CHAPITRE VIII
On désigne sous le nom d'alcalis organiques des corps qui contiennent de Tazote, qui ont les propriétés des bases ou oxydes métalliques , qui forment des sels avec les acides. Ces sels ont une similitude parfaite avec les sels dont l'oxyde est métallique, et les acides qu'ils renferment sont caractérisés par les réactifs ordinaires comme ils l'étaient dans la chimie minérale. Le sulfate de morphine et le sulfate de soude donnent tous deux un précipité lorsqu'on ajoute du chlorure de baryum à leurs solutions ; enfin , ces bases organiques ramènent au bleu la teinture rouge de tournesol, et sont dé-
Placées par des bases plus énergiques. L'oxyde d'éthyl, oxyde de méthyl , etc. , etc. , sont des bases ; mais , dans les sels formés avec ces bases, les acides perdent en partie leurs propriétés , ne peuvent plus , comme les oxydes métalliques, être transmis à d'autres bases par voie de double décomposition : ainsi , les composés salins dont la base est l'oxyde d'éthyl, etc., etc., diffèrent singulièrement des composés salins ordinaires.
I^ alcalis organiques existent en général dans les plantes , et sont appelés alcalis végétaux ; ils sont alors à l'état salin, et un seul procédé est applicable, lorsque, comme la morphine , ces bases sont insolubles dans l'eau. On traite le végétal par une eau acidulée qui forme un sel soluble avec
cette base. Cette solution , concentrée par l'éyaporation, est faiblement sursaturée avec un alcali, ammoniaque, bydrate de chaux, hydrate de magnésie, etc., etc., qui prédmte l'alcali organique dans un état coloré et impur. Ce produit est purifié, par des cristallisations répétées, an moyen de 1 alcool. Si cet alcali n'est pas beaucoup plus solubleà chaud qu'à froid dans Talcool , et si par conspuent il ne peut ^ obtenu en cristaux par Tintermédiaire de ce liquide, on fomie un sel que Ton blanchit par le charbon animal, et on décompose ensuite par le carbonate de soude.
L extraction des bases solubles dans Teau, ou des bases volatiles (la conicine), présente plus de difOcultés : dans ee dernier cas , les feuilles, fleurs, racines ou graines ^i contiennent l'alcali volatil , sont soumises à la distillation avec une faible solution d'alcali caustique; la vapeur condeosée est une solution saturée de la base organique, et contient en outre des traces d'ammoniaque dues à la décomposition partielle de cette base même . Cette eau distillée est pleinement saturée avec de l'acide sulfiirique faible ; elle est ensuite mftlée, à l'état concentré, avec une solution d'alcali caustique
3ui met alors à nu la base organique ; enûn , elle est mise en igestion avec l'éther, qui dissout alors la base végétale et l'ammoniaque. La solution éthérée est distillée au bain-marie, l'éther et l'ammoniaque se dégagent, et l'alcali reste poi dans la cornue.
L'ammoniaque est le vrai type des bases organiques qui contiennent de l'azote. La morphine, la quinine et les autres bases s'unissent directement à l'acide chlorhydrique, comme l'ammoniaque , c'est-à-dire sans dégagement d'eau. Un éq. d'eau entre dans tous les sels oxacides de ces bases , circonstance qui est vraie pour l'ammoniaque. Cette analogie est rendue plus intelligible dans le tableau suivant :
Chlorhydrate d*amraoniaqiie Az' H« + H' Ch'
— de morphine C'^5h^»Az2H«+ H'Cb*
Sulfate d'ammoniaque Az'H^+H^OSS'O'
— de morphine C^^^H^^Az^H^+H^O^S'O'
Les cblorhydrates des bases organiques forment, comme le sel ammoniac, des sels doubles avec un éq. de chlorure de platine. Ces similitudes oui touaitre l'idée que ces bases
DES ALGÀUS ORGANIQUES. 405
mi une constitution analogue à celle de l'ammoiiiaque , à-dire étaient des amides d'un radical inconnu^ comme moniaqne est un amide d'hydrogène. Cette opinion est simple conjecture, et des faits pourraient la contredire : s amides connus, Voxamide, la succinamide^ la benza" ?, etc. , etc., sont des substances neutres, 2° les radi- , dont on admettrait, dans les bases organiques, l'exisî, et ensuite la combinaison avec Tamidogène, n'ont jaété isolés, et même n'ont jamais été transmis à un autre lai.
chlore et Fiode ont une action puissante sur les bases niques; les résultats sont mal connus. On sait, par iple, que le gaz chlore, transmis dans une ean <|ui tient base en suspension, produit rapidement de l'acide chlorlqae, et, par suite, un chlorhydrate delà base orgae. On connaît peu les actions des acides sur les alcalis niques : la brucinc, traitée par un faible excès d'acide que , devient rouge de sang , circonstance qui n'a pas pour la strychnine. Les acides azotique et iouique colola morphine et les sels de cette base en rose-rouge. )s remarques sur le nombre considérable des acides niques, sont applicables aux substances qui nous occu- . La composition, l'existence de tous ces alcalis ne sont oujours pleinement justifiées. La table suivante donne K)mpositions qui présentent quelques certitudes : cette \ indiquera en outre quels sont les alcalis dont l'étude I une certaine importance.
Noms des alcalis. Composition.
