IV. — Lichénine
La lichénine est contenue dans les cellules du lichen d'Islande et de diverses autres espèces de lichens et de mousses. ^
Pour l'extraire, on épuise le lichen d'Islande par l'éther, l'alcool, la potasse diluée, l'acide chlorhydrique étendu ; puis on fait bouillir le résidu avec l'eau et on filtre la liqueur bouillante. Par refroidissement elle se prend en une masse gélatineuse. Si on verse la liqueur bouillante dans l'alcool, il se forme un précipité blanc, qui se dessèche sous la forme d'une masse fragile, jaunâtre, translucide.
La lichénine se gonfle dans l'eau froide et se dissout dans l'eau bouillante, en formant une liqueur mucilagineuse, qui se prend en gelée par le refroidissement. Elle est insoluble dans l'alcool et l'éther. L'acide sulfurique étendu et bouillant, la change en un glucose. Avec l'acide nitrique, elle ne fournit pas d'acide mucique.
Y. — Bassorine et mucilages.
La gomme de Bassora (produite par un cactus) et la gomme adraganthe (produite par les astragales d'Orient), se gonflent sous l'influence de l'eau froide ou bouillante et se changent en une gelée transparente.
Les semences de lin, de coing,les feuilles, les fleurs et la racine de guimauve, etc., renferment des principes analogues (mucilages), souvent mélangés avec de la gomme soluble et même avec de l'amidon; ce qui arrive par exemple daus le salep, bulbe de VOrchis mascul a.
Séchée à 100", la bassorine offre la même composition que l'ami-don et la cellulose. Bouillie avec l'acide sulfurique, elle paraît four-îiir d'abord de la gomme soluble et un glucose fermentescible;; puis elle se change entièrement en un glucose.
L'acide nitrique oxyde la bassorine et les mucilages, avec pro-duction d'acide mucique.
§ 4. - ÏÉTKAGLUCOSIDES.
§ 4. — Tétraslucosides : C»8H^ooio cclltiloiio : C'5Hi*>0'0(™300''o).
1. Origine. — Les lissus végétaux sont constitués en grande partie par des principes isomériques et insolubles, correspondant à des multiples de lu formule C'-H'^O**^. Ces divers principes jouissent de propriétés analogues, sans ôtre cependant tout à fait identiques. Traités à plusieurs reprises par les acides et les alcalis étendus, ils éprouvent divers changements, encore mal connus, à la suite desquels ils sont ramenés à un état comn:un, désigné sous le nom de cellulose.
Les jeunes cellules végétales, la moelle de sureau, le coton, le vieux linge, après un long usage et de nombreux blanchissages, enfin le papier (non collé) sont constitués par de la cellulose presque pure. Pour isoler celle-ci, on fait tremper l'une quelconque de ces subtances dans l'eau, puis on la fait bouillir avec une solution faible de potasse caustique; on la lave de nouveau; on la délaye dans l'eau et l'on dirige un courant de chlore; on lave de nouveau, on sèche, on épuise par l'acide acétique concentré et bouillant, par l'alcool, par l'éther, enfin par l'eau, et l'on fait sécher à 100".
2. La cellulose est solide, blanche, translucide, insoluble dans l'eau, l'alcool, l'éther, les acides et les alcalis étendus.
Sa densité est égale à 1,45. Un seul liquide la dissout, savoir: l'oxyde de cuivre ammoniacal. Elle est précipitée de cette solution par l'eau, par les acides étendus et par certains sels. La cellulose se sépare sous forme gélatineuse et se dessèche, en conservant l'état amorphe.
3. Chaleur. — La cellulose, soumise à l'action de la chaleur, se décompose au-dessus de 200", en laissant du charbon et en fournissant divers gaz, de l'eau, de l'acide acétique et des produits empyreumatiques fort complexes.
4. Hydrogène. — La cellulose, chauffée à 280" avec l'acide iodhydrique très- concentré, éprouve une réduction complète, de même que les autres principes organiques. 11 se produit des carbures forméniques et spécialement Vhijdrurc de tétradécyléne, G"H".
5. Oxygène. — La cellulose, bouillie avec l'acide nitrique ordinaire, est violemment attaquée et produit finalement de Vacide oxalique. L'hydrate de potasse fondu forme également, vers 160°, de l'acide oxalique.
Le bioxyde de manganèse et l'acide sulfurique produisent de Vacide formique.
6: Alcalib. — Les alcalis gonflent la cellulose et la colorent en
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brun, surtout sous l'influence du contact de l'air. Il paraît se former d'abord de véritables combinaisons, insolubles dans l'alcool, mais que l'eau décompose. A une plus haute température, la cellulose s'oxyde en formant de l'acide oxalique, comme il vient d'être dit.
