I. — Traitement général
Lorsque chez un cardiaque survient une dyspnée qui ne disparaît pas complètement sous l’influence du repos au lit, lorsque s’installe un œdème persistant des membres inférieurs, lorsque le pouls devient petit et faible, lorsque le foie dépasse le bord des fausses côtes et que les poumons se congestionnent, lorsqu’enfin les urines diminuent de quantité, l’intervention est nécessaire : il faut donner la digitale. S il est contre-indiqué de l’administrer en l’absence des symptômes qui viennent d être énumérés, il est d’autre part urgent d’avoir recours à ce précieux médicament dès que la fatigue du cœur devient manifeste, car une plus longue attente n’aurait d’autre résultat (pie de rendre ses effets moins efficaces. 11 faut donc donner ce médicament au moment opportun, ni trop tôt ni trop tard; c’est une question de. sens clinique, que la pratique peut seule permettre de résoudre. Il nous paraît indispensable de rappeler brièvement la constitution chimique de la digitale, avant de conclure sur le choix de la préparation digitalique à employer. Dès J 844, Ilomolle et Quévennc avaient isolé de la digitale un principe actif, amorphe, dont ils perfectionnèrent ultérieurement la préparation, en le purifiant à l aide du chloroforme; leur produit primitif était un mélange, en proportions variables, de digitaline cristallisée, et de digitaléine, aussi a-t-on pu le prescrire à des doses relativement considérables et les formulaires l’ont-ils indiqué comme étant dix fois moins toxique que la digitaline cristallisée, mais il n on est pas de même de la digitaline amorphe obtenue par le chloroforme; celle-ci est d'une action sensiblement égale à celle de la digitaline cristallisée, car elle renferme plus de 9/1 0e de digitaline cristallisée. Il est essentiel de se rappeler que la digitaline amorphe chloroformique est aussi active que la digitaline cristallisée, et que si l’on peut prescrire indifféremment l’une ou l’autre, la dose maxima est la même pour la digitaline chloroformique amorphe que pour la digitaline chloroformique cristallisée (Lafont et Bardet). Cette dernière a été découverte en 1867 par Nativelle, pharmacien à Dourg-la Reine ; elle est également soluble dans le chloroforme. Outre la digitaline, la plante contient encore, d’après Schmiedeberg, divers principes qui ont reçu les noms de digitine, digitaléine, digitoxine, digitonine. Il existe enfin deux produits de décomposition des corps précédents : la toxirésine et la digitalirésine.
MALADIES DE L’APPAREIL CIRCULATOIRE
La digitine est inerte; la digitoxine et la digitaléine ont une action identique, c’est-à-dire celle de la digitaline pure; l’action de la digitoninc diffère sensiblement des précédentes, puisqu’elle est analogue à celle de la saponine; ([liant à la toxirésine et la digitalirésine, elles s’écartent également par leurs propriétés de la digitaline; leur action peut être comparée à celle de la picrotoxine. La digitaline est le principe actif par excellence de la digitaline; c’est elle qui produit les effets que l’on obtient avec les préparations de plantes fraîches, mais son action est incomparablement plus énergique et plus constante, car c’est un produit identique à lui-même, tandis que l’efficacité de la macération ou de l’infusion varie suivant les espèces végétales de la plante, suivant le moment de la récolte, suivant le procédé de conservation. Malgré la supériorité incontestable de la digitaline sur les préparations faites avec la plante même, on a hésité pendant longtemps à l’employer, en raison de sa toxicité d’ahord, mais aussi et surtout parce que plusieurs corps différents ont reçu le nom commun de digitaline et que l’on ne savait auquel d’entre eux réserver la dénomination de digitaline. C’est ainsi qu’en Allemagne on donne le nom de digitaline au principe que nous appelons digitaléine ; il existe cependant, au point de vue chimique, une différence essentielle entre la digitaléine et les digitalines amorphe ou cristallisée, puisque la première est soluble dans l’eau et insoluble dans le chloroforme, tandis que les secondes sont solubles dans le chloroforme seulement. Cette digitaline allemande est environ vingt fois moins active que les digitalines françaises ou digitalines chloroformiques; par contre on emploie en Allemagne comme principe actif la digitoxine de Merck, trois fois [dus active, d’après Martius, que la digitaline cristallisée chloroformique française; c’est ce que prescrivent nos voisins, au même titre que nous prescrivons la digitaline. M. Hondas est d’avis que ce n’est pas un produit de composition constante et définie, mais un mélange de digitaline cristallisée et d’un principe non encore isolé, analogue ou identique à la strophantine, l’ouabaïne ou la tanghinine, corps d’une activité de beaucoup supérieure à celle de la digitaline cristallisée.
