ANGINE DE POITRINE
ne sont pas aussi tranchées qu'on l’a prétendu. S'il est vrai que l'angine dite « coronarienne » est provoquée par la marche contre le vent, les efforts, qu’elle survient de préférence le jour et ne dure que quelques instants, ces caractères peuvent s’effacer par la suite et l’on peut voir les accès ultérieurs survenir la nuit, sans cause provocatrice appréciable, et durer une à plusieurs heures (Masson, Duchenne de Boulogne) ; il existe même des accès subintrants constituant un état de mal angineux. En réalité, on ne doit pas distinguer de fausses angines et des angines vraies, mais des angines bénignes et des angines graves.
D’autre part, la théorie coronarienne, très séduisante en apparence, est contestable : on ne constate pas toujours l'oblitération des coronaires dans les angines graves; d'ailleurs on a souvent noté des rétrécissements ou même l’oblitération des coronaires, à l’autopsie de sujets qui n’avaient jamais présenté d’accès d’angor pectoris. Les recherches expérimentales montrent que l’interruption de la circulation dans les coronaires entraîne des troubles graves du rythme cardiaque et l'a trot du cœur en quelques minutes. Or, le plus souvent, le cœur paraît assister impassible à la violente douleur dont il est le siège; ses mouvements sont normaux, le pouls est calme.
Il est au contraire une théorie qui permet d’expliquer avec vraisemblance la douleur si vive, si particulière, qui constitue l’angine de poitrine, c’est celle qui fait remonter l'origine des accidents à un trouble fonctionnel ou organique du plexus cardiaque et c’est à cette théorie que se rattachent Gilbert et Garnier. La névralgie ou la névrite du plexus cardiaque explique bien tous les phénomènes : la douleur rétrosternale, les irradiations vers l’épaule et le bras gauche, vers les branches du plexus cervical et les phénomènes rares comme l'aphonie, la constriction du pharynx, les nausées, les vomissements, le hoquet (branches extra-cardiaques du pneumogastrique).
Ainsi donc les angines de poitrine ne différeraient au point de vue clinique que par leur degré de gravité; au point de vue anatomique, elles reconnaîtraient une lésion ou un trouble fonctionnel de siège unique : le plexus cardiaque; mais comment concilier cette théorie univoque avec l’étiologie variable que démontre la clinique et qui a été rappelée plus haut? Gilbert et Garnier ne font intervenir qu’une seule cause : l'intoxication. Cette cause est évidente dans l’angine grave et aussi la plus fréquente, celle des artério-scléreux ; tous ces malades ont des reins altérés, comme le prouvent leurs urines abondantes, claires, renfermant de l’urohématine et souvent des traces d albumine, comme le prouve la coïncidence fréquente de l’angor avec le pseudo-asthme brighlique. 11 est un critérium thérapeutique qui vient à l’appui de la théorie toxique, c'est l’action curative du régime lacté intégral. Dès que le malade sujet aux accès d’angor pectoris est mis au lait, ses accès diminuent d’intensité et de fréquence; ils reparaissent si le malade revient trop vite à l’alimentation ordinaire.
La même pathogénie peut être invoquée pour les angines bénignes ; toxique, suivant toute évidence, est l'angine névralgique des tabagiques, des sujets qui abusent du thé, du café; toxique, également celle des goutteux, des diabétiques, des dyspeptiques; dans les derniers cas, l’auto-intoxication est la source des poisons qui viennent impressionner le plexus cardiaque.
En somme, dans tous les cas d’angine, c’est le plexus qu’il faut incriminer, qu il soit altéré dans sa structure ou simplement troublé fonctionnellement; si les causes qui agissent sur lui sont variables, au point de vue clinique, elles n’ont pas moins un lieu commun qui est l’intoxication.
Suivant la nature de l’intoxication, l’angine sera bénigne on grave, curable ou non.
(In conçoit très bien que l’angine tabagique soit curable, si l’on parvient à supprimer l’usage du tabac. On conçoit au contraire la gravité de l'angine des artério-
MAL ADI K S DK L’APPAREIL CIRCILATOIRK.
scléreux, chez qui l'existence de lésions rénales irrémédiables exclut toute idée de guérison.
La conclusion à tirer, au point de vue thérapeutique, de cette interprétation nouvelle de l'angine de poitrine, c’est que tout angineux doit être soustrait aux causes d intoxication d'ordre alimentaire ou médicamenteux.
C’est le traitement antitoxique qu'il faudra mettre en œuvre dans lintervalle des accès, que l’on adopte avec ou sans restriction cette interprétation patliogénique.
Se trouve-t-on en présence d’un artério-scléreux avéré, on le soumettra au régime lacté exclusif pendant un temps suffisamment long; ultérieurement on autorisera une alimentation mixte composée de lait et de laitage, d’œufs en petite quantité, de légumes et de fruits.
