C. — Traitement symptomatique
L'attaque est l’accident que l’on a le plus fréquemment à traiter; il est du reste sans gravité, malgré son allure dramatique.
Une fois le malade placé sur un lit ou sur un matelas et débarrassé des vêtements qui gênent la respiration et la circulation, on doit immédiatement rechercher et comprimer les zones spasmo-frénatrices , en commençant par les régions où elles siègent le plus fréquemment, c’cst-à-dirc par les régions ovarienne et épigastrique.
« Le médecin, ayant un genou en terre, plonge le poing fermé dans celle des fosses iliaques que l’observation antérieure lui aura démontré être le siège habituel de la douleur ovarienne. Tout d’abord il lui faut faire appel à toute sa force, afin de vaincre la rigidité des muscles de l’abdomen. Mais dès que,
1 celle-ci une fois vaincue, la main perçoit la résistance offerte par le détroit supérieur du bassin, la scène change, et la résolution des phénomènes convulsifs commence à se produire.
NÉVROSES
« Des mouvements de déglutition plus ou moins nombreux ne tardent guère
à se manifester, la conscience alors presque aussitôt se réveille Une fois
que l’on a définitivement triomphé de la résistance, très sérieuse du reste, qu’offrent à l’origine les parois abdominales, il n’est pas nécessaire d’user de ses forces, et l’application des deux premiers doigts de la main sur le siège présumé de l’ovaire suffit pour obtenir l'effet désiré » (Charcot).
A défaut de zone ovarienne spasmo-frénatrice, on comprime les testicules, les seins, etc.
Si les zones frénatrices n’existent pas, on peut essayer de provoquer le sommeil hypnotique, en pratiquant la compression lente des globes oculaires : on laisse le malade dans l’état de sommeil pendant un certain temps (7 à 8 heures en moyenne), puis on le réveille par l’insufflation sur les globes oculaires.
Une autre méthode d’une efficacité incontestable est l’ électrisation continue avec interversion répétée dans le sens du courant. Le principal inconvénient de ce moyen est d’exiger un appareil que l'on n’a pas toujours sous la main. On place une électrode sur le front et l’autre sur un point quelconque du corps, puis on change brusquement la direction des pôles à l’aide du commutateur, et l’attaque cède généralement; il est bon de ne pas donner au courant une intensité de plus de 5 à 10 milliampères.
Adéfaut de ces divers moyens, on peut enrayer l’attaque avec une injection sous-cutanée de morphine , ou bien avec les inhalations d'éllier ou de bromure d'éthyle. Quant au chloroforme, il vaut mieux s’en abstenir, à moins qu’il ne survienne des spasmes inquiétants.
Chez les malades hypnotisables la suggestion peut supprimer les attaques pendant un certain temps.
Si l’on se trouve en présence d’état de mal comateux (léthargie), on cherchera une zone frénatrice; une pression exercée au niveau de cette zone pourra suffire à provoquer le réveil. En cas d’état de mal délirant, on cherchera à transformer cet état en simple attaque convulsive, s’il existe une zone spasmogène.
Le traitement psychique aune influence bien supérieure à celle des moyens physiques, dans le traitement des attaques convulsives. Bien que les malades, en état de crise, soient en apparence inconscients, étrangers à ce qui se passe autour d’eux, il n’en faut pas moins entrer en communication avec eux, leur adresser avec persévérance des paroles d’apaisement, d’encouragement, au lieu de se borner aux injonctions impérieuses un peu naïves, aux procédés d intimidation qui constituaient jusqu’ici, pour beaucoup de médecins, les seules ressources de la psychothérapie. Certes, l elfet ne sera pas immédiat, mais c’est un germe que l’on sème et qui fructifiera. On tente d’autre part de calmer l’agitation somatique, en ayant soin de repousser tout moyen de force. On répète au malade, sans se lasser, que bientôt il va sentir ses membres se
détendre, sa respiration se régulariser, son agitation se dissiper, etc On
maintient la main sur la région frontale, on lui commande d’ouvrir les yeux, puis on exerce quelques légères frictions sur les parties de la tète qui sont
HYSTÉRIE
le siège des douleurs, en répétant à plusieurs reprises <pie toutes les sensations douloureuses vont s’apaiser, qu’on le sent à certains signes. En somme, comme l’a dit judicieusement Paul-Emile Lévy (Traitement psychique de l’hystérie. Presse médicale, ‘29 avril 1903), il faut apprendre au malade à calmer son impressionnabilité, non pas en se contentant d’une suggestion générale et banale, mais en cherchant à opérer ce calme en détail, dans toutes les manifestations diverses qui sont la représentation extérieure de cette impressionnabilité.
Dans le traitement des paroxysmes, chercher à atténuer l’agitation physique ou somatique, sans calmer le trouble psychique originel, c’est peine perdue. On s’explique aisément l’inutilité en pareil cas des médicaments dits « calmants ».
Le traitement psychique comprend deux parties : l’une, négative, pour ainsi dire, consistant à supprimer toutes les causes d’excitation de I appareil hystérique (éloignement de l’entourage, etc.); à obtenir le silence, l’obscurité, etc...; l’autre, active, (pii est le traitement proprement dit et qui consiste à ranimer progressivement l'attention du malade, à se mettre en relation avec lui pour pouvoir exercer sur scs facultés et sur sa volonté en particulier une influence favorable.
Le délire est justiciable du même traitement psychique, lorsqu’on a obtenu V isolement et Y alitement, conditions préliminaires indispensables à son
succès.
L anesthésie, l’un des symptômes essentiels de l'hystérie, doit être combattue avec persévérance. « Un hystérique n’est complètement guéri, disait Charcot, qu’au moment où toute trace d’anesthésie a disparu. » Il faut s’appliquer, moins à restaurer part iculièrement une anesthésie limitée, qu'à rendre normales, d’une façon générale, toutes les sensibilités. L’anesthésie cède à I hydrothérapie , aux applications sestliésiogènes, à Y électrisation faradique. pratiquée avec le pinceau, ou mieux encore à Y électricité statique.
Les paralysies présentent une résistance des plus variables aux moyens thérapeutiques dirigés contre elles; on doit essayer les divers moyens déjà cités : transfert à l aide de l’aimant, électrisation, suggestion hypnotique ou à I état de veille. Aux malades atteints de monoplégie brachiale, le professeur Charcot recommandait de serrer plusieurs fois par jour le dynamomètre avec la main paralysée et de noter attentivement les plus minimes progrès (pii se produisaient.
On constate alors une courbe ascendante presque continue.
Parfois la guérison survient spontanément à la suite d’une crise convulsive ou bien d'un traitement purement psychique (pèlerinage à Lourdes).
Aux malades atteints d’abasie il faut réapprendre les mouvements qu’ils ont
| oubliés.
Les hyperesthésies (clou hystérique, rachialgie, etc.) sont également justiciables (h> Y électricité statique.
Alors «pie les contractures provoquées disparaissent très facilement, les contractures spontanées sont souvent difficiles à guérir, surtout si elles ont — 5" Édition. 71
c.-n. LYON.
NÉVROSES
été abandonnées longtemps à elles-mêmes ; aussi ne faut-il pas « laisser traîner les contractures » (Charcot).
L'un des meilleurs moyens à employer contre les contractures récentes est le massage (effleurage) pratiqué avec légèreté et précaution, par une main exercée, sur les muscles antagonistes. On peut encore employer l’électricité statique, l’aimant, la suggestion hypnotique; mais cette dernière échoue fort souvent, car la contracture appartient souvent à l’hystérie monosyrnptomatique et les sujets qui en sont atteints ne sont pas hypnotisables.
L’intervention chirurgicale n’est indiquée que quand la contracture spasmodique se complique de rétractions fibro-tendineuses ; la nécessité de 1 intervention dans ce cas avait été indiquée dès 1851 par William Cowlson.
Pour combattre les tics on utilisera, outre les moyens généraux, la gymnastique des mouvements respiratoires qui est fort utile pour combattre la toux, le hoquet, le soupir, qui sont des tics de la respiration.
Parmi les troubles trophiques, l’oedème bleu, qui d'ailleurs se superpose souvent à la contracture ou à la paralysie, est surtout justiciable du pinceau faradique.
Le même traitement est applicable à l’atrophie musculaire.
La dyspepsie banale peut, chez les hystériques, être le point de départ d’accidents locaux d’hystérie; mais ces accidents peuvent également se manifester sans l'intervention de cette cause occasionnelle, sans viciation préalable du chimisme stomacal, en vertu de la seule prédisposition névropathique.
Les conditions dans lesquelles se produisent les déterminations digestives de l’hystérie sont suffisamment caractéristiques pour permettre de les rattacher sans hésitation à la névrose : en effet, si ces manifestations, considérées isolément, telles que le spasme œsophagien, le vomissement, ne sont pas particulières à l’hystérie, elles ont, dans cette névrose, des caractères cliniques qui leur donnent un cachet tout spécial. La brusquerie du début, à la suite d’une grande commotion physique ou morale, d'un traumatisme, d’une crise convulsive est un fait, sinon constant, du moins habituel; plus rarement le syndrome hystérique se constitue progressivement.
Un autre grand caractère de ces manifestations hystériques est la « tolérance » des malades, leur indifférence pour des accidents qui chez les malades ordinaires sont une cause de préoccupations vives; l’hystérique vit avec sécurité au milieu de son mal et son impassibilité contraste singulièrement avec la gravité, parfois fort grande, de l’atteinte physique, la persistance anormale des accidents.
Ces particularités mettront sur la voie du diagnostic, à supposer que l’on n’ait pas constaté les stigmates permanents habituels de la névrose, c’est-à-dire l’anesthésie, le rétrécissement du champ visuel, les zones hystérogènes.
Ajoutons qu’il est fréquent de constater au creux épigastrique, soit une plaque d’anesthésie, soit au contraire une plaque d’hyperesthésie cutanée.
Enfin l’évolution, le mode de terminaison des accidents gastro-intestinaux, contribuent encore à leur donner une empreinte caractéristique. Ces accidents, si fréquemment rebelles aux moyens ordinaires, guérissent spontanément et brusquement sous l’influence de causes analogues à celles qui leur avaient donné naissance ou bien encore lorsque la suggestion intervient, soit directement, soit d’une façon déguisée (emploi d’un moyen banal auquel le médecin feint d’accorder une importance exceptionnelle) ; l’isolement surtout constitue la pierre de touche et peut être consi-
HYSTÉRIE. \ 123
déré comme le mode de traitement par excellence des accidents hystériques rebelles.
Ces accidents peuvent revêtir des Cormes multiples :
Les déterminations œsophagiennes sont fréquentes; on distingue un spasme œsophagien passager, fixe ou mobile (boule hystérique) et un spasme permanent qui peut en imposer temporairement pour un rétrécissement organique. Cependant le spasme permanent a des allures anormales qui, indépendamment des stigmates hystériques concomitants, permet de le rattacher à sa cause; bien que permanent, il peut varier d’un moment à l’autre, dans son intensité; le cathétérisme est possible à un moment, alors qu’un instant auparavant le rétrécissement était infranchissable; de meme on observe ce fait paradoxal de la possibilité pour les malades de déglutir des aliments solides, alors que les liquides peuvent être arrêtés au passage.
Parfois le contact de la sonde sur le point contracturé éveille une vive douleur (point hystérogène) ou même une crise convulsive franche. Enfin le spasme peut céder brusquement pour faire place à d’autres manifestations hystériques : vomissements, etc.
Le spasme permanent peut entraîner, quand il se prolonge, des accidents graves qui résultent de l'inanition.
La sialorrhée est fréquente chez les hystériques; la salive déglutive s’accumule dans l'œsophage dont l'orilice inférieur est contracturé, son rejet constitue le vomissement pituiteux œsophagien. Dans certains cas le liquide salivaire vomi est teinté de sang (hémosialémèse; Josserand, de Lyon); le malade rejette le matin au réveil une certaine quantité (60 à 150 grammes) de liquide filant coloré en rouge ou rouge brun, dont l’aspect est celui du sirop de groseille ou du sirop de ratanbia dilué. Il est probable, mais non absolument démontré, que le sang provient des glandes salivaires.
