ACIDE OXALIQUE
Quand on traite une matière végétale quelconque par l’acide nitrique , on sait que celui-ci est décomposé avec plus ou moins de promptitude , suivant la quantité employée, le degré de concentration, la température qui règne et la nature de la substance sur laquelle on agit ; les produits obtenus sont en général très variés, et, par exemple, dans la préparation de l’acide oxalique , il ne sullira pas d’employer toujours les mêmes proportions d’acide nitrique et de sucre , pour recueillir la même quantité d’acide oxalique; il faudra en outre les employer de la même manière. M. Chaptal conseille de prendre neuf parties d’acide nitrique ordinaire sur une partie de sucre; de faire un mélange du tout et de le soumettre à l’action de la chaleur. M. Robiquet ( acide oxalique du Dictionnaire technologique ) 11e partage pas cette opinion. Par le procédé de M. Chaptal , Jit-il , la réaction est des plus vii es; il se dégage une quantité considérable de vapeurs nitreuses et on décompose l’acide oxalique à mesure qu’il se forme ; voici le procédé qui m’a le mieux réussi : sur 24 livres de fécule qu’on divise en plusieurs cornues lubulées qui sont disposées sur un bain de sable commun , ou verse 72 livres d’acide nitrique ordinaire; on laisse réagir : bientôt l’amidon se dissout , la décomposition commence , et le gaz nitreux se dégage en très grande abondance. Lorsque l’action est terminée on ajoute 24 livres d’acide nitrique ordinaire, on chauffe légèrement ; les vapeurs rutilantes apparaissent de nouveau et on soutient une chaleur modérée tant qu’il y a réaction : on verse ensuite la liqueur dans des terrines pour la laisser cristalliser , et on obtient ainsi pour premier résultat 5 livres d’acide oxalique. O11 réunit ensuite les eaux-mères , on les fait chauffer et on leur ajoute 24 livres d’acide nitrique eu plusieurs fois : ce second traitement donne environ 2 livres 8 onces de cristaux; ou réitère la même reprise des eaux-mères une troisième et une quatrième fois : le produit total en acide oxalique purifié équi-
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vaut à un peu plus de moitié de la fécule employée , et l’acide nitrique est égale au sextuple. La purification qu’on fait subir à l’acide oxalique consiste en une simple dissolution et cristallisation qui le débarrasse de l’acide nitrique dont il est imprégné.
On n’est pas d’accord sur les élémens de l’acide oxalique : il est certain que ses cristaux exposés à une chaleur rouge se décomposent comme toutes les matières végétales et laissent un résidu charbonneux; d’un autre côté cet acide entièrement privé d’eau et tel qu’on l’obtient par la sublimation se combine sans perte avec plusieurs bases et éprouve un déchet d’environ 20 pour ioo en se combinant avec plusieurs autres, et particulièrement avec l’oxide de plomb et l’oxide de zinc ; de plus ces oxalates bien desséchés ne laissent aucune trace d’hydrogène dans leur analyse par le feu : on ne trouve que de l’acide carbonique et le métal à l’état métallique : quelquefois cependant l’acide carbonique est mélangé d’un peu d’oxide de carbone , mais alors le métal se trouve uni à une petite proportion d’oxide dans le même rapport. Ces sels seraient donc formés d’un métal et des élémens de l’acide carbonique ; et cependant quand on les décompose par les acides hydrosulfurique, hydrochlorique , etc., on obtient dans le liquide de l’acide oxalique ordinaire. M. Dulong propose deux hypothèses : suivant la première, l’acide oxalique sublimé contient environ le cinquième de son poids d’eau qui peut être dégagé de certains sels et retenu par d’autres ; cet acide, selon cette hypothèse , n’admettrait dans sa composition que le carbone et l’oxigène dans des proportions intermédiaires entre celles de l’acide carbonique et celles de l’oxide de carbone : son union avec les oxides donnerait des carbonilcs ou composés d’oxides métalliques et d’un nouvel acide composé d’oxigène et de carbone qui serait l’acide earboneux. Dans la seconde hypothèse , l’acide oxalique serait formé d’acide carbonique et d’hydrogène : dans ce cas celui qui a cté
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sublimé ne contiendrait pas d’eau, et celle que l’on obtient en calcinant plusieurs oxalates résulterait de la combinaison de l’hydrogène de l’acide avec 1 oxigène de la base, de manière que l’acide oxalique serait un véritable hydracide dont l’acide carbonique formerait le radical composé : le sel alors serait formé d’eau , d’acide carbonique et d’une base à l’état métallique.