D’autre part, on écartera de lui toutes les causes qui. par des mécanismes variés, favorisent la production de déchets nuisibles (pie les reins altérés n’éliminent qu’incomplètement ; on interdira les fatigues de toute nature, les veillées, la marche contre le vent, les bains froids; on veillera au fonctionnement régulier de l'intestin, à l’aide de lavements et de purgatifs doux administrés à intervalles rapprochés; enfin on interdira d’une façon absolue l'usage de l aleool et du tabac; on évitera l’emploi de la digitale qui augmente la tension artérielle.
Chez les goutteux, les diabétiques, les dyspeptiques, on instituera un régime alimentaire approprié à l'état de chaque malade; après une période de cure lactée exclusive, comme chez les artério-scléreux.
Les dyspeptiques étant fréquemment doublés de nerveux, il conviendra de ne pas se borner, chez cette catégorie de malades, à traiter les troubles digestifs; il faudra encore agir sur eux par suggestion, leur persuader que les accidents dont ils sont atteints disparaîtront à coup sûr par le traitement de la cause et que leur cœur est indemne de toute lésion. Stokes, avec son grand sens clinique, avait constaté judicieusement que « I un des moyens les plus efficaces pour la guérison, c’est de convaincre le malade qu’il n'est point atteint d’une affection organique du cœur ».
D’une façon générale, il conviendra d’être très sobre de médicaments, surtout chez les artério-scléreux ; la digitale en particulier est nuisible chez eux. car elle ne s’élimine que lentement et difficilement et augmente d’ailleurs la tension artérielle déjà exagérée. Les indures seuls ont sur eux une action favorable. On a admis théoriquement qu’ils entravent Dévolution de la sclérose; peut-être faut-il rechercher le secret de leur action dans leur pouvoir antitoxique, car l’iode possède, à un haut degré, le pouvoir d’atténuer les toxines. On prescrira de petites doses d’iodure de potassium, 0 gr. 50 à 1 gramme par jour.
Chez les goutteux, les diabétiques, il importe plutôt d’instituer un régime alimentaire pauvre en éléments fermentescibles qu’un traitement médicamenteux, antigoutteux, antidiabétique.
Chez les névropathes, les douches tiédes. les cures thermales à Néris ,
SYNCOPE
Luxeuil , Bagnères - d e-Bigorre , Bourbon-Lancy , etc., ont une influence modératrice incontestable.
La même discrétion en ce qui concerne l'intervention médicamenteuse est de mise dans le traitement de l 'accès. D’ailleurs, le pins souvent, la soudaineté avec laquelle éclate l’accès rend illusoire toute tentative de traitement. L’indication essentielle est de calmer la douleur; déjà Héberden prescrivait la teinture théhaïque à la dose de \ à XV gouttes; mais l’opium absorbé par la bouche n’agit que lentement, aussi la vulgarisation de l’emploi des injections de morphine a-t-elle rendu des services signalés.
Dans les angines bénignes des névropathes, on peut prescrire Y éther, la ligueur d' Hoffmann, Y antipyrine, les bromures, la valériane.
On peut prescrire X à \\ gouttes de :
Liqueur il'HoUinann ^
Teinture âthérée de valériane ;îâ l grammes.
— de belladone. '
M. Merklen a prescrit avec succès, dans ces cas, le chlorhydrate d'héroïne, en comprimés, de h milligrammes, 5 à 4 fois dans les 24 heures.
Les médicaments vaso-dilatateurs, à action rapide, ont été spécialement recommandés dans l’angine de poitrine dite « coronarienne ». On peut injecter la trinitrine (voir pour la formule au chapitre de I’artério-sclérose) ou la faire absorber sous forme de comprimés contenant 5 à (i gouttes; mais on utilise surtout le nitrite d'amyle que les malades peuvent avoir sur eux, renfermé dans des ampoules de verre scellées à la lampe: trois ou quatre gouttes versées sur un mouchoir produisent une congestion intense du visage, indice de la vaso-dilatation instantanée que détermine le médicament; le nitrite d'amyle dissipe presque instantanément la sensation d’anxiété.
Les moyens externes ne sont pas à négliger; ainsi le stypage de la région précordiale au chlorure de méthyle amène souvent une sédation remarquable des phénomènes douloureux, ce qui semble bien confirmer l’origine névralgique: il en est de même des pulvérisations d'éther, des applications chaudes.
Dans quelques cas la faradisation à l’aide du balai électrique a rendu des services
SYNCOPE
La syncope est un syndrome caractérisé par la suspension ou seulement l’affaiblissement des battements du cœur et des mouvements respiratoires avec perte subite de 1 intelligence, de la sensibilité et des mouvements volontaires. La lipothymie est une ébauche de syncope, sans perte de connaissance complète.
MALADIES DE L’APPAREIL CIRCULATOIRE