ACIDE ACÉTIQUE
L’acide acétique dont nous faisons usage dans l’économie domestique ou dans les arts ne jouit pas de toutes les propriétés que nous venons d’indiquer ; nous l’employons à un bicit moindre degré (\e concentration, et notre vinaigre ordinaire , dont la formation sera expliquée lorsque nous traiterons de la fermentation acide, contient beaucoup de substances étrangères.
On fabrique depuis quelque temps une masse considérable de vinaigre employé dans les arts, en distillant le bois : ce liquide portait primitivement le nom d’acide pyroligneux; de nouvelles expériences ont démontré que la liqueur noire qui se dégage dans cette distillation était réellement de l’acide acétique sali par du goudron dont on est parvenu à le priver.
Vinaigre de bois. La distillation s’opère dans de très grands vases circulaires ou carres , fabriqués en tôle rivée, et portant à leur partie supérieure et latérale un petit cylindre également en tôle: on remplit de -bois, et le vase ainsi disposé représente une très vaste cornue, que l’on. place dans un fourneau de la même forme , et que l’on ferme à la partie supérieure avec un tourteau ; une issue est ménagée pour laisser passer le petit cylindre ou tuyau formant le bec de la cornue : on chauffe, l’humidité du bois se dissipe d’abord, mais peu à peu la vapeur cesse d’être transparente et devient fuligineuse ; c’est alors qu’on ajuste au bout du tuyau une allonge qui commence l’appareil condensateur. Les moyens de condensation varient avec les localités ; mais le plus ordinairement on emploie l’eau en laissant une issue à l’acide carbonique , à l’hydrogène carboné et à l’oxide de carbone qui se dégagent simultanément. La liqueur que l’on obtient dans le condensateur est de l’acide acétique coloré en rouge-brun par de l’huile empyreumalique et du goudron, partie mélangé et partie en dissolution ; cette liqueur abandonnée à elle-même , se sépare d’une partie du goudron et de l’huile, et est alors conduite dans de graudes chaudières de tôle , ou l’on opère la
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saturation par la cliaux ou par la cfaie. L acicle, en se combinant avec la chaux , sc dépouille d une nouvelle portion de goudron qui surnage, et qu on enlève à l’aide d’écumoires ; ou laisse reposer ensuite un temps suffisant , afin de tirer le liquide à clair par une simple décantation.
L’acétate de chaux liquide est évaporé à i5° de l’aréomètre ; on y ajoute alors une dissolution concentrée de sulfate de soude : il y a double décomposition , le sulfate de chaux se précipite , et l’acétate de soude reste dans la liqueur. Dans quelques fabriques on dissout a chaud le sulfate de soude dans l’acide acétique, et on sature ensuite avec la craie : on évite ainsi l’emploi de l’eau pour dissoudre le sulfate, et on obtient sans évaporation une liqueur aussi concentrée que par l’autre méthode.
L’acétate de soude liquide est évaporé jusqu’à 27 ou 28“ de l’aréomètre : on verse dans de grands cristallisoirs, et au bout de trois ou quatre jours, suivant la capacité des vases, on décante les eaux-mères, et on obtient de cette première cristallisation des prismes rhomboïdaux.
L’acétate de soude se purilie facilement par les cristallisations répétées et la torréfaction ; cette dernière opération bien conduite, le débarrasse complètement des dernières parties de goudron qu’il pouvait contenir encore. Cette torréfaction, appelée fritte dans les manufactures , exige beaucoup de soins et une grande habitude; elle se fait-ordinairement dans des chaudières de fonte très évasées et peu profondes : on "brasse continuellement avec des ringards, pendant vingt-quatre heures, pour 4°° kilogrammes. La chaleur ne doit jamais être assez forte pour qu’il se dégage de la fumée : lorsque tout le sel est liquéfié , qu’il 11’y a plus de boursouflement pt que la fonte est tranquille, l’opération est finie ; le sel est redissous dans l’eau pour le séparer du goudron décomposé : 011 évapore de nouveau , et on obtient de l’acétate parfaitement blanc 1 c’est dans cet
état de pureté qu’on le décompose par l’acide sulfurique pour en obtenir l’acide acétique. On éprouve* beaucoup de difficultés dans cette opération ; si l’ou verse l’acide peu à peu , il se dégage une telle quantité el’acide acétique que les ouvriers en sont fortement incommodés : on préfère verser tout l’acide sulfurique à la lois; il occupe la partie inférieure du vase, et la réaction a lieu peu à peu au moyen de la chaleur. On sépare le sulfate de soude par la cristallisation , et on purifie l’acide acétique en le distillant.