L’acide oxalique est employé dans la fabrique de toiles peintes comme réserve ; on s’en sert aussi pour l’avivage de certaines couleurs et pour détruire les taches de rouille sur les dififérens tissus ; dans ce dernier cas , le gallate de fer se dissout dans l’acide oxalique. Comme réactif il sert à reconnaître la présence de la chaux libre ou combinée.
Oxalates. Par son union avec les bases salifiables l’acide oxalique forme des sels , dont quatreiseulement se trouvent dans la nature : ceux de chaux, de potasse , de soude et de fer. Tous les oxalates se préparent directement en traitant les bases libres ou carbonatées par l’acide oxalique : tous précipitent par un sel de chaux en formant un sel insoluble, si ce n’est lorsqu’on ajoute un excès d’acide.
Un oxalate est employé dans les arts: c’est le seul que nous examinerons avec détail.
Oxalate de chaüx. L’acide oxalique est , comme nous l’avons dit, un excellent réactif pour reconnaître la présence de la chaux qu’il enlève à tous les autres acides, à moins qu’ils ne soient en excès: c’est pourquoi au lieu d’employer de l’acide oxalique pur on se sert de l’oxalate d’ammoniaque dont l’alcali neutralise l’excès d’acide du sel que l’on veut précipiter : cet acide a pour la chaux plus d’albnilé que pour toute autre base.
Oxalate de potasse. Il existe trois oxalates de potasse : l 'oxalate neutre , le binoxalate , le quadroxalate. Les observations de AVollaslon démontrent que l’acide oxalique peut former avec une base des sous- sels , des
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sels neutres , acidulés , acides, et que les quantités d’acide nécessaires pour former ces combinaisons sont dans les rapports 1,2, 4> 8 pour une quantité constante de base, de manière que l’oxalate acidulé contient deux fois autant d’acide oxalique que l’oxalale neutre, et l’oxalate acide en contient le quadruple : de là les expressions de bi et de quadroxalales . Le sel d’oseille est dans ce dernier cas. On l’extrait en Suisse de Voxalis , du rumex acetosclla, plantes qui croissent en abondance dans ce pays, et qui, depuis plusieurs années, sont l’objet d’une exploitation particulière : on pile ces végétaux ; le suc est mêlé à l’argile , se clarifie , est évaporé et donne immédiatement des cristaux verdâtres aiguillés ou en lames que l’on purifie par de nouvelles cristallisations. Dix livres d’oseille sauvage en donnent deux de suc, qui fournissent environ neuf gros de sel cristallisé. Ce sel est presque entièrement composé de quadroxalate ; on en fait usage dans l’économie domestique pour enlever les taches d’encre : il opère par son acide libre qui dissout le gallate de fer. Ou en isole l’acide oxalique par un procédé analogue à celui que nous avons donné pour la préparation de l’acide tartarique.
Oxalate d’ammoniaque. En saturant l’acide oxalique avec l’ammoniaque, on obtient un oxalate neutre soluble qui cristallise par l’évaporation en prismes tétraèdres, à sommets dièdres, dont un des plans coupe trois côtés du prisme. Ce sel est , comme nous l’avons dit, employé dans les laboratoires comme réactif.
De l’Acide benzoïque.
