‹ Traité élémentaire de botanique [microforme]Chapitre 35 sur 60 · V.—De la Greffe · texte numérisé non relu

V.—De la Greffe

160.—La Greffe est un moyen de reproduction qui consiste à appliquer un œil ou un rameau d’un végétal, sur un autre végétal, de manière que leur cambium puisse promptement se mettre en communication, et que la sève du sujet puisse passer dans l’œil ou le rameau greffé, pour le nourrir et ne plus former qu’un seul et même individu. L'œil ou le rameau qu’on veut ainsi reproduire se nomme greffe, et la plante sur laquelle on veut les appliquer se nomme sujet,

161.—Certaines conditions sont indispensables pour assurer la reprise d’une greffe : 1° l’absence de l’eau ; 2° le contact immédiat du cambium du sujet avec celui de la greffe; 3° une certaine anologie

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entre les deux individus, qui doivent être de la même espèce, du même genre, ou du moins, de la même famille. Quant à ces faits de greffes hétérogènes que rapportent certains auteurs, comme la Vigne sur le Noyer, le Rosier sur le Sapin, etc., on est convenu depuis longtemps de les ranger parmi les fâbles.

162.—On compte un grand nombre de manières d'opérer la greffe, cependant ces opérations peuvent toutes se rapporter à quatre principales. 1° La greffe par approche, qui consiste à unir deux plantes voisines par des entailles réciproques, jusqu’à ce que la soudure soit opérée ; les forêts nous offrent fréquemment de ces sortes de greffes opérés sans le secours de l’art. 2° La greffe par scions, qui consiste à fixer un rameau dans un sujet, de manière à ce que le cambium des deux individus se trouve en contact. On la dit greffe en fente, lorsque le sujet étant étêté, on le fend pour insérer le rameau ; et greffe en couronne, 8i les jeunes scions ne sont insérés qu'entre l'écorce et le bois du sujet. 3° La greffe par gemmes, qui consiste à appliquer sur l’aubier d’une plante, une portion d’écorce d’une autre plante, munie d’un œil ou bourgeon; telles sont les greffes en écusson, en placage, etc. 4° Enfin Les greffes herbacées, qui ne sont autres choses que les greffes én fente et en couronne, pratiquées sur des plantes à l’état herbacé, comme des Melons sur des Citrouilles, différentes variétés de Pins sur leurs congénères, etc.

163.—$Si on enlève une petite portion d’écorce d’un arbre, et qu’on préserve cette plaie du contact de l'air, en y appliquant un verre, par exemple, on

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verra au bout de quelques jours se former des gouttelettes de cambium, qui finiront bientôt en s'étendant par se souder entre elles, de manière à couvrir toute la plaie. Si quelques jours plus tard on exa-

mine au microscope ces gouttelettes de cambium

ainsi réunies, on reconnaîtra facilement que le système vasculaire est déjà établi dans leur ensemble ; or, tel est le principe de la greffe. Car si des gouttelettes de cambium finissent en s'étendant par se souder sur une même plante, on s’est dit que cttte union pourrait bien de même s’opérer entre plantes de parenté très rapprochée ; et le succès est venu de suite confirmer cette opinion.

Comme le tissu cellulaire est la source première où se forment tous les organes des plantes, les greffes réussiront d'autant plus facilement que ce tissu dans les deux individus sera mis en contact plus immédiat. De là, cette facilité de reprise dans les greffes herbacées ; de là, la nécessité que la greffe et le sujet soient pareïllement en sève au moment de l’opération, afin que les cellules puissent s’unir pour se souder ensemble.

