LIVRE 111'. — CHAPITRE VII'. — PHÉNOLS
le rôle d'un aldéhyde, lequel conserve d'ailleurs quelques propriétés d'un phénol monoatomique simultanément. Indiquons en peu de mots l'histoire du quinon lui-môme, C'*H*0*.
On le prépare en chauffant dans une grande cornue 1 partie d'acide quinique, 4 parties de bioxydc de manganèse, et 1 partie d'acide sulfurique môlé avec une li2 partie d'eau. Dès que la réaction commence, on enlève le feu. Le quinon se sublime dans le col de la cornue et dans le récipient. On le recueille sur un filtre, on le lave, on l'exprime et on le dessèche, en le plaçant sous une cloche à côté de fragments de chlorure de calcium.
Le quinon se présente en aiguilles d'un jaune d'or. Il est peu soluble dans l'eau, plus soluble dans l'alcool et l'éther. Il fond à 115°5. Il se sublime dès la température ordinaire et peut être volatilisé. Son odeur est pénétrante et excite le larmoiement. Sa solution aqueuse tache la peau en brun. Exposée à l'air, elle s'altère et dépose une substance brune. Les corps réducteurs changent le quinon en hydroquinon.
§ C. — Oxyphénol tuiiiénlquc : C^'^H^O* et Isomères. — Orcine.
1. A l'oxyphénol, à la résorcine et à l'hydroquinon répondent trois dérivés carboniques,
tous trois acides et qui jouent un certain rôle dans les végétaux.
A la formule G**H^O* doivent répondre également trois composés isomères, homologues respectifs de l'oxyphénol benzénique , de la résorcine et de l'hydroquinon. Nous parlerons seulement de l'orcine, composé qui joue un rôle important dans l'étude des matières colorantes.
2. Orcine. — Préparation. — L'orcine résulte de la décomposition de certains principes immédiats, contenus dans les lichens tinctoriaux. Pour la préparer, on traite le Roccella Moniagnei par un lait de chaux, dans des marmites closes et susceptibles d'être chauffées jusqu'à 150°.
On filtre ensuite le produit sur des toiles, on sépare la chaux par un courant d'acide carbonique ; on évapore et on obtient successivement une cristallisation d'orcineet une cristallisation d'érytkrite (Voir plus loin).
L'orcine ainsi obtenue est rougeâtre et impure ; on l'a fait recristalliser dans l'eau, par évaporation lente.
§ 8. — PYROGALF.OL.
3. Propriétés. — On obtient l'orcine en gros prismes rhomboïdaux droits. Mais il est difficile de la conserver incolore. Elle est trôs-soluble dans l'eau, l'alcool, l'éther. Elle possède une saveur sucrée mais désagréable. Les cristaux contiennent 2 éq. d'eau de cristallisation, séparable par l'action du vide.
4. Réactions. — Unefois déshydratée, l'orcine fond au-dessus de 100° et distille vers 290", sans décomposition. Sa solution est précipitée par l'acétate de plomb basique et le perchlorure de fer. Elle réduit le nitrate d'argent ammoniacal.
Elle rougit à l'air, par l'influence de la lumière. Elle s'oxyde rapidement, sous l'influence simultanée de l'air et des alcalis.
Le brome produit un composé cristallisable , G**IFBr^O*. Les agents oxydants l'altèrent, en donnant des produits encore mal connus.
Elle se combine aux acides en formant des éthers diatomiques.
5. Orcéine et tournesol. — L'action de l'ammoniaque est remarquable. Sous l'influence de cet alcali et de l'oxygène il se forme un composé azoté, G**H■'AzO^ désigné sous le nom à'orcéine. C'est une matière colorante rouge, incristallisable, peusoluble dans l'eau, précipitable par l'addition d'un sel neutre; fort soluble dans l'alcool , peu soluble dans l'éther. Elle se décolore sous l'influence de l'hydrogène naissant, mais se recolore sous l'influence de l'air.
A l'histoire de l'orcine se rattache celle du tournesol, qui se prépare en faisant agir l'air et l'ammoniaque sur les lichens tinctoriaux, en présence d'un grand excès de carbonate alcalin. Mais l'histoire des principes immédiats contenus dans le tournesol est encore peu avancée.
§ 7. — Eugcnol : Ç?m^^O'* .
C'est un principe cristallisable, contenu dans l'essence de girofles. Il forme des sels assez bien caractérisés. 11 donne aussi naissance à des éthers diatomiques en s'unissant aux acides.
3' DIVISION. — Phénols triatomiques.
§ 8. — pyrogallol : CsH^Oe.
