que nous décrivons , il existe également des calices rudimentaires au-dessous de l’articulation des filets staminaux,Lamarck conclut de ces différens faits que les euphorbes étaient, comme les autres plantes de leur famille, formées de fleurs unisexes , mais que chez elles celles-ci étaient fort rapprochées et environnées par un involucre dans lequel se trouvait un grand nombre de fleurs mfdes monandres dont le calice était formé par les filamens basilaires, et une seule fleur femelle centrale. Cette opinion fut bientôt adoptée par de Jussieu , Richard et Decandolle. En général, les semences de ces plantes contiennent une huile qui est purgative.

Les euphorbes forment un grand genre composé de trois cents espèces, disséminées sur tous les points du globe. Ces plantes ont été fréquemment employées en médecine ; Dioscoride dit que de son tems on se servait du suc de l’une d’elles contre la morsure des scorpions ; en Amérique on instille celui de quelques espèces dans les plaies produites par les serpens : la cautérisation qu’il opère doit le rendre efficace dans ces circonstances , et l’on pourrait essayer ce moyen contre la morsure de nos ophidiens. Ainslie dit que l’on se sert du suc de ces plantes dans l’Inde pour cautériser les aphthes.

L’Euphorbe officinale 1 est charnue ; elle offre le port d’un cactier épineux, et, semblable à un énorme candélabre, s’élève jusqu’à trente pieds. On la trouve principalement au Cap de Bonne-Espérance et sur le revers de l’Atlas. En vieillissant, cette plante devient dure ; c’est alors qu’elle rend un suc plus

i E, ofjicinarum.

EIÎPHORBI ACEES .

actif, et la puissance de celui-ci est parfois telle qu’il excorie les doigts de ceux qui le recueillent. On l’obtient à l’aide d’incisions, et sa récolte ne se fait que tous les quatre ans. C’est quand il est concrète sur le végétal qu’on s’occupe de l’enlever, et comme la poussière qui s’en échappe pendant cette opération occasionne des éternumens violens, les personnes qui y travaillent ont la coutume de s’envelopper la bouche et le nez pour se garantir de cet accident. Bruce confirme ce fait, en rapportant qu’il a observé des euphorbes en Abyssinie , et qu’en vieillissant leur suc laiteux se transforme en une poussière si subtile et si irritante , qu’il faillit périr dans un accès d’éternumens pour en avoir secoué le jet d’une tige. Jackson , dans le Journal d’ Edimbourg , dit qu’à Mogador on tanne les cuirs avec les branches de l’euphorbe officinale ; et Paterson rapporte qu’au Cap on se sert de ses capsules pour faire périr les animaux redoutables.

Le suc de cette plante , qui est nommé Euphorbe dans les officines , s’extrait non seulement de l’euphorbe officinale , mais aussi de l’euphorbe des anciens , de celle des Canaries , et probablement de plusieurs autres espèces charnues. Ce suc, que Dioscoride nommait Eupliorbium , et auquel Fée propose de donner ce nom pour éviter l’équivoque , s’offre par morceaux présentant des cavités dans lesquelles on trouve parfois des épines. M. Pelletier l’a trouvé composé de : résine, 60,80; cire, i4,4° ; malate de chaux, 12,20; malate de potasse, t, 80 ; matière ligneuse et bassorine, 2,00 ; eau et huile volatile, 8,00; perte, 0,80. On n’a point trouvé de gomme dans l’analyse de ce corps , malgré qu’on le range constamment parmi les gommes-résines ; il devrait plutôt être appelé céro— résine.

L’euphorbe est un poison âcre. A petite dose, à l’intérieur, il produit des douleurs abdominales atroces , des vomissemens, des syncopes ; et si la quantité en est augmentée , la mort en résulte promptement, et l’on découvre qu’il a déterminé de profondes inflammations dans les organes. Appliqué à l’exté-

CLASSE XII

rieur , il produit la vésication , et on dit que les habitans du Mogol s’en servent pour former leurs vésicatoires. L’emploi interne de ce suc concret est abandonné : plusieurs empoisonnemens , qni se trouvent inscrits dans les fastes de l’art, ont éclairé les praticiens sur ses funestes propriétés. On se contente de conseiller l’euphorbe à l’extérieur, pour réprimer les chairs fongueuses ou remédier à la carie des os ; mais ce mode d’administration ne doit pas même être regardé comme exempt de danger, depuis que l’on sait qu’Orfila a fait périr des animaux , en insinuant dans leurs plaies quelques gros de cette substance. Cependant l’euphorbe fait encore partie de certains onguens épispastiques ; mais on ne doit pas lui prêter la puissance d’agir sans irriter la vessie , et de pouvoir remplacer heureusement les cantharides , depuis que Murray a rapporté qu’une femme éprouva une inflammation de cet organe , pour avoir couché dans un lit où l’on avait répandu de l’euphorbe. On trouve dans les officines une huile d’euphorbe qui a eu quelque réputation contre les paralysies. Maintenant les vétérinaires emploient fort souvent cette substance contre la gale des chevaux , ou pour leur appliquer des vésicatoires.

L’Euphorbe épurge 1 est une grande espèce indigène , dont les grosses semences renferment une huile abondante : elles en donnent par expression 44 à 52 livres sur cent, ce qui a fait proposer de soumettre cette plante à la culture , pour l’extraction de cette huile , que l’on pourrait peut-être rendre alimentaire en la privant de son principe âcre. Les campagnards se purgent souvent en avalant douze à quinze graines de cette euphorbe. Depuis long-tems L. Franck avait émis que l’on pourrait employer comme purgative l’huile que celles-ci fournissent, et qu’elle serait efficace contre leTœnia et les hydropisies ; c’est ce qu’ont fait avec succès d’abord M.Calderini, de Milan; puis le docteur Bally et d’autres. Loiseleur-Deslongchanips a reconnu que les racines de cette

i E. lathyris.

EUPHORBIACÉES

plante étaient vomitives ; ses feuilles sont vésicantes , et son suc est dépilatoire : Orfila a vu qu’en un jour huit onces de celui-ci faisaient périr un chien .

Le principe actif de l’épurge est volatil , et il paraît que du pain qui avait été cuit dans des fours que l’on avait chauffés avec cette plante a hérité de sa vertu en agissant comme purgatif. On dit que les coques de cette espèce enivrent les poissons, mais cela nous paraît extrêmement douteux : la plupart de ces animaux étant carnassiers , rarement on les voit saisir cette nourriture.

L’Euphorbe petit cyprès 1 2 , qui est une de nos espèces indigènes , et dont le nom indique une comparaison que l’on a établie entre son port et celui du cyprès, est un poison fort actif , et Lamotte vit une femme expirer pour s’ètre administré un lavement formé avec cette espèce ; cependant les gens de la campagne s’en servent à l’intérieur, et sa propriété purgative la leur fait nommer Rhubarbe des pauvres.

L’Euphorbe ésule a, dont le nom spécifique vient du celtique esuy et veut dire âcre, et qui est probablement l’euphorbe de Gérard , ressemble par son port , quand elle est jeune , à la linaire vulgaire , mais on l’en distingue facilement par son suc laiteux. Goste prétend que c’était cette espèce indigène qui, chez les anciens, remplaçait l’ipécacuanha. Son emploi est extrêmement dangereux , car Scopoli dit l’avoir vu déterminer la mort à la dose de trente grains , et qu’à l’extérieur elle occasionna une gangrène du ventre. Cependant, M. Loiseleur-Deslonchamps assure que sa racine est un bon succédané du vomitif que nous venons de citer.

L’Euphorbe réveil-matin 3 , qui se trouve communément dans notre patrie , porte un nom spécifique français qui indique l’usage que les bergers faisaient parfois de son suc , dont ils se frottaient les yeux pour abréger leur sommeil. Sa

1 E. cyparissias. 3 E. helioscopia.

2 E. esula.

CLASSE XII

dénomination latine consacre une erreur ; elle provient de HÀios’, soleil , et de CKO'rea , je vois , les anciens ayant pensé que cette plante tournait constamment son feuillage vers l’astre de la lumière. On a préconisé cette euphorbe dans la syphilis, dans les cas où les mercuriaux avaient échoué.

L’Euphorbe palustre 1 habite les marais de la France et ceux du nord de l’Asie. Les Sibériens, au rapport de Pallas , et les paysans du Dauphiné , à ce que dit ^ illars , s’en servent comme d’un purgatif et contre les fièvres intermittentes.

L’Euphorbe des anciens a a été mentionnée par Théophraste ; c’est une espèce charnue et épineuse dont le port se rapproche infiniment de celui des cactiers. Elle vient dans l’Inde et l’Afrique , et l’on croyait autrefois que c’était elle seule qui fournissait le suc concret nommé euphorbe. Forskal dit que les Arabes nourrissent leurs chameaux avec cette plante après l’avoir fait cuire.

L’Euphorbe édule 3 ne semble pas posséder la même activité que les autres ; les habitans de la Cochinchine la cultivent pour leurs besoins , car chez eux elle est rangée parmi leurs légumes. Déjà les anciens employaient dans leurs alimens quelques euphorbes quand ils désiraient se purger.

PHYLLANTHE. Phyïlanthus. Fleurs monoïques ou dioïques. Mâles : triandres , monadelphes. Femelles : trois styles , six stigmates. Capsule à trois coques bivalves , dispermes.

Par ce mot, qui est formé de c pvhhov , feuille , et de ctvôof, fleur , on a voulu exprimer que les fleurs de ces végétaux sont implantées sur les feuilles. Les phyllanthes sont des arbres et des arbrisseaux à feuilles alternes ; leurs fleurs sont disposées aux aisselles de celles-ci, tantôt solitaires, tantôt et le plus.

i E. palus tri s.

3 E. anti quorum.

3 E. edulis.

EÜPHORBIACÉES. 6l

souvent par faisceaux , de manière qu’après la chute des feuilles l’inflorescence a l’apparence d’une grappe. Ces plantes se trouvent disséminées en Amérique , en Asie, en Afrique et dans la Nouvelle-Hollande.

Le Phyllanthe du Brésil appelé aussi Conami ou Bois à enivrer, est un des plus connus. En Amérique, on jette ses rameaux dans les rivières après les avoir broyés , et l’on suppose qu’ils engourdissent et enivrent les poissons. On emploie dans le meme but , le Phyllanthe vireux. Plusieurs espèces de ce groupe passent pour diurétiques ; tels sont le Phyllanthe niruri et le Phyllanthe urinaire.

KIRGANÉLIE. Kirganelia. Fleurs monoïques.

Mâles ; pentandres , monadelphes. Femelles ; baie triloculaire.

Le nom de Kirganélie est celui que les naturels du Malabar donnent à un des arbrisseaux qui forment ce petit genre, facile à caractériser par son fruit.

XYLOPHYLLE. Xylophyllum. Fleurs monoïques. Mâles ■ deux ou trois étamines monadelphes. Capsule à trois coques bivalves , dispermes.

Dérivé de %vhov> bois , et de qvKKov , feuille , par ce nom on a voulu indiquer que la tige de ces plantes remplace les feuilles , les xylophylles étant en effet des arbrisseaux dépourvus de ces organes , et dont les rameaux extrêmement aplatis sont tellemement analogues à des feuilles , qu’ils ont été pris pour elles, et qu’ils en remplissent les fonctions. Ce genre ne diffère du phyllanthe que par le port des végétaux qu’il contient ; aussi quelques botanistes, tels sont Swartz et Kunth, l’ont réuni à ce groupe. Presque tous les xylophylles sont originaires de l’Amérique.

i P. brasiliensis.

CIASSE XII.

KIGGELLAIRE. Kiggellaria. Fleurs dioïques. Pe'rianthe à dix lobes. Capsule quinque valve , uniloculaire , polysperme.

Ce groupe est dédié au botaniste anglais F . Kiggelar; sa place est encore indécise. Il se compose de deux espèces originaires de l’Afrique méridionale, dans lesquelles les fleurs mâles offrent dix à vingt étamines , et les femelles un ovaire uniloculaire à cinq trophospermes pariétaux, bi ou triovulés.

GLUYTIE. Cluytia. Fleurs dioïques. Pe'rianthe à dix lobes, dont cinq pétaloïdes. Mâles : pentandres , monadelphes. Fruit capsulaire , tricoque , triloculaire.

Ce genre a été dédié à Cluyt, botaniste hollandais. Il renferme des arbustes et des arbrisseaux, presque tous originaires de l’Afrique méridionale.

ANDRAGHNEE. Andrachne. Fleurs monoïques.

Perianthe à dix divisions. Mâles pentandres. Capsule à trois loges dispermes.