11 a déjà été question de l’aérophagie, dans un chapitre précédent (Voir Gastronévroses) et nous ne pouvons que renvoyer à ce chapitre.
L'anorexie, dont Lasègue a tracé un tableau auquel on ne saurait apporter de retouches, est l’un des accidents de l’hystérie les plus rebelles, surtout lorsqu’elle sur- 1 vient comme première manifestation de la névrose. Moins grave est l'anorexie secondaire, celle qui alterne avec des attaques convulsives, du mutisme, des contractures, parce qu’en général elle disparaît rapidement pour être remplacée par l ime ou l’autre des innombrables manifestations de la névrose.
La cause du refus d’alimentation est essentiellement psychique; toutefois l’anorexie ; peut être provoquée ou entretenue par certains accidents : spasme de l'œsophage, gastralgie, vomissements qui rendent l’alimentation difficile ou douloureuse. Sollier admet que l'anorexie dépend de l’anesthésie de l’estomac. Quoi qu’il en soit, à un moment donné, à toutes les sollicitations dont la malade est l’objet pour l'amener à [ s’alimenter, elle se retranche derrière l’anorexie : « Je ne mange pas, dit-elle, parce i que je n'ai pas faim. » Plus on insiste et plus elle s’obstine à repousser les aliments. Elle concentre d'autant plus son attention sur sa maladie, que son entourage fait d'efforts pour la combattre.
Pendant fort longtemps, plusieurs mois, l'inanition est assez bien supportée; la ' malade paraît indifférente à ce qui fait la préoccupation des siens; elle continue à aller et venir avec une sérénité bien caractéristique.
Mais il arrive un moment où les symptômes graves apparaissent : faiblesse extrême | obligeant à prendre le lit, amaigrissement considérable, soif vive, petitesse du pouls,
I constipation opiniâtre. Les cas de mort sont exceptionnels, mais ont néanmoins été observés. Charcot en a vu quatre se produire.
NÉVROSES
Ajoutons qu’il est possible d'enrayer la maladie, à ses premières phases, avant l'établissement de la cachexie, et que l'emploi précoce de l’isolement permet de conjurer les accidents graves.
Dans quelques cas, un événement de nature à produire une vive impression sur le malade peut mettre brusquement un terme à 1 anorexie.
Les hystériques vomissent souvent les aliments ingérés; la moindre influence: émotion, contrariété, peut déterminer le spasme chez les malades et le rejet des aliments; toutefois les vomissements auxquels s'attache justement la dénomination de vomissements hystériques méritent surtout de retenir l’attention.
Leur début est brusque ou progressif; peu à peu les malades arrivent à rejeter continuellement les aliments, sans efforts, sans douleur ; plus rarement le vomissement est précédé d'une gastralgie des plus violentes, d’une sorte de crise convulsive interne, survenant des l’arrivée des aliments, comme si l’estomac était le siège d’une véritable zone hystérogène.
La conséquence de ces vomissements incessants est la même que celle de l’anorexie rebelle à laquelle ils sont d’ailleurs- souvent associés; ils conduisent fatalement à la cachexie par inanition, bien que pendant longtemps l’état général ne paraisse trop en souffrir, ce qui tient simplement à ce qu'une partie seulement des aliments ingérés est rejetée. L’anurie devient presque absolue, le taux de l’urée est réduit à quelques
Les médicaments n’ont aucune influence sur les vomissements, ou bien une médication anormale agit alors que les moyens classiques ont échoué. Une vive émotion, un événement heureux on malheureux, peuvent amener brusquement la guérison des vomissements qui duraient depuis des mois entiers; ces particularités sont d’ailleurs communes à toutes les manifestations hystériques.
Quant à la cause des vomissements, il faut la chercher avant tout, comme celle de l'anorexie, dans une perversion de la volonté, d’où l'indication de donner au traitement psychique la prééminence, indication justifiée par les résultats thérapeutiques.
Indépendamment des vomissements pituiteux hémorragiques qui ont été signalés plus haut, les hystériques peuvent avoir des vomissements constitués par du sang pur, non en abondance. Ces hématémèses coïncident parfois avec l'époque du retour des règles, dans les cas où les règles étaient supprimées. Le diagnostic doit être fait avec l’ulcère et présente de grandes difficultés, l’ulcère n’étant pas rare chez les hystériques, à tel point que Cilles de la Tourettc voulait y voir un trouble trophique particulier aux hystériques. L’existence des stigmates permanents de l’hystérie, la constatation d'une hyperesthésie superficielle, cutanée, du creux épigastrique, très différente de l'hyperesthésie profonde de l'ulcère rond, mettront sur la voie du diagnostic, ainsi que les commémoratifs (survenue de l’hématémèse à la suite d'une crise, d’une vive émotion).
L’existence des vomissemements stercoraux ne paraît point constestable, mais ces vomissements sont excessivement rares.
La gastralgie coïncide ou non avec les vomissements, elle est excessivement vive et survient en général par crises paroxystiques.
La tympanite, accident fréquent, ayant donné lieu à maintes erreurs de diagnostic, peut être générale ou localisée.
La tympanite étendue à tout l’abdomen peut coïncider avec une hyperesthésie très vive de la paroi, manifeste lors de la palpation, d’où la confusion possible, au moins passagèrement, avec la péritonite. La tympanite apparaît et disparaît brusquement, pour réapparaître sans cause appréciable; la chloroformisation en provoque la cessation.
IIYSTKIilE.
La tympanite peut se localiser sur un point quelconque de l’abdonien, région stomacale, i'ossc iliaque, et provoquer au point où elle se localise une tuméfaction dure qui en impose pour une tumeur, pour un commencement de grossesse, surtout quand en même temps les règles sont supprimées.
On peut encore observer des spasmes intestinaux donnant lieu .à des tumeurs fantômes comme la tympanite, parfois des crises de diarrhée qui paraissent bien être d'origine nerveuse.
Le même traitement est sensiblement applicable aux diverses manifestations gastro-intestinales de l’hystérie, que l’on s’accorde aujourd’hui à rattacher les unes et les autres à une inlluence psychique. La suggestion et l’auto-suggestion jouent un rôle prédominant dans l’éclosion des accidents; la suggestion par contre constitue la base du traitement.
Le médecin appelé à constater ces accidents et venant souvent après d’autres confrères moins heureux, doit avant tout chercher à capter la confiance du malade, à affirmer son autorité et à déclarer catégoriquement que les troubles qu’il est appelé à traiter sont purement nerveux et comme tels appelés à disparaître à brève échéance; il ajoutera d’ailleurs qu'il a en son pouvoir des moyens de traitement extrêmement énergiques et pourra aussi donner à une médication anodine le prestige d’une médication active, voire même dangereuse. Tous les médecins connaissent l’influence miraculeuse des pilules de mica panis ou d’extrait de taraxacum, celle non moins grande des pilules de bleu de méthylène qui donnent à l’urine une coloration bleu ver- I dàtre. particularité propre à impressionner vivement l’imagination des malades, si le médecin met quelque insistance à défendre cette médication comme de nature à apporter dans l’organisme une perturbation profonde et i salutaire.
La suggestion à l'état de veille ainsi pratiquée réussit souvent, mais non toujours, et dans les cas rebelles on doit employer sans hésitation, sans tergiversations inutiles, un moyen héroïque par excellence, Y isolement . Grâce à I l’isolement, on observe de plus en plus rarement les conséquences graves de l’anorexie ou des vomissements incoercibles.
Lui seul permet de soustraire les malades à l’influence pernicieuse et ! sans cesse mise en œuvre des parents et amis, qui tous contribuent soit par leurs apitoiements, soit par leurs objurgations incessantes, à renforcer chez l’hystérique I idée de maladie, à perpétuer cette atmosphère de suggestion dont la malade est imprégnée. L’isolement a encore l’avantage de faciliter l’emploi chez l'hystérique des moyens physiques tels que le massage, 1 hydrothérapie, 1 électrothérapie qui complètent utilement l’influence du traitement psychique.
I. Iit/pnose provoquée est aujourd'hui en défaveur marquée, non qu elle ne puisse, dans certains cas, déterminer un succès complet et immédiat, mais parce que ses avantages sont contre-balancés par des inconvénients sérieux. .Ne voit-on pas souvent des accidents plus graves succéder aux pratiques de l’hypnotisme, des crises convulsives subintrantes, un véritable état de mal hystérique en être la conséquence?
NÉVROSES
Un mot maintenant des indications thérapeutiques particulières à chacune des manifestations gastro-intestinales de l’hystérie.
On triomphe le plus souvent du spasme au moyen de dilatations méthodiques faites avec le dilatateur à houle; en cas d’échec, avoir recours à l'isolement.
En cas d'anorexie rebelle, la menace et même l’emploi du gavage sont souvent suivis de succès, surtout la menace du gavage par la sonde nasale; toutefois certains hystériques s'habituent au contact de la sonde: d’ailleurs le gavage ne fait que combattre l’inanition; par ce moyen ce n’est pas une anorexique qui s’alimente, mais toujours une anorexique qu’on alimente. A tout prendre, il vaut mieux avoir recours d’emblée à l’isolement. L'électrisation statique est utile lorsqu’il existe une zone d’hyperesthésie cutanée au niveau de la région épigastrique.
En ce qui concerne les vomissements, s’il est indiqué de soumettre les malades à un régime alimentaire rationnel, il faut se garder de l’emploi des régimes exclusifs, notamment du régime lacté, et ne pas perdre de vue qu’il s’agit avant tout de troubles nerveux d’origine psychique, où la part de l'élément gastrique est nulle ou minime. La preuve en est que les malades vomissent souvent des aliments légers, de digestion facile, alors qu’ils tolèrent des aliments manifestement indigestes (crudités, charcuterie, salade de pommes de terre, etc.). 11 est donc inutile de les soumettre au régime lacté absolu
Si la gastralgie précède le vomissement, il est indiqué d'employer passagèrement et à petites doses, certains calmants, non irritants, tels que l 'eau chloroformée diluée, le chlorhydrate de cocaïne (I à 2 centigrammes), etc.; dans tous les cas la compresse échauffante de Priessnitz est utile.
Tous les autres moyens tels que les inhalations d' oxygène , la faradisation au pinceau de la région épigastrique, le gavage même réussissent ou échouent, suivant les cas, sans que l'on puisse préciser les raisons de l’inconstance des résultats. Comme pour les cas précédents, la ressource suprême est l’isolement.
Contre la gastralgie isolée, on sera très sobre de médicaments; on se gardera d’employer avec insistance les bromures, la belladone, la cocaïne, la morphine, tous les calmants toxiques qui ajoutent une intoxication médicamenteuse à la maladie première; on se gardera surtout d’avoir recours aux injections de morphine, car on sait avec quelle facilité les hystériques tombent dans la morphinomanie.
On usera donc surtout du repos au lit. des applications humides , très chaudes ou très froides, des pulvérisations de chlorure de méthyle, des applications de salicylate de méthyle, de Veau chloroformée à l’intérieur; ces derniers moyens réussissent en général sans que l’on ail recours à l'isolement, bien que celui-ci puisse, dans ce cas également, devenir nécessaire.
La tympanite cède en général facilement à l’hydrothérapie et à l’électrisation. Souvent la guérison se produit spontanément, à la suite d’une émotion vive. On sait qu elle peut donner lieu à de nombreuses erreurs de diagnostic,
surtout quand elle est localisée et que dans ce cas elle peut simuler la grossesse ou des tumeurs diverses (tumeurs fantômes de Spencer Wells).