4. Formation. — On peut former le pyrogallol au moyen de l acide salicylique biiodé et de l'oxyde d'argent humide :
C»*H*I«()6 + 2(AgO, HO) = C'2H60* -1- C^O* + 2AgI,
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ce qui revient à le former avec l'acide salicylique, dérivé lui-même par syiUhèse du phénol et de l'acide carbonique, (p. 238)
2. ^ Préparation. — Le pyrogallol (syn.. acide pyrogallique) se prépare, comme la plupart des phénols, au moyen d'un acide qui en diflère par les éléments de l'acide carbonique : c'est l'acide gallique,
On mêle cet acide avec le double de son poids de pierre ponce, on l'introduit dans une cornue tubulée, remplie à moitié, et l'on chaufle au bain de sable, en faisant passer dans la cornue un Courant d'acide carbonique. Le pyrogallol se sublime. On peut aussi sublimer l'extrait aqueux de noix de galles.
On le prépare encore en chauffant l'acide gallique avec de l'eau vers 180% dans une marmite de fer solidement fermée.
3. Propriétés. — Le pyrogallol se présente en lamelles ou en aiguilles minces, d'un blanc éclatant. Sa saveur est amère; son odeur a quelque chose d'astringent.
11 fond vers 115" et se sublime vers 210";'mais son point d'ébulli-
tion est plus élevé.
Il se dissout dans 2 1/2 parties d'eau à 13° : caractère qui permet de le distinguer de l'acide gallique, avec lequel il est souvent mélangé, et qui est beaucoup moins soluble dans l'eau. Le pyrogallol est très-soluble dans l'alcool et dans l'éther.
11 est employé en photographie..
4. Réactions. — Chahur. — Quand on chauffe brusquement le pyrogallol vers 250", il se change en eau et en un polymère noir et ulmique, dérivé du :corps C*''H'0\ C'est l'acide métagallique des auteurs '.
5. Hydrogène. — Le pyrogallol chauffé à 280" avec 20 parties d'acide iodhydrique saturé régénère une certaine quantité de benzine '.
Ci^RGO" + 6HI = Ci«H6 + 5H'02 + 5P.
6. Oxygène. — La solution aqueuse de pyrogallol absorbe lentement l'oxygène de Tair en se colorant. En présence d'un alcali, elle noircit aussitôt et absorbe l'oxygène avec'une telle avidité, que cette réaction est employée pour doser l'oxygène dans les mélanges gazeux. Cependant il ne faut pas oublier qu'il se forme quelques millièmes d'oxyde de carbone, au moment de l'absoption de l'oxygène.
^ 9. — SANTONINE. 24{i
Le pyrogallol réduit les sels d'or, d'argent, etc., ainsi que les solutions alcalines de bioxyde de cuivre.
7. Brome. — Le brome agissant sur le pyrogallol sec forme un dérivé tribromé, cristallisable, G^n^Br^O^.
8. Alcalis. — La solution de pyrogallol est neutre. Cependant ce corps peut s'unir aux alcalis. Mais ses solutions s'altèrent trèsrapidement, même sans le concours de l'oxygène. Bouilli avec une solution concentrée de potasse, il forme du carbonate, de l'acétate, de l'oxalate, etc. Un lait de chaux, le colore en pourpre^ puis en brun; l'hydrate de baryte en brun, puis en noir. — La solution de sulfate ferreux le colore en bleu indigo, le perchlorure de fer en rouge. '
9. Acides. — Le pyrogallol peut être combiné avec les acides. C'est sans doute un phénol triatomique :
Ci«(H«02)(H502)(H202).
10. Isomères du pyrogallol. — Le pyrogallol correspond par ses propriétés i\ l'oxyphénol. On connaît aussi un isomère du pyrogallol, la pfdoroglucine, correspondante à la résorcine et à l'orcine. Tous ces corps et leurs dérivés doivent jouer un rôle très-important dans la végétation, car on les retrouve dans la décomposition d'un grand nombre de principes matériels. Par exemple, la phloroglucine se produit dans le dédoublement de divers corps, dérivés des glucosides (phlorizine) et des gommes résines.
La phloroglucine se présente sous la forme de gros cristaux incolores, doués d'une saveur sucrée, solubles dans l'eau, l'alcool et l'éther. Sa solution aqueuse réduit le tartrate cuprosopotassique.
§ y. — Siantoninc : C^oHi^Of.
1. Préparation. — On peut encore rapprocher des phénols la santonine, bien que les réactions de ce principe aient été encore fort peu étudiées.
La santonine se retire du semen-contra (bourgeons floraux de divers artémisià). Pour la préparer, on fait bouillir 30 litres d'eau avec 10 kilogr. de semen-contra et 600 grammes de chaux éteinte. On passe à travers une toile, on fait bouillir de nouveau avec de l'eau, on réunit les liqueurs, on les réduit par évaporation à 10 ou 12 litres, on ajoute de l'acide chlorhydrique. Il se sépare une matière résineuse que l'on enlève. La santonine cristallise ensuite. Après
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quatre ou cinq jours, on lave le dépôt avec un litre d'eau chaude, puis on le fait digérer avec 50 grammes d'ammoniaque liquide, qui dissout encore de la résine. On lave à l'eau froide le résidu, on le dissout dans 3 litres d'alcool bouillant, en présence d'une petite quantité de charbon animal, et on filtre. La santonine cristallise par refroidissement en grands prismes incolores.