Ces euphorbiacées portent le nom de etvS'pcL'yyr) , que les Grecs donnaient au pourpier , parce qu’elles lui ressemblent par leurs feuilles épaisses et charnues. On en connaît deux espèces , l’une indigène de l’Inde , l’autre de l’Europe.

PACHYSANDRE. Pachysandra. Fleurs monoïques. Pe'rianthe quadrilobé. Mâles : quatre étamines à filets larges. Capsule globuleuse à trois coques dispermes.

Ce genre doit sa dénomination à l’épaisseur des filets

EUPHORBIACÉES. 63

anthérifères des fleurs; elle provient de ‘Trar/ys , épais, et de œi'S'poç, mari.

La Pachysan dre tombante x, qui est la seule espèce connue, est tout-à-fait analogue au buis par ses organes floraux, mais elle s’en distingue par son port. C’est un végétal herbacé, dont la patrie est l’Amérique septentrionale.

BUIS. Buxus . Fleurs monoïques. Mâles : périanthe quadrilobé , tétrandre. Capsule ovoïde, tricorne a trois loges dispermes.

Ce mot est une altération de (6v%oç , qui est le nom que Théophraste donnait au buis ; il exprime un vase , et indique que les Grecs étaient dans l’usage de faire de petits ustensiles de ménage avec le bois de cet arbre ; on sait en effet qu’ils en fabriquaient des boîtes qu’ils appelaient Pyxides.

Le Buis ordinaire 2 , qui est l’espèce la plus commune , est un arbrisseau qui s’élève de quinze à vingt pieds , dans les forêts du midi de l’Europe , où il croît spontanément. Quelquefois il atteint d’assez fortes dimensions ; Haller en cite un des environs de Genève , dont le tronc avait six pieds de circonférence. On le cultive dans nos jardins pour l’ornement ; là il offre un assez grand nombre de variétés à feuilles panachées ou bordées de jaune ou de blanc , et que l’on ne peut obtenir que par des boutures , car , à ce que rapporte Rosier , par les semis on voit réapparaître l’espèce dans sa pureté primitive.

Les anciens avaient consacré le buis à Cérès. Nous avons pris des Romains la coutume d’orner nos jardins avec cet arbrisseau ; une lettre de Pline le jeune , dans laquelle il décrit son habitation de la Toscane , nous révèle que chez eux on le tondait pour lui donner des formes variées.

Le bois du buis est extrêmement dense ; il ne surnage point lorsqu’on le plonge dans l’eau, et il est bien veiné. Ces qualités

i P. procumbens.

i JB. sempervirens.

CLASSE XII

l’ont fréquemment fait employer. Les anciens s’en servaient probablement pour lambrisser quelques appartemens, car on sait que la bibliothèque du fameux vaisseau d’Hiéron en était construite; actuellement on en fait usage pour les ouvrages de tour et de tabletterie. Les feuilles de ce végétal sont amères, et elles exhalent une odeur désagréable', surtout quand elles sont imbibées par la pluie. M. Jaume Saint-Hilaire dit qu’elles empoisonnent les chameaux qui , dans l’Orient , en font parfois usage quand ils sont pressés par la faim. Malgré cet avertissement , on accuse cependant les brasseurs de les faire entrer dans la confection de la bière, ce qui ne doit pas être sans danger, à cause de leur énergie.

La matière médicale s’est aussi emparée du buis. Son bois est rangé parmi les sudorifiques, et regardé même comme pouvant remplacer le gayac dans le traitement des rhumatismes ou de la syphilis. L’huile que l’on retire par la distillation du bois de cet arbrisseau , a été vantée contre l’épilepsie , et sa teinture a passé , pendant un tems, pour un excellent fébrifuge, surtout en Allemagne où, à ce que dit M. Fée, Joseph II acheta i,5oo florins cette recette qui était employée par un charlatan .

Le Buis de Mahon 1 , qui se fait remarquer par ses larges feuilles et forme de grands bois dans les îles Baléares , d’où il est originaire , compose probablement , avec la précédente, toutes les espèces de ce genre.

ADELIE. Adelia. Fleurs dioïques. Mâles : environ trente etamines monadelphes. Fruit à trois coques monospermes.

Les adélies portent des fleurs extrêmement petites; c’est ce que l’on a cherché à exprimer par leur nom, qui est formé

i B. balearica

EUPHORBIACEES, 65

de et privatif et de tbjA.o? , visible. Ces plantes sont des arbrisseaux indigènes des deux Amériques.

RICIN. Ricinus. Fleurs monoïques. Përianthe tri ou quinquëlobe'. Mâles : ëtamines nombreuses, à androphore ramifie. Trois coques monospermes.

Ce nom est celui d’un insecte à la forme duquel on a comparé les semences de ces euphorbiacées. Les ricins sont des végétaux ligneux ou herbacés , dont les feuilles sont ordinairement peltées, et chez lesquels les fleurs mâles sont situées audessous des femelles. Ils habitent l’Asie et l’Afrique.

Le Ricin commun 1 , aussi nommé Palma-cbristi , à cause de la disposition digitée de ses feuilles , a un port qui varie extrêmement : arborescent et s’élevant jusqu’à trente pieds quand il croît dans les climats chauds , il devient herbacé lorsqu’il habite les régions froides ; Poiret, qui avait recueilli, en Afrique , des graines sur un individu extrêmement élevé et qui présentait un tronc épais et ligneux, n’en obtint, en France, que des individus herbacés ; Desfontaines observa l’opposé ; il vit que nos ricins herbacés devenaient arborescens lorsqu’ils étaient cultivés dans des serres-chaudes. Ces assertions tendent à faire rayer de la liste des espèces celles que l’on avait instituées sur des variétés de taille et de consistance. Dans notre climat, le ricin commun est herbacé, et acquiert de six à huit pieds de hauteur ; mais A. Richard a découvert, près de Nice, un endroit favorablement situé, dans lequel des pieds nombreux de cette plante formaient une sorte de petit bois, et s’élevaient environ à trente-cinq pieds au-dessus du sol. Il ne faut pas une chaleur considérable pour que le ricin parvienne à cet accroissement remarquable, carMonard en vit en Espagne dont le tronc ligneux avait la grosseur du corps d’un homme. Cette plante est originaire de la Barbarie .

R. commuais.

CLASSE XII

Le ricin commun est une des plantes qui ont fixé l’attention de la plus haute antiquité. L’Ecriture-Sainte en fait mention , et J. Bauhin et Sprengel pensent que c’est l’arbre sous lequel •Tonas s’endormit ; Hérodote , Hippocrate, Galien , Dioscoride et Mésué , en parlent dans leurs oeuvres ; les sarcophages égyptiens viennent aussi nous révéler que cette plante est connue depuis plus de quatre mille ans, car M. Caillaud a trouvé de ses graines à côté de quelques momies, et probablement alors elles étaient regardées comme d’une grande utilité ou elles avaient un haut prix , car ce peuple n’environnait ordinairement ses morts que d’objets précieux.

Divers organes de cette plante sont employés dans certains pays. Brown dit que sa racine est purgative. Au Sénégal, à ce que raconte Adanson , et au cap de Bonne-Espérance , à ce que rapporte Thunberg, ainsi qu’au Malabar, il paraît que l’on se sert des feuilles du ricin pour calmer la migraine , et qu’on les emploie entières ou broyées ; mais on lit dans les mémoires de la Société royale de Médecine que ce médicament a parfois causé la cécité. A la Chine on se purge avec les capsules non mûres et les jeune pousses de cette plante.

Les graines du ricin sont extrêmement irritantes ; leur énergie surpasse de beaucoup celle de l’huile qu’on en extrait. On cite que des personnes ont épronvé de violentes coliques pour en avoir avalé cinq ou six; M. Orfîla a fait périr des chiens en leur introduisant, dans l’estomac, une trentaine de grains de leur parenchyme.

On extrait des semences du ricin une huile mixte qui est soluble dans l’alcool comme les huiles essentielles , et inodore comme les huiles fixes ; son usage est fort répandu dans l’économie domestique et la médecine. On l’obtient par des procédés variés qui paraissent influer beaucoup sur ses propriétés. Dans l’Inde et l’Amérique, pour l’extraire, on torréfie les graines de ce végétal, on les pile, on fait bouillir avec de l’eau la pâte qui en résulte , et bientôt l’huile vient se placer à la superficie du liquide , et peut être recueillie. Ce

ÉUPHORBIACEES. 67

procédé est défectueux en ce que celle-ci entraîne toujours de l’eau qui la fait rancir promptement. En France , on fabrique ce produit par la simple expression à froid, et l’on obtient en huile un tiers du poids des semences. On peut encore en extraire une plus forte proportion, dix onces par livre, par le moyen de l’alcool , qui a la propriété de dissoudre cette huile; mais ce procédé est trop coûteux. MM. Bussy et Lecanu, qui ont étudié l’huile de ricin, l’ont trouvée composée de : huile odorante, volatile à environ 12.5°; matière solide particulière; acides Ricinique, élaïodique et margarique.

Dans l’économie domestique l’huile de ricin est employée depuis de nombreux siècles. Il est probable que c’était avec elle que les anciens Egyptiens s’éclairaient ; dans quelques unes des Antilles , ainsi que dans la Tartarie et l’Inde , cet usage existe encore aujourd’hui, et l’on élève des plantations de ricin , à l’effet d’en retirer ce combustible , qui , en Amérique, coûte beaucoup moins que l’huile de poisson. Les semences de ce végétal renfermant une proportion considérable d’huile, il serait fort avantageux de le cultiver pour l’en extraire dans les Landes du midi de la France, ainsi que l’a conseillé Valentin. On a meme pensé qu’il serait possible de priver cette huile de son principe actif et de la rendre alimentaire. Dans l’Inde, Rumphius dit qu’elle sert à calfater les vaisseaux, en guise de poix, ainsi qu’à enduire les maisons , après qu’on l’a unie avec de la chaux , et il ajoute qu’elle entre aussi dans un mortier qui devient dure comme de la pierre , et qui est employé pour la construction des puits et des citernes.

Ce n’est que vers 1776 que l’usage médical de l’huile de ricin s’est répandu d’une manière notable en Europe. Les Anglais l’employaient déjà, et leur exemple engagea M. Odier, médecin de Genève , à faire avec elle quelques essais qui lui réussirent, et dont il publia les résultats dans les journaux. A compter de cette époque , l’efficacité de ce purgatif doux fut reconnue , et son emploi devint universel. Mais il faut con-

CLASSE XII

venir que la dose de ce médicament est difficile à fixer, sa manière d’agir variant beaucoup , ce qui tient probablement au mode d’extraction que l’on a suivi , ou à sa plus ou moins grande pureté. Cependant , c’est à tort que plusieurs auteurs anciens, et Bichat lui-méme, regardaient cette huile comme un purgatif dangereux. En Amérique et dans l’Inde on se sert parfois de celle-ci à l’extérieur pour appaiser les douleurs , ou contre les maladies de la peau. Pison dit qu’au Brésil on prétend , qu’appliquée sur le ventre des enfans , elle procure l’évacuation des vers ; à l’intérieur, on a pensé, depuis Dios— coride qui l’a avancé, que l’huile de ricin était vermifuge ; Poiretla regarde meme comme un des plus énergiques; mais si parfois elle a semblé être utile contre les helminthes , elle ne réussit pas constamment.

MEDIGINIER. Jatropha. Fleurs monoïques. Mâles ; périanthe infundibuliforme, quinquélobé, décandre. Femelles ; périanthe à dix lobes. Capsule à trois coques monospermes.

Ce nom est dérivé de icirpav , remède, et de Çccya), je mange , parce que l’un des médiciniers fournit un aliment fort employé, pendant que quelques autres servent en médecine comme purgatifs. Ces végétaux sont des arbres ou des arbrisseaux , rarement des herbes ; ils contiennent un suc laiteux, et habitent les deux continens.

Le Médicinier cathartique 1 , qui est plus communément désigné sous le nom de Médicinier, est un arbuste d’Afrique, qui paraît avoir été répandu en Amérique et aux Antilles par les nègres. Là, on en fait des palissades, et on s’en sert pour enclore les habitations. On lit dans la plupart des ouvrages que les semences de cette espèce , que l’on nomme vulgairement Pignons d’Inde, ou Noix des Barbades , sont édules ,

i J. curcas.