L’aphonie hystérique donne assez souvent lieu à des erreurs de diagnostic, surtout quand elle coexiste avec une lésion matérielle du larynx (laryngite aiguë, polype, etc.). Les conditions dans lesquelles elle se produit permettent en général d'en reconnaître la nature; elle débute en effet brusquement, à l’occasion d'une forte émotion, d’une attaque convulsive, d’un traumatisme local ou de voisinage (compression du larynx, ablation de l’amygdale). La voix remplacée par un chuchotement n’est perdue que dans le langage volontaire, elle reparaît à l’occasion de cris réflexes (toux, éternuement, accès de rire, cri de frayeur). Les moyens thérapeutiques opposés à l’aphonie semblent tous agir par suggestion (Boulay). La simple application du miroir au fond de la gorge, Y introduction d'une sonde mousse dans le larynx suffisent parfois à ramener la voix définitivement, ou seulement pour un temps. Aussitôt la sonde retirée, on engage le malade à épeler lentement à haute voix, a, b, c, etc., en l’interpellant continuellement pour le forcer à parler de plus en plus haut. Des sons simples, on passe aux chiffres I, 2, .“>, 4, 5, puis aux mots faciles à articuler, pour finir par la conversation ordinaire. En cas d'échec de celte première méthode, on s’adressera à Y électrisation (faradisation) extra-laryngée ou intra-laryngée.
Pour pratiquer l’électrisation extra-laryngée, on place les deux électrodes sur le cou au niveau des deux lames du cartilage thyroïde: ou bien, on place le pôle négatif sur le ligament crico-thyroïdien et le positif sur la nuque. On doit user de courants assez intenses et prolonger la séance cinq minutes. L électrisation intra-laryngée se pratique par l’application d’un pôle au-devant du cou, l'autre étant introduit sous forme d’un bouton recouvert d’une gaine isolante (après cocaïnisation) dans le vestibule du larynx ou sur les cordes vocales.
Le massage du larynx, les tractions linguales méthodiques , le toucher rhino-pharyngien constituent enfin autant de procédés dont chacun a enregistré à son actif quelques succès. Aux traitements locaux il est bon d'associer le traitement général, hydrothérapie, changement d’air et de milieu, etc.
Contre la tachypnée on utilisera avec avantage les applications du drap mouillé, l'extrait fhéhaïque à petites doses.
Les manifestations articulaires (coxalgie) sont des plus rebelles. La suggestion, le massage des muscles contracturés, sont les moyens que l’on doit employer. Quant aux divers moyens chirurgicaux : appareils inamovibles, extension continue, ténotomie, ils sont aujourd hui considérés non seulement comme inutiles, mais comme nuisibles par le professeur Charcot.
C’est à 1 occasion de l'hystérie liée à des troubles des organes génitaux qu’est née la question de la castration ovarienne, comme moyen curatif de l'hvslérie. Les résultats obtenus ont été des plus variables; tantôt les diverses manifestations hystériques ont disparu définitivement après l'ablation des ovaires; tantôt elles ont persisté. La seule indication formelle de l’opération est l'existence dûment constatée de lésions matérielles des annexes; c’est
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dans ce cas que la castration peut être suivie de la disparition des accidents hystériques.
NEURASTHÉNIE
Si le mot de vein-asthenie est récent, la maladie qu’il désigne n’est pas nouvelle; elle a existé de tout temps et dans tous les pays, de sorte qu’elle ne mérite pas la dénomination de Beard qui la qualifiait inconsidérément « American nervousness « ; ce n’est pas non plus « la maladie du siècle » comme on se plaît à l'appeler parfois, puisque, sans remonter à Hippocrate et à Galien, on trouve dans les écrits des siècles précédents des descriptions qui se rapportent, selon tonte évidence, à la neurasthénie (voir notamment la traduction du Traité des maladies nerveuses hypocondriaques et hystériques, de Hubert Whytt, Paris, 1767).
Ces réserves faites, nous constatons volontiers que la neurasthénie devient de plus en plus fréquente, soit que les conditions sociales actuelles, la lutte plus âpre pour l’existence, en favorisent le développement plus qu’à toute autre époque, soit que, connaissant mieux ses symptômes, on lui rapporte maintenant différents troubles que l'on confondait avec d’autres affections.
La neurasthénie fait le désespoir de ceux qui en sont atteints et quelque peu celui des médecins; on peut cependant, dans bon nombre de cas, modifier l’état morbide causé par l’épuisement nerveux, à la condition d’instituer un traitement rationnel.
On retrouve l’hérédité nerveuse au seuil de la neurasthénie, comme à celui des autres névroses et aussi de la plupart des affections organiques du système nerveux; c’est la cause des causes, suivant l’heureuse expression de Trélat père; c’est elle qui doit rendre souvent le pronostic réservé. 11 existe en effet une forme de neurasthénie essentiellement héréditaire, qui se manifeste dès l’adolescence, parfois en l’absence des causes occasionnelles qui, dans d’autres circonstances, président au développement de l’asthénie nerveuse. Cette forme, qui s’accompagne de phobies, de troubles mentaux, résiste au traitement le mieux dirigé; elle peut présenter des rémissions, mais les rechutes sont inévitables.
D’autres formes de neurasthénie sont en rapport moins étroit avec l’hérédité; l’influence des causes physiques ou morales déprimantes pour le système nerveux joue au contraire un rôle prépondérant dans leur genèse; telles sont les neurasthénies provoquées par les veilles prolongées, par le labeur manuel excessif, par le surmenage intellectuel, par les chagrins et les émotions; telle est celle qui est provoquée par les grands traumatismes (accidents de chemin de fer, traumatisme crânien.). Dans la neurasthénie provoquée par le surmenage, l’éloignement de la cause suffit le plus souvent à entraîner la guérison.
11 est enfin des neurasthénies liées à des affections organiques : maladies générales comme le tabes, le rhumatisme chronique, la paralysie agitante, la syphilis, l’artériosclérose; ou maladies locales comme certaines gastropathies, les affections utéroovariennes, la blennorragie chronique. La prédisposition nerveuse mise ei> jeu par l'affection organique engendre la neurasthénie, dont l’apparition s’explique suffisamment par la souffrance, par la connaissance de f incurabilité de la maladie, par le souci de l’avenir. Faut-il encore admettre l'influence des toxines microbiennes, celle des troubles de la nutrition dans l’arthritisme? La question a été soulevée, elle ne paraît pas encore résolue.
MSI liASTHKME.
On voit par ce rapide aperçu que la neurasthénie, suivant sa cause imme’diate, comporte un pronostic variable et que la notion de cause peut avoir une influence sur la direction du traitement; toutefois, il convient de ne pas accorder une influence trop grande à la thérapeutique pathogénique et de ne pas admettre pour ainsi dire | autant de variétés de neurasthénie qu’il y a de causes occasionnelles supposées. 11 n’existe pas de neurasthénie arthritique, ni de neurasthénie génitale ou parasyphilitique; il n'existe qu'une seule et unique neurasthénie que domine l’hérédité nerveuse et qui est justiciable d’un seul et même traitement.
M. Brissaud a critiqué spirituellement cette préoccupation excessive d’un traitement pathogénique de la neurasthénie : « Ce qu'un malade demande à la thérapeutique, ce n'est pas d’être pathogénique d’abord. Si elle l’est seulement par surcroît, j la joie qu'il en éprouve n’est jamais très bruyante. Il faut bien cependant lui rendre cette justice, qu’il préfère être soigné pathogéniquement. C’est déjà pour lui un soulagement d’apprendre qu'il est neurasthénique parce que son organisme est un foyer d'infection ou une fabrique de substances toxiques. «
A. — Traitement général.
1, importance du traitement psychique est considérable dans une maladie où le malade perd toute confiance en sa santé, en son pouvoir de s’occuper de ses intérêts, où « il ne pense plus qu’à sa bête » (Brissaud). Le devoir du médecin est de gagner sa confiance et d’écouter avec patience le récit de ses souffrances. de lire attentivement « les petits papiers » sur lesquels le malade consigne la longue liste de ses maux, car le neurasthénique craint toujours de ne pas être pris au sérieux et se révolte quand scs proches le traitent de malade imaginaire. Il faut donc compatir à ses maux, le persuader qu’on les tient pour réels, mais lui faire comprendre que tous les malaises qu'il ressent, la céphalée, la rachialgie, les palpitations, l'angoisse paroxystique, etc., ne sont pas autant de maladies distinctes, nécessitant chacune un traitement distinct, mais bien les manifestations d’une seule et même maladie, dont le malade peut guérir, s'il le veut, s’il reprend confiance en lui-même. En lui prescrivant un traitement, il faut entrer dans le détail avec un formalisme exagéré à dessin, lui tracer une ligne de conduite rigoureuse, de façon à le convaincre (pie I on attache une importance extrême à ce traitement. Il faut encore le persuader que les médicaments n’ont (pie peu d influence sur la neurasthénie et que les moyens physiques seuls ont une action curatrice.
Le médecin ne doit pas voir trop fréquemment son client, sinon son influence peut s amoindrir; il importe que sa visite soit toujours désirée.
Weir Mitchell a traité de main de maître les règles du traitement à la fois psychique et physique qui convient aux neurasthéniques et notamment aux femmes chez qui coexistent habituellement l’asthénie mentale et la dénutrition organique par insuffisance d’alimentation. Son traitement permet d’ob tenir aisément le repos absolu dos centres nerveux, tout en entretenant le bon lonctionnement des muscles et la nutrition générale.
Le premier moyen à employer est le repos qui pourra suffire dans certains cas, auquel il faudra associer l’isolement dans d autres : repos physique pour
NEVROSES.
les malades qui sont épuisés par des veilles prolongées, par des travaux pénibles, repos intellectuel pour ceux qui sont victimes du surmenage cérébral (neurasthénie des concours).
Si beaucoup de neurasthéniques voient leur état s’aggraver, la responsabilité en incombe à ceux qui veulent les contraindre à « se secouer ». Erreur profonde que de vouloir encore mettre à l’épreuve les forces de ceux qui ne peuvent faire le moindre mouvement sans être épuisés. 11 n’y a pas de pire conseil à donner au neurasthénique que celui d’oublier son mal par l’entraînement physique.
Le repos horizontal sera toujours utile pendant l’heure qui suit le repas, après la reprise de la vie active. Aux neurasthéniques atteints d’asthénie cérébrale, que tout effort intellectuel fatigue, on imposera un repos cérébral proportionnel à leur degré de neurasthénie.
La prescription du repos comporte d’ailleurs des tempéraments; elle ne doit pas ctre égale pour tous; dans certains cas, les voyages constituent une dérivation salutaire pour ceux que des chagrins, des préoccupations, ont rendus neurasthéniques. Il importe seulement de leur adjoindre un compagnon à la fois patient et de bon conseil. Beard plaisantait ses confrères américains qui prescrivent invariablement à tous leurs malades un voyage en Europe.
D’autre part, à ceux qui ne peuvent voyager, il est bon de créer quelques occupations propres à les délasser, sans les fatiguer, afin de détourner le cours de leurs idées.
Le repos au lit est de rigueur, au début, pour les malades chez qui prédominent la rachialgie et les autres symptômes de myélasthénie. Weir Mitchell ne permet même pas à ces malades de faire leur toilette et de prendre leur repas: ils sont condamnés à l’immobilité de statue pendant un temps variable, une à deux ou trois semaines; puis ils sont autorisés à se lever pendant quelques heures, à marcher un peu, et ne peuvent reprendre la vie ordinaire qu’après un entrainement progressif.
A ce moment on leur conseillera avec avantage l’exercice modéré de la bicyclette, le canotage, le lawn-tennis, à la condition qu’ils ne fassent abus d’aucun de ces sports et s’y entraînent également.
On devra également assurer la reprise de l’exercice cérébral, en ayant soin d’indiquer au malade ce qui lui sera permis et défendu. On lui tracera un programme très détaillé et très précis de l’emploi de sa journée; il saura à quelle heure il devra marcher, lire, quels livres et pendant combien de temps, de quelles affaires il devra s’occuper et à quel moment (Ballet).
