‹ Traité élémentaire de botanique [microforme]Chapitre 33 sur 60 · DE LA REPRODUCTION OÙ MULTIPLICATION DES PLANTES · texte numérisé non relu

DE LA REPRODUCTION OÙ MULTIPLICATION DES PLANTES

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l,—De la Fécondation,

150.--Nous avons vu que toutes les plantes porfaitement organisées étaient pourvues dans leurs fleurs d'organes mâles appelés étamines (88), et d'organes femelles appelés pistils (95). Le concours de ces deux sortes d'organes est indispensable pour la fécondation de la graine nécessaire à la reproduction de la plante. Du moment que la fleur est par-

faitemeñt épanouie, les lobes des anthères se repliant sur le connectif (93) laissent échapper le pollen

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Fig. 82. Pistil du Celosia argentea très grossi, pour montrer les phénomènes de la fécondation. Les grains de pollen tombés sur le stigmate, envoient leur tube pollénique suivant toute la longueur du canal stylaire, pour arriver dans la cavité de l'ovaire o; arrivés là, les tubes polléniques se mettent en rapport aveg les ovules ov, que suppoîte le placentaire p.

98 PHYSIOLOGIR VÉGÉTALE,

qu’elles renferment. Ce pollen, ou matière fécondante, sous forme de poussière extrêmement fine, est retenu par le stigmate à l’aide des papilles visqueuses qui le composent, et les grains de cette poussière enfilant le tube du style, parviennent jusqu’à l'ovaire qu’ils sont destinés à féconder. Nous avons vu aussi que les grains de pollen (94), de même que les cellules élémentaires, sont formés de deux sacs emboîtés l’un dans l’autre, l’intérieur étant rempli d’un certain liquide mucilagineux, dans lequel flottent les granules de fovilla, et l'extérieur présentant des solutions de continuité sous forme de trous, de fentes, etc. Les grains de pollen appliqués sur le stigmate subissent alors une espèce de germination, c’est-à-dire, que le sac interne fait hernie à travers les ouvertures de la mambrane externe, etsous forme d’un fil extrêmement ténu s'infiltre à travers les papilles du stigmate, enfile canal central dus tyle jusqu’à la cavité de l’ovaire, pénètre dans l’ovule, et parvient à l'embryon par le micropyle (fig. 80). L’embryon reçoit alors la fovilla et la fécondation est accomplie. Une fois la fécondation opérée, l’ovule continue à se développer avec l'ovaire qui deviendra le fruit dont-il sera lui-même la graine.

151.—L’étude et l’observation ont permis aux horticulteurs de faire des fécondations artificielles; ce procédé a reçu le nom d’hybridation (du grec hybrida, métis). Il consiste à transporter le pollen d’une fleur, sur le stigmate d’une autre fleur d’une espèce ou d’une variété différente. C’est ainsi qu’on a obtenu une foule d’hybrides ou de métis auxquels nos jar-"

dins doivent aujourd’hui une foule de leurs fleurs d'ornement.

152.—On comprendra aisément que si au moment de l’épanouissement des fleurs une cause quelconque vient entraver la nature dans son opération, alors la fécondation pourra manquer, et l’on aura que des fruits coulés ou avortés. C’est ainsi que des pluies trop abondantes venant enlever le pollen des anthères en l’empêchant de s'attacher au stigmate, ou qu’une chaleur excessive fesant sécher celui-ci ou le rendant incapable de retenir le pollen, procureront ces fruits coulés ou avortés. De là, la cause de ces récoltes si faibles en rendement, quoique le grain eût la plus belle apparence en herbe; de là, cette quantité de sacs on de bourses dont on voit souvent les Cerisiers et les Pruniers se charger dans certaines années, à la place des fruits. Dans ce dernier cas,

l’ovule s'étant desséché, l'ovaire seul a pu continuer

à se développer, mais d'une façon tout à fait anormale. Les ergots du Seigle ne sont autre chose que des grains dont la fécondation a ainsi manqué. 153.—Mais admirons encore ici la sagesse de la Providence. Comme toutes les fleurs ne sont pas pourvues de tous les organes nécessaires à la fécondation de la graine, dans les plantes où ces organes se trouvent partagés dans des fleurs différentes, ou sur différents individus, elle a pourvu à ce que des intermédiaires étrangers concourussent au but de la nature et la servissent dans ses fins. C’est ainsi que les abeilles, les bourdons etc., transportent le pollen des fleurs staminées sur les fleurs pistillées de ces mêmes plantes. Nous voyons aussi que dans les

plantes dioïques, dont quelquefois les individus mâles sont à de grandes distances des individus femelles, et en général dans toutes les plantes diclines (108), la poussière pollénique est ordinairemént plus abondante et assez légère pour être transportée par les vents mênie à des distances considérables. Et ces pluies de soufre, dont nous ont entretenus certains auteurs, n'étaient autre chose que des nuages de pollen échappés de forêts considérables d'arbres résineux, comme Melèses, Sapins, etc., et transportés dans les airs par les vents. Enfin, pour certaines espèces du règne végétal, dont la fécondation et la maturition des graines paraît devoir s’opèrer difficilement, la nature permet de les reproduire et multiplier d’une autre manière tout aussi efficace, car outre le Semis des graines pour multiplier les plantes, on reconnait encore la Division des racines, le Bouturage des branches, et la Greffe, qui produisent les mêmes résultats. Le semis des graines des plantes vivaces produit souvent de nouvelles variétés, tandis que la reproduction par des moyens artificiels, perpétue les plantes sans presque aucune altération.