EUPH0RB1 ACÉES .

et qu’elles ont le goût de la noisette après qu’on les a privées de leur embryon ; mais que si on les mange avec celui-ci , il suffit d’en prendre cinq ou six, et meme trois, pour en être violemment purgé. Les raisons que nous avons mentionnées dans les généralités de cette famille doivent cependant faire suspecter cette opinion. En effet, les graines de médicinier que l’on trouve dans le commerce sont d’une saveur si âcre , qu’il serait difficile d’admettre que ces organes puissent jamais servir à notre nourriture , et notre assertion semble aussi confirmée par l’aventure qui arriva à Geoffroy et au marquis de Boufflers, qui, en se promenant au Sénégal, éprouvèrent des vomissemens pour avoir mangé chacun huit ou dix amandes de médicinier. Le danger de celles-ci est mis hors de doute par M. Soubeiran , qui ressentit les mêmes symptômes par l’injestion d’une seule , ainsi que par les expériences d’Orfila , dans lesquelles il reconnut qu’il suffisait de un à trois gros de ces graines pour empoisonner des chiens.

Dans l’Inde, on extrait, des graines de ce médicinier, une huile qui, par ses propriétés, tient le milieu entre celles de Ricin et de Tigli . Là, on la brûle pour l’éclairage, et l’on s’en sert en frictions contre la gale, les dartres et quelques autres maladies.

Il paraît, d’après M. Reevel , médecin qui réside à Canton , que le fameux vernis de la Chine se fait avec cette huile, que l’on met en ébullition avec de l’oxyde de fer.

Le Médicinier manioc 1 simplement appelé Manioc, est un sous-arbrisseau dont les racines volumineuses et parfois de la grosseur de la cuisse sont d’une couleur grise , verte ou rouge à l’extérieur , selon la variété , et toujours charnues , blanches et laiteuses en. dedans ; les feuilles de ce végétal sont palmées et ses fleurs verdâtres. Les naturalistes pensent qu’il est originaire de l’Amérique , dont il habite les lieux humides des contrées chaudes, mais Raynal prétend qu’il

i J. manihot.

CLASSE XII

provient d’Afrique, et que ce sont les nègres qui l’ont transporté dans le Nouveau-Monde.

Le suc laiteux qui abonde dans la racine du manioc est un des plus violens poisons végétaux. On dit que les sauvages s’en servent pour envenimer leurs flèches ; mais c’est principalement à l’intérieur qu’il est redoutable. On trouve dans les mémoires de l’académie de Berlin qu’un esclave empoisonneur, condamné à mort, subit son supplice en moins de six minutes, en avalant trente-cinq gouttes de ce suc léthifère , qui amène le terme fatal en produisant des vomissemens , des sueurs froides , des convulsions et la tuméfaction du corps. Après la mort, on ne rencontre aucune lésion dans le tube intestinal, ce qui a fait croire à MM. Fermin et Soubeiran que ce poison, dont ce dernier compare l’odeur à celle des amandes amères, agit sur le système nerveux comme l’acide hydrocyanique. Bajon, à l’aide d’expériences, s’est assuré que le principe vénéneux du suc de manioc était très-volatil, et que celui-ci n’occasionnait plus d’accidens après qu’on l’avait exposé pendant trente-six heures au contact de l’air, ou soumis à l’ébullition. Par la distillation, on en obtient un liquide extrêmement délétère. M. Ricord-Madiana , qui a isolé le principe actif du suc laiteux de ce végétal , a reconnu que quelques gouttes mises sur la langue d’un chien suffisaient pour le faire périr en moins de dix minutes.

Malgré le poison qu’il contient, le manioc n’en est pas moins un des végétaux que l’homme récolte le plus souvent pour sa nourriture. Les nègres en font particulièrement usage de tems immémorial , et maintenant on le cultive dans tout le grand espace compris entre la Floride et la terre Magellanique. Ce sont les racines de cette plante que l’on emploie ; on les cueille quand elles ont acquis six mois à deux ans, car au-delà de ce dernier âge, elles deviennent dures ou s’altèrent. Quand on les a extraites du sol, on les racle avec un couteau, puis on les lave, et ensuite on les râpe. Cette dernière opération , que les sauvages faisaient avec des pierres

EÜPHORBIACEES.

volcaniques, avant qu’ils eussent la connaissance du fer, se produit maintenant à l’aide de râpes cylindriques, dont la superficie est garnie de clous ou d’une feuille de tôle hérissée d’aspérités, et qui se meuvent soit à bras, soit au moyen de chevaux. La pulpe que l’on obtient à l’aide de cet instrument est déposée dans des sacs faits en natte ou en toile, et on la soumet immédiatement à une forte pression pour en extraire tout le suc vénéneux. Le résidu de la presse s’appelle Cassave.

Avec celle-ci , on prépare des espèces de galettes que l’on fait griller sur une plaque de fer ; on les mange comme le pain, et les créoles les aiment mieux que celui-ci. D’autrefois, avec la cassave que l’on retire de la presse, on fabrique ce que l’on nomme la Farine de cassave ou de manioc. On l’obtient en la mettant simplement sur le feu dans une bassine, et en la remuant continuellement. On mange cette farine dans les sauces ; les nègres se contentent de la délayer dans de l’eau chaude et salée.

On obtient aussi du manioc une fécule blanche et douce que l’on nomme , à Cayenne, Moussache , dénomination qui est dérivée de Mouchaco , qui , en espagnol , signifie enfant , et là serait appliquée pour exprimer progéniture de manioc. Cette fécule sert à faire des gâteaux blancs comme la neige et des soupes pour les convalescens , et on l’emploie aussi pour empeser le linge et pour poudrer les cheveux. Le Tapioka , que l’on commence actuellement à introduire sur nos tables, est cette fécule séchée et granulée sur des plaques chaudes.

Le pain de manioc est fort nourrissant ; deux onces suffisent pour le repas d’un homme, et une livre peut le nourrir pendant vingt-quatre heures. Cette plante offre tant d’avantages , que Roquefort assure qu’un arpent de terre qui en est rempli peut nourrir plus d’individus que six arpens de blé.

On fait aussi diverses liqueurs spiritueuses avec la racine de manioc, particulièrement en Amérique. Il paraît que dans

CLASSE XII

cette partie du monde on mange les feuilles du manioc en guise d’épinards , en les faisant cuire dans l’huile.

ALEURITE. Aleurites. Fleurs monoïques. Femelles : deux stigmates bifides. Noix à deux loges mon o spermes.

Ahevpov, qui signifie farine, indique que les rameaux de plusieurs arbres de cette section sont couverts d’une poussière abondante. Les aleurites, que Coinmerson avait désignés sous le nom à? Ambinux , à cause de la disposition de leur fruit , portent des étamines nombreuses et monadelphes, et habitent principalement l’Inde et les Moluques.

GROTON. Croton. Fleurs monoïques ou dioïques, quinquelobées. Mâles ; huit â vingt étamines libres. Femelles ; trois styles bifides. Capsule à trois loges bivalves , unispermes.

Les naturalistes ont comparé les semences de ces plantes au Ricin, insecte que les Grecs nommaient Kporov, et de là est provenue cette dénomination . Les crotons contiennent des végétaux ligneux ou herbacés , dont les feuilles sont recouvertes de poils en étoiles, ou d’écailles argentées ou dorées. Leur patrie est spécialement l’Amérique équinoxiale.

Le Croton tiglium 1 porte des semences de la grosseur d’une noisette et subquadrangulaires ; leur embryon et leur amande , comme l’ont reconnu Mérat et Delens , ont une saveur extrêmement âcre et brûlante. Ces semences, que l’on appelle , dans le commerce , Pignons d’Inde ou Graines de tigli, sont vénéneuses, et elle fournissent par expression une huile fortement irritante, dont les vapeurs enflamment les yeux , et qui , à la dose de six ou huit gouttes , peut déterminer la mort; elle est susceptible de cristalliser par l’évapo-

i C. tiglium.

EUPHORBIACEES.

ration, suivant Vauquelin ; et le chimiste Brande a reconnu qu’elle contenait un acide qui est analogue à l’acide jatrophique , et une matière grasse insoluble dans l’alcool ; en outre , on y trouve un principe âcre nommé Tigline , et qui est soluble dans celui-ci.

L’huile de tiglium est un purgatif extrêmement énergique. Depuis long-tems on en faisait usage dans l’Inde , et c’est dans ce pays qu’on la fabrique généralement ; cependant quelques pharmaciens de Paris commencent à l’extraire euxmêmes. C’est à M. Cromwel , médeciy de la compagnie anglaise, que l’on doit l’introduction de ce médicament en Angleterre ; bientôt après il se répandit en Italie et en Allemagne. Déjà Ferrein en avait parlé en 1770, mais il ne fut réellement employé en France qu’après 1824 , époque à laquelle M. Friedlander fit connaître ses propriétés avec détail. Cette huile est un des purgatifs les plus énergiques que l’on connaisse. On prétend que dans l’Inde ses seules émanations suffisent à quelques personnes pour les purger , et l’on sait que M. Royer-Collard l’a été pour en avoir seulement appliqué quelques parcelles sur sa langue. Ce médicament est principalement efficace dans la colique de plomb , et en général dans les paralysies ou le tube intestinal est frappé d’une profonde atonie. Dans l’Inde, souvent on l’emploie pour la guérison des hydropisies, et il y jouit d’une telle réputation , qu’on le nomme Chasse eau ; les nègres de l’Ile — Bourbon ont la même confiance en l’huile de tiglium pour le traitement de ces maladies , et cette opinion doit être fondée ; en outre, elle a encore été vantée pour expulser le Toenia , et le docteur Prieger a même réussi à faire évacuer ce ver , en l’employant à l’extérieur.

Le Croton cascarille 1 porte un nom spécifique , qui n’est qu’un simple diminutif du mot espagnol cascara , qui signifie écorce. C’est cet arbrisseau, indigène de l’Amérique méri—

1 C. cascarilla.

CLASSE XII

clionale et des Antilles , que l’on a cru , jusqu’à ce jour, qui fournissait l’écorce appelée Cascarille dans les officines ; mais Thomson vient d’émettre que celle-ci est produite par le croton eluteria Sw . . Quoiqu’il en soit , cette écorce , dont la couleur est d’un gris cendré , et qui est ordinairement couverte de lichens blancs, est amère et aromatique , et quand on la fait brûler, elle exhale une odeur balsamique qui décèle l’acide benzoïque. Thommsdorflf, qui l’a analysée, y a découvert du mucilage , un principe amer , de la résine , de l’huile volatile, de l’eau et de la fibre ligneuse.

La cascarille est tonique et excitante , et paraît avoir été employée avec succès contre les fièvres intermittentes, ce qui la fit nommer Quinquina aromatique ; cependant elle ne contient aucun des alcaloïdes qui rendent l'écorce du Pérou si efficace. Les Stahliens , qui avaient une antipathie pour le quinquina , prétendaient meme qu’elle lui était beaucoup supérieure dans ces maladies. Dans quelques pays on fume la cascarille en la mêlant au tabac, mais elle jouit d’une propriété enivrante.

Le Croton tinctorial 1 est une plante annuelle qui croît sur les bords de la Méditerranée , et de laquelle on extrait le Tournesol en drapeaux, espèce de couleur bleue que l’on fabrique en Languedoc, en trempant simplement des chiffons dans le suc obtenu par expression des sommités de ce végétal , et en les exposant aux émanations d’un mélange de chaux et d’urine putréfiée. C’est spécialement avec la Hollande que le midi de la France opère le trafic de ces chiffons imbibés de matière colorante. Dans le premier de ces pays, ce tournesol en drapeaux sert à la confection des toiles peintes, ainsi qu’à teindre le papier à sucre et les fromages de Hollande à croûte violette. Les chimistes trouvent dans cette substance un excellent réactif, et les pharmaciens en font parfois usage pour colorer le sirop de violette. On sait, depuis les travaux

i C. tinctoriurn.

EUPHORBIACEES.

de Chaptal et de Bouvier, que le tournesol en drapeaux ne fournit point le Tournesol en pain, ainsi qu’on l’avait annoncé précédemment, et que les Hollandais retirent celui-ci de l’orseille.

Le Croton porte-laque 1 est un arbre de Ceylan, qui nourrit le coccus lacca , insecte qui , en piquant la superficie de ses rameaux, occasionne l’exsudation d’une matière résinoïde, dont la solidification s’opère rapidement, et que l’on connaît dans le commerce sous le nom de Gomme laque. Cette substance , qui forme la base de la cire d’Espagne , ainsi que celle de certains vernis , et qui entre dans la composition de quelques médicamens , se trouve encore sur d’autres végétaux , mais sur ce croton , elle est d’une meilleure qualité.