L 'isolement ne paraissait utile à Weir Mitchell (]ue parce qu’il permettait de soumettre les malades au repos complet, en les soustrayant à leurs affaires, à toutes les causes provocatrices de la neurasthénie. Il a encore pour avantage de préserver les malades de l’influence nuisible de leurs proches qui entretiennent ou aggravent leur maladie en les entourant d’une sollicitude inquiète, enfin de les éloigner du contact d’autres névropathes et d’assurer au médecin une autorité suffisante sur eux.
-NEURASTHENIE.
Grâce à l’isolement, le médecin peut imposer sa volonté aux malades, en i même temps les rassurer, les encourager, leur faire entrevoir la guérison dans un avenir plus ou moins rapproché.
L’isolement est surtout utile chez les femmes, plus accessibles que les hommes aux influences familiales, il devient indispensable quand, à la neurasthénie, s’associe une intoxication comme la morphinomanie, l’alcoolisme, l’éthéromanie, etc., enfin dans la neurasthénie héréditaire qui s’accompagne de phobies diverses.
L’isolement consiste dans le séjour dans une maison de santé et implique | la suppression absolue de toute communication avec l’extérieur. Le malade ne doit recevoir ni lettres, ni visites, si ce n’est celle du médecin. Il faut placer auprès de lui un garde-malade doué de patience, de tact et de
fermeté.
Pour remédier aux effets du repos prolongé, Weir Mitchell a recommandé le massage et les mouvements passifs avec résistance opposée par le malade (gymnastique suédoise). Le massage réveille la nutrition dans les muscles; il supprime les douleurs musculaires.
Il a, de plus, une action incontestable sur l’atonie gastrique et la constipation. A défaut de massage, on devra avoir recours soit à la friction sèche , soit à la friction aromatique faite avec un gant de molleton imbibé d’alcoolat de lavande ou d’eau de Cologne (en petite quantité). Ces moyens, ainsi que les suivants (électrothérapie, hydrothérapie, bains de lumière, etc.) répondent à l'indication essentielle de tonifier le système nerveux.
Weir Mitchell employait Y électrisation sous forme de courants faradiques, d'intermittences lentes, surtout pour remédier aux inconvénients du repos. Aujourd’hui, la plupart des médecins, à l’exemple de Beard, préconisent l’électricité comme procédé thérapeutique général et particulièrement, à ce point de vue, l’électrisation statique ou franklinisation.
On utilise soit le bain électrique, qui est essentiellement sédatif, soit le souille ou vent électrique qui, dirigé sur la tète, fait disparaître en quelques minutes la sensation de casque (Vigouroux). L’étincelle électrique obtenue en approchant suffisamment du corps du patient une tige métallique mousse (ou mieux une houle non isolée) est employée pour provoquer soit la contraction musculaire, soit l’excitation cutanée. Dirigée sur la paroi abdominale, elle parvient à vaincre la constipation. Il existe encore un autre procédé de franklinisation : c’est la friction électrique qui s'effectue en passant pinson moins rapidement une tige métallique non isolée sur les vêtements du malade, en ayant soin d’appuyer. La friction produit une stimulation générale; faite sur la moitié inférieure du corps, elle constitue le meilleur traitement des symptômes spinaux, tels que l'état spasmodique des membres inférieurs, les spasmes, l’exagération des réflexes, les pertes séminales, etc.
La galvanisation donne de bons résultats dans la forme de neurasthénie où le tube digestif semble complètement paralysé.
M. Brissaud est assez sceptique en ce qui concerne les effets des différents modes d’électrisation; il pense que celle-ci agit beaucoup par suggestion ;
NÉVROSES
« La vérité est que le mode d’administration de l’électricité, quel qu’il soit, présente sur tous les autres traitements un avantage considérable : celui de distraire un malheureux jusque-là réfractaire à toute distraction. L’étincelle, le dressage des cheveux sur la tête, le bruit du trembleur, les oscillations du galvanomètre, tout cela possède une puissance thérapeutique dont un médecin sérieux aurait tort de faire ti. » Mobius estime également que les succès obtenus par l’électrisation sont presque exclusivement dus à l’action suggestive qu elle exerce sur l'esprit du patient.
La suralimentation complète, avec l’isolement, le massage et l’électricité, l’ensemble des moyens recommandés par Weir Mitchell contre la neurasthénie. La suralimentation tient une place importante dans son traitement; il insiste pour qu elle soit instituée graduellement. 11 commence par soumettre la plupart des malades au régime lacté exclusif, puis ajoute au lait des œufs et modifie graduellement l’alimentation de façon à faire absorber une grande quantité d’aliments choisis parmi les plus reconstituants.
Il n'est utile d’instituer la suralimentation progressive, en partant d’un régime exclusif, que chez les malades, d’ailleurs nombreux, qui ont systématiquement renoncé à s’alimenter d’une façon suffisante, par crainte d’augmenter les malaises qu’ils ressentent pendant leurs digestions interminables. Nous reviendrons plus loin sur cette question.
L hydrothérapie rend les plus grands services chez les neurasthéniques, mais ne doit pas être employée sans discernement, car tous les procédés hydrothérapiques ne conviennent pas aux malades. En général, ceux-ci supportent mal les excitations violentes et les soustractions de calorique trop prononcées; aussi la douche froide, en jet, ne peut-elle toujours être employée, du moins au début.
La douche écossaise est le meilleur moyen de préparer les malades à la douche froide d’emblée. On donne tout d’abord une douche chaude d’une température de 56 à 57 degrés, que I on élève progressivement et assez rapidement à 40 ou 45 degrés. A ce maximum de lhermalité. la douche chaude est continuée pendant un temps variable (une demi-minute à une ou deux minutes), puis, sans transition, on donne la douche froide à 8 ou 10 degrés, pendant quelques secondes. Chez d’autres malades, la douche tiède à 57 degrés, en jet brisé, est le seul mode d’hydrothérapie qui puisse être employé ; elle est essentiellement sédative.
La douche froide en jet brisé sur le corps, en jet plein sur les membres inférieurs, convient surtout aux neurasthéniques (pii ont encore une réaction suffisante et chez qui n’existe aucune contre-indication à remploi de l’eau froide; elle doit être de très courte durée et suivie d’une friction énergique au gant de crin.
L’enveloppement dans le drap mouillé, avec friction, peut être prescrit sans danger dans toutes les formes de neurasthénie. On se sert d’un drap très dur (pie I on trempe dans l'eau à 20 degrés et que l’on tord. Le drap est ensuite déployé, jeté sur les épaules et le dos du malade, et ramené sur la poitrine, l’abdomen et les membres. On pratique alors des frictions sur toute
NEURASTHENIE.
1 l’étendue du corps pendant une ou deux minutes, puis on essuie le malade avec un drap sec légèrement chauffé, et on le frictionne de nouveau. Le malade doit ensuite marcher pour favoriser la réaction ou, s’il est trop faible, se mettre au lit pendant une heure. Ultérieurement la température de l’eau peut ! être abaissée à 15 degrés.
L’enveloppement dans le drap mouillé ruisselant, sans frictions, est moins excitant que le procédé précédent.
Enfin la lotion froide pratiquée dans le tub avec une grosse éponge peut aussi être employée pour entraîner le malade à la douche froide.
Les pratiques hydrothérapiques doivent être continuées pendant longtemps si l’on veut obtenir un effet durable.
Les bains tièdes à 56 degrés ne doivent pas être employés régulièrement, car ils sont déprimants; mais on peut avoir recours à leurs effets sédatifs pour ramener le sommeil.
A l’occasion du traitement des symptômes, nous mentionnerons les pratiques hydrothérapiques qui conviennent à quelques-uns d’entre eux.
La photothérapie a trouvé quelquefois son application au traitement de certains neurasthéniques à hyperexcitabilité excessive. Les malades sont placés dans des chambres à verres rouges, les radiations rouges ayant une action excitante, alors que les rayons violets ont une action déprimante.
On a surtout employé, et non sans succès, les bains (le lumière (appareil | de Dowsing).
A titre d’agent général exerçant une action sur la circulation périphérique, déterminant une excitation des filets nerveux cutanés, le bain de lumière doit être donné à faible température (pas plus de 55 degrés). La source lumineuse est produite à l aide du courant électrique (continu ou alternatif) traversant un filament spécial, inventé par Dowsing et contenu dans une ampoule de 1 verre où on a fait le vide. Cette ampoule est fixée à des réflecteurs mobiles, de | façon à prendre tous les positions nécessaires. Le bain complet se compose de quatre grands réflecteurs de cuivre contenant chacun deux ampoules et fixées sur des supports mobiles. Le malade repose sur un lit recouvert d un matelas d'amiante, les réflecteurs sont amenés de chaque côté du lit et une couverture d’amiante est placée au-dessus des réflecteurs sans toucher le corps du malade en aucun point. Après le bain, le malade doit prendre une douche froide.
Certaines stations thermales reçoivent chaque année un grand nombre de neurasthéniques: citons en France Néris, Luxeuil, Lamalou, Plombières. Ces eaux n’ont aucune vertu spécifique; elles agissent uniquement par leur thermalité. 11 faut aussi tenir compte de l’influence du déplacement, du change- ! ment de milieu.
Nous avons signalé précédemment l’utilité des voyages dans certains cas; il n existe pas de climat particulièrement favorable aux neurasthéniques, cependant le séjour à la montagne, à la condition que I altitude soit modérée (600 à 1000 mètres) convient mieux que le séjour au bord de la mer, utile chez quelques malades surmenés physiquement, contre-indiqué chez les neurasthéniques irritables et privés de sommeil.
NEVROSES.
Il faut se garder de dépasser l'altitude indiquée et d'envoyer les malades dans des stations trop voisines des glaciers, car les neurasthéniques, ceux qui sont de souche arthritique en particulier, sont très sensibles au froid et aux variations de température. Comme station de plaine les plus recommandables, en raison des paysages riants qu elles offrent à la contemplation des neurasthéniques déprimés, citons celles des lacs de Suisse ou de l’Italie du Nord.
Peut-être vaut-il mieux recommander le séjour à la montagne, dans une localité éloignée du bruit et du mouvement, que d'exposer le malade à la vie toujours un peu agitée des villes d’eaux.
On doit être très réservé, en ce qui concerne le traitement médicamenteux. Ce n’était pas l avis de Beard qui employait tour à tour : l’arsenic, la coca, les bromures, la strychnine, le chloral, l'opium, les phosphates, laduboisine, les préparations de zinc.
En général, les médicaments sont mal tolérés par les neurasthéniques; bien peu d’ailleurs ont une action utile.
Le fer est souvent mal supporté, car il exagère la dyspepsie et la constipation; néanmoins il peut être utile chez les neurasthéniques anémiés par une alimentation insuffisante, par le séjour prolongé dans un air confiné. Nous prescrivons volontiers la teinture de Mars tartarisée (X à XII gouttes au milieu de chaque repas), le protoxalate de fer en cachets (0 gr. 20 à 0 gr. 40 par jour), le citrate de fer ammoniacal :
Citrate de 1er ammoniacal
Eau distillée de menthe.
Eau distillée
Une cuillerée à café à chaque repas.
Le fer a une action incontestable sur l’asthénie.
L 'arsenic, à petite doses, peut être également utile sous forme de liqueur de Fowler (III à V gouttes au milieu de chaque repas) de solution d'arséniatc de soude (0 milligrammes par jour).
Les injections de cacodylate de soude (0 gr. 05 par jour) seront avantageusement substituées à l’arsenic minéral, si les troubles gastriques s’opposent à son emploi par la bouche.
La noix vomique, la strychnine, sont fréquemment employées. On peut prescrire la teinture de noix vomique ( XX gouttes par jour), U arséniate de strychnine (là 4 milligrammes en pilules) ou le sulfate de strychnine en solution :
Sulfite de strychnini
Eau distillée. . . .
Une cuillerée à café à chaque repas.
11 est préférable, (tour ne pas irriter l'estomac, de prescrire le sulfate de
5 centigrammes.
100 grammes.
10 grammes.
q. s. [tour 200 c. ç.
NEURASTHÉNIE. 1155
strychnine en injection sous-cutanée (2 à 5 milligrammes par jour, pendant 8 jours).
