CHAPITRE SIXIÈME
DE CERTAINES MODIFICATIONS QUE SUBISSENT PARFOIS LES ORGANES DES PLANTES.
173.—Nous devons ici, pensons nous, mentionner le nouvelle théorie généralement admise parmi les Botanistes modernes, qui consiste à considérer tous les organes floraux de la plante, comme des modifications d’un même organe, la feuille. Aïnsi, suivant eux, le calice n’est qu’un verticille de feuilles qui se sont plus ou moins soudées entre elles ; comme elles, il est de couleur herbacée, ses bords sont ou dentés, ou entiers, etc. Les pétales ne sont que de véritables feuilles à couleurs plus brillantes, on y retrouve :
même quelquefois le pétiole, et toujours le limbe et
les veines. Il ne sera pas difficile de reconnaître un pétiole dans le filet, et le limbe d’une feuille non encore développé, dans l’anthère de l’étamine; le connectif est bien la nervure médiane, Enfin on reconnaîtra encore facilement dans le pistil une feuille qui s’est repliée sur elle même, de manière à présenter sa face inférieure en dehors, et à renfermer dans sa cavité l’ovaire et les ovules. La fleur, d’après cette théorie, peut donc être considérée comme un rameau dont toutes les feuilles se trouvent réunies par le non développement de l’axe qui les porte, affectées d’une structure plus délicate, revêtues de couleurs plus brillantes, et rendues capables de remplir l’important office de la reproduction. C’est ainsi que nous
voyons dans la Pivoine commune les feuilles perdre peu à peu leur distinction caractéristique à mesure qu’elles approchent de la fleur, si bien que les plus voisines ne sont plus que de simples bractées qui en ont totalement perdu la forme ; de ces bractées aux sépales et aux pétales, la transition sera facile pour y retrouver encore la feuille plus ou moins modifiée. Cette théorie peut fournir une explication assez facile de certaines anomalies qu’on rencontre parfois dans les plantes, comme des boutons sortant d’une corolle, des étamines et des pistils se convertissant en pétales, etc. ; cependant, comme son application rencontrerait :2s difficultés sérieuses dans une foule de cas, et qu'elle ne contribuerait pas peu à embarrasser le commençant dans un grand nombre d’autres, contentons nous de la consigner ici sans plus de développements. |
174.—La nourriture qu’on met à la disposition des plantes, par les engrais et ‘les amendements qu’on fait subir au sol, influe grandement sur leur développement et leur caractère. Telle plante qui peut croître vigoureusement sur un terrain sec et sablonneux, s’étiolera et finira bientôt par périr, si elle est placée dans un terrain argileux ou très humide ; par ce qu’elle ne rencontrera que des éléments trop étendus pour sa nourriture. Telle autre plante très prolifère sous les tropiques, demeurera constamment stérile dans les climats tempérés, et vice versd. Si les différentes plantes paraissent rechercher telle ou telle température, telle ou telle qualité de terrain, c’est que la même nourriture ne peut convenir indistinctement à toutes, Sous ce rapport.encore la plante .
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se rapproche de l’animal ; comme il y a des animaux, carnivores, herbivores et omnivores, de même aussi, il y a des plantes à qui il faut un sol argileux, siliceux, sec ou humide, enfin il en est qui peuvent croître indistinctement partout.
175.—Par certains soins de culture et avec une nourriture abondamment fournie, on est parvenu à changer complètement la forme et la disposition de certains organes, dans un grand nombre de plantes. Ces plantes nourries avec luxe, ont semblé entrer dans l'esprit de ceux qui les cultivaient, pour ne faire étalage que de ce qui pouvait briller, dussentelles pour cela, sacrifier leurs plus précieux avantages, durée, santé (rusticité), taille, voire même la faculté de se reproduire, et se voir ainsi rangées dans la classe des monstres. Grand nombre de nos fleurs qui font aujourd’hui le plus bel ornement de nos jardins, et l’orgueil de l’horticulteur, ne doivent les qualités qui les font rechercher qu’à de tels soins de culture. C’est ainsi que le simple Eglantier de nos forêts a été transformé en la belle Rose-centfeuilles, cette reine de nos parterres, que les Dahlias simples des forits du Mexique, à disque jaune et à rayons d’un rouge sombre, sont devenus. ces magnifiques capitules, qui brillent autant par la richesse et la diversité de leurs couleurs que par le volume de leurs fleurs ; que l’Impatiente simple des marais de l’Inde, est devenue cette Balzamine-Camellia qui nous offre souvent dans la même fleur une variété infinie de nuances dans les couleurs ; enfin c’est encore ainsi qu’on est parvenu à avoir des Cerisiers,
PHYSIOLOGITÉ VÉGÉTALE,
des Pruniers, etc., à fleurs doubles, uniquement destinés à l’ornement ; ne retenant que l’agréable, ils semblent avoir laissé à d’autres plus humbles le soin de se rendre utiles.
1:6.-—Mais comme avec toute sa seience et son habileté l’homme n’a jamais pu créer un atôme, il n'a pu doubler ainsi les pétales d’une fleur, changer ou modifier quelques-unes de ses parties, qu’en dérangeant l'équilibre qui existait entre toutes ces différentes parties. Les nombreux pétales de la plupart des fleurs doubles ou pleines, tel que Roses, Œillets, Balzamines, etc, ne sont que les organes générateurs mêmes de la fleur qui ont revêtu. la forme pétaloïde (fig. 87), et sont devenus par là in-
capables de remplir leurs fonctions ; aussi ces fleurs ne produisent-elles point de graines, et le jardinier est il obligé pour les reproduire de forcer la nature à dévier de ses voies ordinaires. Quelquefois androcée et gynécée tout a disparu dans les pétales, d’autres fois l’un ou l’autre seulerient a subi la métamorphose. La Campanule nous fournit un exemple des premières, et la Rose, la Dauphinclle, etc., des exemples des secondes. Il arrive aussi parfois que les
Fig. 87. Etamines du Nénnphar se convertissant en pétales,
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verticilles corollins se doublent sans altérer les or-
ganes voisins, comme dans l’Ancolie, la Pivoine,
etc., mais le plus souvent les fleurs véritablement doubles sont stériles. |
C’est ainsi que l’homme dans sa sagesse insensée, en voulant réformer l’œuvre du Créateur, n’a pu produire que des monstres. Reconnaissons cependant que l’étude.des lois de la nature, qui a rendu l’homme capable de les modifier jusqu’à un certain point, lui a aussi permis de trouver dans ses
connaissances de nouvelles jouissances cachées dans
des mystères que Dieu n'avait pas voulu soustraire pour toujours à sa connaïssance. (C’est ainsi. que les petits chapelets du Solanum tuberosum du Pérou, sont devenus les féculents tubercules de notre Pomme.de terre ; que la tige grêle et élevée du Brassica oleracea des rochers riverains de l’Europe méridionale, est devenue la succulente pomme de chou de nos jardins ; que la Tulipe, la Rose, etc., en se doublant, ont acquis ces parfums incomparables qui les distinguent, etc. |
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