Morphine C^'^H^'Az'O»
Codéine C^^H*» Az^O"'
Narcotine C^«H^» Az='0'='
Chélidonine C<»H<<>Az« 0«
Cinchonine C"H^< Az»0«
Quinine C^«H^<Az^O'
Aricine C^^H'^ Az'O^
Strychnine C^OH^^Ai'O»
Brucine C^6h54^4o«
îs BASÉS CONTENUES DANS l'opium. — Morphine. — Cette tance est en petits cristaux pnsmatiq[ues, brillants, peu des dans l'eau, plus solubles dans l'alcool eX ^^vi& v^
ther. Cet alcali et ses sels, i° font virer au bien foncé une solution de perscl de fer, aussi neutre qne possible ; 2** décomposent l'acide iodi(|!ie, et Tiode libre peut être caractérisé par son réactif ordinaire, une solution d'amidon. On connaît plusieurs sels de morphine : le chlorhydrate en cristaux aiguillés, penniformes ; \e sulfate et le bisulfate: l'acétate, qui est employé en médecine; ce sel cristallise dificilement, en général , il perd une partie de son acide , même lorsqu'on le conserve à l'état cristallin.
Narcotinn. — Cette faible base est caractérisée par sa solubilité dans l'éther. Cette propriété donne le moyen de la séparer immédiatement des autres corps contenus* dans l'opium.
Codéine. — Très-soluble dans l'eau, elle a une saveur faible, et fuse lorsqu'on l'expose à 100°. On connaît encore, dans l'opium, la théhaï7ie ou paramorphine , la nwtcéine , etc.
Des nASES contenues dans les écorges de quinquina. — On connaît trois variétés principales dans les quinquinas : 1^ )• jaune ; 2^ q. gris ; 3" q. rouge. La quinine existe presque sans cinchonlne dans le premier ; la cinchonine est particulièrement dans le quinquina gris ; enfin, les deux sdcalis cités • sont dans le quinquina rouge.
Quinine. — Cette substance amère, alcaline, est soluble dans l'eau bouillante, plus soluble dans l'alcool ; elle cristallise difficilement, mais la plupart des sels qu'elle forme peuvent être obtenus en beaux cristaux, sont très-amers, sont précipités par le chlorure de platine. Parmi ces sels , nous devons citer le sulfate de quinine , dont les propriétés fébrifuges sont connues. Ce sol .est en belles aiguilles flexibles, offrant un lustre perlé : dans cet état, il contient 8 éq. d'eau. Le sel de quinine du commerce est en général un sous-sultatc peu soluble dans l'eau froide, puisqu'il exige 740 parties d'eau à 12''; s'il est amené à l'état de sulfate acide par une faible addition d'acide sulfurique , il est alors soluble dans i 1 parties d'eau à 12^. On prépare ce sel en employant directement récorce de quinquina. Cette écorce, en poudre grossière, est traitée par de l'eau acidulée par l'acide chlorhydriaue; on fait bouillir, et la solution filtrée est mêlée avec un lait de cbaux ; le précipité est lavé, exprimé et séché. Ce précipité, qui contient \a qvxmvi^i ,\^ dwOwmw^ ,^\i.\mtLatc
de chaux, et d'autres matières, est repris par Falcool bouillant, qui dissout les deux alcalis : enfin , cette dernière solution , neutralisée par de l'acide suU'urique faible, dépose, par le refroidissement, le sulfate de quinine en cristaux. Ce sulfate est coloré; on le blanchit en employant le charbon animal et en le faisant cristalliser à diverses reprises.
dnchonine — Une solution alcooliaue dépose cette base en cristaux prismatiques^ brillants; elle est peu soluble, même dans Teau bouillante.
Des bases contenues dans les strtchnos. — Ces bases sont la strychnine et la hrucine : elles existent toutes deux dans la noix vomique, et le procédé employé pour les extraire est exactement celui que nous avons indiqué dans l'histoire générale des bases organiques. On traite par un lait de chaux là décoction de noix vomiques râpées : les deux bases qui sont dans le précipité sont reprises par l'alcool bouillant. Si on évapore cette solution , la strychnine cristallise la première, et la brucine reste dans les eaux-mères.
La strychnine cristallise en petits octaèdres incolores ; elle est solnble dans 2500 parties d'eau bouillante et dans 6667 parties d'eau froide : or, même dans ce dernier cas, la solution a une amertume insupportable. Cette base, extrêmement vénéneuse, produit sur l'économie animale une action tétanique mortelle. Les propriétés de la brucine sont analogues à celles que présente la strychnine : néanmoins, la brucine est 1*^ moins vénéneuse que la strychnine ; 2® est plus soluble que la strychnine. Nous avons dit que la brucine était fortement rougie par l'acide azotique, et que ce fait n'avait pas lieu pour la strychnine.
Parmi les alcalis organiques peu importants, nous citerons Vémétine, la vérairine, \dL sabadilline , \d^conicine, ï atropine, la colchicine, ladaturine, Yhyoscyamine, la nicotine y etc., etc.
Nous pourrions également citer des bases organiques dont l'existence n'est pas certaine, mais qui ont pour elles l'autotorité de ceux qui les ont isolées ; la crotonine, la digitaline, Veupatorine, \à ménispermine , la staphisaine, etô., etc. Tous ces noms indiquent suffisamment quels sont les divers végétaux qui donnent naissance à ces alcalis.
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