On peut encore associer la noix vomique et l’arséniate de soude de la façon suivante :
Teinture de noix vomique
— de badiane. . .
Arséniate de soude A centigrammes.
Chaque gramme de cette teinture — soit 55 gouttes — contient 2 milligrammes d'arséniate de soude.
On prescrira simultanément le glycérophosphate de chaux, la kola, la noix vomique :
Poudre de kola
— glycérophosphate de chaux
Poudre de noix vomique- ....
Pour un cachet. 2 par jour.
Les préparations de kola ont une vogue telle que les malades se les prescrivent eux-mêmes, sans attendre l'avis du médecin. Leur action est cependant des plus aléatoires (M. Ballet recommande la teinture de kola à la dose de XV à XX gouttes pour remédier à l’angoisse que fait éprouver aux malades la dépression de la circulation périphérique et les angoisses cardiaques). 11 faut, en tout cas, recommander aux malades de ne pas faire usage des vins et élixirs; mieux vaut pour eux prendre la kola granulée (une cuillerée à café à chaque repas) ou bien l une des préparations. suivantes :
Extrait fluide de coca )
— — de kola [ ââ
Eau distillée )
Glycérine
Une cuillerée à café au moment de chaque repas.
Élixir de Garus
Teinture de kola
Une cuillerée à houclie après chaque repas.
Sirop d’écorces d’oranges amères
Extrait hydro-alcoolique de kola
Une cuillerée à bouche avant chaque repas.
Extrait de quinquina ) ~
— de kola )
— de rhubarbe
— de noix vomique
Pour une pilule, 2 à chaque repas.
30 grammes.
150 grammes.
10 " — (Grasset.)
0 gr. 05
0 gr. 02
0 gr. 005
0 gr. 50 0 gr. 05
j ;ïïi 10 grammes.
.NEVROSES.
La vogue de la kola n'est dépassée cpic par celle des glycérophosphates ; « les malades s’étonnent lorsque le médecin oublie de les prescrire » (Brissaud).
Albert Robin a préconisé les glycérophosphates de chaux, de soude, soit par la bouche, en cachets (0 gr. 50 — 1 gramme par jour), ou sous la forme granulée, soit en injections sous-cutanées. Le sel de chaux se prescrit en solution à 5 pour 100; celui de soude en solution à 20 pour 100. On peut injecter par jour de 1 à 10 centimètres cubes de chacune de ces solutions, c’està-dire de 0 gr. 05 à 0 gr. 50 de glycérophosphate de chaux et de 0 gr. 20 à 2 grammes de glycérophosphate de soude. Les solutions doivent être préparées aseptiquement, par très petites quantités à la fois, et. conservées soit dans des ampoules de 2 centimètres cubes, soit dans de petits flacons stérilisés dont le contenu ne servira que pour une seule injection.
On peut encore utiliser les phosphates alcalins : phosphates de soude et de potasse (à la dose de 0 gr. 50 par jour); nous prescrivons habituellement :
Eau distillée 100 grammes.
Phosphate de soude 10 —
Une cuillerée à café, à chaque repas, dans de l’eau sucrée.
Récemment l’attention des chimistes et des médecins s’est portée vers l’étude des troubles intimes de la nutrition chez les neurasthéniques, et une thérapeutique nouvelle est née de ces nouvelles recherches, bien que la nature des déviations des échanges nutritifs chez les neurasthéniques reste encore imprécise.
11 est un fait d’observation déjà ancien, c’est que la sécrétion urinaire présente chez les neurasthéniques de grandes variations d’un moment à l’autre; les différences qu’accusent les analyses faites à peu de distance l’une de l’autre sont plus grandes que chez les sujets sains, toutes choses égales d’ailleurs, c’est-à-dire les conditions d’alimentation, d exercice, restant sensiblement les mêmes. La même observation, et elle a son importance au point de vue du traitement des troubles gastriques, s’applique à la sécrétion gastrique très variable d’un moment à l’autre chez les neurasthéniques; cette sécrétion peut varier à tel point (pie tel sujet malade classé un jour parmi les hyperchlorhydriques pourra être classé peu de jours après parmi les hypocldorhydri- (jues. 11 semble donc a priori qu'il soit difficile d’établir une formule urologique particulière aux neurasthéniques, ainsi qu’un type spécial de chimisme stomacal. Cependant certains médecins admettent la prédominance d’un type urologique.
On sait (pie M. Joulie a récemment proposé d évaluer l’acidité urinaire, en faisant porter l’analyse uniquement sur l’urine émise le matin au réveil, tandis que jusqu’ici on dosait l’acidité de la totalité de l’urine émise en v i ngt-quatre heures .
L’analyse, faite dans ces conditions, révélerait l’hypo-acidité dans
NEURASTHÉNIE
90 pour J 00 des cas. Cette opinion est loin d’ètre partagée par tous les médecins. MM. A. Robin, Linossier, notamment, n’admettent pas l’existence d’une formule urologique caractéristique de la neurasthénie; cette formule est essentiellement variable suivant le terrain, c’est-à-dire suivant que le neurasthénique est un arthritique, un tuberculeux au début, etc. D’ailleurs l’idée directrice de M. Joulie qui était d’utiliser uniquement les urines du malin pour éliminer l'influence de l'apport des produits digestifs, cette idée est contestable.
Quoi qu’il en soit, la médication pliospliorique a été très prônée, depuis un an environ. On emploie l’acide pliospliorique officinal qui contient 56,4 pour 100 en poids et 49,14 pour 100 en volume d’acide anhydre; il faut 5 grammes d’acide pliospliorique officinal pour représenter 1 gramme d’acide anhydre (1 gramme d’acide pliospliorique officinal égale XXIII gouttes), et l'on admet que l’on peut prescrire de 1 à 5 ou 0 grammes d’acide officinal par jour. La formule indiquée par M. Joulie est la suivante :
Acide phosphorique officinal 17 grammes.
Phosphate de soude 54 —
Eau distillée ‘250
5 à 12 cuillerées à café par jour (diluées). M. Bardet prescrit :
Acide pliospliorique officinal ‘28 grammes.
Alcoolature d’oranges 20 —
Sirop de sucré 250 —
Eau distillée q. s. pour faire un litre.
I à 6 demi-verres ordinaires (de la capacité de 200 centimètres cubes) ; 100 centimètres cubes de cette préparation contiennent 1 gramme d'acide anhydre. On peut plus simplement faire prendre au malade de 10 à 50 gouttes d'acide pliospliorique officinal, diluées dans de l’eau sucrée ou dans de l’eau albumineuse; on a employé jusqu’à 100 gouttes par jour. L’état général de certains malades s’améliore incontestablement sous l’influence de cetle médication, en même temps (pie l’acidité urinaire augmente; toutefois la même amélioration pourrait être obtenue par d’autres acides minéraux et non exclusivement par l’acide pliospliorique. D’ailleurs, la médication n’est pas dépourvue d’inconvénients; peuvent survenir des névralgies, de la céphalée, une légère griserie, de la diarrhée; le foie devient sensible et volumineux. La médication est contre-indiquée quand il existe des altérations du foie, des reins, de l'estomac et de 1 intestin.
Les injections sous-cutanées de solutions salines jouissent d’une faveur égale, sinon supérieure, à celle des glycérophosphates. Rien que l’on ait sensiblement exagéré l’efficacité de ces injections chez les neurasthéniques, il est certain qu elles constituent un stimulant utile dans une maladie où les cellules cérébrales ont perdu leur influence motrice, sécrétoire et trophique, où l’hypo-
G. -R. LYON
NÉVROSES
tension artérielle est la règle. Personnellement, nous avons obtenu d’excellents résultats, grâce à ces injections, dans un certain nombre de cas. Sous leur influence la pression artérielle se relève, les malades ressentent une vigueur à laquelle ils n’étaient pas accoutumés; mais il faut bien savoir «pic cette stimulation factice est passagère et surtout qu’elle peut dépasser le but; elle peut déterminer une excitation anormale, de l’insomnie, etc., malgré les petites doses employées habituellement. On utilise soit la solution saline physiologique (solution de chlorure de sodium à 7 pour 1000), soit des solutions de phosphate de soude (0 gr. 02, Crocq de Bruxelles), soit des solutions complexes comme celles deChéron dont on injecte chaque jour de J à 10 centimètres cubes :
Acide phonique neigeux I gramme.
Chlorure elfe sodium pur 2 grammes.
Phosphate de soude 4 —
Sulfate de soude 8 —
Eau distillée 100
M. Ballet emploie la formule suivante qui est une modification du sérum de C héron :
Phosphate de soude 2 grammes.
Sulfate de soude 5
«Chlorure de sodium 1 gramme.
Acide phénique 0 gr. 50
Eau distillée et stérilisée 100 grammes.
Injecter I à 4 centimètres cubes.
MM. A. Gilbert et Fournier ont récemment employé chez les neurasthéniques la lécithine retirée du jaune de l’œuf, s’inspirant des recherches expérimentales de divers auteurs, notamment de Desgrez et Zaky qui regardent cette substance comme jouant un rôle considérable dans la nutrition, en favorisant l’assimilation de l’azote et du phosphore. Ils ont administré la lécithine sous forme pilulaire, à la dose de 0 gr. 10 à 0 gr. 50, ou en injections souscutanées, en solution dans l’huile d’olive stérilisée à la dose de 0 gr. 05 à O gr. 15 tous les deux jours. La lécithine a paru déterminer la reprise des forces, de l’activité; l’augmentation de l’appétit, l’amélioration notable de l’état général.
B. — Traitement des symptômes.
S’il faut se garder de partager les errements des malades qui réclament une médication pour chaque symptôme, il faut néanmoins associer au traitement général quelques moyens qui ont une réelle action sur les symptômes les plus pénibles.
La céphalée est peu justiciable des médicaments.
NEURASTHÉNIE
Dans certains cas elle s’amende sous l’influence de Y antipyrine, de la phënacétine administrées à pet ites doses, parfois de la quinine, mais il faut sc garder d’en prolonger l’emploi.
La douche froide est le moyen qui réussit le mieux contre la céphalée. On obtient aussi d'excellents résultats du souffle et de la douche statique.
La rachialgie est avant tout justiciable du repos ; les douches chaudes ou écossaises localisées sont également utiles.
Les douches locales, en jet brisé, conviennent contre toutes les topoalgies.
Si l'insomnie ne cède pas à l'emploi des bains tièdes, à 50 degrés, des douches chaudes, on en vient à l'application du maillot humide le soir : sur deux couvertures de laine étendues sur un lit on place un drap que l’on vient de tordre après l’avoir trempé dans de l’eau à 10 degrés. Le malade se place sur le drap dans lequel on l'enveloppe, après l’avoir aspergé rapidement de quelques gouttes d’eau froide et l’on replie les couvertures sur le drap. On le laisse ainsi enveloppé pendant 10 ou 20 minutes.
L'insomnie persiste-t-elle, on emploie les hypnotiques nervins, sulfonal, trional, tétronal, qui ont chacun leur indication particulière. Si le malade tarde à s'endormir, on lui prescrit le trional dont l’action s'exerce déjà au bout d'une heure; si, après s’être endormi, il se réveille sans pouvoir retrouver le sommeil, le sulfonal est préférable, car son action est lente. Enfin le tétronal. dont l'action est de courte durée, conviendrait aux malades qui ont des nuits courtes et s’éveillent au lever du soleil. La dose de chacun de ces médicaments est de 1 gramme à I gr. 5; il faut en interrompre l'usage un jour sur trois ou quatre.
Le vertige est l’un des phénomènes les plus pénibles et aussi l un de ceux contre lesquels on a le moins de prise. Il est plus vraisembable qu'il est d’origine corticale que d’origine gastrique ou circulatoire, car il s’accompagne souvent de phobies. La noix vomique a été employée empiriquement et donne parfois de bons résultats. On peut également prescrire 1 arséniate (le strychnine (2 à 4 milligrammes par jour, en granules).