Le Croton porte-suif 3 est originaire de l’Inde et de la Chine; son port est analogue au cerisier. Ce végétal, appelé communément Arbre à suif, commence à se naturaliser dans la Caroline ; il est remarquable par ses semences qui sont couvertes d’une substance sébacée, et qui lui donnent un aspect fort extraordinaire à l’époque où , après la chute de leurs valves protectrices , elles forment , au milieu du feuillage , des espèces de grappes d’un assez beau blanc. Les Chinois, qui nomment ce végétal U-kieu-mu, le cultivent et retirent de ses graines la matière de leur chandelles , ainsi qu’une huile poulies lampes ; les premières sont extrêmement blanches , mais parfois on les colore en rouge avec du vermillon.

Le Croton panaché 3 , que l’on a reporté dans un autre genre, est remarquable par la beauté de son feuillage panaché de vert et de taches d’un jaune d’or. Dans l’Inde, les rameaux de ce bel arbuste , qui est en quelque sorte sacré , servent à décorer les salles de festin et même les monumens que l’on élève aux triomphateurs ; puis quelquefois aussi on l’emploie dans les pompes funèbres pour voiler le cercueil

i C. lacciferum . 3 C. vanegatum.

i C. sebiferum.

7 b CLASSE XII.

des enfans. Une variété de ce végétal fournit des feuilles rafraîchissantes , que l’on mange dans la soupe quand elles sont jeunes.

Quelques autres espèces du genre Croton sont encore employées à divers usages. Il en est qui exhalent par leur écorce des résines balsamiques qui remplacent l’encens 1 , d’autres passent pour antisyphilitiques 2.

RICINELLE. Acalypha Fleurs monoïques. Mâles ; huit ou seize étamines monadelphes. Femelles : stigmates rameux. Capsule à trois loges monospermes.

La ressemblance de certaines ricinelles avec l’ortie leur à fait imposer un nom scientifique, qui provient de ctxctAuÇir, qui est celui que les Grecs donnaient à cette plante. Ces euphorbiacées sont ligneuses ou herbacées , et croissent , pour la plupart , dans l’Inde et dans l’Amérique.

GLUTIER. Sap ium. Fleurs monoïques. Mâles : périanthe bifide , diandre. Femelles ; périanthe tridenté. Capsule globuleuse , triloculaire.

Cette dénomination est dérivée de sap , qui en celtique signifie onctueux ; elle a dû son origine au suc glutineux et délétère qui découle d’un des glutiers ; ceux-ci sont des arbres lactescens , indigènes de l’Amérique , de l’Inde et de plusieurs îles .

Le Glutier des oiseleurs 3 contient un suc lactescent si visqueux, qu’on l’emploie pour prendre les oiseaux. C’est de cette particularité que proviennent ses noms. Il renferme du caoutchouc.

1 C. thuriferum.

2 C. antisyphiliticum.

3 S. aucuparium.

EUPHORBI ACEES .

SABLIER. Hura. Fleurs monoïques , urcëolëes. Mâles en chatons. Femelles solitaires; stigmate peltè. Capsule ligneuse , déprimée , a douze , à dixhuit coques monospermes , bivalves.

Le nom botanique de ce groupe est américain ; le vulgaire vient de l’habitude que l’on a de transformer en boîte à poudre le fruit de l’espèce que nous citons. Les sabliers habitent les régions chaudes de l’Amérique.

Le Sablier élastique 1 est un grand arbre que l’on nomme dans son pays Noyer d’Amérique et Pet-du-diable , et dont il découle un suc blanc et très-âcre ; il est assez commun aux Antilles. Les marins rapportent fort souvent de ses capsules en Europe ; elles sont remarquable parce qu’à certaine période de leur dessiccation , tout d’un coup , elles éclatent avec un grand bruit si l’on n’a pas eu la précaution de les entourer d’un fil de fer , et souvent leurs valves , qui se dispersent par l’effet de l’élasticité, vont fracturer les objets qui les environnent ; delà provient le nom latin imposé à cette espèce.

MANCENILLIER. Hipp omane. Fleurs monïques. Mâles : pe'rianthe turbine' bifide , diandre. Fruit charnu à noyeau ligneux, ine'gal, pluriloculaire.

Ce nom provient de tTrrroç, cheval , et de [xcivta, , fureur, parce que l’on a pensé que le mancenillier était analogue à une plante d’Arcadie appelée hippomane , qui rendait les chevaux furieux, et que certains savans croient être la pomme épineuse. La désignation française indique la forme du fruit de ce végétal , qui ressemble à une petite pomme , comparaison qu’exprime le mot mancinilla.

Le Mancenillier vulgaire 3 est un arbre dont toutes les

H. crépi tan s.

i H . mancinilla.

CLASSE XII

parties sont imprégnées d’un suc blanc et laiteux, qui contient une assez forte proportion de caoutchouc ; il croît dans l’Amérique et en Arabie , principalement sur les bords de la mer : c’est un des végétaux vénéneux les plus célèbres , mais, comme nous allons le voir, il existe encore quelques dissidences à l’égard de son énergie.

On a souvent répété que ses exhalaisons étaient délétères , et que quelques instans passés sous son feuillage suffisaient pour donner la mort. Jaquin osa braver ce danger, et n’en ressentit aucune indisposition. M. Bicord-Madiana, dans un traité spécial sur cet arbre , a confirmé cette assertion : il a voyagé pendant plusieurs heures «à l’abri d’un amas de mancenilliers , et il n’en éprouva nulle impression délétère. Cet auteur dit que l’eau de pluie qui recouvre les feuilles de ces euphorbiacées n’y contracte aucunes qualités malfaisantes , et qu’on pourrait la boire sans danger, mais que la décoction de ces parties est un poison. Selon lui, les feuilles appliquées sur les endroits où la peau est épaisse, après avoir été broyées, n’y occasionnent nuis désordres, tandis que leur contact produit l’inflammation et la gangrène sur les parties ou le système cutané est mince , ainsi que sur les muqueuses ou les endroits dénudés.

Le fruit du mancenillier ressemble à une pomme d’api par son volume et sa coloration ; il a une saveur qui d’abord est fade, mais qui devient brûlante quelques momens après son injestion , particularité qui cause de funestes méprises. Ce fruit empoisonne en produisant des vomissemens et parfois des inflammations gangréneuses de l’estomac. 11 en faut plusieurs pour causer le trépas d’un homme , et l’on a meme des exemples d’individus qui ne sont pas morts pour en avoir mangé deux douzaines. Doit-on croire, après cela, ce que l’on dit de quelques nègres qui auraient fait périr leurs maîtres , dans les colonies, en leur mettant de ces fruits dans leur café ? C’est à l’usage que les crabes peuvent faire impunément de la pomme de cette euphorbiacée , que Bruce a

SANGUISORBEES. 7g

prêté l’empoissonnement que quelques personnes ont éprouvé après avoir mangé de ces crustacés.

Le suc du mancenillier exhale une odeur d’absinthe , et si on met ses vapeurs en, contact avec le visage , on y éprouve rapidement des picotemens. Il est fade au moment où on l’introduit dans la bouche , mais bientôt il développe un sentiment d’âcreté ; mis en contact avec la peau des mains, ce suc ne produit aucun effet , mais, selon MM. Ollivier et Orfda , déposé sur la face il en détermine le gonflement érysipélateux. Ces expérimentateurs ont reconnu qu’un gros de ce liquide suffisait à l’intérieur pour tuer un chien , et qu’injecté dans une plaie il amène le même résultat en vingtquatre heures. Selon eux , il agit simplement comme un poison âcre et non comme un stupéfiant du système nerveux , ainsi qu’on le professait. M. Ricord-Madiana a reconnu dans ce suc des cristaux de Mancenillite.

Le suc du mancenillier sert aux sauvages pour empoisonner leurs flèches. On l’a parfois , suivant Aublet, conseillé contre les vers , mais il est plutôt funeste aux animaux qui le prennent qu’à ceux-ci que l’on trouve encore vivans dans leurs intestins , après qu’ils sont expirés , comme l’a vu M. Ricord-Madiana.

FAMILLE DES SANGUISORBÉES.

Fleurs hermaphrodites ou unisexes. Périanthe monophylle , lobe' ; un ou deux carpelles monostyles. Un ou deux akènes enveloppe's par le pe'rianthe.

Les Sanguisorbées forment une section des rosacées pour la plupart des auteurs ; nous mentionnerons , en traitant de cette dernière famille , les raisons qui nous ont engagé à les

CLASSA XII

en séparer. Ce sont des plantes herbacées ordinairement, et à feuilles alternes, lobées ou composées.

PIMPRENELLE. Poterium . Fleurs monoïques , dioïques ou hermaphrodites. Périanthe urcéolé , quadrilobé ; étamines nombreuses ; stigmates en pinceau.

Ce nom, qui signifie vase à boire ou breuvage , indique l’usage que l’on faisait anciennement de l’espèce suivante , pour confectionner une boisson réputée salutaire dans quelques maladies. Les pimprenelles sont des végétaux herbacés ou ligneux , dont plusieurs habitent l’Europe.

La Pimprenelle commune 1 vient spontanément sur nos coteaux. On la cultive dans les jardins parce qu’elle est fort souvent employée pour assaisonner les alimens qu’elle aromatise un peu. Quelques peuples de la Sibérie mangent les racines de cette plante après les avoir fait cuire, et Pallas rapporte que , pour s’en procurer facilement , ils recherchent parfois les amas qu’en font les rats économes. Les moutons et les vaches se nourrissent de la pimprenelle commune avec plaisir , aussi quelques agronomes ont-ils conseillé de la cultiver. Sa facilité à croître dans des terrains excessivement maigres et où les autres fourrages ne peuvent subsister , pourrait la rendre fort avantageuse. Malgré les propriétés médicales que les latins donnaient à ce végétal ; malgré la prétendue vertu galactophore que lui supposait Tabernamontanus , et la puissance que lui avait accordée contre la rage un veneur de François II, qui avait guéri ses chiens avec lui, il n’est plus usité aujourd’hui dans l’art médical où l’on a reconnu son inefficacité.

RLCHIMILLE . Alchimilla. Fleurs hermaphro-

i P. sanguisorba.

SANGUISORBÉES.

dites. Périanthe tubuleux , à huit lobes , tétrandre ; stigmate unique.

Suivant Linnée et d’autres savans , ce nom provient de l’emploi mystique que les alchimistes faisaient de la rosée des feuilles des alchimilles pour obtenir la pierre philosophale ; mais , d’après certains étymologistes , cette dénomination est purement arabe. Ces plantes sont des herbes à fleurs verdâtres, dont plusieurs habitent les terrains montueux de l’Europe.

L’Alchimille commune 1 est vulgairement appelée Piedde-Lion ou Mantelet-de-Dame , ladies mantle , à cause de la forme de ses feuilles qui ressemblent à la fois à l’empreinte du pied de ce carnassier et à cette partie du vêtement des femmes. Apulée dit que les druides se servaient de ce végétal dans leurs conjurations , pour exciter aux plaisirs voluptueux ; long-tems sa racine, qui est astringente, a été employée contre les relâchemens des tissus. Aujourd’hui elle est presque inusitée.

GLIFFORTIE. Cliffortia. Fleurs dioïques. Périanthe trilobé, accrescent. Mâles polyandres. Capsule biloculaire , formée par le périanthe.

C’est à la mémoire du célèbre amateur hollandais G. Cliffort, protecteur de Linnée, que ce groupe a été dédié. Tous ces végétaux sont des arbrisseaux à feuilles simples, et qui croissent dans l’Afrique méridionale.

SANGUISORBE. Sanguisorba. Fleurs hermaphrodites, en épi. Périanthe quadrifide, tétrandre.

La Sanguisorbe officinale 2 , qui se trouve en France , passait pour être bonne contre les hémorrhagies; de là vient

i A. vidgaris.

S. officinalis.

CLASSE XI r.

son nom générique , qui est formé de sanguis , sang , et de sorbere , absorber. C’est un végétal astringent , que Gmelin dit qu’en Sibérie on emploie contre les diarrhées ; les autres espèces habitent l’Afrique, la Chine et l’Amérique.

FAMILLE DES AMARANTHÉES.

Fleurs unisexes ou hermaphrodites. Përianthemonophylle , Iri , quadri ou quinquélobé, ordinairement coloré; trois à cinq étamines libres ou monadelphes ; ovaire ordinairement uniloculaire , uniovulé ou pluriovulé. Pyxide , capsule ou baie.

Les amaranthées renferment des plantes herbacées ou sous-ligneuses , à feuilles alternes ou opposées ; leurs fleurs sont en capitule , en épi ou en panicule ; l’embryon est recourbé autour d’un endosperme farineux.

AMARANTHE. Arnaranthus. Fleurs monoïques.

