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III. — Traitement médicamenteux

De nombreux traitements ont été proposés contre le mal de Bright; l'expérience ayant montré qu’aucun médicament n’exerce une influence décisive sur les lésions rénales, il faudra être très sobre de médicaments et surtout laisser de côté les médicaments toxiques susceptibles de rencontrer un obstacle à leur élimination.

C’est ainsi que l’on devra manier avec prudence le mercure, l’opium, la digitale, le sulfate de quinine, le salicylate de soude, le chlorate de potasse, l'iodure de potassium, etc., chez les malades atteints du mal de Bright; non seulement les médicaments peuvent devenir dangereux par suite de leur rétention dans l’organisme, mais encore par Faction irritante que certains d’entre eux, comme le mercure, le salicylate de soude par exemple, exercent sur les reins.

Les sels alcalins ont été employés tantôt comme diurétiques, tantôt comme modificateurs des fonctions gastriques. On sait que l’alcalinité du sérum sanguin est diminuée dans les phases aiguës du mal de Bright et dans

MAL DE BRIGHT

llfîô

la période cachectique, et l'on a pensé que les alcalins pouvaient, en diminuant l’acidité urinaire, exercer une influence favorable sur les épithéliums rénaux : c’est là une hypothèse bien peu vraisemblable. Les alcalins, en dehors de leur action sur l’appareil digestif, n’ont une utilité incontestable que dans les cas de néphrite goutteuse, lorsque les urines contiennent des urates en grande quantité; ils favorisent alors l’élimination de l’acide urique. On pourra utiliser également les alcalins comme diurétiques à la (in des poussées aiguës et sous forme d’eaux minérales. Ils sont contre-indiqués dans les phases avancées de la maladie, chez les malades cachectiques.

Le chlorure de sodium a été proposé par différents médecins, notamment par Memminger (1886). Il est plus particulièrement indiqué chez les anémiés: on l’administre dans du lait :

lodure de sodium 1 gramme.

Phosphate de soude 2 grammes.

Chlorure de sodium 0 —

Pour 1 litre d’eau (à prendre dans les 24 heures).

Les iodures devront toujours être prescrits à fortes doses dans les cas où l’on sera conduit à soupçonner l’origine syphilitique de la néphrite; ils ne paraissent pas être utiles dans les formes communes du mal de Bright.

Dans la néphrite interstitielle, l iodure de potassium peut être employé à petites doses; mais il ne faut pas perdre de vue que les accidents graves d’iodisme, comme l’œdème de la glotte, surviennent presque exclusivement chez les malades atteints de néphrite interstitielle.

Le lactate de strontium, donné par C. Paul chez les brightiques, diminue sensiblement (de moitié environ) le taux de l’albumine, mais ne fait jamais disparaître celle-ci complètement. Il conviendrait particulièrement aux néphrites parenchymateuses. On peut le prescrire à la dose de 4 à 5 grammes par jour; on a même porté la dose jusqu’à 10 grammes sans constater d’intolérance. Son mode d’action est difficile à interpréter; d’ailleurs, si l’on ne peut nier l’influence qu’exerce ce médicament sur la réduction de l’albumine, il ne semble pas que les lésions rénales soient modifiées par lui.

Les acides ont été préconisés, tout comme les alcalins. Forget (de Strasbourg) les prescrivait; en Angleterre, on préfère l’acide gallique (50 centigrammes à 1 gramme) à l’acide nitrique. L’acide chlorhydrique, l’acide lactique ont aussi été employés. Il est probable que Faction des acides s’exerce surtout sur les fonctions digestives.

Le tanin a été prescrit par Bright, puis par Frerichs, qui l’associait à l'aloès; on peut formuler :

Tanin 0 gr. 04

Aloès 0 gr. 01

Pour 1 pilule; 4 à 6 par jour. Le sirop iodotannique constitue un bon mode d’administration du tanin.

MALADIES DE L'APPAREIL t BINAIRE.

D’après Duboué (de Pau), le tanin est capable de modifier les épithéliums, mais Bartels, Wagner, etc., ne lui accordent aucune confiance.

Les diurétiques ont été employés par la plupart des médecins, et, comme tous les médicaments proposés contre le mal de Bright. ils ont trouvé des partisans et des détracteurs, ce qui prouve que l’on doit faire un choixraisonné parmi eux et déterminer leurs indications et contre-indications. Bornons-nous à citer les diurétiques anodins comme Yuva ursi, le genêt, le grateron, etc.; ces différentes plantes sont employées en infusion.

Les sels de potasse (sulfate, tartrate, acétate, nitrate) ne seront employés qu’avec précaution, car ils peuvent exercer une action irritante sur les reins. On les a souvent associés à la digitale :

Sulfate de potasse

Crème de tartre soluble . .

Nitrate de potasse pulvérisé . ,

Feuilles de digitale

Pour 1 paquet; 1 à 5 par jour.

Hirtz a préconisé la scille qu’il associait au tanin :

Extrait de scille ) ,,

,p au o centigrammes,

tanin ) e

Pour 1 pilule. Prendre 5 à 9 de ces pilules par jour.

La scille étant beaucoup plus irritante pour les reins que la digitale doit céder le pas à cette dernière.