2. Propriétés. — Dans l'eau, la santonine cristallise en lamelles nacrées. Elle se colore très-rapidement en jaune sous l'influence de la lumière. Elle est presque insipide. Elle fond à 170°, mais elle ne peut être distillée. Elle se dissout dans 300 parties d'eau froide. Elle est assez soluble dans l'alcool, l'éther, le chloroforme, le sulfure de carbone.
La santonine est employée comme vermifuge.
3. Réactions. — Humectée avec la potasse et une petite quantité d'alcool, elle prend une coloration rouge fugitive. L'acide sulfurique forme avec la santonine une solution rouge. L'acide nitrique la dissout à chaud et finit par donner naissance à l'acide succinique.
La santonine est neutre; mais elle se combine avec les alcalis et divers autres oxydes.
Traitée par le chlore, elle fournit des produits de substitution, Q30Hi7QiQ6^ G»«H'T.PO% etc.
4* DIVISION. — Phénols téthatomiques.
Citons seulement le phénol tétratomique , auquel on
peut rattacher l'alizarinc.
En efi'et, par ses propriétés chimiques, l'alizarine rappelle le quinon; elle est en quelque sorte deux fois phénol et deux fois aldéhyde.
§ 10. — Alixarlno : C^sR^O».
4. Formation. — L'alizarine, principe colorant extrait de la garance, se rattache à l'anthracène, C^^H'^ car elle fournit ce carbure lorsqu'on dirige sa vapeur sur du zinc en poudre chaufl'é au rouge sombre et elle peut être reproduite synthétiquement avec l'anthracène (p. 126).
2. Préparation. — Pour obtenir l'alizarine, on traite à 100" par l'acide sulfurique concentré la poudre de garance, préalablement épuisée par l'eau; on lave ensuite; le résidu constitue ce que l'on a appelé garancine dans l'industrie. La garancine, sublimée avec pré-
§ 10. — ALIZARINE. 247
caution, fournit l'alizarine sous la forme de fins prismes orangés et aciculaires.
On peut encore épuiser par l'eau froide la garance coupée en morceaux. Puis on écrase la matière et on la lait bouillir avec 3 parties d'alun et 18 à 20 parties d'eau. On passe à travers une toile, et l'on répèle le traitement par les mêmes quantités d'eau et d'alun. On abandonne à elles-mêmes les liqueurs filtrées. Au bout de quelques jours, l'alizarine se dépose sous la forme d'un précipité d'un brun rouge. On épuise ce précipité par l'acide cblorhydrique étendu et bouillant et on le dissout dans l'alcool bouillant. Par l'évaporation il se sépare de l'alizarine, encore mêlée avec une matière colorante (purpurine). On extrait celle-ci par une solution bouillante d'alun et Ton dissout le résidu .dans l'éther. L'alizarine cristallise.
3. Propriétés. — L'alizarine renferme de l'eau de cristallisation. Elle forme alors des paillettes jaunes semblables à l'éther mussif. Elle perd son eau de cristallisation à 100». Elle se sublime vers 215°, en longues aiguilles brillantes, jaunes, avec reflet rouge.
Elle est peu soluble dans l'eau froide^ plus soluble dans l'eau bouillante, et surtout dans l'alcool, l'éther, le sulfure de carbone, l'acide acétique, la glycérine.
100 p. d'eau à 100° dissolvent Os',034 A 12° 1 p. d'alizarine se dissout
— à 200° — 0 ,82 dans 212 p. d'alcool et dans
— à 250° — 3 ,16. 160 p. d'étlier.
4. Réactions. — L'alizarine est fort stable, comme l'indique son mode de préparation. Elle se combine aux alcalis et s'y dissout, en produisant des liqueurs colorées en pourpre foncé.
L'acide sulfurique concentré la dissout aussi, en formant une liqueur rouge de sang, et elle se reprécipite inaltérée par une addition d'eau.
L'acide nitrique la change en acides phtalique et oxalique.
Les carbonates alcalins la dissolvent ainsi que les solutions chaudes d'alun ammoniacal. Ses dissolutions sont précipitées par les solutions salines concentrées.
L'alizarine s'unit aussi aux oxydes terreux et métalliques; mais ces composés sont insolubles dans l'eau et dans l'alcool.
248 LIVRE ni'. — CHAP. Vlir. - ALCOOLS POLYATOMIQUES.