Il, —Du Semis, et de la Dissémination des graines,

154.—Dans. nos cultures, les semis se font dans des terrains appropriés à la nature des plantes qu’on veut reproduire ; ils se font de plus à la volée, en rayons, en pépinières, en terrines, etc., suivant le parti que l’on veut tirer des plantes que l’on cultive. C’est la nécessité de satisfaire aux besoins de sa vie qui a porté l'homme à aligner ainsi ses cultures et à

les soigner comme il le fait: mais qu’on n’aille pas croire qu’il ait pu en cela corriger le désordre apparent qui règne parmi les plantes qui se perpétuent spontanément à l’état sauvage, car si les limites de cet ouvrage nous permettaient de nous étendre sur les harmonies qui existent entre, non seulement les trois règnes de la nature, mais même entre les individus du même règne, de la même classe, et de la même famille, il nous serait facile de faire reconnaître cette vérité sortie de la bouche de l’Eternel, lorsqu’après avoir fait le monde, il approuva luimême son ouvrage, en disant que tout était bien et très bien. Vidit cuncta quæ fecerat et erant valdè bona.

155.—Nous dirons seulement un mot ici de la manière dont les graines des plantes se dispersent pour donner naissance à de nouveaux individus. Il est visible que les graines des plantes portées à se détacher et à choir sur le sol aussitôt après la maturité, auraient fini par se multiplier en telle quantité, que les plus fortes dominant les plus faibles, celles-ci

auraient bientôt disparu dans les endroits ou la

qualité du sol leur aurait été médiocrement avantageuse ; de sorte que bientôt les forêts ne se seraient trouvées formées que d’un très petit nombre d’espèces, variant seulement d’un lieu à un autre suivant la nature du sol, si le Législateur Suprêine n'avait pourvu à ce que les différentes graines fussent transportées plus ou moins loin de la plante-mère qui les a produites, et pussent ainsi trouver les conditions d'exposition et de terroir qui leur conviennent, souvent même dans le voisinage immédiat d'espèces tout à fait différentes, C’est ainsi que les Cornouil-

lers, les Trilles, les Erithrones, etc., de nos forêts, trouvent une protection et un abri dans le feuillage des Erables et des Bouleaux sous lesquels elles croissent sans leur nuire aucunement ; que les Lycopodes, les Gaulthérias, les Pyroles, etc., tout tn trouvant dans nos taillis l’exposition qui leur convient, protègent les jeunes plantes parmi lesquelles elles se trouvent, en conservant de l’humidité à leurs racines.

La forme même des graines, les appendices dont elles sont pourvues, les lieux où elles croissent, les qualités qui les font rechercher pour la nourriture des animaux, etc., tout est arrangé pour les éloigner de la plante-mère qui les a produites, et les transporter dans les lieux où elles trouveront l’espace et l’exposition nécessaires pour leur germination et leur croissance. Les semences de l’Aigr moine, du Bident, de la Bardane, etc., sont pourvues de griffes. qui leur permettent de s'attacher aux habits des hommes ou aux poils des animaux ; celles du Pissenlit, du Chardon, etc., sont munies d’aigrettes qui permettent aux vents de les enlever et de les transporter souvent à des distances considérables. Les samares de l’Erable, du Frêne, de l’Orme, etc., sont pour la même fin pourvues d'ailes (fig. 79). Les oiseaux en enlevant les cônes des arbres résineux, en éparpillent les graines au loin. Les semences du Mahogany, des Graminées, etc., sont emportées par les courants des ruisseaux dans les eaux hautes, et déposées sur les terrains humides des rivages où ces plantes croissent de préférence. La semence de la Capucine qui croit sur les bords des ruisseaux du Pérou, nous offre la forme d’un vaisseau, aussi se

laisse-t-ellé facilement entraîner par les eaux. Le gland en tombant du Chêne élevé de la montagne, roule de rocher en rocher jusque dans la plaine, ou s’en va germer avec la fêne dans le magasin d’hiver de l’écureuil. Grand nombre de petites graines conservent leur faculté germinative même après avoir passé par lestomac des animaux, etc.

C'est ainsi que la sagesse de la Providence se montre d’une manière frappante dans une infinité de petits détails, qui pour nous être trop familiers, semblent par là avoir perdu tout droit à notre admiration. La nature est un livre admirable ; et plus nous l’étudierons ce livre, plus nous apprendrons à connaître et à aimer son auteur.

Ill, —De la Division des Racines.

156.—Presque toutes les plantes sont susceptibles d'émettre spontanément des drageons ou rejetons de leurs racines. Les Pruniers, les Cerisiers, et presque tous les arbres à feuilles caduques nous en offrent de fréquents exeinples. Et dans les forêts, on ne rencontre presque jamais de souche de Hêtre, d’Orme, de Frêne, etc., sans voir de nombreux rejetons pousser des racines de l’arbre détruit. C’est que la nature a d'ordinaire plus d’un moyen pour parvenir à ses fins, et comme les jeunes pousses provenant des graines de ces arbres, sont exposées à une foule d'accidents qui les font périr pour la plupart, elle a pourvu ces plantes d’un moyen plus sûr et plus prompt de se reproduire. Nous voyons au contraire les arbres résineux, qui par leur flexibilité dans le

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