Femelles à trois styles. Pyxide monosperme ou capsule indéhiscente.

L’étymologie de ce nom, qui est formé de ciy.cipv<r<rco , je brille , et de avôoç , fleur , indique la beauté des plantes de ce groupe. Les amaranthes sont herbacées ; elles portent des feuilles sur lesquelles on rencontre souvent des maculatures de diverses couleurs. Pline cite le coloris de leurs fleurs comme le type de la teinte pourpre, et il avance que les procédés de l’art de son tems, n’avaient pu encore en atteindre le brillant éclat. Ces végétaux faisaient partie des plantes funéraires des anciens , et ceux-ci en ornaient les tombeaux ou en formaient des couronnes qui servaient dans les cérémonies expiatoires. Les espèces de ce genre habitent toutes les

AMARANTHÉES.

contrées du globe, mais elles se plaisent principalement dans les régions chaudes, et c’est en Asie que l’on en trouve le plus grand nombre. La plupart de celles qui croissent dans l’Inde et en Amérique sont employées comme plantes potagères.

L’Amaranthe caudifère 1 , qui se fait remarquer par ses grappes pendantes de fleurs d’un beau rouge, et l’Amaranthe tricolore , dont les feuilles sont panachées de vert , de jaune et de rouge, sont fréquemment cultivées pour l’ornement de nos parterres.

CELOSIE. Celosia. Périanthe environne de deux ou trois bractées écailleuses ; étamines monadelphes. Pyxide polysperme.

Cette dénomination, qui est dérivée de xtiheof, desséché, indique l’espèce de dessiccation dont semblent frappées les fleurs de ce groupe , et qui permet jusqu’à un certain point de les conserver comme des immortelles. Les célosies , qui sont aussi appelées Passe-velours , habitent principalement l’Inde ; plusieurs espèces ornent nos jardins.

La Célosie crête de coq 2 , qui est une des plus brillantes, est très-recherchée pour décorer les appartemens.

IRE SINE. I résiné. Fleurs dioïques. Périanthe quinquélobé ; cinq écailles entre les étamines. Pyxide uniloculaire , polysperme.

Les irésines sont pour la plupart originaires de l’Amérique méridionale.

L’Irésine fausse célosie 3 , qui est le type de ce groupe et provient de la Virginie , est cultivée chez nous.

x A. caudatus.

a C. cristata .

3 /. celosioides.

CLASSE XII

AGHYRANTHE. Achyranthes . Périanthe quinquélobé , environne de trois écailles. Capsule monosperme , indéhiscente.

C’est de ayjupov, paille, et de ctvôoç^ fleur, que provient ce nom, qui exprime l’état des folioles florales de ces plantes que l’on a comparées à des fragmens de paille. Les achyranthes sont frutescentes ou herbacées ; on en trouve dans diverses régions de l’Asie et en Europe.

L’Achyranthe argenté 1 , qui se distingue par le duvet argenté qui revêt ses feuilles, est originaire de la Sicile.

AMARANTHINE. Gomphrena. Périanthe quinquélobé ; cinq étamines monadelphes ; un style. Utricule monosperme, invalvé.

La ressemblance de ces végétaux avec les amaranthes leur a valu ce nom , qui est une altération de celui de gromphrena , que Pline donnait très-probablement à l’amaranthe tricolore; Tournefort les appelait amaranthoides.

L’Amaranthine globuleuse 2 , qui croît spontanément dans l’Inde , est cultivée dans tous les jardins.

ILLECÈBRE. Illecehrum. Périanthe quinquélobé, environné de trois écailles ; cinq étamines monadelphes. Capsule quinquévalve , uniloculaire , monosperme.

Cette épithète, qui provient de illecebra , charmes, est cependant donnée à des plantes qui n’ont rien de séduisant ; elles sont herbacées, rameuses, et elles portent des feuilles

i A. argentea.

G. globosa.

CHÉNOPODÉES. 85

opposées , dépourvues de stipules ; leurs fleurs sont disposées en paquets axillaires.

FAMILLE DES CHÉNOPODÉES.

Fleurs unisexes ou hermaphrodites. Périanthe monophylle , ordinairement herbacé et persistant ou accrescent ; cinq examines ordinairement ; ovaire uniovulé, uniloculaire. Péricarpe indéhiscent , sec et mince ou bacciforme. Feuilles non engainantes, non stipulées.

Les chénopodées sont ordinairement herbacées , et leurs feuilles sont presque toujours alternes, et dépourvues de stipules et de gaines. Il n’existe qu’un pistil dans les fleurs; un seul genre fait exception ; l’endosperme est farineux et l’embryon roulé en spirale. Cette famille a les plus grands rapports avec les amaranthées ; il est même impossible de l’en isoler. Le fruit qui reste indéhiscent dans les chénopodées, tandis que généralement il s’ouvre comme une boîte à savonnette dans les amaranthées , est peut-être le seul caractère qui distingue ces deux familles, dont le port est du reste si dissemblable, car on ne peut, selon A. Puchard, regarder l’insertion des étamines comme étant différente chez elles ; ce botaniste considérant celles-ci comme hypogynes dans la majorité des genres appartenant aux chénopodées , et non comme épigynes, ainsi qu’on le pensait avant lui.

Les chénopodées sont généralement alimentaires et émollientes ; quelques unes fournissent de la soude , d’autres du sucre ; il en est dont les semences possèdent la vertu purgative .

PHYTOLAQUE. Phytolacca. Périanthe coloré*

CLASSE XII

quinquëparti ; sept à trente étamines; huit à douze pistils ou plus , soudés inférieurement. Baie déprimée , polysperme.

Ce nom , formé de qvrov , plante , et de lacca , laque , rappelle la couleur d’un beau rouge, que l’on peut obtenir des fruits de ces végétaux. Les phytolaques sont des arbustes ou des herbes ; toutes proviennent de l’Amérique , à l’exception d’une espèce qui croît dans l’Abyssinie.

La Phytolaque à dix étamines 1 , appelée aussi Herbe à la laque , Raisin des tropiques , ou Morelle en grappe , est une belle plante de l’Amérique septentrionale , qui s’est acclimatée dans les contrées méridionales de l’Europe, principalement en Espagne et en Italie ; on la trouve aussi dans le midi de la France , et les oiseaux qui dépècent ses semences ont été les disséminer dans les gorges désertes des Pyrénées, où on en rencontre parfois des individus. Cette chénopodée fut introduite en Europe il y a environ deux cents ans. Dans les premiers tems de son importation , les vignerons portugais se servirent de ses baies pour colorer le vin ; mais le suc pourpre que possèdent celles-ci lui communiquant un goût désagréable qui en altérait la qualité, le roi intervint afin d’empêcher cette falsification , et il ordonna à ses sujets d’anéantir chaque année les phy tolaques avant la maturité de leurs fruits. En France, on utilise ceux-ci en les donnant aux volailles , qui les aiment beaucoup ; mais il paraît que quand les pigeons en mangent une grande quantité , ils communiquent à leur chair une faculté purgative. Au moins on lit dans les recherches sur la Brinvilliers , par Ricord— Madiana, que les élèves d’un collège des Etats-Unis furent violemment purgés pour avoir mangé des pigeons qu’on avait nourris avec les baies de cette plante.

On doit citer la phytolaque décandre parmi les végétaux

\ P. decandra.

CHÉNOPODÉES.

économiques. En Amérique, au rapport de Bosc, on mange ses pousses comme des asperges , et ses jeunes feuilles en guise d’épinards ; mais il n’est plus possible d’employer ces dernières quand elles ont acquis tout leur développement, à cause des principes actifs qu’elles contiennent alors. M. Decandolle avait émis que cette chénopodée, dont on retire de si grands avantages aux Etats-Unis , devrait fixer l’attention des savans. M. Braconnot, qui en fit l’analyse, observa qu’elle contenait une énorme quantité de potasse, et que cent livres de ses cendres offraient quarante-deux livres de cet alcali pur et caustique , et qu’en outre les baies de ce végétal pouvaient fournir une certaine quantité d’alcool, et que leur matière colorante était susceptible d’étre transformée en réactif. M. Dubuc , chimiste de Rouen, qui a aussi étudié ce végétal , a reconnu que ses feuilles peuvent remplacer dans nos ateliers les ingrédiens exotiques que l’on emploie pour teindre en noir ou en couleur fauve , ou pour faire de l’encre ; ce chimiste prétend aussi avoir retiré de ses baies de bonnes couleurs pour la teinture , et être arrivé à des résultats encore plus avantageux que ceux de M. Kuhlmann , de Lille, qui était parvenu à donner à la soie une couleur hortensia et lilas foncé à l’aide de ces fruits.

M. Dubuc a reconnu aussi dans les baies de la phytolaque une matière d’un beau rouge , qu’il nomme Phytolacine , et qu’il regarde comme étant analogue à la carminé ; enfin , ce savant prétend que les feuilles de cette plante peuvent remplacer le tabac.

La phytolaque occupe une grande place dans la matière médicale américaine. Parvenue à l’état adulte , elle renferme un principe âcre qui est vomitif et purgatif. On l’a préconisée dans le rhumatisme , les dartres , la gale et , selon Coxe , dans la syphilis. Parkinson dit que le suc de sa racine et de ses baies est un purgatif fréquemment employé aux Etats- Unis. Ces baies sont même un médicament populaire dans ce pays; là , elles passent pour être efficaces contre les scrophules

CLASSE XII

et le cancer ; en Angleterre , c’est la racine que l’on préconise contre cette dernière maladie.

La Phytolaque dioïque 1 , qui croît maintenant auprès de Séville, sur les rives du Guadalquivir, où elle contribue à l’ornement d’une promenade publique , possède en cet endroit l’apparence d’un fort bel arbre , qui atteint la hauteur des peupliers, mais qui cependant offre un tronc mou et herbacé, que l’on peut facilement couper.

RIVINE. Rivina. Périanthe quadrilobé , coloré ; quatre, huitoudouze étamines. Baie monosperme.

C’est à A. Rivin, professeur de botanique à Leipsick, que ces plantes ont été dédiées. Les rivin es sont des arbustes et des arbrisseaux qui habitent l’Amérique méridionale ; elles sont peu utiles, cependant on mange les feuilles de quelques espèces, et il en est d’autres dont les rameaux sont employés pour faire des liens aux cercles des tonneaux.

BOSEE. Bosea. Périanthe quinquéparti , pentandre. Baie monosperme.

Ce genre a été consacré au professeur G. Bose , de Leipsick, dans le jardin botanique duquel on observa, pour la première fois en Europe, une de ses espèces en fleur. Les bosées sont des arbustes originaires de la Cochinchine et des Canaries.

PÉTIVÉRIE. Petweria. Périanthe quadrilobé ; six ou huit anthères bifides. Capsule monosperme.

Ce genre a été consacré à Pétiver, pharmacien et botaniste anglais, qui le découvrit.

La Pétivérie alliacée 2 , qui est indigène des Antilles ? exhale une odeur très-forte et pénétrante , analogue à celte

1 P , dioica.

2, P. alliacé a.

CHÉNOPODÉES.

de l’ail , et qui se communique meme aux bestiaux qui s’en repaissent, et infecte leur chair et leur lait. Ses racines , qui sont fibreuses et alongées , servent communément pour conserver les étoffes de laine des attaques des insectes.

POLYGNEME. Polycnemum. Involucre de deux bractées subépineuses. Trois étamines. Capsule utriculaire , membraneuse.

Ce mot provient de ‘7n>K\)ç y plusieurs, et avnp c« , genou ; il indique les articulations qu’offre la tige des polycnèmes ; ceux-ci sont des végétaux herbacés.

Le Polycnème des champs qui habite la France, est le type de ce genre.

CAMPHREE. Camphorosma. Périanthe urcéolé, quadridenté, tétrandre. Capsule monosperme.

La Camphrée de Montpellier 2 , qui habite le midi de la France, exhale une odeur de camphre qui a déterminé sa dénomination générique. Cette plante était regardée par Linnée comme diurétique, sudorifique et céphalique. Desbois de Rochefort la cite comme aromatique ; mais ses propriétés paraissent avoir été exagérées , aussi les médecins modernes n’en font que rarement usage.

G ALIENE. Galenia. Périanthe quadrifide , octandre. Capsule biloculaire , disperme.

Ce groupe a été consacré à la mémoire du célèbre C. Galien de Pergame.

La Galiène d’Afrique 3, arbuste «à feuilles linéaires, vis-

i P. arvense.

a C. monspe/iaca.

3 G. af ricana.

CLASSE XII

queuses et jaunâtres, qui habite les environs du Cap, est la seule bien connue.