7. Acides. — Les acides produisent sur la cellulose deux ordres d'effets très-distincts: transformations et combinaisons.
L — Transformations.
1" Si l'on imbibe la cellulose avec l'acide sulfurique concentré et qu'on enlève presque aussitôt cet acide par des lavages à l'eau, la cellulose se trouve avoir acquis certaines propriétés analogues à l'amidon: elle se gonfle dans l'eau et donne avec l'iode une coloration bleue. L'acide chlorhydrique concentré et froid, le chlorure de zinc sirupeux produisent sur la cellulose un efl'et analogue. La charpie, substance désagrégée par les lavages et un long usage, se colore déjà ên bleu par places sous l'influence de l'iode.
Le papier trempé dans l'acide sulfurique étendu de son volume d'eau, puis lavé h grande eau et séché, constitue une matière cohérente et demi-translucide, désignée sous le nom de parchemin végétal. Dans cette circonstance, la matière colorable par l'iode se forme et détermine une sorte d'encollage naturel de la fibre du papier.
2° Prolonge-t-on l'action à froid de l'acide sulfurique concentré sur la cellulose et la fait-on bouillir avec du chlorure de zinc ou de l'acide chlorhydrique, la cellulose se transforme bientôt en cellulose solvble. On isole ce composé comme l'amidon soluble. Il possède des propriétés analogues. Cependant le pouvoir rotatoire de la cellulose soluble est nul; tandis que celui de l'amidon soluble est égal à +211°.
3" Sous l'influence plus prolongée des acides, on obtient à la fois une dextrine spéciale, dextrogyre, mais dont le pouvoir rotatoire est plus faible que celui de la dextrine d'amidon; et un glucose fermentescible. Finalement tout se transforme en un mélange de deux glucoses fermentescibles (sucre de chiffons), l'un identique avec le glucose ordinaire; l'autre en cristaux plus durs et plus brillants, mais qui n'a pas été autrement étudié.
Les transformations successives de la cellulose répondent probablement à une série de dédoublements réguliers. Il est môme probable qu'il existe plusieurs celluloses distinctes, susceptibles d'éprouver des dédoublements différents.
4" L'acide sulfurique concentré et l'acide chlorhydrique très-concentré, maintenus en contact avec la cellulose pendant quelques jours, finissent par la transformer en produits noirs et ulmiques. Le
§ 4. — TETRAGLUCOSIDES.
môme changement s'opère immédiatement lorsque le papier ou le coton sont rais en contact avec le fluorure de bore gazeux.
1" La cellulose (coton ou papier), chauffée vers 180° avec les acides organiques (stcarique, benzoïque, 'acétique, butyrique) monohydratés, ou mieux anhydres, s'y combine, en donnant naissance ù des composés neutres, analogues aux gliicosides. On obtient également des traces de composés semblables en broyant le coton avec un mélange d'acide sulfurique et d'acide butyrique, ou d'un acide du môme genre. Mais les acides qui se combinent le plus aisément à la cellulose sont l'acide sulfurique, lequel forme à froid un acide conjugué, et surtout l'acide nitrique.
2" CeUulosides nitriques. — L'acide nitrique forme, avec la cellulose, trois composés distincts, confondus sous les noms de cotonpoudre, fui mi-coton, ou pyroxyle :
Celluloside liexanilrique C'^IP^O-s^AxHO^)",
On prépare le celluloside décanitrique {poudre coton proprement dite) en plongeant du coton cardé dans un mélange de 1 volume d'acide nitrique fumant et de 3 volumes d'acide sulfurique; on laisse tremper pendant dix minutes, puis on lave à grande eau et l'on sèche à la température ordinaire.
Le composé décanitrique conserve l'aspect du coton, sauf qu'il est un peu plus rude au toucher. Il est insoluble dans tous les dissolvants (eau, alcool, éther, acide acétique, oxyde de cuivre ammoniacal).
C'est un corps extrêmement explosif, qui s'enflamme au contact d'un corps chaud, par le choc, ou lorsqu'il est porté à la température de 120°. Il brûle subitement, sans laisser de résidu, et en dégageant un grand volume de gaz (acide carbonique, oxyde de carbone, vapeur d'eau, etc.).
En raison de cette propriété, on a essayé de le substituer à lapoudre dans l'artillerie. On y a renoncé, d'abord parce que la détonation est trop brusque et brise les armes; et parce que la poudre coton est sujette à éprouver une décomposition spontanée, qui a donné lieu à de terribles accidents.
Cependant le pouvoir explosif de la poudre coton, très-supérieur à celui de la poudre ordinaire, à cause du grand volume des gaz for-