La digitale est, avec le lait, le plus puissant diurétique que l’on puisse employer dans les néphrites, mais son indication doit être uniquement cherchée dans l’état du cœur. Lorsqu il existe un œdème considérable, que le cœur est dilaté, le pouls petit et faible, la digitale permet d’obtenir le plus souvent une diurèse abondante. Elle est plus particulièrement utile au déclin d’une néphrite aiguë et facilite alors la désobstruction des conduits urinifères où sont accumulés des produits excrémentitiels.

On doit l’employer à faibles doses, 20 à 50 centigrammes en macération, ou bien donner XXX à XL gouttes de teinture. On peut aussi prescrire la digitaline; M. lluchard a récemment montré que l’on avait considérablement exagéré les dangers de l’administration de la digitaline chez les brightiques.

On peut employer la caféine dans le même but que la digitale, mais elle détermine plus souvent des phénomènes d’intolérance (vomissements, agitation excessive), aussi vaut-il mieux se borner à faire prendre aux malades de l’infusion de café. La théobromine serait mieux tolérée; on la prescrirait la dose de 5 à 5 grammes pendant quelques jours ou bien à petites doses, d’une façon continue, à titre de tonique; M. lluchard associe la théobromine au phosphate de soude ;

v âTi 0 gr. 50 0 gr. 05

Thcobromine . .

Phosphate de soude

MAL DE BRIGIIT.

| ;îa 0 gr. 25 à 0 gr. 50

Pour I cachet; 2 par jour.

Le calomel a été essayé par un certain nombre de médecins. De Renzi dit avoir obtenu quelques résultats favorables dans la néphrite interstitielle, mais on ne saurait en recomma/ider l’emploi, car tous les mercu riaux sont des irritants du rein.

La teinture de cantharides est vivement recommandée par M. Lancereaux à la dose de XI à XII gouttes par jour. M. Lancereaux dit avoir obtenu les meilleurs résultats avec ce médicament qui pourtant est capable de déter miner des lésions fort graves du rein.

M. Lancereaux s’appuie sur les expériences de M. Cornil, qui attribue à la cantharide le pouvoir de stimuler le fonctionnement des glomérules.

La nitro-glycérine a été proposée par Mayo-Robson (de Lceds). Elle peut, comme les iodures, être employée dans la néphrite interstitielle, car elle diminue l’hypertension artérielle et favorise par suite la diurèse.

Les purgatifs sont surtout utiles dans l’urémie imminente, chez les malades atteints de néphrite interstitielle; ils seront de plus utiles, employés à intervalles espacés, pour aider à l’élimination des produits toxiques que le rein n’élimine qu’incomplètement.

On emploie de préférence les purgatifs salins, sels de soude onde magnésie, la crème de tartre (12 .à 15 grammes dans une infusion de séné), etc. Quant aux drastiques, ils doivent être réservés pour les cas où l’urémie vient d'éclater; on ne doit pas oublier, en effet, que les purgatifs violents sont susceptibles de déterminer une congestion réflexe du rein et des accidents aigus d’urémie.

L’indication des sudorifiques a été posée pour la première fois par Osborne qui considérait comme une nécessité absolue le rétablissement de la transpiration. Dans le but de provoquer les sueurs, on a prescrit la poudre de Dover,

I acétate d’ammoniaque, la pilocarpine et les bains chauds. Avec une injection de 1 centigramme de chlorhydrate de pilocarpine on peut obtenir des sueurs abondantes ; mais on peut aussi provoquer des vomissements et même le collapsus chez les malades dont le cœur est altéré ou chez ceux qui sont atteints de bronchite; ce médicament est à rejeter d’une façon absolue. Quant aux bains chauds (à 40 degrés) préconisés par Rartels, Liebermeister. Ziemmsen, etc., ils sont réellement efficaces, lorsque les malades peuvent les supporter; la durée du bain doit être aussi longue que possible : on enveloppe les malades, après le bain, dans des couvertures chaudes et l’on provoque ainsi une sudation très abondante. Outre les bains chauds, on a prescrit les bains de vapeur ou d’étuve sèche; mais il faut bien savoir que les bains de vapeur, comme les bains chauds d’ailleurs, ne sont pas sans inconvénients; on a vu dans quelques cas l’urémie survenir brusquement à la suite de la résorption brusque de l’œdème.

MALADIES DE L’Al'PAREIL URINAIRE.

Les toniques : fer , arsenic, ont été recommandés chez les malades anémiés. On a employé le tartrate de fer et de potasse, l’iodure de fer. le perchlorure de fer, le protoxalate de fer.

Les amers ont été donnés pour exciter l'appétit; quant à V oxygène, il agit surtout comme agent anti dyspeptique, bien qu’on ait vu parfois l’albumine disparaître à la suite de quelques inhalations. On fait inhaler chaque joui' 25 à 50 litres d’oxygène, en deux fois.

Bien d’autres médicaments ont encore été employés dans le mal de Bright, d’une façon empirique. De ce nombre est la fuchsine qui a été proposée par Feltz et Bitter, puis par Bouchut, Dieulafov, etc., à la dose de 50 centigrammes par jour, en deux cachets.

Nous croyons inutile de poursuivre l’énumération déjà longue des moyens médicamenteux à opposer au mal de Bright, car bien peu ont le pouvoir de diminuer d’une façon durable la quantité d’albumine contenue dans les urines, aucun d’eux ne pouvant d’ailleurs modifier les lésions rénales.

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