Cet acide fut décrit pour la première fois en 160S par B laize de Yigcnère dans son Traité sur le feu et sur le sel : 011 lui a donné le nom d acide benzoïque , de J leurs de benjoin , parce qu’il se préparait en sublimant la résine de ce nom. 11 est bien démontré qu’il constitue un acide particulier qui peut s'obtenir de di-
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vers baumes végétaux, de la vanille, de la cannelle, de l’ambre gris, de l’urine d’enfant, assez souvent de celle d’adulte , et toujours , suivant Fourcroy et Vauquelin , quoique Giese nie le fait , de celle des animaux herbivores , du chameau , du cheval et de la vache ; ou a également découvert cet acide dans quelques plantes.
L’acide benzoïque obtenu par sublimation est en belles aiguilles satinées , d’une odeur aromatique , peu soluble : 400 parties de ce liquide à froid ne peuvent en dissoudre , suivant Wcnzel et Lichtenstein , qu’une partie ; la même quantité d’eau bouillante en dissout vingt , dont dix-neuf se séparent parle refroidissement : il est beaucoup plus soluble dans l’alcool ; soumis à l’action de la chaleur , il entre en fusion , une partie se décompose , le reste se sublime. On prépare cet acide en étendant une couche mince de benjoin sur le fond d’un pot de terre vernissé que l’on recouvre d’un cône de papier : on chauffe, le benjoin se fond en exhalant une odeur agréable ; l’acide se dégage , se dépose sur les parois du cône , sous forme de longues aiguilles , ou de (ïlamens droits se croisant dans tous les sens : lorsque la volatilisation cesse ou devient moins abondante , on substitue un autre cône de papier , on élève la température et on obtient alors une nouvelle quantité de flocons jaunâtres qu’une seconde sublimation purifie. La quantité d’acide varie suivant le soin qu’on apporte dans la manipulation , et probablement aussi suivant le degré de pureté de la résine elle -même : cette quantité peut aller jusqu’au huitième du poids total ; Scheèle ne l’évalue pas au-delà de i/ioou 1/12 : on en obtient davantage en traitant la résine par la voie humide. Suivant le procédé de ce chimiste, on verse 12 onces d’eau sur \ de chaux éteinte , on fait bouillir et on ajoute g6 onces d’eau ; on met dans un vase une livre de benjoin réduit en poudre fine ; on verse 6 onces de l’eau de chaux qu’on mêle bien avec la résine ; on ajoute le reste peu à peu : on fait bouillir doucement ce mélange pendant une demi-heure ,
en
3o4 acide gallique.
l’agitant continuellement , puis on le laisse refroidir et déposer. Le résidu est traité de nouveau par l’eau de chaux, et cette opération se répète deux fois : les liqueurs réunies sont composées de l’acide du benjoin combiné avec la chaux. On y ajoute une certaine quantité d’acide hydrochlorique , on remue continuellement jusqu’à ce que le liquide ait une saveur un peu acide ; il se précipite un composé pulvérulent qui est l’acide du benjoin. Lorsqu’on veut lui donner la forme cristalline , on le dissout dans une petite quantité d’eau bouillante dont il se sépare eu Glamens soyeux à mesure que la température baisse.
Benzoates. Ces sels sout peu remarquables. Chauffés , tous laissent dégager une partie de leur acide : leurs dissolutions forment , sur les parois des vases où elles sont évaporées , des cristallisations en dendrites : les acides puissans les décomposent en précipitant l’acide benzoïque. Ou ne trouve dans la nature que les benzoates de potasse ou de soude. Le benzoate d’ammoniaque est employé comme réactif pour séparer le fer du manganèse ; il se forme un benzoate de fer insoluble , tandis que celui de manganèse est soluble : si l’on chauffe le benzoate de fer , l’acide se volatilise , et l’on obtient l’oxide de fer pour résidu.
De l’Acide gallicjue.