Acétates. Sels formés par la réunion de diversoxides avec l’acide acétique : plusieurs d’entre eux sont: très employés dans les arts ou en médecine. Tous lesacétates sont décomposables par la chaleur et les acides nitrique, sulfurique, hydrochlorique, phosphorique, etc. Tous sont plus ou moins solubles dans l’eau; cependant l’acétate de mercure et celui d’argent le sont assez peu pour qu’on puisse les préparer par double décomposition ; dans tous ces sels le rapport de l’oxigène de la base à l’acide est sensiblement de i à 7.
Les acétates peuvent tous se reconnaître par l’addition d’une petite quantité d’acide sulfurique ; ils répandent alors une odeur d’acide acétique très remar-
e d’alumine. Cette combinaison est très employée dans la fabrication des toiles peiutes : on la substitue dans beaucoup de cas et avec avantage à l’aluu. On l’obtient en traitant 60 parties d’alun par 100 d’acétate de plomb ; il se forme un précipité de sulfate de plomb et la liqueur surnageante est I acétate d’alumine, on décante ou on filtre suivant le besoin ; l’acétate d’alumine ne eristnlise pas : soumis en dissolution à l’action du feu, il se trouble et laisse déposer une partie d’aluminequi se redissout parle refroidissement; on varie sur les causes de ce phénomène singulier. En se rappelant que le nombre proportionnel de l’acide acétique est 5i ( Vov. la table des analyses végétales, pag. 281 ), on en conclura que l’acétate neutre d’alu-
quable.
Acéta
mine se compose de 5i d’acide acétique pur et de 17 d’alumine.
Acétate de potasse (éeh. syn. 48 de potasse, 5i d’acide acétique pur ). L’acide acétique se combine avec la potasse et (orme un sel déliquescent qui cristallise à peine ; on le connaissait anciennement sous le nom de terre foliée de tartre , et on l’emploie en médecine comme fondant. Sa préparation est très simple , on décompose le sous-carbonate de potasse par le vinaigre distillé et on évapore àsiccité : ce sel existe en petite quantité dans la sève de tous les arbres.
Acétate d’ammoniaoüe ( éch. syn. 1 7 d’ammoniaque, 5i d’acide acétique pur). Ce sel est appelé aussi esprit de Mendererus , sel ammoniac liquide , sel ammoniac acéfeux. Menderer le préparait en saturant par du vinaigre distillé le sous-carbonate d’ammoniaque provenant de la distillation de la corne de cerf et encore imprégné de l’huile animale: actuellement les pharmaciens le préparent eu saturant le carbonate d’ammoniaque par du vinaigre marquant 3° à l’aréomètre; ce sel est solide , blanc et peut cristalliser en prismes assez volumineux, mais on ne peut l’obtenir ainsi qu’en faisant passer du gaz ammoniacal dans du vinaigre radical très concentré.
Acétate de ter (éch. syn. 44 de tntoxide de fer, et 5i d’acide acétique pur ) , appelé aus'sï pyrolignite de fer. On connaît le prot , le deut et le tritacétate de fer, nous parlons ici de ce dernier qui est d’un usage très fréquent dans la teinture où il remplace avec avantage le sulfate de fer : on le prépare en prenant l’acide acétique séparé de la majeure partie de son goudron par une première purification , et le versant sur de la tournure ou des copaux de fer , disposés dans un tonneau à double fond muni d’une chantepleure à la partie inférieure ; la dissolution se fait en trois on quatre jours, elle marque alors io° ; 011 la concentre à t4°, c’est le point auquel les teinturiers l’emploient. On peut obtenir l’acétate de fer en traitant l’acétate de plomb par
1c sulfate de fer. La limaille de fer arrosée d’acide acétique se rouille et prend alors tant de cohésion que l’on peut ainsi sceller le fer dans la pierre.
Acétate de cuiVre. On connaît deux acétates dJi cuivre ; le premier qui est un sous-scl appelé vert-degris , est une poudre verdâtre , insoluble , que l’on ob tient en disposant des plaques dans du marc de raisin. Cette fabrication s’exécute particulièrement à Montpellier.
Le second composé (éch. syn. 80 de deutoxide dt cuivre, et 102 d’acide acétique pur) est l’acétate de cuivre cristallisé, appelé aussi verdet de Vénus ; les Hollandais ont pendant long-temps fourni le vert-degris cristallisé, mais ce sel se fabrique actuellement i Montpellier. On délaie dans une chaudière de cuivre une partie de vert-de— gris ordinaire et récemment préparé , avec deux parties de bon vinaigre distillé ; on soumet le mélange à l’action d’une douce chaleur, et on agite à l’aide d’une spatule en bois : le liquide se fonce en couleur , on décante dans des vases de terre vernissée, on remet du vinaigre, en ajoutant du vertde-gris si la deuxième liqueur ne se eo^ire pas suffisamment, on continue ainsi de suite , et lorsque l’on a obtenu une assez grande quantité de liqueur, on évapore le touj, jusqu’à ce qu’il se forme une pellicule à la surface ,^et on verse dans des vases de terre vernissée et nommés su/as dans le pays. On place dans chacun de ces vases plusieurs bâtons d’un pied de long , fen lus en croix jusqu’à deux pouces de leur extrémité supérieure et maintenus écartés vers leur base : tous ces cristallisoirs sont portés dans une étuve, et on obtient au bout de plusieurs jours ces belles grappes formées par des cristaux d’acétate de cuivre amoncélés sur les morceaux de bois.