BASELLE. Basella. Përianthe à sept divisions y devenant bacciforme. Fruit monosperme.

Les baselles portent le nom qu’on leur donne dans l’Inde , qui est leur pays natal . Là , plusieurs de ces plantes charnues reçoivent les soins de la culture et servent d’aliment, ou bien leurs fruits, qui contiennent un sue d’un rouge pourpre , sont employés pour colorer les étoffes.

La Baselle rouge 1 est fort répandue dans les jardins indiens , et est particulièrement en usage dans la cuisine.

SOUDE. Salsola. Fleurs hermaphrodites. Périanthe quinquélobé , pentandre. Fruit séminiforme , spiriforme.

Ces végétaux habitent les rivages de la mer et se plaisent dans les lieux dont le terrain est salé ; leur prédilection pour ceux-ci est telle, que la présence de leurs amas suffit pour indiquer la nature du sol, ainsi qu’on l’observe dans les steppes des environs de la mer Caspienne et les déserts de l’Egypte. Toutes ces chénopodées contiennent de la soude , et on les brûle pour l’en obtenir. Dans les pays où l’on s’occupe de l’extraction de cet ingrédient, on donne leurs semences aux chevaux et aux bœufs.

La Soude commune 2 et la Soude kali 3 4 , qui croissent sur nos rivages , ainsi que la Soude cultivée 4 , qui vient en Espagne , sont celles qui contiennent le plus de soude et les seules que l’on cultive en grand pour en extraire l’alcali connu dans le commerce sous le nom de soude de barille , ainsi que

1 B. rubra.

2 S. soda.

3 S. kali.

4 S. sativa.

CHENOPODEES.

cela a lieu particulièrement en France dans le Languedoc , et surtout en Espagne dans les environs d’Alicante. C’est vers le commencement ou le milieu de l’hiver que l’on sème les graines des chénopodées qui nous occupent, et la récolte de ces plantes se fait en juillet et août. On les arrache à la main , et, quand on les a rassemblées en tas , on procède à leur combustion ; par celle-ci , on obtient des cendres demi-vitrifiées , contenant une grande quantité de sous-carbonate de potasse, qui en fait la base, et une foule d’autres produits. Les soudes d’Alicante , qui sont extraites des plantes du genre salsola , sont celles qui possèdent une plus grande proportion de cette substance et qui sont les plus estimées : elles contiennent 4 5 à 56 pour °/0 de ce sous-carbonate ; celles que l’on retire en Normandie de la salicorne herbacée n en contiennent que i4 ou i5 centièmes; enfin la soude de Yarec n’en possède que 4 ou 5 , aussi est— ce la moins estimée.

ÉPINARD. Sp inacia. Fleurs dioïques. Mâles quinquëlobées. Femelles à quatre styles. Graine recouverte par le périanthe.

L’Epinard potager 1 porte des fruits munis de deux ou quatre pointes : c’est de cette particularité que provient le nom générique de ces chénopodées. Il paraît originaire de l’Orient, principalement de la Perse, pays où Olivier rapporte l’avoir rencontré «à l’état sauvage. Cette plante a été introduite en France il y a environ deux cents ans; aujourd’hui elle est devenue un des légumes que l’on offre le plus souvent dans nos repas. Cet aliment est regardé comme extrêmement facile à digérer ; c’est ce qui l’a fait appeler Balai de l’estomac ; cependant une semblable assertion n’est peutêtre pas fort exacte, puisqu’il conserve encore sa couleur après avoir été soumis à l’appareil digestif.

i S. oleracea.

CLASSE XII

M. Chevallier a découvert de l’acide oxalique dans l’épinard cultivé, ce qui explique les avantages que M. Ségalas a retirés de l’emploi alimentaire de cette plante chez certains calculeux.

L’Epinard inerme 1 , qui est aussi appelé Epinard de Hollande , est regardé par quelques sa vans comme une espèce distincte de la précédente, et, par d’autres, n’est considéré que comme une de ses variétés. Il offre un fruit dépourvu d’épines. Cet épinard est aussi cultivé.

BETTE. Beta. Fleurs hermaphrodites. Périanthe quinquélobé , ouvert , pentandre ; deux stigmates sessiles. Akène environné par le périanthe.

Théophraste dit que cette dénomination vient de la disposition réniforme des semences de ces plantes, comparée à la lettre grecque £ , mais deTheis pense qu’elle provient de belt , qui, en celtique, signifie rouge. Ce genre a les plus grands rapports avec les chénopodes, et A. Hichard pense qu’un jour on devra peut-être le réunir à ces plantes. En effet, ces dernières ne diffèrent des bettes que par leur périanthe , qui est fermé supérieurement.

La Bette vulgaire a, ou Betterave, est une plante bisannuelle, dont la racine devient énorme, comparée au peu de développement des autres organes de la végétation : on en voit du volume de la cuisse d’un homme , et qui pèsent vingt et même trente livres. Ce végétal offre trois variétés caractérisées par la couleur des racines et des feuilles : i°. la Betterave rouge dont la racine est couleur de laque foncée et les feuilles rouges ; 2°. la Betterave jaune dont la racine et les côtes des feuilles sont jaunes ; et 3°. la Betterave blanche dont la racine et les crosses nervures des feuilles sont blanchâtres.

La variété rouge est préférée pour assaisonner nos alimens.

S. inermis.

i B. vulgaris.

CHÉNOPODÉES.

ou faire les salades qui ornent souvent nos tables. Les bestiaux se nourrissent avec plaisir d’une sous-variété de celle-ci , appelée Betterave champêtre , dont la racine est blanche à l’intérieur, et seulement rouge superficiellement; ses feuilles, dont on peut faire jusqu’à quatre récoltes par an , forment pour eux un bon fourrage ; elle prospère surtout dans les terres grasses et sablonneuses ; et , dans celles-ci , on peut la faire alterner avantageusement avec le blé.

La variété jaune de la betterave est plus avantageuse pour l’extraction du sucre , et elle renferme proportionnellement plus de cette substance que la rouge.

Ce fut en 1 7 4 7 cIue Margraff découvrit que la racine de cette chénopodée contenait du sucre ; plus tard , Achard de Berlin indiqua les procédés par lesquels on pourrait en grand en extraire ce produit. Depuis lors les chimistes français, et en particulier Chaptal, perfectionnèrent cette industrie qui devint si importante pour notre pays par suite de la guerre maritime. En 1814 d y avait déjà en France plus de deux cents fabriques de sucre de betterave, et elles en produisaient plus de six millions de livres par an , ce qui faisait environ la moitié de ce qu’absorbent notre consommation et notre commerce. Cette extraction prend chaque jour plus d’extension, et bientôt tout le sucre que nous employons pourra être obtenu de la betterave, dont la culture n’aura guère besoin , pour ce résultat, que d’occuper, selon Desrones, cent vingt mille arpens de | terre .

Voici l’exposé succint de la fabrication du sucre de betterave , ainsi que nous l’avons vue pratiquer dans les établis — semens du nord de la France. Après avoir lavé et brossé les racines de ce végétal pour en retirer la terre et les petits cailloux qui pourraient nuire à la qualité du suc ou offenser la râpe , on les réduit en pulpe à l’aide d’une râpe cylindrique qui se meut fort rapidement , et sur laquelle on les presse pour en accélérer le broiement ; 011 prend ensuite la pulpe de betteraves et on la met dans des sacs en toile que

CLASSE XII

Ton ne remplit pas et que l’on inteipose entre des claies en osier ; après on la soumet à l’action d’une presse hydraulique. Le suc que l’on obtient par le moyen de cette machine est ensuite déposé dans de vastes chaudières dans lesquelles on le chauffe à l’aide de la vapeur , pour le transformer en sirop, et le cuire jusqu’au point où il devient susceptible de cristalliser. Alors on le verse dans des formes où il se prend en masses irrégulières en laissant échapper la mélace. Ce sucre brut de betterave se raffine ensuite par les procédés ordinaires.

A l’aide des perfectionnemens que les procédés industriels ont subis on extrait aujourd’hui de la betterave un sucre qui est plus blanc , plus poreux , plus léger et plus facile à fondre que celui de la canne. Cette racin^en donne la deux centième partie de son poids. Dans les exploitations bien organisées on entretient des troupeaux de moutons ou des bœufs , que l’on nourrit en partie avec les résidus de la pulpe de betterave que laisse la presse ; ils en sont très-friands , et cet aliment leur donne de l’embompoint ; les volailles l’aiment aussi beaucoup.

Quoiqu’aujourd’hui la paix ait facilité l’introduction du sucre de canne , celui que l’on extrait de la betterave rivalise encore très - avantageusement avec lui ; l’on assure même que dans certaines contrées intertropicales on commence à apprécier la supériorité de cette dernière , et l’on dit que dans l’île de Cuba les planteurs sont sur le point d’abandonner la caune à sucre pour la culture de la betterave.

La Bette poirée 1 , dont Linnée avait fait une espèce, mais que certains botanistes ne regardent que comme une variété , se distingue de la betterave par ses racines fibreuses, dures et rameuses. On la cultive dans nos jardins. Cette plante est alimentaire et se mange apprêtée comme les épinards.

L’autorité de Galien fit long-tems croire que le suc des

B. cula.

CHENOPODEES.

feuilles de ce végétal était irritant ; on a reconnu au contraire que ces organes ne contenaient que des principes émolliens; aussi les feuilles de la poirée ont-elles été employées pour panser les vésicatoires , ou pour faire des fomentations propres à appaiser les irritations cutanées.

GHENOPODE. Chenopodium. Fleurs hermaphrodites. Périanthe quinquëlobë et inaccrescent. Akène globuleux ou comprime.

L’origine de ce nom se trouve dans la configuration des feuilles de quelques plantes de ce genre , que l’on a comparée aux pattes des oies ; il est formé de oie, et de 'arocTo?,

pied. Les cfiénopodes , que l’on appelle aussi Ansérines , habitent toutes les contrées du globe et des localités fort variées ; quelques uns semblent n’étre apparus qu’avec la civilisation , car on ne les trouve que dans l’intérieur des villes ou dans les champs cultivés : ces plantes sont ordinairement inertes , émollientes , et l’on peut les manger ; quelques unes cependant exhalent un arôme particulier, et certaines espèces qui habitent les rivages de la mer contiennent de la soude : tels sont le Chénopode ligneux, le Chénopode maritime, et surtout le Chénopode sétifère, que l’on nomme vulgairement Barille , en Espagne , où il est fréquemment employé pour la fabrication de cet alcali, principalement dans les environs d’Alicante.

Le Chénopode ambroisie 1 exhale un parfum qui est dû à une certaine quantité d’huile volatile que l’on rencontre dans ses tissus. On le nomme communément Thé du Mexique, parce qu’il est originaire de ce pays et qu’il y remplace le thé de la Chine. Cette plante a été importée en France, et elle s’est ensuite répandue spontanément dans quelques unes de nos contrées méridionales avec tant d’abondance , qu’on

4 C. ambrosioides.

CLASSE XII

pourrait la supposer indigène. Ce chénopode est légèrement excitant, et il paraît qu’il a été employé avec succès par Plenck et d’autres médecins dans quelques affections nerveuses, notamment la danse de Saint— Guy.

Le Chénopode anthelmintique r, qui croît dans l’Amérique septentrionale, et que l’on cultive aussi dans nos jardins, est regardé aux Etats-Unis, ainsi qu’en Angleterre, comme un excellent vermifuge. Dans ce dernier pays, c’est l’huile de ses semences que l’on administre.

Le Chénopode botrys 1 2 , qui croît à la fois dans l’Amérique septentrionale, dans la Sibérie et dans l’Inde, est cultivé dans nos jardins à cause de l’agréable odeur de son feuillage. On l’a employé en médecine comme pectoral.

Le Chénopode vulvaire 3 , qui exhale une odeur de poisson altéré, que nous ne rencontrons dans aucune de nos plantes, croît dans les jardins. M. Chevallier s’est assuré que cette espèce émettait de l’ammoniaque pendant la végétation.

Le Chénopode bon Henri 4 , qui porte des feuilles hastées et habite notre pays , où il est appelé Epinard sauvage , doit aussi être mentionné à cause de la nourriture que nous offrent ses jeunes pousses et ses feuilles , que l’on mange dans quelques pays comme des asperges ou des épinards.

Le Chénopode vulgaire 5 est une espèce très-commune dans les environs de nos villes, et dont les chénopodes blanc et vert de Linnée ne sont que des variétés.

ARROCHE. Atriplex. Périanthes polygames. Les hermaphrodites quinque'lobe's , les femelles bilobe's , accrescens. Akène lenticulaire.