L’inconstance des résultats obtenus avec les préparations de digitale, tient à l’inégalité de la richesse en digitaline des diverses variétés de plantes. Quand on donne des feuilles, on ne sait pas à quelles doses on administre le principe actif, bien que théoriquement 1 gramme de poudre représente environ 1 milligramme de principe actif.
Voici d’ailleurs le tableau de l’équivalence d’activité des différentes préparations de digitales :
(J gr. 10 de poudre équivalent à :
Digitaline cristallisée Extrait aqueux. . .
— alcoolique. .
Teinture alcoolique.
Teinture ctliérée. .
Sirop
Vin
1/10' de milligramme.
. . . 0 gr. 045
. . . 0 gr. 05
. . . 0 gr. 50
. . . 0 gr. 50
. . . 20 grammes.
ENDOCARDITES CHRONIQUES.
Pour obtenir des effets certains avec la macération ou I infusion, il faut que les feuilles soient celles de la seconde année, qu elles aient été cueillies au mois de juin, avant la floraison, qu’elles aient été conservées à l’abri de la lumière et de l’humidité dans des flacons bien bouchés, enfin qu elles n’aient pas été conservées pendant plus d’un an. Mais est-on sur que ces conditions sont toujours remplies? Peut-on affirmer d’autre part que, à poids égal, les préparations prescrites contiennent toujours la même quantité de principe actif? 11 est bien évident que non, et c’est pourquoi l'usage de la digitaline chloroformique tend à se substituer de plus eu plus à celui des préparations faites avec la plante.
On a cependant formulé quelques objections; tout en reconnaissant l’efficacité de la digitaline, on a dit qu’il était illogique de vouloir la substituer à la plante, car à côté du glucoside digitaline, il existe dans la plante d’autres corps dont l’action est peu connue, mais qui n’est sans doute pas négligeable; de sorte qu’en prescrivant la digitaline pure, on fait perdre au malade le bénéfice de l’action combinée de ces divers principes; on a comparé à cet égard l’action de l’opium à celle de la morphine, et rappelé que la différence entre l’action de l’opium et de la morphine, est due précisément à l’existence dans l’opium, à côté de la morphine, d’autres alcaloïdes doués de propriétés physiologiques distinctes. A celle objection on peut opposer ce fait que l'action de la digitaline est identique à celle de l’infusion ou de la macération, el qu elle n’en diffère uniquement que par son efficacité plus marquée; reconnaissons seulement qu’il est difficile d’expliquer cette identité d’action, puisque la digitaline n’est pas soluble dans l’eau. On a objecté d’autre part que la digitaline n’est pas toujours diurétique, alors que la digitale en macération provoque toujours la diurèse; mais la digitaline peut, elle aussi, déterminer une diurèse considérable, atteignant parfois le taux de 5 à (i litres d'urine par jour; sans doute, il est des cas où cette diurèse ne se produit pas, mais c est qu’alors la digitale ne peut plus agir, c’est que le muscle cardiaque est profondément dégénéré, c’est que les reins sont le siège d’altérations avancées : dans ces conditions, la digitale ne rendrait pas plus de services que la digitaline. La véritable cause de la répugnance qu’on a manifestée à l'égard de l’emploi de la digitaline est, pour certains médecins tout au moins, la crainte de déterminer des accidents. Cette crainte n’est pas plus fondée que les griefs précédemment invoqués; on peut employer en toute sécurité la digitaline dans tous les cas où les indications de l’emploi de la digitale sont formelles. La seule contre-indication que nous reconnaissions à l’emploi de la digitaline est l’àge du sujet; ce principe est trop actif pour être prescrit dans la thérapeutique infantile.
