‹ Traité élémentaire de botanique [microforme] (volume 2)Chapitre 35 sur 53 · IL.—Du Semis, et de la Dissemination des · texte numérisé non relu

IL.—Du Semis, et de la Dissemination des

graines.

138. Dans nos cultures, les semis se font dans des terrains appropriés à la nature des plantes qu'on veut reproduire ; ils se font de plus à la volée, en rayons, en pepinières, en terrinesetc., suivant le parti que l’on veut tirer des plantes que l’on cultive. C'est la nécessité de satisfaire aux besoins de sa vie qui a porté l’homme à aligner ainsi ses cultures et à les soigner comme il le fait ; mais qu’on n'aille pas croire qu’il ait pu en cela corriger le désordre apparent qui règne parmi les plantes qui se perpétuent spontanément à l’état sauvage, car si les limites de cet ouvrage nous permettaient de nous étendre sur les harmonies qui existent entre, non seulement les trois règnes de la nature, mais même entre les individus du même règne, de la même classe, et de la même famille, il nous serait facile de faire reconnaître cette vérité sortie de la bouche de l'Eternel, lorsqu’après avoir fait le monde, il approuva lui-même son ouvrage, en disant que tout était bien et très bien. Vidit cuncta que fecerat et erant valdèe bona.

139. Nous dirons seulement un mot ici de la manière dont les graines des plantes se dispersent pour donner naissance à de nouveaux individus. Il est visible que Mes graines des plantes portées à se détacher et à choir sur le sol aussitôt après la maturité, auraient fini par se multiplier en telle quantité, que les plus fortes domiminant les plus faibles, celles-ci auraient bientôt disparu dans les endroits ou la qualité du sol leur aurait été médiocrement avantageuse ; de sorte que bientôt les forêts ne se seraient trouvées formées que d’un très petit nombre d'espèces, variant seulement d’un lieu à un autre suivant la nature du sol, si le Législateur Suprême n'avait pourvu àce que les différentes graines fussent trans-

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portées plus ou moins loin de la plante-mère qui les a produites, et pussent ainsi trouver les conditions d’exposition et de terroir qui leur conviennent, souvent même dans le voisinage immédiat d'espèces tout à fait différentes. C’est ainsi que les Cornouillers, les Trilles, les Erithrones etc., de nos forêts, trouvent une protection et un abri dans le feuillage des Erables et des Bouleaux sous lesquels elles croissent sans leur nuire aucunement ; que les Lycopodes, les Gaulthérias, les Pyroles etc. tout en trouvant dans nos taillis l'exposition qui leur convient, protègent les jeunes plantes parmi lesquelles . elle se trouvent, en conservant de l'humidité à leurs racines. La forme mème des graines, les appendices dont elles sout pourvues, les lieux où elles croissent, les qualités qui les font rechercher pour la nourriture des animaux etc., tout est arrangé pour les éloigner de la plante-mère qui les a produites, et les transporter dans les lieux où elles trouveront l'espace et l'exposition nécessaires pou. ‘eur germination et leur croissance. Les semences de l’Aigremoine, du Bident, de la Bardane etc., sont pourvues de griffes qui leur permettent de s'attacher aux habits des hommes ou aux poils des animaux ; celles du Pissenlit, du Chardon etc., sont munies d’aigrettes qui permettent aux vents de les enlever et de les transporter souvent à des distances considérebles. Les samares de l’Erable, du Frêne, de l’Orme, etc. sont pour la même fin pourvues d'ailes (Fig. 80). Les oiseaux en enlevant les cônes des arbres résineux, en éparpillent les graines au loin. Les semences du Mahogany, des Graminées etc., sont emportées par les courants des ruisseaux dans les eaux hautes, et déposées sur les terrains humides des rivages où ces plantes croissent de préférence. La semence de la Capucine qui croit sur les bords des ruisseaux du Pérou, nous offre la forme d'un vaisseau, aussi se laisse-t elle facilement en-

trainer par les eaux. Le gland en tombant du Chène élevé de la montagne, roule da rocher en rocher jusque dans la plaine, ou s’enva germer avec la fène dans le magazin d'hiver de l’écureuil. Grand nombre de petite: graines conservent leurs faculté gerninative même après avoir passé par l'estomac des animaux etc.

C'est ainsi que la sagesse de la Providence se montre d'une manière frappante dans une infinité de petits détails, qui pour nous être trop familiers, semblent par là avoir perdu tout droit à notre admiration. La nature estun livre admirable; et plus nous l’étudierons ce livre, plus nous apprendrons à connaître et à aimer son auteur.

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