Il est probable qu’il existe également chez certains neurasthéniques un vertige dû à des troubles vasculaires du côté du labyrinthe; le malade éprouve d'abord des bourdonnements, puis le vertige survient et il tombe souvent à la renverse (Fruitier, Thèse de Taris. 1 1)02 ) . On doit mettre le malade au lit et le soustraire aux bruits de toute nature. On appliquera en même temps des révulsifs sur les membres inférieurs; pour prévenir les nausées et les vomissements on donnera de l’eau chloroformée, du champagne frappé. Après l'accès on prescrira un cachet de calomel et la diète lactée. Ultérieurement on emploiera les médicaments vaso-constricteurs : ergot de seigle, bydratis canadensis, la pilocarpine en injections sous-cutanées.
On pourra prescrire par exemple :
Extrait fluide d’hainamclis .
— d'iivdrastis canadensis
Sït P. E.
\\\ gouttes, 2 ou 1 fois par jour.
NÉVROSES
Les troubles génitaux (impuissance, spermatorrhée, blennorragie chronique) provoquent parfois la neurasthénie qui, à son tour, les entretient: il v a là un véritable cercle vicieux. L’impuissance est le plus souvent purement psychique; le malade est impuissant parce qu'il a peur de l’être. Il faut mettre en œuvre le traitement psychique, rassurer les malades, leur persuader qu’il s’agit d uo phénomène passager et qu’il n'y faut pas penser. D’autre pari on les fera renoncer aux habitudes de masturbation, qui sont si fréquemment l’origine de l’impuissance. On leur prescrit les bains de siège frais, les lavements froids, on emploie Va galvanisation périnéale (pôle positif aux lombes, négatif sur le périnée), la faradisation des muscles du périnée et surtout Y électrisation statique sous forme de douches, vent et étincelles courtes sur la région dorsale. La spermatorrhée est justiciable de Y hydrothérapie, des bains de sièges froids. Chez la femme, il convient de régulariser les règles, de traiter la métrite, les déviations qui coexistent si souvent avec la neurasthénie.
En ce qui concerne la blennorragie il importe d’instituer un traitement approprié et en même temps de rassurer les malades sur les conséquences de l’écoulement rebelle.
Les troubles cardiaques, palpitations, pseudo-angine de poitrine, anxiété paroxystique, réclament l’emploi des antispasmodiques qu'il faut combiner à celui de Y hydrothérapie. C’est dans le cas de troubles cardiaques que les bromures, dont on a tant abusé chez les neurasthéniques, trouvent leur indication; on peut prescrire une ou deux cuillerées à bouche par jour de sirop polybromuré :
Bromure de potassium ....
— de sodium
— d’ammonium ....
Sirop d’écorces d’oranges amères
Les préparations de valériane sont également indiquées contre les troubles cardiaques : on peut prescrire les pilules de Méglin (2 à 5 par jour), l'extrait de valériane ( I à 5 gr.), la teinture (2 à 10 gr.) , la poudre (2 à 10 gr. ) en lavements; le valérianate d'ammoniaque (0 gr. 5 à 0 gr. 50) en pilules ou en potion, le valérianate d’ammoniaque liquide (formule Pierlot) dont on donne 2 à 5 cuillerées à café, le valérianate d’amylc dont on fait prendre 1 ou 2 capsules au moment des crises d’angoisse et dont l'effet est immédiat.
L atonie gastro-intestinale est peut-être le symptôme pour lequel on est consulté le plus souvent; le malade qui se présente pour la première fois vous apprend qu’il a une « dilatation de l estomac » et il énumère complaisamment la longue liste des traitements déjà suivis par lui; il est rare qu’il n’ait pas épuisé la liste des médications gastriques, depuis les alcalins jusqu’aux naphtols, et qu’il ne soit pas condamné aux lavages de l’estomac à perpétuité. Le résultat le plus clair est une aggravation des troubles gastriques et des troubles nerveux.
;tâ 5 grammes.
NEURASTHENIE.
II est inutile' de revenir ici sur la question des rapports de la dyspepsie avec la neurasthénie, déjà débattue dans un chapitre précédent.
Nous avons vu que pour les uns la dyspepsie précédait la neurasthénie et pouvait l’engendrer, en vertu de la prédisposition héréditaire, chez certains malades; que pour d’autres la neurasthénie était susceptible de créer de toutes : pièces la dyspepsie, c’est-à-dire l'atonie gastro-intestinale. Nous croyons qu’il n’y a rien d’absolu à cet égard et qu’une opinion éclectique doit prévaloir, i Quoi qu’il en soit, il est indiqué de traiter les troubles gastriques et intestinaux d’une part et les troubles neurasthéniques de l’autre, sans se préoccuper de la relation de cause à effet qui les unit.
Parfois les malades ont des douleurs et l’examen du chimisme gastrique | démontre qu'ils sont hyperchlorhydriques; d’autres, et ce sont les plus nombreux. éprouvent seulement des pesanteurs, ont une sensation de barre après les repas, mais ils se plaignent surtout d'une flatulence excessive et sentent que leur digestion se prolonge pendant un temps anormal, que « leur manger ne passe pas ». Ils deviennent congestionnés après les repas et sont pris d’une torpeur, d'une somnolence à laquelle ils ne résistent guère et dont ils sortent avec une sensation de brisement dans les membres, de lourdeur de tète ; c’est le type de l’atonie gastrique; il semble que l’estomac soit frappé dans sa musculature, devienne incapable de se contracter; effectivement on constate du clapotage, à l’état de vacuité ; mais en réalité il n’y a pas de stase alimentaire, j cette atonie est curable à la condition qu’elle ne soit pas liée à une gastrite très ancienne, ayant déterminé une dégénérescence et de la muqueuse et des muscles lisses; mais dans ce cas il s’agit d’une association morbide, la neurasthénie n'est plus la cause; elle est au contraire l’effet des troubles prolongés de la nutrition.
L'elfet le plus fâcheux des troubles gastriques est que les malades finissent par restreindre systématiquement la quantité des aliments, dans l’espoir que l leurs malaises s’atténueront par l'abstinence, et tombent dans un état d’amaigrissement, de dénutrition, qui ne fait qu’exagérer la neurasthénie. Il y a là un cercle vicieux qu’il importe de rompre au plus vite. D’autres malades, obsédés perpétuellement par leurs malaises gastriques, se croient atteints de cancer de l'estomac et voient également leur neurasthénie s’aggraver, sous l'influence de cette cause toute morale. La conclusion est que, s’il importe d instituer un régime propre à diminuer les troubles digestifs, il faut de plus amener progressivement les malades inanitiés à se nourrir d’une façon suffisante. et, d’autre part, agir par suggestion sur leur esprit, les persuader que les troubles gastriques guériront facilement; que la neurasthénie guérira de même, d'autant plus facilement qu’ils pourront reprendre des forces par le moyen d'une alimentation substantielle.
Au début on fera prendre uniquement du lait, des bouillies, des œufs, de la viande crue pulpéc à doses progressivement croissantes; on assistera aux premiers repas, pour aider les malades à vaincre leurs répugnances à l’égard «le la nourriture; plus tard, on instituera le régime mixte, banal, applicable à I la majorité des cas de dyspepsie.
Il 42
NÉVROSES
Il faut se garder seulement de donner aux aliments azotés une part trop grande dans l’alimentation, car l'alimentation carnée encombre l’organisme de substances extractives, toxiques.
Il va sans dire que les malades devront consacrer un temps suffisant à leur repas et mâcher avec soin les aliments.
\ j alimentation se composera de viandes grillées ou rôties, chaudes ou froides, sans sauces, de cervelles bouillies, de ris de veau, de volailles jeunes, rôties ou bouillies, de poissons à chair tendre, d’œufs, de purées de légumes secs ou verts, de fruits cuits, de fromages frais. Les sauces, les graisses, les crudités, le gibier, le poisson gras, les crustacés, les fromages fermentés, les pâtisseries, etc., sont interdits. Le pain doit ctre pris en aussi petite quantité que possible, toujours très cuit ou légèrement rassis; les biscottes, les biscuits secs peuvent le remplacer au premier déjeuner et au goûter.
L’eau est la meilleure des boissons; les infusions chaudes sont également utiles à la fin des repas; mais le thé, le café, le vin, les liqueurs, la bière même ne peuvent être permises : quant au lait, il est habituellement mal toléré. L’anorexie peut être combattue à l’aide des teintures amères , à l’aide de Veau de Vichy prise à la dose d’un verre une demi-heure avant chaque repas. Le repos après le repas est indispensable, après la période de repos absolu au lit.
Au régime on joindra le massage de l'estomac qui combat la flatulence, rend au muscle gastrique sa tonicité et qui est préférable â l’électrisation.
Les enveloppements froids pratiqués sur l’abdomen exercent une révulsion salutaire et combattent la constipation. Contre celte dernière, souvent très opiniâtre, il faut encore employer, non les purgatifs salins ou drastiques, mais les lavements , les laxatifs doux : graines de lin ou de psyllium, poudre de réglisse composée, soufre associé à la magnésie, infusion ou extrait /laide de rliamnus frangula (5 gr.). S’il y a colite muco-membraneuse on aura recours au traitement usité en pareil cas. Le massage de l'intestin est le moyen qui réussit le mieux contre la constipation, avec la galvanisation.
En ce qui concerne le traitement pathogénique et le traitement des différentes modalités de la neurasthénie, nous n’avons que peu d’indications ;i donner. Il est bien évident que l’on devra s’attacher â supprimer la cause ou les causes occasionnelles de l’état neurasthénique, toutes les fois que cela sera possible.
On a distingué, d’autre part, dans ces dernières années, deux grandes catégories de neurasthéniques (M. de Fleury) : les neurasthéniques à hypertension et les neurasthéniques à hypotension.
Les premiers sont des intoxiqués par abus de l’alcool, de la lionne chère auquel se joint souvent l’influence nocive de la sédentarité. Chez eux l’indication essentielle est le lavage du sang, l’élimination de l’acide urique en excès, le soulagement de l’estomac. Chez cette catégorie de neurasthéniques le régime lacté, puis le régime laeto-végétarien est des plus utiles. On y joint l’emploi du massage, de l’électricité statique, des bains carbo-gazeux
NÉVROSES TRAIMATIQUES.
1 1 ir.
(Bourbon-Lancy, Nauheim, Royat [source César|), des exercices physiques (escrime, etc.), à doses modérées.
Les neurasthéniques à hypotension «pii sont les plus nombreux sont justi- | ciables de la suralimentation, du repos, des bains de lumière, des douches, du massage profond, des inhalations d’oxygène, des injections de solution saline, - de la cure d’air et d’altitude.
NÉVROSES TRAUMATIQUES
On sait que sous le nom de névroses traumatiques, on désigne des troubles nerveux (pii se produisent, soit à la suite de traumatismes légers, mais ayant déterminé chez le sujet affecté une violente émotion, soit à la suite d’accidents graves, ayant déterminé une commotion cérébrale, ainsi qu’il est de règle après les accidents de chemin de 1er, les éboulements, les explosions, etc.
Ces troubles nerveux relèvent, suivant les cas, de l’hystérie ou de la neurasthénie.
I ou bien encore de ces deux névroses qui s’associent entre elles; peut-être aussi de lésions méningées et cérébrales, dans un certain nombre de circonstances. Les svmptômes que l’on constate chez la plupart des malades rentrent tous dans le cadre de l’hystérie et de la neurasthénie, et l’opinion d'Oppenhcim, de Thomas, Strümpell, etc., qui faisaient des névroses traumatiques une maladie à pari, ne paraît pas devoir être admise. L’école française est d’avis que le traumatisme n’imprime aucun caractère spécial à l’hystérie consécutive; n’étaient les commémoratifs, rien ne distin- : guerait l’hystérie traumatique de celle qui se développe à la suite d’autres causes; on a insisté sur la ténacité, la fixité des symptômes de la névrose traumatique, mais Charcot a répondu que la ténacité et la fixité des symptômes peuvent se rencontrer dans toute hystérie, quelle qu’elle soit.