En résumé, nous croyons devoir nous autoriser des enseignements de la clinique, pour recommander surtout 1 emploi de la digitaline chez 1 adulte, bien que l’infusion ou la macération aient parfois une action diurétique plus marquée. Cette préférence n’implique pas d’ailleurs l’abandon systématique des autres préparations, que l'on peut être appelé à employer dans un certain nombre de circonstances, lorsque, par exemple, on n’a pas de digitaline
MALADIES DE L’APPAREIL CIRCULATOIRE
à sa disposition, que l’on ne peut en surveiller les effets ou bien que l'on veut seulement prescrire une préparation anodine, comme la teinture, pour combattre certaines palpitations, la tachycardie, etc.
Nous devons donc passer en revue ces diverses préparations, avant d’indiquer la posologie de la digitaline.
De toutes les préparations de digitale, la plus mauvaise, assurément, est la poudre, administrée sous forme pilulaire (à la dose de 0 gr. 05 à 0 gr. 15 par jour) ; ainsi que l’a démontré Gubler, la poudre de feuilles de digitale exerce une action irritante sur l’estomac et provoque souvent des vomissements. L’extrait alcoolique n’est guère plus employé.
On associe habituellement la poudre à d’autres principes actifs : diurétiques, purgatifs :
Poudre de digitale .
— de scillc . .
— de scammonéc
Pour 1 pilule; 4 à 6 par jour.
Poudre de digitale ) ~
— de scille j <UI
Nitrate de potasse
Pour 1 cachet; 4 à 6 par jour.
11 existe deux sortes de teintures de digitale; la teinture éthérée qui est infidèle et qui n’est pas usitée, et la teinture alcoolique; celle-ci est une bonne préparation, mais infiniment moins active que la macération ou l’infusion; aussi doit-on la réserver pour les cas où l'on veut obtenir simplement un effet
sédatif; elle n'a pas la propriété de faire disparaître les œdèmes et les con-
gestions, comme la macération ou l’infusion; on l’emploie à la dose de X à L gouttes (I gramme de teinture correspond à L1V gouttes environ et XXVII gouttes de teinture sont l’équivalent de 0 gr. 10 de feuilles, tandis qu’il faut 5 grammes de teinture pour représenter un milligramme de digitaline cristallisée).
Le sirop de digitale contient 50 centigrammes de teinture, soit XX\ II gouttes environ par cuillerée de 20 grammes.
L’infusion de digitale, vivement préconisée par llirtz, se prépare en faisant infuser pendant trente minutes la poudre de feuilles dans 100 grammes d’eau.
M. Jaccoud formule ainsi :
Poudre de feuilles de digitale 50 centigrammes.
Eau chaude 120 grammes.
Sirop de digitale 50 —
La plupart des médecins préfèrent, à l'exemple d Ilérard, de Dujardin- Beaumetz, la macération; son senl désavantage est d’exiger une préparation
0 gr. 05 0 gr. 50
au 0 gr. 05
ENDOCARDITES CHRONIQUES.
tic douze heures, tandis que l’infusion peut être faite extern poranément. La macération produit une diurèse plus rapide, plus sûre et plus abondante que l'infusion.
On formule ainsi :
Poudre de feuilles de digitale (ou feuilles
de digitale privées de leurs nervures). . 25 à 40 centigrammes.
Eau froide 120 grammes.