L’acétate de cuivre est d’un usage assez limité; on l’emploie i° dans la teinture et la peinture, 2° dans les pharmacies, pour en retirer le vinaigre radical par distillation : ces deux sels sont très vénéneux.
Acétate de plomb (éch syn. 1 12 d oxide de plomb, 102 d’acide acétique pur). On connaît deux combinaisons d’acide acétique et d oxide de plomb : 1 acetate neutre qui est blanc , cristallisé en aiguilles , d’une saveur styptique sucrée , et que 1 on appelle encore sucre de Saturne ou sel de Saturne. La deuxième combinaison est un sous-acétate beaucoup plus soluble que le précédent ; sa dissolution est connue dans les pharmacies sous le nom d 'extrait de Saturne. La consommation du sucre de Saturne est considérable ; d’un autre côté la propriété que possède ce sel de dissoudre une certaine quantité d’oxide de plomb et de former l’extrait de Saturne , est une source de prospérité, puisqu’elle nous a donné le moyen de fabriquer dans notre pays un produit (la céruse ) que nous recevions auparavant de l’étranger , et dont nous consommons cependant une grande quantité : il convient donc d’exposer ces deux fabrications avec quelques détails.
Le sucre de Saturne fut d’abord préparé en exposant des feuilles de plomb à l’action simultanée de l’air et du vinaigre ; le plomb se recouvrait d’une croûte blanche dont la dissolution évaporée donnait des cristaux ; mais actuellement on traite la litharge par le vinaigre. Si on verse 65 kilo, d’acide à 8° de l’aréomètre sur 58 kilo, de litharge, la dissolution s’effectue immédiatement, elle est si prompte et si complète qu’il en résulte une chaleur assez considérable pour retenir en dissolution tout le sel qui se forme. Ces proportions sont exactes pour la saturation réciproque, mais le liquide serait trop concentré et donnerait une cristallisation confuse : on est donc obligé d’étendre avec des eaux de lavage , jusqu’à ce que le liquide bouillant soit ramené à 5o ou 55°, alors on laisse reposer quelque temps , puis on verse dans des terrines où la cristallisation s’opère en 36 heures , on place les terrines de champ , et les eaux-mères s’écoulent dans des rigoles qui les conduisent à un petit réservoir; on obtient ainsi ^5 kilog. de sucre de Saturne blanc : 25
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kilog. restent dans les eaux- mères. On peut les obtenir par l’évaporation , mais le sel n’est pas aussi pur ; aussi le fait-on ordinairement rentrer dans les opérations nouvelles.
Le sel de Saturne est employé dans les manufactures de toiles ; il forme en effet l’une des bases du mordant le plus utile, puisque l’acétate d’alumine s’obtient en traitant l’alun par l’acétate de plomb ; cependant il est probable qu’on arrivera à en consommer une moindre quantité en lui substituant l 'acétate de chaux qui se fabrique à bien moins de frais , et qui , comme lui , jouit de la propriété de décomposer l’alun et de transformer sa base en acétate.
Cép.dse. Nous avons dit que ce corps, dont la consommation dans la peinture à l’huile est considérable, se composait d’acide carbonique et d’oxide de plomb. Les céruses de Hollande avaient en France et même en Europe une réputation méritée ; mais les progrès des sciences chimiques nous ont permis de les fabriquer d’une qualité égale, et peut-être supérieure à celles de Hollande. Voici en peu de mots le procédé actuellement suivi :
On prend i kilog. de sel de Saturne que l’on fait dissoudre dans 5 kilog. d’eau; on y ajoute i kilog. ip f de litharge pulvérisée : on broie le tout à plusieurs reprises dans la journée; de temps à autre on ajoute un peu d’eau : au bout de 2 à 3 jours la combinaison est parfaite, on décante et on filtre; il reste environ le quart de litharge non dissoute. Cette solution est traitée par un courant d’avide carbonique ; ce dernier s’unit à la litharge dissoute en excès et forme une céruse blanche et d’une qualité supérieure qui se précipite au fond du vase. Il reste dans la liqueur de l’acctate acide de plomb que l’on traite de nouveau par la litharge et l’acide carbonique.
Le carbonate de plomb du commerce n’est presque jamais pur, il est mélangé de craie , d’alumine , etc. Les peintres en reconnaissent trois qualités selon la
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proportion réelle de. carbonate de plomb qu’elles renferment : la table suivante indique ces proportions avec une exactitude suffisante pour les besoins du commerce :