Ces plantes sont herbacées ou des arbrisseaux peu élevés ; leurs fleurs polygames et leurs périanthes femelles qui sont

1 C. anthelrninthicum.

2 C. botrys.

3 C. vulvaria .

4 C. bonus Henricus.

5 C. leiospermum.

CHÉNOPODÉES.

accrescens sont les seuls caractères qui les isolent des chénopodes ; elles croissent presque toutes en Europe , et se plaisent particulièrement sur les rivages maritimes : deux seulement habitent la Tartarie d’Asie.

L’Arroche des jardins 1 , qui se fait remarquer par ses feuilles triangulaires , pâles ou rouges , est originaire de la Tartarie; elle est actuellement cultivée dans nos potagers, et on la sert à nos repas. L’Arroche pourpière, l’Arroche étalée et quelques autres sont également alimentaires.

AXYRIS. Axyris . Fleurs monoïques. Périanthes mâles trilobés, triandres , dispose's en chaton.

Les axyris sont herbacées ou ligneuses. On n’en connaît qu’un très-petit nombre ; elles habitent les régions polaires de l’Asie.

BLETTE. Blitum. Périanthe trilobé , monandre , devenant bacciforme.

Les blettes portent un nom qui provient du celtique blith, fade, et indique leur insipidité. Le singulier aspect de leurs fruits aggrégés et rouges leur a valu l’épithète d’Epinardsfraises. Ces plantes sont herbacées et habitent les régions tempérées du vieux continent.

La Blette capitée 2 , qui est cultivée dans les jardins , a été prescrite comme émolliente par quelques médecins. Poiret dit que ses fruits sont parfois servis sur les tables, et qu’on les mange au sucre comme les fraises ; ils sont employés à colorer les vins dans quelques pays.

SALICORNE. Salicornia. Périanthe ventru, entier ; une ou deux étamines;. Semence enveloppée par le périanthe.

Ce mot a été formé du nom Languedocien de ces plantes

i A. hortensis.

2 B . capitatum.

CLASSE XII-

qui est un dérivé de sal , salis , sel. Les salicornes sont des végétaux herbacés ou des arbustes d’un port fort singulier ; elles sont dépourvues de feuilles , et leurs ramifications sont formées par des articulations tronquées portant des épis de fleurs terminaux. Ces atriplicées habitent les plaines imbibées de sel des rivages de la mer ; les steppes de l’ancien continent recèlent la plupart des espèces.

La Salicorne herbacée 1 croît sur nos rivages ; elle contient de la soude, et, ainsique plusieurs de ses congénères, elle donne par l’incinération une forte proportion de cet alcali. Dans certaines contrées , on la cultive meme pour l’en extraire, et on le nomme salicor. Cette espèce se mange en Angleterre, après qu’on l’a fait confire dans du vinaigre. Le goût salé de la Salicorne frutescente plaît aux soldats ; aussi l’apprètent-ils parfois en salade. En général, tous les végétaux de ce groupe sont excellens pour les troupeaux ; Gmelin dit qu’ils engraissent principalement les chevaux.

CORISPERME. Corisperrnum. Périanthe bilobé ; une à cinq étamines. Cariopse libre, entourée d une membrane.

Les corispermes portent une dénomination qui provient de x,opiç, punaise, et de cr'TrspfjLcL , semence, et par laquelle on établit une comparaison entre cet insecte et leurs fruits : ce sont des végétaux herbacés, qui sont principalement cantonnés sur les rivages de la Méditerranée et de la mer Caspienne.

FAMILLE DES POLYGONÉES.

Périanthe monosépale , persistant ou accrescent , à quatre , cinq ou six lobes : quatre à neuf étamines

i S. herbaeea.

POLYGONÉES.

libres , insérées à la base du périanthe. Akène ; endosperme farineux; embryon renversé. Feuilles engainantes.

Les polygonées sont des végétaux herbacés ou des arbrisseaux ; elles offrent des feuilles alternes , roulées parallèlement en dessous sur leurs bords, quand elles sont jeunes, et présentant à leur base une gaine stipulaire qui entoure la tige. Ce caractère et leur embryon , dont la radicule est dirigée en haut, suffisent pour distinguer cette famille d’avec celle des atriplicées , avec laquelle elle présente une grande analogie.

Malgré son modeste aspect , le peu d’éclat de ses fleurs et l’absence de parfums, cette famille n’en est pas moins une des plus utiles à l’homme , par les alimens qu’il en retire ou les médicamens qu’elle lui fournit.

GOGGOLOBA. Coccoloba. Périanthe subcampanulé , quinquélobé , octandre. Akène osseux , entouré du périanthe devenu charnu.

Ce nom indique la disposition lobée du fruit de ces plantes ; il provient de xoxxof, fruit, et de AoCof, lobes. On appelle aussi ce genre Résinier, à cause de l’analogie qu’ont ses fruits avec ceux de la vigne. Les coccolobas sont des arbres et des arbrisseaux qui croissent presque tous dans les régions intertropicales de l’Amérique.

Le Coccoloba résinier 1 , offre des fruits rouges, charnus et acidulés , disposés en longues grappes pendantes , et avec lesquels on fait des boissons rafraîchissantes.

BRUNNIGHIE. Brunnichia. Périanthe subcampaniforme , très-accrescent , quinquélobé, octandre ou décandre ; trois styles à stigmates bifides.

» C. uvi/era.

CLASSE XII

C’est à T. Brunnich , naturaliste danois, que ce groupe a été consacré.

La Brunnichie cirrifère r est la seule espèce connue ; c’est un végétal vivace dont la tige sarmenteuse s’attache aux arbres à l’aide de vrilles , et qui est remarquable par l’accroissement que ses pédoncules prennent après la fécondation, et sur les côtés desquels se développent deux membranes; elle habite l’Amérique méridionale.

ATRAPHAXIE. Atrapha .vis. Përianthe quadrilobé , hexandre : deux stigmates globuleux , sessiles.

Ce nom est celui que les Grecs donnaient aux atriplex. Les atraphaxies sont des arbrisseaux. On n’en connaît que deux espèces; l’une qui provient de l’Afrique, et l’autre de l’Asie.

POLYGONUM. Polygonum. Përianthe ordinairement quinquëlobë, trois à huit ëtamines ; trois stigmates simples , subsessiles.

Les articulations renflées de la tige de ces plantes ont provoqué leur dénomination, qui est formée de rrohv , beaucoup, et de yovv, genou, articulation; c’est aussi de là que provient le nom de Renouée , qu’on leur donne également. Ce genre contient un grand nombre d'espèces; le docteur Meisner en compte cent sept dans sa monographie , et les divise en sept groupes qui portent les noms suivans : bistorta , amblrgonum, aconogonum , fagopyrum , tiniaria , persicaria et avicnlaria.

Le Polvgonum sarrasin 2 porte un nom spécifique latin qui est dû à la comparaison que l’on a établie entre la forme de ses fruits et ceux du hêtre, <pctyoç , et à leur emploi qui est analogue à celui dn blé, rrvpoç ; c’est à cause de cet usage que cette plante est vulgairement appelée Blé noir 7-1. Bosc prétend que ce polygonum est originaire d’Asie , puis qu’il a été

i B. cirrosa.

P. fagopyrum.

POLTGONEES.

IOÏ

ensuite transporté en Afrique , et qu’enfin l’Espagne en a été dotée par les Maures, et que c’est même de là qu’est provenu le nom vulgaire de Sarrasin. Cela a pu avoir lieu pour cette partie de l’Europe , mais il paraît que l’on regarde la Flandre comme ayant été dotée de ce végétal précieux par un chevalier qui le rapporta de la Terre^Sainte , au tems des croisades. Bory-de- Saint— Vincent dit que l’on voit encore le tombeau de celui-ci dans l’église d’un village de la Belgique. Malgré ce monument, comme Yolney dit que le sarrasin ne se trouve point dans l’orient , et n’est cultivé dans aucune partie de la Syrie, cette assertion est peut-être inexacte.

Pendant un tems ce végétal fut fort peu apprécié , car on dit que Sully avait l’intention de le proscrire de la France ; mais maintenant il en existe de grandes cultures dans notre pays, particulièrement dans le Dauphiné, la Franche-Comté et la Sologne; il réussit facilement dans les terrains maigres, où le blé et le seigle ne peuvent prospérer; aussi est-il fort avantageux pour les utiliser. Zennech , qui a fait l’analyse de cette plante, l’a trouvée formée d’amidon , 52,2g54; ligneux ( son ), 26,g43 1 ; gluten, 10,4734 ; extractif et sucre, 5,6o59; gomme et mucus, 2,8o3o; résine, o,3636; perte, i,8634.

Les semences de ce polygonum servent à faire des bouillies, des tartes et diverses pâtes. Dans quelques contrées de la France , les habitans de la campagne leur font totalement remplacer le froment ; mais la farine de sarrasin ne fait qu’un pain compacte, lourd, difficile à digérer, et qui ne lève pas malgré la grande quantité de gluten qu’elle contient, ce qui semble être en contradiction avec la théorie de la panification du froment. La difficulté de réduire cette semence en farine à l’aide des moulins ordinaires contribue probablement à la qualité inférieure du pain que l’on obtient. Le vertueux Malesherbes avait rapporté de la Suisse une machine destinée à cet usage, et d’une construction particulière. Dans la Basse-Normandie et la Bretagne, chaque ménage a son

loa

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moulin à sarrasin : c’est un instrument peu coûteux, mais qui ne fonctionne pas toujours avec la régularité que l’on pourrait désirer. La proportion de la fécule dans le sarrasin ne dépasse guère la moitié de son poids ; aussi cette graine est peu nourrissante.

Le sarrasin est parfois employé comme fourrage pour les bestiaux , on le cultive meme pour ce seul usage ; dans plusieurs pays on nourrit les bœufs avec son grain en guise d’avoine, mais celui-ci plaît surtout aux volailles ; enfin , on ensemence parfois cette polygonée dans le but unique de la consacrer à l’engrais , et au moment où elle est fleurie , on la retourne avec la charrue. Bosc , pour cet usage , en fait un grand éloge .

Le Polygonum bistorte 1 , qui habite l’Europe septentrionale , possède une grosse racine formée d’anneaux rapprochés, et qui , par sa disposition tortueuse , a fait appeler cette plante Bistorte. Cet organe contient une assez grande quantité de fécule ; aussi dans la Russie , où ce polygonum abonde , on s’en sert pour faire du pain , et comme elle possède en outre une énorme proportion de tannin et d’acide gallique , on l’a parfois employée pour le tannage , et l’on dit que pour cette opération il en faut moitié moins que de tan. Cette racine est un des meilleurs astringens que possède l’art médical ; on la prescrit dans les diarrhées et les flux chroniques ; Cullen rapporte l’avoir employée avantageusement comme fébrifuge. Les vaches aiment beaucoup les feuilles de ce polygonum ; aussi on le cultive en Suisse comme fourrage. Les Islandais mangent les graines de cette plante après leur avoir fait subir la cuisson.

Le Polygonum persicairc 3 , qui doit son nom à ses feuilles , que l’on a comparées à celles du pécher, croît abondamment dans nos fossés et sur les bords des mares. Poiret dit qu’il contient assez de potasse pour qu’on puisse espérer d’en

P. bistorta

2 P. persicaria.

POLYGONÉËS. 103

faire avantageusement l’extraction. On lui a prêté autrelois une foule de propriétés imaginaires , et actuellement il est tombé dans un judicieux discrédit. Paracelse a écrit fort longuement sur celte plante, qu’il nomme Mercure terrestre ; Van Helmont , Crollius et Rivière lui ont attribué des vertus magnétiques et mystiques ; Boyle et Baglivi croyaient qu’elle était efficace pour anéantir les calculs vésicaux ; Geoffroy l’a vantée contre les affections cutanées, et le docteur Ravelet a soutenu récemment une thèse dans laquelle il lui a prêté la vertu anti-gangréneuse.

Le Polygonum aviculaire 1 , qui est fort commun chez nous, où sa tige couchée et noueuse le fait appeler Traînasse ou Renouée , vient aussi au Japon , et là Thunberg assure que l’on en retire un ingrédient tinctorial comparable à l’indigo. Les oiseaux paraissent aimer beaucoup les semences de cette espèce , c’est ce qui lui a valu le nom d’Aviculaire. On les dit émétiques et purgatives. Fallope prescrivait cette plante contre les hernies , et Camérarius dans l’hémoptysie , ce qui lui fit donner l’épithète de sanguinaria. Hermann et d’autres médecins pensent qu’elle est vulnéraire et propre à modérer les diarrhées muqueuses. On conçoit que par son principe astringent elle a pu être utile dans ces diverses affections.