Faire macérer pendant douze heures; sucrer avec du sirop de capillaire ou des cinq racines (50 grammes). A prendre en quatre ou cinq fois dans h»
journée.
Il importe que cette macération soit filtrée avec le plus grand soin, car s'il restait quelque trace de poudre de feuilles, cette poudre pourrait déterminer le vomissement.
Lorsque la digitale ne peut être prise par la bouche, on peut donner la macération en lavements.
11 existe deux modes d’administration de la macération et de l’infusion : les uns prescrivent une quantité invariable de digitale, pendant toute la durée du traitement; les autres administrent d’emblée une dose massive, puis des «loses progressivement décroissantes; car il ne faut pas oublier que la digitale s’accumule et que les doses massives continuées pendant un certain temps peuvent devenir dangereuses. Cette deuxième méthode est bien préférable à la première; aussi est-elle universellement employée; on prescrit par exemple le premier jour 40 à 50 centigrammes de macération, puis on abaisse graduellement la dose de 10 centigrammes chaque jour, par exemple; il faut avoir soin, de toutes façons, de ne pas prolonger l’administration de la digitale au delà de quatre à cinq jours; sinon peut se produire l’asystolie digitalique. Ile plus, il faut laisser s’écouler dix à quinze jours après sa suppression avant ti en reprendre 1 emploi, car son action s’exerce encore pendant ce temps.
Les médicaments à élimination rapide comme la belladone, les bromures et les iodures, doivent être donnés à doses fractionnées, afin que l’organisme en soit constamment imprégné; il n’est pas nécessaire de fractionner les doses de digitale, puisque l’élimination de celle-ci est très lente; on la fera prendre seulement en deux ou trois fois dans les vingt-quatre heures.
Nous arrivons maintenant au mode d’administration de la digitaline : on doit donner la préférence aux solutions sur les granules. (Les nouveaux granules de digitaline cristallisée du codex sont dosés à un dixième de milligramme.)
On emploie actuellement la solution de digitaline cristallisée au 1000e (solution de Potain) :
Digitaline cristallisée. . . .
Glycérine pure (densité 1250)
Eau distillée
Alcool à 95°
t gramme.
147 grammes.
^ q. s. pour compléter un litre ( à 15 degrés centigrades.
MALADIES DE L’Al’PAREIL CIRCULATOIRE.
Un gramme de cette solution, correspondant à L gouttes, contient 1 milligramme de digitaline. On a proposé encore la formule suivante :
Digitaline cristallisée chloroformique 1 centigramme.
Alcool 6 grammes.
Glycérine 9
LX gouttes représentent un milligramme de digitaline.
Comment doit-on administrer la digitaline? Ici encore deux méthodes sont en présence : quelques médecins donnent, chaque jour, une même quantité de digitaline, soit, par exemple, un demi -milligramme, pendant trois ou quatre jours. D’autres sont au contraire partisans de l’administration d’une dose massive qui n’est plus renouvelée. M. Huchard prescrit, en une fois et pendant un seul jour, XX\, XL, et meme L gouttes de la solution au millième ; puis il laisse s’écouler quinze ou vingt jours avant de recommencer, de la même façon et à la même dose, si l’indication persiste. Il la prescrit ainsi systématiquement toutes les trois semaines et soumet ses malades à cette médication pendant plusieurs années.
11 ne faut pas craindre l’administration des doses massives. « 11 est temps, dit M. Huchard, de réagir contre les craintes exagérées et de proclamer bien haut que les effets accumulatifs et la lenteur d’action ou d’élimination de la digitale sont plutôt des qualités de plus à lui ajouter; il faut dire et redire que la digitale trouve son correctif dans la diurèse qu elle provoque et qui devient ainsi une sauvegarde pour l’organisme. On doit la prescrire à dose massive précisément parce qu’elle s’accumule et agit lentement. »
En dépit de son action énergique, la digitale ne pourrait donner les résultats que l'on est en droit d’attendre d’elle, si l’on ne soumettait le malade à un raitement préliminaire avant l’administration du médicament. Prescrire d’emblée la digitale à un malade qui n’a encore pris aucun repos, (pii arrive à l’hôpital en proie à une dyspnée extrême, qui n’urine pas et qui est considérablement œdématié, prescrire, disons-nous, la digitale, d.ans ces conditions défavorables, serait courir à un échec certain.
