CHAPITRE TROISIEME
122. Les plantes étant des êtres vivants ont par conséquent besoin de nourriture pour se conserver l’existence.
68 PHYSIOLOGIE VEGETALE,
Or, c’est à l'absorption, à la transformation, et à l’assimilation de cette nourriture que sont destinés les différents organes dont elles sont pourvues, et dont nous avons déjà étudié la structure et la forme. Nous avons énuméré précédemment (110 et 111) plusieurs rapprochements entre le végétal et l'animal, nous devons en mentionner ici de plus frappants encore. Ainsi, pendant que l’estomac de l'animal tire des aliments ingurgités les sucs nourriciers qu'ils renferment, et que d'autres Vaisseaux transportent dans le poumon, pour là, au contact de l'air, leur faire subir une transformation nécessaire pour leur assimilation à la matière animale dont ils doivent faire partie ; de même les racines de la plante tirent du sol les sucs nourriciers qui lui conviennent, et ces sucs transportés jusqu'aux extrémités des plus faibles rameaux, sont mis en contact avec l’air atmosphérique par l'intermédiaire des feuilles, pour être pareillement transformés en matières assimilables à la substance du végétal. De sorte que l’on peut avec raison considérer les racines comme l'estomac, et les feuilles comme les poumons de la plante, puisque les unes et les autres remplissent des fonctions anologues à celles de ces mêmes organes dans les animaux. Les racines et les feuilles sont donc des organes nécessaires à la conservation de la vie de la plante. Aussi, enlevez à une plante toutes ses feuilles avant même qu’elles se développent, ou bien, séparez là de ses racines, vous la verrez bientôt mourir.
123. Nous avons déjà mentionné (111) que dans le végétal, comme dans l'animal, ily avait un liquide qui servait de véhicule pour transporter les matières assimilables dans toutes les parties de l'individu. Ce fluide médium que dans les végétaux nous appelons sève, est un liquide incolore que les racines puisent dans le sol,
et qui contient en dissolution ou en suspension les principes nutritifs de la plante. Bien que la sève dans les plantes ne soit pas assujétie à une marche aussi régulière et aussi prompte que le sang dans les animaux, on lui reconnait cependant un double mouvement qui lui est propre, et sans lequel l’action des autres organes ne saurait avoir lieu. Par le premier de ces mouvements, qui est dit ascendant, la sève. absorbée dans le sol par les lojspongioles (30), sous forme de liquide ou de gaz, par la de l’endosmose (17, note), mêlée avec certaines matières organisées venant du végétal lui-même et retenues dans ses vaisseaux, continue à monter dans ces mêmes vaisseaux par les couches de la tige les plus nouvellement formées, jusqu’à ce qu’elle parvienne aux feuilles, où, mise en contact avec l’air atmosphérique par le moyen des stomates (38), elle se débarasse, sous l’action de la lumière, de son excès d'humidité, et s'empare du Carbone de l'air : par le second, qui est dit descendant, la sève ainsi transformée en matière assimilable, reprend une course descendante à travers les couches les plus nouvellement
formées de l’écorce ; une partie étant transportée hori-
zontalement par les rayons médullaires (36) dans l’é-
paisseur de la tige, et l’autre partie continuant sa des-
cente jusqu'aux racines mêmes, tant pour leur trans-
mettre la part de nourriture qui leur convient, que pour
les maintenir dans les conditions requises pour l’endos-
mose (Fig. 28 et 29).
124. Ce mouvement de la sève est bien plus marqué au printemps lorsque se développent les bourgeons, et à l’automne lorsque murissent les fruits et que se forment les bourgeons de la pousse du printemps suivant ; il n’est que très peu marqué dans les chaleurs de l’été, et devient presque nul en hiver; et à chacun de ces ralentissements ou repos, le bois et l'écorce de la plante
PHYSIOLOGIE VEGETALE,
reçoivent une nouvelle doublure de cellules qui se transforment bientôt en vaisseaux ou en fibres suivant le cas. La nouvelle couche de bois prend le nom de Cambium, et la nouvelle couche d’écorce celui de Laiber (Fig. 29). Les jardiniers donnent improprement le nom de sève ascendante à celle du printemps, et celui de sève descendante à celle de l'automne.
125. Si l’on examine attentivement une tranclie horizontale d'une plante dicotylédonée, par exemple d’un tronc de Chône, d’Erable etc., (Fig. 27),on remarquera que le bois est formé d’un certain nombre de couches concentriques, interrompues de distance en distance par des espèces de veines divergeant du centre à la circonférence. Ces veines sont les rayons médulaires (Fig. 29) ; la moëlle centrale, avec les trachées qui l'entourent, et la première couche de bois, sont le produit de la première année de la croissance dela plante ; chaque année subséquente une nouvelle couche de bois est venue s'ajouter aux premières, de sorte qu’en comptant ces couches on peut connaître de suite l’âge de la plante (Fig. 27). On peut voir de plus que chaque couche de bois est ellemême composée d’un double tissu, le plus intérieur se composant de vaisseaux proprement dits, et l'extérieur, qui a ordinairement plus d’épaisseur, de fibres (Fig. 28.) Ces deux tissus caractérisent les deux mouvements de la sève dans la même saison, La sève du printemps, en terminant son mouvement vers la fin de Juillet, s’est transformée en se coagulant en vaisseaux, et la sève du mois d’Août s'est convertieen fibres vers la fin de la saison, Cette séparation ne se fait point toutefois d’une manière absolue, car la couche de fibres manque rarement de quelques vaisseaux de dipersés dans son tissu, comme on le voit dans la Fig. 29. Il n’est pas rare de trouver des arbres, comme l’'Orme par exemple, qui pré-
SO mt = À 2