Mais, si le rôle du traumatisme paraît peu important dans quelques cas, et si l'on doit faire jouer à l'émotion qui en résulte le rôle principal comme agent provocateur, il n'en est pas toujours ainsi : dans un certain nombre de cas, le traumatisme a été grave, il a été suivi d’une commotion intense, et l’on ne peut nier la part directe qu’il prend dans la genèse des accidents nerveux consécutifs. Il n'est pas inutile, au point de vue pratique, d’établir cette distinction; en effet, si le traitement psychique est souvent efficace dans l’hystérie développée à la suite de traumatismes légers, si la suggestion défait aisément ce qu’a fait l'auto-suggestion chez le sujet traumatisé, il n'en est pas ainsi dans les cas de névroses traumatiques développées à la suite d'accidents graves. 11 est même permis de se demander si l’impuissance du traitement en pareil cas ne trouve pas sa cause dans l’existence de lésions organiques des centres nerveux; c’est là l’opinion de Yibert, opinion très vraisemblable, qui trouve sa confirmation dans une autopsie faite par Erichsen, où furent constatées des traces d’inflammation chronique de l’arachnoïde, de la substance corticale du cerveau et de la moelle; si cette hypothèse est confirmée par des constatations ultérieures, on s'expliquera
I facilement que des troubles nerveux graves et persistants puissent se développer lentement et progressivement, plusieurs mois ou même plusieurs années après le traumatisme, ainsi que le fait a été souvent observé.
Les auteurs qui ont étudié les accidents nerveux consécutifs aux traumatismes et qui ont abordé l’étude de leur traitement, ne paraissent pas avoir établi de distinction
NÉVROSES
entre les accidents qui résultent des traumatismes légers, où l'émotion paraît avoir joué le principal rôle, et ceux qui résultent des traumatismes graves, où le rôle du traumatisme a été prépondérant, oîi peut-être celui-ci a déterminé des lésions matérielles inaccessibles à nos moyens d'investigation, mais réelles cependant; on s’explique qu'en ce qui concerne le pronostic, les avis soient très différents, les uns considérant le pronostic comme relativement peu grave, les autres au contraire le faisant très sombre et déclarant que, si la vie n’est pas en danger, les malades sont incapables pour toujours de subvenir à leurs besoins.
Revenons au traitement. Que trouve-t-on chez tous les auteurs? 1° le conseil de s’abstenir de toute médication intempestive; 2° celui de s’adresser uniquement. à la suggestion, au repos, à l'isolement, à l’hydrothérapie pour traiter les malades; conseils très sages à la vérité, mais qui ne s’appliquent en réalité qu’à une catégorie de malades, et non à tous.
Pour bien préciser ce que l'on peut attendre d’un traitement quelconque, en quelle mesure on peut être utile au malade, il est nécessaire d’envisager successivement les divers cas que l’on peut rencontrer en pratique.
Prenons d’abord les cas de névrose traumatique grave avec commotion. Nous avons dit que dans ces cas. ou du moins dans quelques-uns de ces cas, il existait peut-être des lésions organiques; aussi conçoit-on l’impuissance de tout traitement. Effectivement, qu’il y ait ou non lésions, on constate en général l’impuissance de la thérapeutique en pareille occurrence. On pourra employer, sans grand espoir de succès, les révulsifs, sous forme de pointes de feu appliquées au niveau de la nuque, de la colonne vertébrale, les iodures à doses faibles, longtemps continuées, pour essayer d’enraver (?) le processus inflammatoire chronique. Quant au traitement symptomatique, c’est-à-dire au traitement des troubles digestifs, de l’asthénie, de l’insomnie, etc., il ne comporte pas d’indications particulières; on combattra l’anorexie par les amers, la noix vomique, la constipation par les moyens habituels, l’insomnie par les somnifères nervins comme le trional, le sulfonal, etc.
Les symptômes sont ceux de l’hystéro-neurasthénie ou de la neurasthénie; c’est-à-dire que l’on devra s’attacher à traiter moins chacun de ces symptômes en particulier que l’ensemble des troubles nerveux, c’est-à-dire que l’on devra faire une large part à la psychothérapie, en rassurant le malade sur son état, en lui garantissant la guérison.
Le séjour à la campagne, le repos du corps et de l’esprit, rendus d’ailleurs nécessaires par l’inaptitude à tout travail physique et intellectuel, V hydrothérapie convenablement maniée rendront des services.
Les cas moins graves, ceux où le traumatisme a été léger, se traduisent soit par de l’hystérie généralisée, soit par de l’hystérie locale. Ici le pronostic est favorable ; un traitement bien dirigé peut amener une guérison plus ou moins rapide. La suggestion est encore le meilleur moyen à employer; elle est efficace, à la condition qu’on ne se lasse pas au bout de deux ou trois séances.
Quand il s’agit d hystérie locale, il faut se garder de traitements intom-
CHORÉE
pestifs, et, comme le dit Berbez, « avant tout, savoir ne rien faire ». Kxistc-t-il une contracture? on se gardera de redresser le membre en attitude vicieuse, avec ou sans chloroforme ; on évitera les révulsifs de toute nature. L'isolement, V hydrothérapie, F électricité statique , Y application de V aimant et le transfert sont les moyens à employer de préférence, sans oublier le traitement psychique.
CHORÉE
Sous le nom de chorée on a d'abord décrit uniquement la chorée de Sydenham, mais plus tard on a employé ce terme pour désigner un certain nombre de symptômes ou de syndromes de nature fort différente. A la chorée de Sydenham on a successivement ajouté la chorée hystérique, la chorée chronique de Huntington, les chorées symptomatiques de lésions cérébrales (hémichorée, chorée chronique des vieillards), les tics, les chorées électriques, etc.
Nous ne traiterons ici que de la chorée de Sydenham.
Après les travaux de G. Sée (1850) et de Roger on crut définitivement élucidée la pathogénie de cette chorée et l’on fit du rhumatisme sa cause unique ; mais on ne tarda pas à remarquer que le rhumatisme n’existait pas à l’origine de tous les cas; on fut frappé de l'existence, chez les choréiques, de tares nerveuses héréditaires et de nombreux stigmates personnels de dégénérescence : aussi Pinel, Joffroy considèrentils la chorée comme une névrose cérébro-spinale d’évolution.
Mais il est difficile d’expliquer, si l’on adopte cette manière de voir, l’existence, chez les choréiques, de la fièvre, des lésions cardiaques, etc. ; aussi est-on revenu à la théorie de l'infection, en l’élargissant et en attribuant à d'autres maladies infectieuses la part réservée d’abord exclusivement au rhumatisme. On a vu survenir en effet la chorée, non seulement à la suite du rhumatisme, mais aussi consécutivement à la fièvre typhoïde, la pneumonie, l’érysipèle. Soutenue par Marie, Pierret, Teissier, Triboulet en France, par Strumpell, Môbius, etc., en Allemagne, la théorie de l'infection paraît des plus vraisemblables; elle est corroborée d’ailleurs par les recherches bactériologiques qui ont permis de démontrer dans quelques cas l’existence de germes infectieux (staphylocoques) soit dans le sang, soit au niveau du cœur. Quant à la théorie de la chorée, maladie infectieuse spécifique, soutenue par Môbius, Osler, Berkley, Pianese, elle ne repose sur aucun argument solide.
Il est à remarquer que la théorie de l'infection est parfaitement conciliable aveccolle de l'origine nerveuse de la chorée; en effet, l’infection, rhumatismale ou autre, ne provoque la chorée que chez les sujets prédisposés, de par l'hérédité, aux manifestations nerveuses, chez ceux qui sont issus de parents neuro-arthritiques.
« Ces influences infectieuse et nerveuse, par leur coexistence chez le même sujet, rendent la thérapeutique hésitante; mais l’embarras est encore augmenté par ce fait «pie, la chorée étant une maladie cyclique, elle a une période normale d’ascension, d'état et de déclin, et, selon qu’on intervient à l'une ou l'autre de ces périodes, on a, avec le même médicament, tantôt des échecs et tantôt des succès. Comme, en médecine. on a toujours de la tendance à invoquer la médication pour expliquer le résultat obtenu, on comprend qu'on ait attribué à des médicaments èe qui était le fait naturel de la maladie » (Dujardin-Jîeaumetzï.
NÉVROSES
Un fait, la thérapeutique de la chorée est purement empirique et la doctrine de 1 infection n'a pas reçu de consécration, sur le terrain de la pratique. Le salicylate de soude, notamment, est sans action sur la chorée, bien que Dresch (de Foix) le considère comme très efficace. M. Marie dit avoir guéri rapidement un cas de chorée par le salophène.
Un mot d’ahord des médications tombées en désuétude :
Le tartre stibié, préconisé par Laënnec et Bresehet, eut une vogue assez grande au début du siècle; on le donnait pour amener une dépression considérable du système nerveux. Bouley, Gillette établirent plus tard des règles précises pour l'administration du médicament; il est inutile de rappeler ces règles, la médication par le tartre stibié n’ayant plus qu’un intérêt historique.
Nous en dirons autant de la médication par la strychnine à laquelle Trousseau avait prêté l’appui de son nom. L’illustre clinicien se proposait de transformer, au moyen de la strychnine, les convulsions cloniques en convulsions toniques. II employait un sirop de sulfate de strychnine dosé à 5 milligrammes par cuillerée à café ; en espaçant régulièrement et en augmentant les doses de deux en deux jours, il arrivait aux chiffres énormes de 3, 4 et ti centigrammes de strychnine par jour, chez des enfants de six à dix ans: Trousseau allait jusqu’à l’apparition de raideurs dans la mâchoire et de secousses convulsives dans les membres; le neuro-pathologiste américain Hammond a employé également la strychnine, mais avec plus de réserve. Un somme, la strychnine est un médicament dangereux, en même temps que d’une efficacité douteuse; avec elle on joue gros jeu pour un résultat problématique (Ollivier). A la médication tétanisante on tenta de substituer des médicaments qui devaient amener, pensait-on, la dépression musculaire ; c'est ainsi que Yësérine, préconisée par Bouchut, eut un moment de vogue: Bouchut donnait le sulfate d’ésérine à la dose de 2 à 5 milligrammes en pilules ou en injections hypodermiques; Oulmont proposa Yhyoscyamine, qui détermine des effets toxiques avant d’amener la moindre sédation; dans les formes intenses, M. Magnan a utilisé avec succès les injections de chlorhydrate d’hyoscine (à la dose de 1 à 2 milligrammes chez l’adulte) .
Trois médications restent aujourd'hui usitées dans le traitement de la chorée: les médications par les antispasmodiques et les narcotiques, par l’arsenic, par l’antipyrine.
Il était logique de s’adresser aux antispasmodiques pour modérer l’hyperexcitabilité nerveuse qui est la caractéristique de la chorée, mais quelquesuns seulement ont donné des résultats appréciables. La valériane, que l’on a donnée jusqu’à la dose de 15 à 20 grammes, a toujours échoué, ainsi que Basa fœtida, l’oxyde de zinc (pilules de Méglin), le musc, le camphre, le eastoreum.
Y opium a été donné à hautes doses dans la chorée : Trousseau prescrivait 25 milligrammes d’extrait gommeux d'opium, d’heure en heure, jusqu’à production de somnolence. Ce traitement n’est pas applicable chez les enfants, qui ne peinent tolérer ces doses intensives ; chez l’adulte, l’opium, ainsi admi-
CI10RÉK.
nistré, calme l’agitation, procure quelques répits dans les chorées graves, mais il est moins efficace que le chloral.
Quant au bromure de potassium, qui compte encore un certain nombre de partisans, son action est au moins incertaine, si l’on en juge par les opinions contradictoires qui ont cours à cet égard. Il serait surtout utile dans les cas de chorée franchement hystérique: toutefois, dans la chorée vulgaire il a donné quelques résultats; il est indiqué notamment lorsqu'il existe des complications cardiaques et que l'on redoute l'influence fâcheuse du chloral sur le cœur; il faut en prescrire des doses assez élevées, 2 à 4 grammes (Ollivier) ou même 7 à 8 grammes (A. Voisin).