Il faut d’abord suspendre tout médicament; il faut de plus :
1° Prescrire le repos absolu au lit;
2° Le régime lacté exclusif ;
5° Un purgatif (le plus souvent la teinture de jalap composée ou eau-de-vie allemande, à la dose de *20 à 25 grammes).
4° Evacuer les hydropisies (hydrothorax, ascite) (pii, par leur présence, entravent l’action de la digitale.
Dans certains cas, enfin, lorsqu’il existe une stase veineuse extrême, lorsque les malades sont cyanosés, on ne peut espérer obtenir un elïet eificace de la part de la digitale, qu’après avoir pratiqué une saignée de 200 a .>00 grammes. On ne saurait trop se pénétrer de I importance de ces préceptes; les deux premiers sont si importants que leur observation rigoureuse par le malade suffit parfois à régulariser la circulation, à faire disparaître 1 aboiement du
ENDOCARDITES CHRONIQI ES.
8SÏI
cœur, les œdèmes et les congestions, de telle sorte que l'administration de la digitale peut devenir inutile.
S'il est contre-indiqué de donner la digitale, sans préparation préalable du malade, il y a danger à prolonger son administration au delà des limites que nous avons (ixées ou en dehors des conditions (pii légitiment son
emploi.
Prescrite hors de propos ou pendant un délai trop long, la digitale provoque l’apparition d’une véritable asystolie thérapeutique ; le cœur s’affole, le malade est pris de vertiges, do céphalée, de bourdonnements d’oreille ; ses pupilles se dilatent : il est l’objet d’hallucinations et tombe dans un délire comparable au délire alcoolique. De plus surviennent des troubles gastrointestinaux : vomissements, diarrhée dus à l’action directe de la digitale sur la muqueuse des voies digestives. La sécrétion urinaire s’arrête, les extrémités se cyanosent.
Il faut savoir interrompre à temps l’administration de la digitale lorsque celle-ci ne donne pas les résultats attendus; si, malgré l’observation des règles précitées, l’état, du malade ne s’améliore pas; si les œdèmes, l’anurie, la dyspnée persistent, c’est que le myocarde est profondément altéré et (pie la digitale ne peut avoir de prise sur lui.
Nous n’avons pas jusqu’ici essayé de donner la clef de l’action de la digitale; il serait inutile de rapporter ici les innombrables théories relatives à (action physiologique de ce médicament, tant elles sont contradictoires; qu’importent les théories, en présence de cette action thérapeutique merveilleuse, devant laquelle tout le monde s’incline? On ne peut d’ailleurs comparer les effets physiologiques aux effets thérapeutiques ; on sait que la digitale n agit pas sur 1 homme malade comme sur l’homme sain ou les animaux en expérience ; elle ne produit, par exemple, là diurèse que dans les cas pathologiques : pour ainsi dire, ses effets utiles ne se manifestent qu’autant que l’indication de son emploi se trouve nettement posée.