Cet acide existe dans plusieurs substances végétales astringentes , mais surtout dans les excroissances appelées galles ou noix de galles , d’où il tire son nom. On l’obtient en faisant macérer dans l’eau les noix de galles pulvérisées , filtrant la liqueur et la laissant exposée à l’air : elle se moisit , se recouvre d’une pellicule gélatineuse épaisse ; des flocons gélatineux se déposent , et , dans l’espace de deux ou trois mois, les parois du vase sont tapissés de petits cristaux jaunâtres qu’on purifie en les faisant dissoudre dans l’alcool et en évaporant la dissolution à siccilé. M. Deycux recommande
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d’employer de suite le procédé de la sublimation : pour cela on met les noix de galles pulvérisées dans une cornue de verre , que l’on chauffe lentement à un feu ménagé ; l’acide s’élève et se condense dans le col de la cornue : ce procédé exige de grandes précautions , car il faut éviter avec soin que la chaleur ne dégage l’huile des noix de galles : les cristaux obtenus sont en lames brillantes assez larges. Cet acide cristallise aussi en aiguilles soyeuses ; sa saveur est faible ; il est décomposable par le feu , n’attire pas l’humidité de l’air, se dissout mal dans l’eau froide , mais est très soluble dans l’alcool.
Le caractère distinctif de l’acide gallique est sa grande affinité pour les oxides métalliques ; elle est telle que , combiné avec le tannin , il les enlève aux acides les plus puissans : plus les oxides métalliques cèdent facilement leur oxigène , plus ils sont altérables par l’acide gallique. Cet acide donne une nuance verte à une solution d’or ; il se forme un précipité brun qui passe «à l’état métallique et recouvre la dissolution d’une pellicule éclatante : un effet analogue e»t produit dans la solution de nitrate d’argent : le mercure est précipité en jaune-orange, le cuivre en brun, le bismuth en citron, le plomb en blanc , le fer en bleu-noir. Cette dernière réaction produit l’encre ordinaire. Le meilleur procédé pour obtenir l’encre parait être le suivant : on fait bouillir ensemble 25o grammes de noix de galles, 96 grammes de gomme arabique concassée , 96 grammes de sulfate de 1er, et 2 kilogrammes d’eau ; la liqueur passée est d’une belle couleur bleue qui paraît noire. On conçoit facilement que dans cette opération l’acide gallique précipite en noir le sulfate de fer ; la gomme a pour objet de tenir le précipité en suspension.
L’acide gallique est d’un très grand emploi dans la teinture ; il constitue l’un des principaux ingrédiens des noirs , et l’on en fait usage pour fixer ou perfectionner plusieurs autres couleurs.
Gallates. L acide gallique forme, par son union
3o6 PRINCIPES NEUTRES,
avec les bases sa li fia Lies , des sels insolubles, excepté avec la potasse, la soude, l’ammoniaque et les bases végétales. Ces sels exposés à l’air éprouvent une altération et changent de couleur : l’oxigène est absorbé et l’acide gallique détruit. Le gallate de fer se dissout dans l’acide oxalique et même dans le sel d’oseille. Ce sel impur est employé pour faire l’encre. L'on n’a trouvé dans la nature que les gallate» de chaux , de brucine et de vératrine.
Des autres Acides végétaux.
Ces acides doivent être étudiés dans les ouvrages spéciaux ou dans les mémoires particuliers qui ont démontré leur existence. Je donnerai les noms des végétaux qui renferment ceux qui offrent quelque intérêt.
Acide malique. Se trouve dans les pommes , l’épinevinette , le prunier des jardins , le sureau ; Y acide sorbiquc que l’on trouve dans le sorbier des oiseleurs paraît être identique avec l’acide malique. L ’ acide margariquc et Y acide olcique s’obtienuenl des graisses , des huiles végétales ; ils ne contiennent pas d’azote et peuvent cependant être regardés comme appartenant au règne animal. \J acide kiniquc se trouve uni à la chaux dans les quinquina ; Y acide mcconiquc dans le suc des pavots ; Y acide mcnispcrnnque dans la coque— du— levant ; Y acide sabérique dans le liège ; Y acide succinique dans le suecin ; Y acide rheumique dans les rhubarbes ; Y acide igasurique dans les stryehnos , etc.