On peut l’associer au salicylate de soude et le prescrire ainsi dans les cas de chorée post-rhumatismale, chez les enfants :
Salicylate de soude
Bromure de potassium
Sirop d’écorces d’oranges amères. . . .
Eau distillée
5 cuillerées à dessert par jour aux repas.
L’emploi du chloral dans la chorée a été vulgarisé par Bouchut (1875) et particulièrement recommandé par Joffroy. Ce n’est, pas plus que les autres médicaments en usage, un spécifique de la chorée, mais il a l’avantage de procurer un sommeil pendant lequel les mouvements cessent. II est surtout utile dans les chorées de moyenne intensité pour assurer le sommeil et dans les chorées graves pour combattre l’agitation extrême, qui détermine une rapide dépression. Limitée d’abord à la durée d’action du chloral, la sédation des mouvements se prolonge à l’état de veille et l’agitation diminue progressivement. L’amélioration est habituelle, parfois même la guérison absolue survient, sous l’influence de ce traitement ; toutefois il est des cas rebelles au chloral, qui sont influencés avantageusement par l’antipyrine et réciproquement.
On prescrit à la fin des trois repas de la journée 1 gramme. 1 gr. 50, I gr. 75 de chloral hydraté dans du sirop ou de la gelée de groseille ou dans du lait: les malades doivent se mettre au lit, immédiatement après les repas, et s’endorment ainsi pendant une heure ou deux. S il existe une affection valvulaire du cœur, le chloral est absolument contre-indiqué, en raison de son action dépressive sur la circulation. C’est pour éviter ces inconvénients sérieux du chloral qu’on a tenté de lui substituer dans ces derniers temps quelquesuns des nouveaux hvpnotiques : la paraldéhyde (Gerlach) à la dose de 2 ou 5 grammes, le sulfonal (Geffries), le trional, etc.
Quant au chloroforme et à Y éther, ils ne peuvent être utilisés que dans des cas exceptionnels.
1. arsenic est employé depuis longtemps dans le traitement de la chorée, notamment en Angleterre où cette médication a constamment gardé de nombreux adhérents : en France, Trousseau, G. Sée font condamnée, néanmoins
âli (J grammes.
NÉVROSES
Aran, Siredey, Archambault, Bouchut, J. Simon, Cadet de Gassicourt ont continué à s’en servir. On ne s’est pas borné à administrer l’arsenic par la voie buccale, on a utilisé encore les injections sous-cutanées (Widerhofer, Eulenburg, Smith, Perroud). Les injections, qui sont d’une façon générale un excellent moyen d’administrer les médicaments, ne conviennent pas pour introduire l’arsenic dans l’économie; en effet, les injections de liqueur de Fowler sont douloureuses et souvent suivies d’abcès, alors même que les précautions antiseptiques de rigueur ont été prises; aussi bien, est-ce exclusivement par la bouche que l’arsenic doit être donné. On emploie, soit la liqueur de Fowler, soit une solution d’arséniate de soude dans l’eau, que l'on donne au repas, mêlée à l'eau vineuse; il faut arriver rapidement à donner par jour 1 centigramme d’arséniate de soude et ne pas craindre de dépasser cette dose (Séguin), s’il ne survient pas de phénomènes d’intolérance; les insuccès seraient souvent dus à la timidité des médecins, craignant de donner des doses trop fortes. M. Grancher donne l’arsenic à doses massives jusqu’à saturation; ce médicament sous forme de liqueur de Boudin (solution d’acide arsénieux au millième), est très maniable chez les enfants, les accidents paralytiques sont rares. L’apparition de la diarrhée ou des vomissements indique qu’il faut arrêter la progression des doses ou même abaisser celles-ci. Une diminution de 4 grammes suffit en général pour faire cesser les accidents; mais il ne faut pas interrompre le médicament: M. Comby estime qu’un certain degré d’empoisonnement (?) semble nécessaire pour la cessation rapide, complète et définitive de l incoordination. Chez les enfants de huit à dix ans, on commence par 4 grammes de liqueur de Boudin (dans un julcp, par cuillerées à bouche toutes les deux heures). Puis on augmente de 2 grammes par jour. Chez les enfants de plus de dix ans, on peut même débuter par 6 grammes et augmenter de 5 grammes par jour. On peut arriver parfois ainsi à donner 50 à 40 grammes de liqueur de Boudin; on diminue progressivement les doses. 11 est difficile d’expliquer Faction favorable exercée par l’arsenic sur la chorée ; dire qu’il agit comme modificateur de la nutrition, comme reconstituant, ce n’est guère formuler qu’une hypothèse.
Le cacodylate de sonde devait inévitablement être expérimenté dans une maladie où l’emploi de l'arsenic à hautes doses est indiqué, puisqu’il permet précisément d’introduire dans l’organisme de grandes quantités d’arsenic, sans présenter les dangers d’intoxication qu’entraîne à sa suite l’usage de I arsenic métallique. Le Dr Lannois (de Lyon) a employé le cacodylate de soude en injections sous-cutanées, aux doses de 0 gr. 02, 0 gr. 04, répétées quotidiennement.
On a également employé (Robin, Variot, etc.) le méthylarsinate disodique (0 gr. 05, 0 gr. 10 par jour).
Vantipyrine est, à l’heure actuelle, un médicament qui compte beaucoup de succès à son actif. Essayée pour la première fois par Wolner (de .Munich) en 1887, elle fut peu de temps après employée par Legroux, Lilienfeld, Négrié, Dumur, puis par tous les médecins qui s’occupent des maladies infantiles. Tous sont unanimes à reconnaître l’efficacité de cet agent. Le critérium
CHORÉE
de cette cfficticité est tiré de la rapidité vraiment surprenante avec laquelle ' cèdent souvent les accidents ; on sait que la chorée livrée à elle-même se termine spontanément, en général, au bout d’un temps qui oscille entre des limites assez étroites (soixante-neuf jours, d’après G. Sée et 11. Roger, à quatre-vingt dix jours, d’après Cadet de Gassicourt) : or, on a vu fréquemment des chorées qui ne duraient que depuis vingt ou trente jours, céder au bout de dix à onze jours de traitement.
MM. Legroux et Dupré ont cité dans leur travail six cas de guérison radicale survenue après onze jours de traitement; en tout cas, une amélioration notable se produit d’ordinaire dès le troisième on quatrième jour. La durée moyenne de la chorée intense traitée par l’antipyrine est de un mois, au lieu de deux pour les cas abandonnés à eux-mêmes. Marfan fait prendre la dose quotidienne en trois parties, chacune étant donnée au moment des repas. La dose initiale est de 1 gr. 50: on augmente de 50 centigrammes par jour jusqu’à 5 grammes. On se maintient à cette dose tant que l’on n’a pas obtenu une | réduction notable de l’agitation choréique; alors on diminue progressivement i la dose journalière et l’on reste quelques jours à 1 gr. 50. On a vu des récidives survenir après la cessation du traitement, mais la chorée céder de nouveau dès sa reprise. D’autre part, ainsi que nous l’avons dit précédemment,
| certaines chorées sont absolument rebelles à l’antipyrine. L’antipyrine est bien supportée par les enfants choréiques, aux doses élevées où on l’administre. On peut en donner d’emblée 2 à 5 grammes chez un enfant de cinq ans (d’IIeilly).
L action favorable de l’antipyrine sur la chorée ne peut être attribuée à ses propriétés antirhumatismales, puisque le salicylate de soude se montre inefficace. C’est donc à son action modératrice sur le système nerveux qu’il faut attribuer ses bons effets.
Les inconvénients de l’antipyrine (oligurie, érythèmes, troubles digestifs) sont atténués par l’emploi du lait et de boissons abondantes qui favorisent le
fonctionnement du rein.
L'efficacité de l'antipyrine est d’ailleurs moindre que celle de l’arsenic.
On a dans ces derniers temps proposé de substituer à l’antipyrine son succédané. Yexalgine, à la dose de 50 à 50 centigrammes (Moncorvo).
En résumé : antipyrine, chloral, arsenic, tels sont les médicaments que 1 expérience a consacrés comme étant les meilleurs à opposer à la chorée. On devra se rappeler qu’aucun d’eux n’a une action spécifique, et que l’un échoue là où tel autre peut donner un succès ; aussi sera-t-on souvent amené à les | essayer successivement. « Un remède (pii guérirait tous les sujets atteints de chorée est une chimère », a dit Bouteille en 1819; cet aphorisme n’a rien perdu de sa justesse.
Certains médicaments sont encore utiles dans la chorée, à titre d’agents accessoires du traitement. Les divers toniques, et notamment les préparai lions martiales , doivent être employés, lorsque les malades sont anémiques,
! débilités.
Il nous reste à parler des divers moyens physiques, que l'on a mis en i œuvre contre la chorée, et dont l’importance est au moins égale à celle des
NÉVROSES
divers médicaments. Les révulsifs sont aujourd'hui complètement abandonnés ; l' électricité , prônée par les uns, repoussée par les autres, n’a pas ici d’indication précise. L'hydrothérapie employée prudemment est fort utile chez les choréiques, mais elle est contre-indiquée s’il existe des complications cardiaques. On emploie habituellement la douche froide, en jet brisé; le professeur Joffroy préfère l'enveloppement dans le drap mouillé. Le malade est placé dans un drap qu’on a trempé dans de l’eau à 10 ou 12 degrés et légèrement exprimé. On le frictionne pendant deux ou trois minutes, puis on applique par-dessus le drap mouillé une couverture de laine et on reporte le malade dans son lit; on le laisse ainsi pendant une demi-heure; ce moyen donne d’excellents résultats dans les chorées graves, associé à l’emploi du chloral.
Les bains sulfureux sont surtout utiles au moment de la convalescence. Une saison à Méris, Bagnères-de-Bigorre, Salins , etc., pourra achever la guérison.
La gymnastique, non pas la gymnastique brutale, mais la pratique de mouvements rythmés, est très utile lorsqu’elle est entreprise dès le début et conduite avec méthode ; on recommande en même temps d’exercer le larynx au moyen du chant. Dans son mémoire sur la chorée, G. Sée insiste sur l'excellence de la gymnastique et sur les détails de sa technique. On peut employer le massage (Goodhart) concurremment avec la gymnastique.
Rappelons que le changement d’air, le séjour a la campagne peuvent exercer une influence salutaire sur la santé des choréiques. Le repos absolu a été recommandé par Seguin, comme ayant une valeur curative réelle: il est indispensable dans les cas graves. On doit, en tout cas, suspendre les études du malade et lui éviter toutes les fatigues, les émotions susceptibles d’aggraver son état. 11 passera au lit une partie de la journée.
On doit surveiller Y alimentation sans d'ailleurs imposer aux malades un régime (pii leur inspire de la répugnance. Il faut leur donner des aliments faciles à mastiquer et à digérer, notamment des panades épaisses, additionnées de jus de viande, les malades pouvant s’étouffer en avalant brusquement des aliments résistants. Il est nécessaire de remplacer les verres par des gobelets en métal, car les verres peuvent être brisés pendant les mouvements choréiques des maxillaires; pour la même raison, on doit interdire Dusage des fourchettes, des couteaux pointus.
Dans les formes graves, il faut prendre de nombreuses précautions pour éviter les contusions et les blessures. Le lit sera entouré de planches matelassées, les membres seront protégés par une couche épaisse d’ouate.
La direction du traitement doit varier suivant les formes de la chorée :
Dans les chorées légères, il faut être très réservé sur l’emploi des médicaments et se borner à prescrire le repos , le changement d'air, quelques douches ainsi que la gymnastique suédoise.
Dans les chorées de moyenne intensité, on prescrit soit Y arsenic à doses rapidement croissantes, soit Y antipyrine, ainsi que les moyens précédents.
C'est exclusivement dans les formes graves qu’il faut avoir recours aux
PARALYSIE AGITANTE; TREMBLEMENTS