Bref, bornons-nous à constater que la digitale agit sur le myocarde et sur les nerfs modérateurs du cœur (pneumogastrique), que, par suite, elle ralentit et régularise les contractions cardiaques, qu’elle augmente la tension artérielle et finalement relève la force du pouls et fait disparaître les œdèmes et les congestions; que. pour la même raison, elle est diurétique, bien que n’exerçant pas d’action primitive sur le rein. (La diurèse produite par la digitale dépend principalement de l’augmentation de la pression sanguine, Lauder Brunton, XIII' Congrès international de médecine.) Rappelons encore que son action s’exerce lentement et que les premiers effets ne s’accusent en général qu’au bout de vingt-quatre heures au plus tôt; mais que, par contre, ils se poursuivent pendant six à sept jours en moyenne, mais parfois beaucoup plus longtemps (15 à 25 jours, d’après Potain et Duroziez) après la cessation du médicament. Tant que le malade reste sous l’influence de la digitale, son pouls présente des caractères spéciaux qui permettent au médecin de poser aisément un diagnostic rétrospectif; la digilale produit en effet une sorte d irrégularité régulière ou rythmée, en vertu de laquelle deux pulsations
MALADIES DE I/APPAREIL CIRCULATOIRE
rapides sont séparées des deux suivantes par une pause assez longue ; c’est le pouls bigéminé.
Nous avons placé la digitale en tête des médicaments cardiaques, parce que c’est à elle et à elle seule qu’il faut s’adresser, si l’on ne veut, perdre un temps précieux, lorsqu’il s’agit de parer aux cas urgents, de combattre une attaque d’asystolie. Une fois le danger conjuré il suffit de conseiller le repos au malade et la continuation du régime laclé mitigé, pour entretenir l’amélioration; si le cœur faiblit de nouveau, on reprend la digitale. Ce médicament peut en somme suffire pour le traitement des cardiopathies à la période troublée ; son efficacité persiste tant que le myocarde n’est pas profondément altéré.
Bien que la digitale soit le remède par excellence, le spécifique des cardiopathies, il importe cependant de connaître les autres toniques du cœur; leur efficacité est sensiblement inférieure à celle de la digitale; mais ils peuvent rendre des services importants, en permettant d’entretenir l’énergie du cœur, dans l’intervalle des périodes du traitement digital ique.
Le meilleur de ces toniques cardiaques « secondaires » est le strophantus introduit dans la thérapeutique, après les travaux de Fraser (1885).
L’action du strophantus est sensiblement analogue à celle de la digitale : elle I ni est inférieure toutefois en ce que la diurèse n’est pas constante ni surtout aussi marquée qu’après l’administration de la digitale. M. Bucquoy, qui est l’un des plus chauds partisans du strophantus, reconnaît lui-même « que le strophantus donne rarement de ces débâcles d’urine qu’on obtient souvent au deuxième ou troisième jour de l’administration de la digitale ».
Le strophantus aurait, par contre, une action marquée sur la dyspnée. Il a 1 avantage de pouvoir être administré, pendant assez longtemps (10 à 15 jours) , sans que l’on ait à redouter d’effets accumulatifs. De plus, ses effets sont immédiats; ils se produisent dès le premier jour.
On peut employer la teinture, l’extrait ou la strophanline.
La teinture est faite au 5e et se donne à la dose de V à X gouttes par jour; on ne doit pas donner plus de Y gouttes à la fois.
L’extrait se donne à la dose de I à 5 milligrammes.
Quant à la strophanline, c’est un corps extrêmement actif et toxique, que l’on prescrit par granules contenant un dixième de milligramme (à la dose de 1 à 5 par jour). G. Sée préférait de beaucoup la strophanline aux autres préparations de la plante; il est à remarquer toutefois qu’il existe actuellement plusieurs sortes de strophanline dont l’action ne paraît pas comparable; aussi ne peut-on employer la strophanline avec la même sécurité que la digitaline, bien qu’il soit préférable d’avoir toujours recours aux principes actifs des plantes (G. Sée).
Le muguet ( Convallaria maialis ) est entré dans la thérapeutique à la suite des recherches de Botkin, de Bojojawlenski, etc. ; son introduction en France est due à G. Sée. Le muguet ralentit et régularise le pouls, et possède une action diurétique : on ne saurait toutefois compter sur lui pour combattre une attaque d’asystolie; il n’est utile que dans les périodes intercalaires à l’admi-
ENDOCARDITES CHRONIQUES. 89.1
lustration de la digitale; on utilise l’extrait de Heurs et de feuilles à la dose journalière de 1 gramme à 1 gr. 50, l’extrait fluide américain (2-4 gr.).