164.—Cependant la greffe nous présente dans plusieurs cas des faits qui viennent renverser l’anologie que l’étude de la physiologie végétale avait permis d'établir entre plusieurs plantes. C’est ainsi, par exemple, que le Poirier et le Pommier, qui ne semblent différer l’un de l’autre que par la formé de leurs fruits, ne peuvent se greffer l’un sur l’autre ; si on parvient quelquefois à les faire adhérer ensemble, ils ne forment jamais un tout, et finissent bientôt par se décoller, Et ce même Poirier se greffe assez faci-

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lement sur l’Epine blanche, le Sorbier, et même le Cognassier qui lui paraissent si étrangers. Il est probable que l’étude de la physiologie végétale, jointe à de nombreuses expé*: nces d’horticulteurs habiles, nous donnera plus tard lexplication d’un grand nombre de ces faits naturels, qui sont encore aujourd’hui des mystères pour la science. Sans doute que l’anologie entre les sucs et la structure intérieure des plantes, dont souvent il n’est pas facile de se rendre compte, est une cause des plus influentes sur la reprise des greffes.

165.—Les arboriculteurs affirment, et l'expérience le corfirme aussi, que plusieurs greffes successives sur u.. même sujet lui font perdre de sa vigneur et affinent ses fruits. Voici comment la physiologie peut rendre compte de ce résultat. Bien que par la greffe les deux plantes opérées se soudent, la chose ne se fait pas toutefois, sans qu’un certain bourrelet, ordinairement d’une contexture plus serrée que le bois du sujet, ne prenne naïssance à l’endroit de la soudure, et ne se trouve comme un réseau interposé dans la circulation de la sève, la ralentissant dans sa marche, et la forçant à s’élaborer davantage avant de passer dans le sujet. Aussi remarque-t-on que les fleurs et les fruits greffés qui se manifestent d’ordiaaire par un plus grand développement, par un volume plus considérable, n’acquièrent ces qualités qu’au détriment des plantes qui les portent ; c’est-àdire, que ces plantes deviennent d’une plus petite taille et vivent moins longtemps. Cela est dû sans

doute à l’évaporation des sucs nourriciers dans le ré-

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seau de la greffe, qui ne laisse échapper que les plus purs pour la fleur et le fruit, et qui met un obstacle à une surabondance qui se porterait davantage sur le bois de la plante. ù

166.—Quelle influence maintenant peut exercer le sujet sur la greffe ? Les arboriculteurs sont partagés sur ce point. Les uns veulent que cette influence soit tout à fait nulle, et que pourvu que le sujet soit bien constitué, et de nature à assurer la reprise de la greffe, les fruits ne recevront aucune modification, que ce sujet soit de telle ou telle variété, de telle ou telle espèce ; c’est ainsi, disent-ils, que des Pommes Fameuses seront également bonnes, qu’elles soient greffées sur des sauvageons, ou sur des francs (a) de Calville, de St-Laurent, de Pommes à cidre, etc. Les autres prétendent, au contraire, que chaque espèce de plante, comme chaque variété de la même espèce, puise dans le sol pour sa nourriture des sucs qui lui sont particuliers, et que certaines qualités particulières à ces sucs peuvent agir diversement sur les greffes qui les recevront, suivant aussi la nature particulière de ces greffes. Cette dernière opinion paraît certainement la plus probable, et s’il n’est pas encore permis de la poser en règle, de nombreuses expériences du moins, viennent la confirmer ; c’est ainsi, par exemple, que des Poiriers greffés sur Cognassier donnent de meilleurs fruits que les mêmes ‘spèces greffées sur francs, etc.

(a) Les francs sont des arbres provenant de semences d’arbres cultivés ; et les sauvageons, les produits de semences d'arbres non encore améliorés par la culture,

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Bien que la manière de procéder à la greffe appartienne en propre à l’horticulture, nous croyons devoir consigner ici le mode d'opérer la greffe en fente et celle en écusson, deux des plus faciles et des plus usitées, ‘afin de mettre le lecteur en état de faire lui-même l'expérience des principes physiologiques énoncés plus haut, et de l’engager par là, à s’appliquer à la botanique pratique, le renvoyant pour les autres greffes, aux traités spéciaux qu’en ont donné Hardy, Carrière etc. |

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