C. — Traitement local
Le traitement local a pour but de prévenir la suppuration ou tout au moins d’en atténuer les conséquences, au moyen d'une antisepsie rigoureuse de la peau et des muqueuses.
Parmi les nombreux moyens proposés pour faire avorter les pustules, deux
MALADIES INFECTIEUSES
seulement méritent confiance, ce sont les applications de pommade mercurielle et les pulvérisations de sublimé.
C’est Zimmcrman qui a signalé le premier l’emploi de l’emplâtre de Yigo pour arrêter l’évolution des pustules varioliques; Serres, en 1855, reprit ses expériences.
Revilliod (de Genève) emploie, comme traitement abortif des pustules de la lace, le mélange suivant ;
Onguent napolitain 20 parties.
Savon 10 —
Glycérine 4 —
Ce mélange doit être appliqué avant la transformation des vésicules en pustules.
Dujardin-Beaumetz faisait appliquer sur le visage l’emplâtre de Yigo cum mercurio, en masse épispastique, et saupoudrer ensuite avec de la poudre d’amidon; il avait soin d’oblitérer, par de nouvelles couches de pommade et d’amidon, les fissures et les craquelures (pii se produisent dans ce masque. On arrive ainsi, lorsqu’il est appliqué aux premières périodes de l’éruption, à faire avorter les pustules de la face, sauf, cependant, au pourtour des lèvres et de la bouche, dont les mouvements incessants empêchent les masques d’adhérer.
Il faut repousser l’emploi des collodions mercuriels, (pii peuvent être dangereux. M. Comby a signalé un cas de mort à la suite de l’application d’un de ces collodions.
Les pulvérisations de sublimé ont été proposées, comme moyen abortif, par M. Talamon, en 1890.
La solution employée pour les pulvérisations est ainsi formulée ;
Sublimé. . .
Acide citrique
Alcool à 90°
iïïi 20 grammes.
Éther q. s. pour remplir un flacon de 1 litre.
Pour faire la pulvérisation, on se sert d’un pulvérisateur de Richardson (flacon de 250 centimètres cubes). Le malade est assis sur son lit, les yeux fermés. On dirige le jet du pulvérisateur sur le front, puis on descend graduellement jusqu’au menton. 11 est difficile de préciser la durée que doit avoir chaque pulvérisation. 11 faut qu’elle soit suffisante pour qu’on voie blanchir la surface des pustules et de la peau sous la couche de sublimé déposé. En général, quinze à vingt secondes suffisent pour atteindre ce résultat (M. Talamon).
Pendant les pulvérisations, on protège les yeux en les recouvrant d’un tampon d’ouate trempé dans une solution d’acide borique.
Aux pulvérisations, M. Talamon ajoute des badigeonnages de glycérolé de sublimé :
VARIOLE. 1 I 95
Sublimé 1 gramme.
Glycérine 15 grammes.
de façon à maintenir constamment la peau sous une couche antiseptique à l'abri des germes extérieurs.
Les pulvérisations et les badigeonnages doivent être pratiqués trois fois par
jour.
M. Tal union fait enfin ajouter du sublimé à l'eau des bains dans les varioles confluentes primitives et dans les confluentes hémorragiques : les pulvérisations n’ont aucune action utile dans ces formes.
Dans les cohérentes-conlluentes, la plupart des vésieo-pustules sont arrêtées dans leur évolution. Dans les cohérentes et les abondantes, l’avortement papuleux est général : le gonflement de la face ne se produit pas ou esta peine marqué.
Les pulvérisations de sublimé n’empêchent pas complètement la formation des cicatrices, mais elles en diminuent d’une manière remarquable le nombre et la profondeur. Ce résultat est d’autant plus sûrement obtenu que les pulvérisations ont été commencées à une époque plus rapprochée du début de l’éruption. Elles présentent d’ailleurs quelques inconvénients : elles peuvent provoquer une inflammation très vive de la peau ou même de petites escarres superficielles; de plus elles laissent une pigmentation très prononcée des téguments, souvent fort longue à disparaître.
Lorsque la suppuration est commencée, les bains et les lotions de sublimé constituent le plus sûr moyen d’exercer une action antiseptique.
On a proposé encore les applications de pommade à la résorcine au 5U,: (Andeer), à Vichtyol (5 pour 100), à Yiodo forme (5 pour 100; Carrieu), au salol.
Schwimmer fait appliquer sur le visage un masque constitué par une pâte phéniquée :
Acide phonique 4 à 5 grammes.
Huile d’olive 40 —
Craie lavée en poudre 60 - —
M. Du Castel emploie simplement Y huile phéniquée au 10e.
Hebra fait appliquer, après le bain, la poudre salicylée sur les téguments :
10 grammes, j dâ 50
M. Carrieu, la poudre au salol :
100 grammes.
| âa 20 —
Salol pulvérisé Poudre de riz Talc . . . .
Acide salicylique Poudre de talc .
— d’amidon
MALADIES INFECTIEUSES
A l’antisepsie cutanée il faut joindre l'antisepsie des muqueuses : lavage de la bouche, du nez et des yeux avec la solution boriquée, badigeonnage du pharynx toutes les deux heures avec un mélange de salol et de glycérine à parties égales (Talamon). Les douleurs dues aux pustules pharyngées seront calmées par des applications de :
Huile d’amandes douces IN grammes.
Eau de laurier-cerise 5 —
Chlorhydrate de cocaïne ÔO centigrammes.
Pour prévenir les complications oculaires, Courmont et Roi lot préconisent les instillations d'une solution de bleu de méthylène à k2 pour 1000, répétées plusieurs fois par jour.
Les pustules des conjonctives et de la cornée doivent être touchées légèrement avec le pinceau imbibé d’une solution de nitrate d'argent.
A la période de dessiccation, on hâte la chute des croûtes en administrant des bains savonneux et l’on fait des onctions avec de la vaseline.
Pour atténuer les cicatrices, on applique avec un morceau de flanelle trempée dans l'eau chaude une couche de savon à la résorcine, ou bien à Y acide salicylique et au soufre.