On peut prescrire :
Extrait de fleurs cl de feuilles de convallaria 10 grammes.
Sirop d'écorces d’oranges amères 200 —
— des cinq racines 100
Une cuillerée à bouche le matin, à midi et le soir.
Germain Sée employait la convallamarine sous forme pilulaire, à la dose de 5 à 10 centigrammes.
On utilise encore le genêt et la spartéine qui en a été retirée par Stenhouse (1851). Les fleurs de genêt s’emploient en tisane:
Fleurs de genêt Eau bouillante
Réduire à moitié par l’ébullition.
La spartéine est, comme le muguet, un tonique du cœur, d’une efficacité trop incertaine pour être substituée à la digitale. Elle ne jouit d’aucune propriété diurétique, mais elle est utile dans les cas d’arythmie. On prescrit son sulfate à la dose de 5 à 10 centigrammes par jour:
Sulfate de spartéine 0 gr. 50
Sirop d’écorces d’oranges amères 200 grammes.
Chaque cuillerée contient 5 centigrammes de principe actif.
10 à 20 grammes.
1 litre.
On peut encore prescrire les pilules suivantes :
Sulfate de spartéine 0 gr. 05
Extrait de noix vomique 0 gr. 02
— de chiendent q. s.
Pour 1 pilule; 2 à o par jour.
Ou associer l’extrait de convallaria à la spartéine :
Extrait de convallaria 0 gr. 15
Sulfate de spartéine 0 gr. 05
Pour 1 pilule; 2 à 5 par jour.
On peut enfin associer la caféine à la spartéine:
Salicylate de soude* . .
Sulfate de spartéine. .
Acétalale d'ammoniaque
50 grammes.
| ;ïâ 1 gr. 50
40 centigrammes.
2 grammes.
Trois cuillerées à café par jour, dans du grog.
MALADIES DE L’APPAREIL CIRCULATOIRE
Imi injections hypodermiques la spartéine s’emploie à la dose de 2 à 5 centigrammes par injection.
La strychnine a été parfois employée avec succès, surtout en injections hypodermiques et dans les cas où il existe de la sclérose du myocarde.
La strychnine élève la tension artérielle par suite de son action sur les centres vaso-moteurs et peut-être sur le myocarde. On l’emploie surtout en injections sous-cutanées à la dose de 1 à 5 milligrammes par jour, seule ou associée à la spartéine :
Eau distillée 10 c. c.
Sulfate de spartéine 50 centigrammes.
— de strychnine | centigramme.
Injecter 2 à 5 seringues de Pravaz par jour.
Desnos prescrivait la poudre de noix vomique à la dose de 5 à 10 centigrammes. L'ergot de seigle a été utilisé dans quelques circonstances :
Extrait aqueux d’ergot Sulfate de quinine . .
| ââ 10 centigrammes.
Pour 1 pilule; 6 par jour;
ou :
Sirop de fleurs d’oranger 200 grammes.
Ergotiue 5 —
2 cuillerées à soupe par jour. Chaque cuillerée contient 50 centigrammes d ergotine. Donner 2 cuillerées par jour.
On peut encore prescrire, aux mêmes doses :
25 centigrammes.
50 grammes.
Sulfate de spartéine âa
— de strychnine
Sirop de tolu )
— d'éther $ aa
Essence de menthe
Bornons-nous à citer l’adonis vernalis, le laurier-rose, l’érythrophléine, la coronille qui ne font pas partie de la thérapeutique courante. Quant à la caféine, qui est à la période ultime des cardiopathies ce qu’est la digitale dans la période troublée, nous l’étudierons ultérieurement, ainsi que la théobromine.