Le Polygonum de la Chine 2 s’emploie aussi dans le pays où il croit, pour faire une sorte d’indigo. Thunberg, qui rapporte ce fait , dit qu’on l’extrait de ses feuilles en leur faisant subir une coction dans l’eau , et que cet ingrédient sert à la teinture des fils textiles.

Le Polygonum oriental 3 est une espèce que la beauté de son port, et ses épis de fleurs roses du plus charmant aspect ont fait introduire dans les jardins ; elle s’y élève de six à huit pieds.

i P. aviculare.

i P. chinense-

.) P orientale ,

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RUMEX. Rumex. Périanthe turbiné , à six lobes ; six étamines; trois styles; stigmates rameux.

Le nom de rumex , qui a pour radical ec , qui en celtique signifie pointe , était donné chez les romains à une sorte de pique. Les rapports de forme qui existent entre le fer de cette arme et les feuilles de quelques végétaux de ce genre leur a fait adapter cette dénomination. Les rumex sont des plantes herbacées ; ils croissent sur tous les points du globe ; on en trouve dans les latitudes les plus polaires, et jusque sur l’île Melville .

Le Rumex oseille 1 aime les climats froids ; on le trouve jusqu’en Laponie ; il croît spontanément dans nos prairies. Devenu alimentaire et transporté dans nos jardins , on l’y cultive maintenant fort abondamment. Cette plante est appelée aussi .Sureile , ou simplement Oseille; elle est fort rafraîchissante , acidulé et légèrement diurétique ; c’est une nourriture qui convient aux individus irrités. Cependant il résulte, de laits observés par MM. Magendie et Laugier, que les personnes qui en usent profusément sont sujettes à être affectées de calculs vésicaux formés d’oxalate de chaux.

On extrait de l’oseille du suroxalate de potasse , que cette plante contient en abondance , et que l’on nomme vulgairement Sel d’oseille. Dans quelque pays on la préfère à Yoxalis acetosella pour la fabrication de l’acide oxalique : c’est ce qui a lieu dans quelques régions des Alpes ou de la Souabe.

Le Rumex petite oseille 2 , qui pullule si abondamment dans nos prairies , jouit à peu près des mêmes propriétés que l’espèce précédente. On le nomme Oseille de brebis, parce que ces bestiaux le broutent avec plaisir, et les vétérinaires pensent que son emploi peut même les préserver de quelques maladies.

i R. acetosa.

2 R. acetosella

POLYGONEES.

io5

Le Rumex patience 1 , qui habite l’Europe et se trouve en France , offre une racine noire à l’extérieur et jaune en dedans, que l’on emploie communément en médecine ; M. Deyeux, qui l’a analysée , a découvert qu’elle contenait du soufre libre et de l’amidon. Cette racine est tonique et sudorifique; Arétée la prescrivait dans l’éléphantiasis ; aujourd’hui, c’est principalement dans les affections cutanées qu’on l’administre ; on l’a surtout conseillée pour guérir la gale ; quelques médecins disent meme qu’à l’extérieur, en pommade , elle a été efficace pour combattre cette maladie ; le soufre qu’elle contient aura probablement contribué à son succès ; mais son action est fort lente ; aussi par l’épithète spécifique de patience, on dit qu’on a voulu indiquer aux malades celle qu’ils doivent avoir avant d’éprouver ses effets.

Le Rumex à feuilles obtuses , le Rumex crépu et le Rumex divariqué jouissent des memes propriétés médicales que la patience ; aussi le plus communément ce sont eux que l’on vend à sa place dans les officines , cette dernière espèce étant généralement moins abondante.

Le Rumex alpestre 2 a été pris plusieurs fois pour le rheian rhaponticum par des botanistes : c’est ce qui lui a mérité le nom de Faux rhapontique ; il croît dans les Alpes et en Auvergne , là où l’on avait indiqué à tort l’espèce de rhubarbe dont nous venons de parler, erreur que Decandolle a relevée. On emploie ses racines pour falsifier la plante médicale ; elles ont les memes propriétés qu’elle ; aussi on a appelé ce rumex Rhubarbe des moines , parce que ceux-ci le distribuaient aux malades. Il paraît, d’après Yillars, que les paysans du Dauphiné mangent ses pétioles cuits et diversement préparés.

Le Rumex aquatique 3 , qui se trouve abondamment le long des fossés de nos prairies , et se fait remarquer par ses

1 R. patientia.

2 R. a/pinus.

3 R. aquaticus.

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énormes feuilles , possède une racine qui remplace celle de la patience , pour les habitans de l’Europe septentrionale ; on l’a surtout vantée comme antiscorbutique.

Le Rumex sanguin 1 qui est remarquable par lesbelles veines rouges de ses feuilles , est originaire de la \ irginie , et actuellement acclimaté chez nous. Ce végétal a probablement dû la réputation de vulnéraire dont il jouit au suc d’un rouge vif que contient son feuillage. Goddesden a prétendu que cette plante guérissait le cancer.

Le Rumex vésicaire 2 est comestible chez les Hindous, qui le considèrent comme rafraîchissant.

RHUBARBE. Bheum. Perianthe a six lobes , ennèandre : stigmates subsessiles. Akène à trois an-

gles membraneux.

Pline prétend que ce nom latin vient de pea, je coule, à cause de l’efiPet purgatif des végétaux de ce groupe ; Linnée admet aussi cette étymologie, mais de Théis combat cette opinion, et pense que cette épithète vient du fleuve Rha , aujourd’hui le ^ olga , et sur les bords duquel Ammien- Marcellin dit que l’on trouve la rhubarbe. Dioscoride semble confirmer cette opinion , en disant que le Rhapontic , que les Grecs nomment Rha ou Rhéon , habite les pays qui sont au-delà du Eosphore. Rhaponticum est un mot qui lui-même est composé de Rha et de /7tovtoç , le Pont-Euxin , et exprime que cette plante croît sur les bords du fleuve Rha et au-delà du Pont-Euxin. Le nom de rhubarbe est une altération de rhabarbarum, qui signifie rheurn du pays des barbares; car c’était par cette qualification que les Romains désignaient les contrées qui leur étaient inconnues.

Les rhubarbes ressemblent beaucoup aux rumex ; ce sont de robustes végétaux herbacés, dont la racine, extrêmement

R. sanguineus.

2 R. vesicarius.

POLYGONEES.

volumineuse et formée de fibres ligneuses et molles, est colorée en jaune rougeâtre avec de petites veines blanches. Les feuilles de ces polygonées sont très-vastes et leurs fleurs paniculées et nombreuses. Les rhubarbes habitent l’Orient, la Perse, la Chine et l’Asie septentrionale; dans plusieurs pays on mange leurs pétioles diversement accomodés; ils sont acides; mais c’est surtout l’emploi médical de leurs racines purgatives qui donne de l’importance à ces plantes; Faujas-Saint-Fond, qui en a cultivé la plupart des espèces, les croit toutes d’une égale vertu .

La Rhubarbe palmée 1 porte des feuilles digitées en lobes aigus et des fleurs d’un blanc jaunâtre ; M. Boyn, dans sa flore de la Chine, dit qu’elle croît dans tout cet empire i où on la nomme tay-huam , ce qui signifie très-jaune; mais il ajoute qu’elle est plus abondante dans quelques provinces qui environnent la Grande-Muraille. Cette espèce a généralement été regardée comme fournissant la racine appelée rhubarbe de la Chine; A. Richard la considère meme comme constituant seule toute la rhubarbe employée en médecine ; et, pour lui, a racine qui nous provient directement de Canton , et que l’on nomme Rhubarbe de la Chine, ainsi que la Rhubarbe de Russie ou de Bueharie , sont produites par ce végétal : Poiret partage aussi cette opinion.

Linnée cultiva la rhubarbe palmée, en Suède, dès 1762, et ce fut de là qu’elle se répandit en Europe ; presqu’à la meme époque, en 1770, on transporta cette plante dans l’Amérique du Nord. Parmi les rhubarbes que l’on élève dans nos jardins, cette espèce est celle dont la racine possède une plus grande activité; mais comme elle est sujette à périr par l’action du j froid , on préfère y planter la rhubarbe compacte et la rhubarbe ondulée.

La Rhubarbe compacte 2 , qui est indigène de la Chine, est une des espèces qui prospèrent le mieux en France et qui re—

R. pain latum.

n. R. compactum.

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doutent le moins nos gelées. Pallas suppose que c’est elle qui fournit en partie au commerce la rhubarbe de Moscovie. Quelques sa vans avaient meme avancé que c’était aussi elle qui donnait la rhubarbe de la Chine. Ce qu’il y a de certain, c’est que chez nous c’est une des espèces dont on retire la rhubarbe indigène, et, selon Faujas-Saint— Fond , dont les effets médicinaux ont une plus grande intensité.

La Rhubarbe émodi 1 , à laquelle on a conservé le nom que les habitans de la Tartarie chinoise lui donnent, croît sur les monts Himalaya et se trouve à environ 1 1,000 pieds audessus du niveau de la mer. Le docteur Don pense que c’est cette espèce dont on retire la vraie rhubarbe de la Chine. Il dit que les peuples de cet empire vont chaque année recueillir cette plante dans les déserts de la Tartarie chinoise, compris entre les 3 1 et 4<> degrés de latitude septentrionale , et qu’ils trafiquent ensuite cette racine avec les Sibériens qui la revendent en Russie, pays dont enfin elle nous arrive.

Il paraît qu’en Angleterre on cultive aujourd’hui la rhubarbe émodi , et que , par les soins du jardinage , ses pétioles, deviennent bons à manger ; déjà on les sert sur les tables dans ce pays.

La Rhubarbe ondulée 2 habite la Chine et la Sibérie. Comme elle est facile à cultiver , c’est une des espèces qui produisent le plus de rhubarbe indigène. Depuis Boerhaave, on a généralement professé que c’était cette espèce qui fournissait la racine nommée Rhubarbe de Russie , que l’on tirait de la Chine par l’intermédiaire de ce pays. Quelques sa vans ont meme pensé que c’était aussi d’elle que provenait la Rhubarbe * de la Chine.

La rhubarbe ondulée porte des tiges remplies de sucs acidulés , ce qui fait que les habitans des pays où elle croît les j sucent parfois pour étancher leur soif. C’est particulièrement I de cette espèce dont les Anglais mangent les pétioles ; ils en, I

i R. émodi.

2 R. undulatum.

POLYGONÉES.

font des ragoûts et des pâtisseries ou les servent confits. Pour cet usage, qui date chez eux d’environ une vingtaine d’années, ils les choisissent imparfaitement développés et les font étioler, car, lorsqu’ils ont acquis toute leur croissance , ils sont trop acides. Il paraît que quand ces pétioles sont mûrs , il en suinte une sorte de sirop. La grande quantité d’acide oxalique que contient ce végétal a fait proposer de l’en extraire.

La Rhubarbe rliapontic 1 habite la Thrace et divers lieux situés au-delà du Bosphore , ce qu’indique son épithète de Rha ponticum , qui signifie au-delà du pont; c’est par erreur qu’on l’a indiquée dans les Alpes et en Auvergne. Sa racine était déjà employée par les anciens comme laxative. Les Cosaques qui habitent les rivages du Don se l’administrent encore actuellement pour en obtenir un semblable effet, et ils s’en servent en outre pour teindre les cuirs en jaune ; ses jeunes pousses et ses feuilles, mêlées à la soupe , paraissent être pour ces peuples un aliment agréable ; ils les regardent comme excellentes contre le scorbut , aussi c’est principalement au printems , saison pendant laquelle cette maladie les tourmente, qu’ils font usage de ce mets ; les Sibériens et les Suédois emploient de même cet aliment. En Europe, la racine durhapontic n’est presque plus usitée , à cause de son peu d’activité ; elle entre cependant dans la thériaque , et parfois elle sert à sophistiquer la bonne rhubarbe.

En général , les auteurs qui ont parlé de la racine de la rhubarbe médicale disent qu’elle acquiert de fortes dimensions; Gorter assure que lors de son entier développement , qu’il fixe à huit ans , elle a deux pieds de longueur et offre la grosseur de la jambe ; il paraît même qu’elle parvient jusqu’à celle du corps. D’après Chardin , la rhubarbe la plus excellente vient de la Tartarie occidentale , et c’est elle que l’on désigne sous le nom de Rhubarbe chinoise. Grosier rapporte que la plante qui fournit celle-ci , et que l’on nomme en Chine

t R. rhaponticum.

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